Serge

Robert Kidiaba, l’idole d’un club aux supporters racistes?

Cher Roberto,  puisque c’est comme ça qu’on t’appellera bientôt si tu décides, comme on peut le lire dans des médias sérieux, de venir faire un pige de quelques mois à Porto Alegre au sein du club azul de Grêmio. Sais-tu au moins dans quelle galère tu t’enfonces? As-tu été bien conseillé? Je sais bien que les sportifs congolais ne sont pas réputés pour avoir des bons souffleurs de sagesse accrochés à leurs oreilles, mais j’insiste: sais-tu dans quelle galère tu entres?

Tu sais « Roberto », lorsqu’en 2010, ton équipe le TP Mazembe a humilié l’Internacional de Porto Alegre, frère ennemi du Grêmio, on n’imaginait pas que tu deviendrais par la même occasion l’idole d’un des plus grands clubs de football d’Amérique latine (évidemment, après mon eterno Corinthians…).

Les Colorados [à cause de leur uniforme rouge] – oui, c’est comme ça qu’on appelle les supporters d’Internacional – te détestent. Ils te détesteront encore plus si tu décides de signer au Grémio, l’éternel rival. Le frère ennemi donc, comme je le disais.

Et laisse- moi te dire, « Roberto », que tu as choisi le mauvais frère. Dans cette affaire de pige que l’on annonce… que dis-je, que tu annonces toi-même sur Whatsapp, il me semble que ton rêve pourrait vite se transformer en cauchemar.

Car, mon cher compatriote, tu t’apprêtes à signer pour un club dont les supporters sont réputés racistes.

Sais-tu par exemple, qu’ Aranha, gardien de but de Santos, le club formateur de Neymar et Pelé, a connu sur la pelouse du nouveau Arena Grémio, le pire moment de sa carrière, lorsque des supporters l’ont pris à partie à cause de la couleur de sa peau? [VIDEO]

Et laisse-moi te dire, cher « Roberto », qu’Aranha n’est pas plus « clair » que toi. Ou plutôt que toi, tu n’es pas plus « