Serge

Oscars 2015, le Brésil offre une fable toute blanche

Après plus de dix ans à regarder ses voisins sud-américains briller aux Oscars, à la Berlinale ou à Cannes, le Brésil reviendra-t-il enfin au sommet avec ce film qui tient la route? Car depuis Central do Brasil de Walter Salles le cinéma brésilien meurt sur la plage, comme on dit au Brésil. L’année dernière aurait dû être celle de la consécration tant la radiographie des années post-Lula de Kléber Mendonça Filho (Le Bruit de Récife) incarnait le renouveau d’un cinéma qui se voulait aussi réaliste que le Cinema Novo (merci wikipédia). Ce Brésil tout blanc est peut-être le seul reproche que l’on fera au cinéaste.

Cette année le Brésil sera représenté aux Oscars par un film paulistano. Pourtant, c’est bien Récife avec ce mouvement que j’ai appelé la « Nouvelle vague de Récife » qui a démontré les premiers signaux d’une effervescence intellectuelle qui se refletait aussi dans son cinéma.

La vague s’est donc répandu jusqu’au sud du pays. Le thème de l’homosexualité devient récurrent chez les cinéastes brésiliens résolument décidés à prendre en charge cette problématique sociale. En se focalisant sur le Récife des seventies, Tatuagem montrait une relation amoureuse improbable entre un jeune militaire fraichement sorti des casernes et un acteur de théâtre assez roublard, partagé entre sa vie d’anarchiste et son rôle de père… Les années de plomb filmées ici de manière poétique. Mais ça c’est une autre histoire…

L’histoire d’un double handicap

Voici donc qu’en 2015, un autre film s’attaque à ce même thème de l’identité sexuelle – si tant est qu’elle existe -. Hoje Eu Quero Voltar Sozinho est l’histoire d’un double handicap (cécité et homosexualité) et de la façon dont on parvient à surmonter les défis d’une vie qui s’impose à l’individu.

Le titre du film – Aujourd’hui, je veux rentrer tout seul, mal traduit en français… Au premier regard   suggère une quête de liberté; mieux encore, d’autonomie et d’émancipation.

Nait-on homosexuel ou le devient-on? En tous les cas, Léo est né aveugle, c’est son fardeau. C’est là tout le propos du film. Mais la question est-elle prise au sérieux? Entre enjeu psicologique et parti pris sociologique du réalisateur qui se veut donneur de leçon (c’est le côté bisounours du film), le drama de Léo se décidera dans le doute. La question de l’homosexualité n’est finalement qu’ornementale…

Une mère possessive

capture d'écran du film Hoje Eu Quero Voltar Sozinho
capture d’écran du film Hoje Eu Quero Voltar Sozinho

Le motif est le même – ou presque – que celui de Men, women & children, dernière critique en date de la culture numérique. Comment s’affranchir de parents très possessifs. La question est plus difficile pour Léo, né aveugle.

La tension monte d’un cran entre Léo et sa mère lorsque celui-ci rentre tard après une sale journée à l’école. Il ne demande qu’à être traité comme ses amis le sont par leurs parents: comme un « adulte normal ». « Mais tu n’est pas normal… », retorque sa mère dont l’ultra-possessivité n’a d’égale que sa bêtise. Je vous ai dit que le film traitait d’handicap (la cécité de Léo). On y est. Et la vérité nue et crue sonne comme un coup de massue.

Le Brésil des années Dilma?

Treize ans après l’avènement de « Lula », le cinéma brésilien est-il finalement prêt à tourner la page et à s’attaquer aux « années Dilma »?

Des années marquées par le renouveau des mouvements sociaux grâce notamment à l’impulsion des réseaux sociaux et internet. Le sujet du film est aussi celui-là, c’est l’histoire d’un cinéaste qui veut apprivoiser la violence d’une société qui tourne difficilement la page de son histoire patriarcale et autoritaire.

Les « années Dilma » sont avant tout une affaire de différence et de reconnaissance.

 Le « Entre les Murs » brésilien?

capture d'écran du film Hoje Eu Quero Voltar Sozinho
capture d’écran du film Hoje Eu Quero Voltar Sozinho

Outre le fait que le film montre des adolescents en milieu scolaire, la comparaison s’arrête là. Bien que cet univers clos fonctionne comme une prison pour Léo qui ne songe qu’à s’échapper (un voyage à l’étranger peut-être… ), le film brésilien est très peu similaire au grand film français traitant de l’immigration des années 2000.

On est loin également du teen-movie conventionnel. Même si rien ne sera aussi tragique que dans American Graffiti, un climat franchement mélancolique pèse tout de même sur le film.

Y apparait néanmoins la violence d’une jeunesse pas si innocente que cela. Léo, l’adolescent aveugle doit trouver sa place parmi des collègues de classes loin d’être des prêcheurs du politiquement correct:

« c’est impossible de s’assoire derrière Léo avec les tic-tacs de sa machine à écrire »

L’arrivée d’un nouvel étudiant va boulverser ce petit monde. Un triangle amoureux se forme. Et rapidement un rectangle. Giovana, la meilleure amie de Léo, Gabriel – le petit nouveau – et Erica. L’amour est là, mais on ne le voit pas si clairement. En amour, justement, tout le monde est aveugle.

Daniel Ribeiro alterne entre temps forts et moins forts. On sent la main tremblante d’un jeune cinéaste. Mais une scène où « Léo va voir un film » au cinéma est particulièrement émouvante

Pas de cinéma en grande pompes ni fanfares à la José Padilha, celui qui immortalisa le capitaine Nascimento. L’affaire est plus simple ici.

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Dilma Rousseff, mais qui es-tu finalement?

Comparer le Brésil aux Etats Unis, c’est pénétrer dans une forêt explorée. Pas uniquement à cause de leurs systèmes politiques quasi similaires, sinon que les deux chefs d’Etats dont je vais parler en sont arrivés soit au début soit à la moitié de leur second mandat respectif. Néanmoins, si l’un démontre une intelligence politique rémarquable, l’autre fait preuve d’une lâcheté politique incommensurable.

Dilma Rousseff prête serment dans un climat de défiance généralisée. Sans crédit à droite comme à gauche. Pire, « elle se met en opposition avec l’aile majoritaire de son parti (Parti des travailleurs – PT) et conséquemment avec son mentor Lula Inácio da Silva duquel elle s’éloigne peu à peu »explique le blogueur Fernando Rodrigues.  Selon ce même spécialiste de la politique intérieure pour le site Uol, la mise en écart des lieutenants de « Lula » révèle un tournant de la politique de la présidence Rousseff.

Des promesses, des promesses…

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La présidente Dilma Rousseff en campagne électorale – crédit photo: Blog do Planalto | Flickr.com

Elle a tout promis, mais c’est une coupe amère que les brésiliens s’apprêtent à boire en ce début d’année 2015. Dilma Rousseff continue sur sa lancée vers la droite (des idées et de l’action…) comme je l’avais annoncé à mes lecteurs sur ce blog. Le gouvernement très market friendly de Dilma Rousseff est finalement sorti. Si la droite est perplexe, la gauche pour sa part est outrée !

Les réformes politiques suivront: réduction de l’assurance chômage, restriction de l’accès à l’assurance décès… ne dit-on pas que les gens qui n’ont rien à perdre sont les plus dangereux?

C’est l’excellent éditorial du site de gauche Carta Capital qui se demande où Dilma Rousseff conduit ce Brésil et si elle le sait elle-même, car tous les signaux envoyés par la présidente démontrent l’absence d’une vision politique. Remarquez, nous restons là dans les canons de Marx:

« Les hommes font leur propre histoiremais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux: ils la font dans des conditions directement données et héritées du passé ».

« Il y aura des coupes budgétaires et probablement peu d’investissements dans l’éducation », s’inquiète un étudiant bissau-guinéen avec qui je me suis entretenu. La peur se repend. Dilma Rousseff fait peur. Dilma Rousseff s’adapte. Bref, Dilma Rousseff est une politicienne.

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Dilma Rousseff rencontre Nicolas Sarkozy à New York – crédit photo: Dilma Rousseff | Flickr.com

Jamais un gouvernement n’avait suscité autant de défiance dès la réelection d’un président, et cela se doit aux mauvais choix de madame Rousseff qui n’a cessé de courtiser les marchés aux détriments de ceux-là même qui l’ont aidée à remporter ce second mandant… sur le fil.

Comment Dilma Rousseff s’assoie-t-elle sur ses promesses? Pourquoi ce manque de courage? Pourquoi ne peut-elle pas agir (seule) comme Obama qui n’a pas non plus la tâche facile avec des républicains qui l’attendent au tournant? Qui est-elle, cette Dilma Rousseff qu’on ne comprend plus?

Le contre-exemple Obama

Lugar-Obama

Obama est à la moitié de son second mandat. Donc, il ne cherche pas une réelection. Cependant, il devra « préparer le terrain » pour le prochain candidat démocrate. 

Que fait Obama?  Il adopte une stratégie qui consiste à diviser le Parti Républicain. Comment? A travers sa politique d’immigration qui s’avère être la pierre d’achoppement des républicains .

Au minimum, le Tea Party et quelques conservateurs seront contre la « régularisation massive » des immigrés illégaux ( la majorité sont des « latinos »), ce qui tendra à leur faire perdre une bonne partie d’un électorat de plus en plus important (chez les républicains, l’un des nouveaux poids lourds est justement d’origines latines,Ted Cruz). Cette tactique porterait déjà des fruits si l’on en croit Betsy Woodruff du site américain Slate pour qui l’acharnement de Ted Cruz jouerait finalement en faveur d’Obama.

En d’autres termes, en pleine crise, Obama fait diversion en détournant l’attention de l’économie vers l’immigration: génial !

D’un autre côté, au Brésil, Dilma Rousseff divise sa propre base (comme l’indique l’editorial de Carta Capital cité plus haut dans cette note) et compromet toute perspective de victoire pour son parti en 2018.

Deux exemples qui illustrent parfaitement la lâcheté politique chez l’une et l’intelligence politique chez l’autre…

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P.S: Le choix de George Hilton, un néophyte, pour diriger le ministère des sports (à un an des JO de Rio) a également indigné le milieux sportifs en général. Autant dire que Dilma Rousseff a manqué son pénalty…

Pour aller plus loin, cliquez ici.


Le Brésil en 2014, c’était comme ça…

Du bruit dans le voisinage, une « bombe allemande »au Maracanã, un accident d’avion qui a (presque) changé l’histoire de Marina Silva du Brésil, le spectre d’Ebola qui planait sur Rio. Mais aussi, Dilma Rousseff sous le feu d’une presse adepte du terrorisme médiatique, un « empire » moribond par ci, des doodles à la sauce stéréotypée par là… Des Africains pas très intelligents, un blogueur qui perd sa virginité à 28 ans, et puis une comète dans le désert artistique brésilien. Il y a eu de tout cette année en terra brasilis. Retour sur une année traumatisante en dix billets publiés sur Carioca Plus.

Demorou mas chegou, comme on dit ici. Cela a pris du temps, mais c’est arrivé quand même. On avait terminé 2013 en beauté avec un film de Kéchiche, La Vie d’Adèle qui a fait l’effet d’une bombe dès sa sortie au Brésil. Un miracle dans un monde de plus en plus homophobe et fasciste, on l’a vu récemment avec Jair Bolsonaro, le pire député de la planète. Mais on ne se doutait pas que 2014 arriverait avec son lot d’émotions… mama mia !

1. La grande surprise de l’année, voire, la très très grande surprise pour moi en 2014 a été Kléber Mendonça Filho, cinéaste formé « à la française » tant les références à la Nouvelle Vague sont évidentes dans son oeuvre, notamment dans une radiographie de la classe moyenne brésilienne du post-lulisme. Neighbouring Sounds (Le Bruit de Récife du côté de l’Hexagone) a été classé parmi les meilleurs films de 2013 par A. O. Scott, éminent critique du New York Times. Veni, vidi… et j’ai aimé.

2. Des petits allemands bien installés à Bahia. Puis s’en vont faire une excursion à Rio, size Maracanã. Dans leurs valises, des bombes. Sept bombes. Sept buts qu’ils vont planter sans état d’âme au coeur d’un Maracanã castré de sa star Neymar… la honte du siècle !

Bang! bang! bang! bang! bang! bang et bang ! Cruels, méchants allemands qui ont fait pleurer des millions d’enfants brésiliens. Comment ont-ils osé ? En plus, du côté de Berlin, ce n’était pas vraiment une priorité nationale… et quand c’est raconté par une amie « allemande », c’est carrément… jouissif :

 « -Hein quoi ? Non encore ? Message whatsapp : comment ça 2.0 ?? Les filles, ça veut dire que dans 3 minutes il va y avoir un but !!! Il va y avoir un but !!! Hystérie. Explosion. Message whatsapp. 3-0 ? Mais non, il n’y a même pas 2.0 !! Hystérie. Aaaaaah gooooaaaal. Message. Explosions. 4-0 ? Quoi 4-0 ? Mais on vient de dire 3-0 ? Aaaah 3-0. Aaaaaaaaaah. AAAAAAH. »


Mais voilà, il fallait bien que quelqu’un fasse redescendre les Brésiliens sur terre. 7-1, « score fleuve éducatif ». Le Brésil ne sera plus jamais le même après le passage de l’armada allemande.

3. 2014 n’avait pas fini de nous offrir son cocktail maudit. Ô Dieu, éloigne cette coupe de notre face!  On s’approche des élections, rien ne se passe, on se fait chier avec des candidats polis quand, un beau matin, à Santos, un petit avion s’écrase et emporte Eduardo Campos… Coup de tonnerre dans cette campagne électorale. Marina Silva se sent pousser des ailes et change jusqu’à sa coupe de cheveux. Les sondages lui sont favorables dans un premier temps, Aécio Neves attend son heure pour jouer le trublion. Dilma Rousseff ne sait pas comment réagir. Car on ne tape pas sur les morts… Bref, une campagne relancée (amen… ) et du contenu pour ce blog. Hip, Hip, Hourra !

4. Lorsque les médias internationaux commencent à faire leurs « Unes » sur le virus d’Ebola en Afrique, la panique gagne doucement le territoire brésilien. Des sites Internet sont créés pour demander au gouvernement de freiner l’immigration africaine qui ramène son lot de maladies (VIH, Ebola et j’en passe… ). Enfin, tout ça n’est pas très net, certains demandent des contrôles médicaux pour toute africain personne qui viendrait du continent noir… On parle même de fermer les frontières.

5. Véronique Montaigne, ancienne correspondante du Monde.fr au Brésil donne de la voix sur Twitter. C’est que l’hebdomadaire Veja vient de publier une édition à charge contre Dilma Rousseff à deux jours de la tenue du second tour de la présidentielle. « Ils savaient tout », dit la Une en référence au scandale de Petrobras. Dilma Rousseff et Lula da Silva étaient donc au courant et ont ignoré le réseau de corruption qui se formaient autour de Petrobras… vous avez dit terrorisme médiatique ?

6. Un empire pour booster l’audience en chute libre de la chaîne Globo? C’est l’histoire d’un empire qu’on a vu trop beau, mais qui s’est vite cassé les dents face à un public de plus en plus exigeant et qui n’hésite plus à payer pour avoir les chaînes du câble… Império est actuellement la télénovela de 8 heures sur Rede Globo. Construite sur de belles promesses et de vieilles formules (ascension vertigineuse, argent, sexe, glamour, cynisme de la vilaine, etc.), elle peine toujours à flamber… Le divorce entre Globo et les Brésiliens est-il déjà consommé? En 2015, Rede Globo aura 50 ans, mais on annonce une série de coupes budgétaires… à suivre.

7. Google a été très inspiré pendant cette Coupe du monde au Brésil en imaginant des doodles personnalisés pour chacun des matchs diffusés... j’ai donc passé une bonne partie de mon Mundial à suivre ce « carnaval » de doodles qui, disons-le, ont véhiculé les idées reçues sur le Brésil. Bref, un programme amusant, mais révélateur de l’image que l’on a du Brésil à l’étranger : ce pays au coeur de l’Amazonie où les gens jouent au football à la plage avant de piquer un somme sur des hamacs plantés au bord de la mer… évidemment, les sudistes ne s’y retrouveront pas.

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8. Tout commence avec un geste spontané de Daniel Alves victime du racisme lors d’un match avec le FC Barcelone. Le Brésilien décide de ramasser la banane qu’on lui a lancée et de la manger… stupeur générale ! « Qu’est-ce qui lui a pris à Dani Alves de prendre un tel risque? », s’étonnera-t-on. Voilà un geste qui vaut bien une exposition Exhibit B… Le fait est qu’une agence de marketing proche de Neymar récupère l’affaire en lançant une campagne publicitaire avec le hashtag #NousSommesTousDesSinges (#SomosTodosMacacos). Evidemment, j’étais contre et je l’exprimais avec mes mots qui me vaudront les foudres de mes amis africains que j’ai traités (non sans une certaine colère) de… « cons ».

9. Jusqu’en avril 2014, j’étais vierge ! Sérieux. Je n’avais jamais fumé un joint jusqu’à mes 28 ans. La faute à mon éducation, à l’Afrique où j’ai grandi et où les drogues – même légères – ne sont pas tolérées. L’expérience a été plus qu’intéressante (je ne vous dirai pas les détails de cette folle soirée…). Pour l’occasion je suis revenu sur le débat de la légalisation du cannabis et de sa dépénalisation. Sacré débat !

Cannabis

10. Un remix de George Harrison, un groupe rock brésilien au nom argentin: Los Hermanos. C’est bien leur chanson « Anna Júlia » que Jim Capaldi et l’ancien membre des Beatles ont reprise, donnant lieu à une version anglaise plutôt fidèle. Mais, c’est la carrière solo de l’un des vocalistes de Los Hermanos qui promet. Rodrigo Amarante est une comète, oui, et il faudra bien un télescope géant pour suivre cet astre… lumineux !

Mi-bossanova, mi-rock et mi-blues, le nouvel album confidentiel de Rodrigo Amarante est le must de cette année au Brésil. Un arrangement superbe, un culot monstre (il prend le risque d’écrire une chanson en français) de celui qui a élu résidence à Los Angeles. Cette liste ne pouvait que se terminer par mon coup de coeur de 2014. Il m’est carrément impossible d’arrêter d’écouter Cometa… vous aussi, vous pouvez commencer aujourd’hui.

Si quelque chose vous a marqué en 2014 – au Brésil ou dans votre pays -, dites-le dans les commentaires…

Pour me suivre sur Twitter, @sk_serge 

 


L’Amérique qui célèbre Malala malmène Snowden

Nous vivons décidément dans un monde fou. La journée d’hier mercredi 10 décembre 2014 a été marquée, du moins de mon côté, par un événement, le live proposé par plusieurs médias français pendant lequel on pouvait entendre Edward Snowden exposer ses idées sur les libertés démocratiques dans un monde de plus en plus surveillé. Avant d’aller plus loin, je vous invite à faire un petit exercice mental : sur cette photo dans le bureau ovale, remplacez Malala par Snowden et pensez fort à cet instant magique, ainsi vous comprendrez le sens de ce billet.

Le numérique engagé pour nos libertés

Le live pouvait être suivi sur Twitter à travers le hashtag #10jourspoursigner. Malgré la piètre qualité de ma connexion, j’ai quand même pu suivre une partie de la retransmission sur Internet grâce à un tweet de Ziad Maalouf (@ziadmaalouf).

Sur les réseaux sociaux, on pouvait voir que la « communauté du numérique français » était bien impliquée sur le très sérieux problème des libertés individuelles mises à mal notamment par la CIA et la NSA. Vous remarquerez par exemple, sur cette photo , l’un des pionniers du data-journalisme en France, Jean-Marc Manach du blog Bug Brother en arrière-plan (il porte le chapeau préféré des communistes , attention), ainsi que certains acteurs du net tout aussi importants, mais cependant moins connus… (clin d’oeil spécial pour le mec en jaune…)

Bref, la journée était spéciale pour les journalistes, les blogueurs, les ex-journalistes comme moi-même, et tous ceux qui s’intéressent aux droits de l’Homme.

Si vous avez perdu le direct organisé ce mercredi par Amnesty France (@AmnestyFrance), pas de panique. Il y a eu assez d’émissions de radio (désolé pour ceux qui ont du mal à se concentrer sans une référence visuelle) dont voici quelques liens:

ou celui-ci:

 

Hier mercredi toujours, on a longuement discuté sur les médias internationaux (CNN, Globo, etc.) sur un rapport du Sénat américain qui révèle les tortures utilisées par les Etats-Unis pendant les guerres d’Afghanistan et d’Irak. Curieusement, au Brésil, la présidente Dilma Rousseff recevait le premier rapport de la Commission vérité (CNV) créée au début de son premier mandat pour faire la lumière sur les violations des droits de l’homme pendant la dictature. On apprend donc que près de 500 personnes ont disparu au Brésil entre 1964 et 1986.

Le prix Nobel pour Malala, l’exil pour Snowden

Il se peut que dans 200 ans, les historiens définissent cette différence de traitement entre Malala et Snowden comme la grande contradiction de notre époque. Comment la même civilisation fut-elle capable de célébrer deux grands activistes des droits de l’homme récompensant l’un par le prix Nobel de la paix et l’autre par l’exil, se demanderont-ils.

Comprenez bien une chose : Snowden aussi est célébré; il devient même une espèce de gourou de la liberté. Cependant, il existe contre sa personne un veto tabou qui interdit que tout éloge soit fait en sa faveur à la télévision.

Le contraste est frappant. Alors que j’attendais une mention à Snowden sur CNN (la chaîne de télévision que je reçois grâce à un abonnement au câble) et Globo (géant de l’audiovisuel au Brésil), j’ai pu constater l’absence totale du lanceur d’alertes sur ces deux chaînes de télévision.  Aucune mention.

NadaOn aurait cru à une consigne passée aux journalistes leur interdisant de parler du sale traître réfugié en Russie, sacrilège! Même le site de CNN boycottait l’américain.

Malala, quant à elle faisait la Une un peu partout. Il est bien vrai que la nouvelle star des défenseurs des droits de l’homme a ce petit côté attachant, ce n’est pas moi qui vais en douter. Elle a effectivement une « bonne histoire à raconter », elle représente une mine d’or pour médias qui raffolent des histoires « adaptables » au cinéma. Cela vend. Pour autant, est-il justifié qu’elle éclipse à ce point Edward Snowden dans l’imaginaire collectif?

Les femmes insultées à Brasília

Pendant ce temps-là, du côté de Brasília, le député conservateur lié au mouvement des évangélistes, Jair Bolsonaro, fait des vagues après ses déclarations plus que douteuses : « Si je ne te viole pas, c’est parce que tu ne le mérites pas… « , a-t-il déclaré à l’encontre d’une collègue députée en pleine session parlementaire.

Traduction, au cas où vous n’auriez pas complété le syllogisme: certaines femmes méritent bien d’être violées. Ce qui n’a pas manqué de créer une sacrée polémique, vous vous en doutez. Quatre partis politiques ont demandé la cassation de son mandat, mais autant rêver et souhaiter le retour du Christ pour ce Noël…

Difficile de comprendre notre époque en effet…

Pour suivre la conférence d’Edward Snowden en anglais, c’est par ici:


Dilma 2.0 : un gouvernement (très) « market friendly » au Brésil

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La Bourse de São Paulo, IBOVESPA – crédit photo: Rafael Matsunaga – wikimedia commons

Dilma Rousseff a gagné les élection en 2014, exact ? Faux ! Elle les a perdues. Du moins moralement et symboliquement. Les intégristes de la langue de Molière me pardonneront cet écart de langage; « market friendly » n’étant pas très « french friendly« , je sais, mais les exigences du métier, c’est-à-dire écrire à l’ère du SEO m’y obligent. D’ailleurs, la présidente du Brésil, Dilma Rousseff est dans la même démarche: s’adapter… au marché et au numérique (2.0).

Après une campagne électorale marquée par une surenchère dans l’utilisation d’un discours progressiste, tant à droite qu’à gauche, voilà que Dilma Rousseff (PT, Parti des travailleurs) se met en tête de séduire les marchés qui la bouderaient depuis le premier tour de la présidentielle.

On annonce donc une reformulation des ministères du côté du Palácio do Planalto, avec une entrée massive, si l’on peut dire ainsi, des conservateurs. Au Brésil, si cela peut choquer certaines sensibilités de gauche, institutionnellement, ça reste très faisable grâce à un présidentialisme de coalition qui favorise les accords post-électoraux.

L’ancien maire de São Paulo, Gilberto Kassab est donc pressenti pour le ministère de la Ville. Kassab est réputé conservateur et a fait alliance pendant un long moment avec l’actuel gouverneur de São Paulo, Geraldo Alckmin (PSDB, social-démocrate) qui roule pour l’opposition. Sur cette carte interactive élaborée par le quotidien Folha de São Paulo, il est possible de voir les changements que pourra apporter Dilma Rousseff à son gouvernement 2.0 et surtout très Market Friendly.

Dilma 2.0 sera donc un gouvernement progressiste formé par des ministres de droite ? L’ingénierie révèle au moins un fait : remporter une élection est une chose, gouverner en est une autre.

Et surtout, il apparaît clairement que Dilma Rousseff est ressortie fragilisée de ces élections notamment parce que son parti a perdu des sièges au Parlement.

Ces dernières semaines, le nom de Kátia Abreu (PMDB, centre droit) pressentie au ministère de l’Agriculture a fait couler beaucoup d’encre; car elle dirige actuellement la confédération de l’agriculture et de la pêche, un secteur de la production pas toujours bien vu par les mouvements sociaux…

De plus, Dilma 2.0 fera attention à ne pas nommer un ministre qui serait par la suite emporté par le scandale de Petrobras. On se souvient qu’après son élection de 2010, la présidente Rousseff a dû changer six ministres pris dans une autre tempête de corruption.

Madame Rousseff est donc très loin d’être en position de force. Elle doit composer, et ici, le parallèle avec Obama 2.0 est très opportun, car si Dilma Rousseff s’efforce de plaire à un Parlement opposé à son programme et également très Market friendy, Obama a décidé de passer en force notamment sur le dossier de l’immigration.

Tout ceci me fait penser à une anecdote très connue dans les années 1990 et que Julie Owono (@JulieOwono), la grande journaliste camerounaise me rappelait un peu par hasard sur le réseau social Facebook. Parlant de l’affaire Exhibit B, elle a additionné le hashtag #TINA provoquant ainsi ma curiosité. Naturellement, j’ai pensé à la gourou des marchés, Margaret Thatcher et son fameux slogan There Is No Alternative, sans me rendre compte que l’acronyme avait depuis été resignifié en This Is New Africa – donc aussi, #TINA.

Bref, il me semble que ce slogan si cher à Margaret Thatcher n’a pas fini de nous gouverner, du moins symboliquement. Car on le voit bien que dans tous les pays, les gouvernements sont préoccupés par une obscure nécessité d’être Market friendly, c’est-à -dire, fréquentables.  Qui a dit que le thatchérisme était mort?

 


Le racisme et l’islamophobie, modus vivendi en Israël

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Crédit photo: Roger Blackwell | Flickr.com

Simple artisan de la caméra qu’il est sans doute, Marcel Ophuls, fils du «Grand Max» embarque dans une voiture à la recherche de la vérité sur la dégradation du conflit israélo-palestinien. La vérité qui l’intéresse est en fait un condensé de vérités, puisqu’il donne la parole aux nombreux acteurs de ce brûlot qu’est devenu le territoire israélien. Ce que l’on découvre est un lamentable spectacle d’islamophobie.

Des personnalités comme Zeev Sternhell (l’un des plus grands intellectuels israéliens encore en vie, c’est lui qui mériterait l’Académie, pas Finkelkraut) et Edwy Plenel prêtent leur nom à ce projet du documentariste franco-allemand; le but étant de récolter assez de fonds pour filmer ce documentaire dont le budget s’évalue à 50 000  euros.

Il faut donc le voir. Il dure – pour l’instant – 12 minutes. On y voit en passant, Jean-Luc Godard, pas très agréable, certes; mais c’est semble-t-il l’intention initiale de Marcel Ophuls. Cela commence avec un certain humour, mais le ton va vite monter pour atteindre le tragique irrémédiable…

Voilà donc Marcel Ophuls, accompagné de son guide, un homme dans la trentaine, Israélien résigné par le spectacle du radicalisme qui s’empare de la jeunesse de son pays, il sait que lui aussi est responsable puisque tout se fait au nom des juifs: « nous sommes tous embarqués », confesse-t-il à Ophuls.

Pour une jeune fille qui songe à « épouser un Arabe », le suicide sera peut-être la seule issue. Sinon, des jeunes radicaux se chargeront de l’éliminer comme un cancer qu’on extirpe: » Si elle se perdait elle-même, il n’y aurait pas de problème. Mais là, c’est l’âme de ses futurs enfants qu’elle veut perdre et aussi Israël, c’est inacceptable! », des propos absurdes qui laissent parfois penser que l’on nage dans la simple fiction. Hélas, non.

Ce documentaire, s’il sort un jour, devra être vu en complément du film de Charles Enderlin, correspondant depuis quarante ans pour une chaîne française en Israël, lui aussi résigné… Est-ce le sort de tous ceux qui ont vu ce conflit de près?

C’est un road movie filmé sous forme d’enquête initiatique que l’on espère voir prochainement… en 2015, normalement. En attendant, ces 12 minutes suffisent…


Au Brésil, des candidats analogiques à l’ère du numérique

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Crédit photo: Stomi |wikimedia commons | cc

Un mois est passé depuis la réelection in extremis (enfin, selon les standards de la presse opposée au pouvoir) de Dilma Rousseff – avec 52, 45 %. L’actualité est encore chaude mais déjà des études commencent à être publiées afin de tirer les premières conclusions de ces élections. Ma semaine a été plutôt chargée entre deux congrès de Science politique très importants; mais au final, l’effort valait bien la peine. J’ai particulièrement aimé la conférence de Michel Neil, jeune consultant politique basé à Brasília qui a, au passage, fait son doctorat avec mon ancien directeur de mémoire.

Des électeurs fatigués?

Michel Neil est donc parti de quelques interrogations assez simples: pourquoi le Parti des Travailleurs a considérablement reculé durant ces dix dernières années, obtenant systématiquement des résultats inférieurs à ceux des élections précédentes? On se rend compte par exemple, qu’en 2002, Lula da Silva est élu avec 61, 32 %, puis 60 % en 2006 lors de sa réelection. D’un autre côté le parti de l’opposition n’a jamais atteind 40 % entre 2002 et 2010.

Or, en 2014, Dilma Rousseff obtenait un peu plus de 52 % des voix pendant que Aécio Neves flirte avec les 50 %.

Selon Michel Neil qui a bien évidemment étudié les sciences politiques américaines, cela serait dû à un phénomène récurrent dans les comportements électoraux. Les électeurs ont tendance à présenter une certaine fatigue électorale après de longues périodes de règne d’un seul parti. On peut donc en conclure que l’idéologie n’a rien à voir avec la « débacle électorale » du PT, moins encore les affaires de corruption. Il se produit tout simplement un effet naturel de renversement des attentes sur les promesses électorales. Suivant cette logique, on peut aussi penser que le PT perdra les prochaines élections quelque soit le candidat présenté (ce pourrait être Lula, coucou Poutine…).

Paradoxalement, l’opposion n’a pas saisi cette chance et c’est le gouvernement sortant qui a compris cette dynamique qui révélait une « fatigue électorale », d’où l’utilisation d’une réthorique portant sur la promesse d’encore plus grandes transformations: Brasil Muda Mais.

Le mythe d’un Brésil divisé

Contrairement aux arguments fallacieux, racistes et xénophobes entendus dans les médias tant nationaux qu’internationaux, les électeurs ne votent pas selon leurs appartenances régionales; les nordistes ne votent pas systématique pour le PT parce qu’ils sont moins instruits ou moins modernes politiquement. A l’opposé, les sudistes ne votent pas à droite parce qu’ils sont plus éclairés, plus rationnels et moins enclins au clientélisme… Le clivage le plus déterminant dans une élections est axé sur le revenu.

Des candidats analogiques à l’ère du numérique

Une révélation plutôt anecdotique en dit long sur les dirigeants brésiliens dont l’inculture en matière d’utilisation des nouveaux médias est assez comparable aux politiciens de France. C’est donc lors de cette conférence que j’ai appris que Dilma Rousseff (@dilmabr) et Aécio Neves (@AecioNeves) n’ont réactivé leurs comptes Twitter qu’après les manifestations monstres de Juin 2013. Ils sont donc réactifs alors qu’ils devraient être proactifs.

Par ailleurs, Michel Neil a insisté sur le fait que les canaux de communication entre cette Génération Millenium – âgée de moins de 25 ans – et le pouvoir sont inexsitants. Plus impatiente, elle n’a pas connu l’inflation, le chômage structurel des années 1990, ou la dictature. Elle ne croit pas aux grandes promesses (Bolsa Família, le Plan Real, etc.) moins encore aux grands slogans.

Des chiffres étonnants !

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Des électeurs d’Aecio Neves aux dernières élections de 2014 – crédit photo: Drispaca | Flickr.com

Certains chiffres présentés lors de cette conférence sont impressionants et révélateurs d’une mutation profonde qui affecte le scénario politique brésilien, malheuresement, en mal (de mon point de vue, bien sûr).

Ce qui est frappant c’est d’observer une « américanisation » des pratiques politiques. Ainsi, on apprend que sur l’ensemble des mercredis d’une année normale, 15 milles lobbistes visitent le parlement brésilien. Parmi eux, d’anciens députés qui ont un passe-libre alors qu’ils ne devraient plus avoir accès à certains locaux de l’institution. En comparaison, le Pain de sucre à Rio de Janeiro attire 8 milles touristes sur l’ensemble des mercredis d’une année. Brasília serait-elle donc à l’image du Washington de House Of Cards assassinats exclus?

« L’énorme activité des lobbies et des groupes d’intérêts est inquiétante surtout qu’elle n’est pas réglementée; de plus, les minorités sont sous-représentées – les noirs et les femmes notamment » expliquaient Michel Neil après que je l’aie questionné sur un chiffre (ci-dessous) qu’il présentais sans une analyse plus approfondie.

80 % des députés élus se déclarent de race blanche. Ce chiffre est très significatif dans un pays où 52 % de la population se déclare de race noire (au cas où le lecteur ne le saurait pas, au Brésil la race est déclarée. Elle est complètement subjective, voire stratégique, si l’on veut profiter des politiques de quotas).

Enfin, comment ne pas s’indigner contre le fait que les élections brésiliens sont les plus chers du monde après celles des Etats Unis? Un homme politique élu a plus de chance de se faire réelire qu’un novice. Cela est dû à des multiples raisons allant d’une plus grande culture organitionnelle (adapté à la compétition électorale) à une utilisation illégale des ressources publiques.

Suivez-moi sur Twitter @sk_serge

P.S: Ce billet est dédié à J.M Hauteville.

 


Sagnol; des propos honteux

 

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Claude Makelele, Willy Sagnol et Lulian Thuram – crédit photo: chocolatebird / Flickr.com

C’est que le joueur avait une sacrée patte. Plusieurs fois, je le rappelle à mes proches qui oublient vite qu’avant Sagna, le football français a déjà eu un Sagnol. L’homme au pied magique, celui qui d’un coup de patte déposait des offrandes sur les têtes des attaquants du Bayern Munich et de l’équipe de France. Un fuoriclasse, comme disent nos amis italiens. Mais voilà, le crépuscule des idoles n’est jamais trop loin. Sagnol a tué son propre mythe, dans un instant d’égarement, il a oublié de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Ce que moi aussi je vais me permettre ce soir.

J’adorais le joueur. Un monstre. Un latéral droit comme on en produit plus en France, en Europe, dans le monde tout court. Willy Sagnol était un artiste, né pour faire des centres, de longues transversales, des « changements », des inversions de jeu… A Munich ou en équipe de France, il a laissé une marque à tel point que personne n’a douté de ses compétences lorsque ce dernier a décidé d’échanger ses crampons pour une chemise blanche… la pelouse pour le banc.

Entraîner, pour un mec comme Sagnol allait de soi. Et, n’est-ce pas que ses premiers mois en tant que coach de Bordeaux, qui plus est ma ville natale, nous prouvaient encore une fois que l’homme est prédestiné? D’abord, il y eut cette sacrée correction sur Monaco, 4-1 sans appel. Ensuite, plusieurs matchs probants.

Sagnol avait donc une certaine « science tactique ». Et s’il en avait, il fallait donc qu’il parle, qu’il partage cette  » science  » au commun des mortels que nous sommes. La parole de Willy Sagnol, ce saint à la patte magique, est devenue un trésor médiatique que l’on s’arrache. Mais, c’est bien là que les médias ont commis une erreur. Car, avant la malheureuse déclaration de Sagnol sur le  » Joueur africain typique  » (JAT), l’actuel entraîneur de Bordeaux donnait des indices d’un certain  » égarement verbal « , là aussi, typique (EVT).

Il s’est tout d’abord emporté contre un arbitre en des termes très négatifs, on s’en souvient, monsieur Tony Chapron en avait été la victime. Sagnol signalait que monsieur Chapron devait  » faire de la danse ou du patinage artistique « . Pour ce qui du machisme, il est clair que Willy Sagnol n’est pas en reste.

Oui, vous nous avez surpris, monsieur Sagnol. Moi et aussi Thuram, votre ancien coéquipier. Je ne m’étendrai pas trop, monsieur Sagnol, car je dois préparer une leçon pour mercredi matin, ce qui est bien plus important que de ressasser vos mots contre le « JAT », mais voilà, je vous laisse un petit souvenir de Thierry Roland, paix à son âme…

Jamais un individu n’aura autant mérité cette inoubliable envolée lyrique de Thierry Roland lors d’un France-Bulgarie… jusqu’à aujourd’hui : « Alors ça, je n’ai vraiment pas peur de le dire, monsieur Sagnol, vous êtes un salaud! ».

https://www.youtube.com/watch?v=c_Mq0dNoiDY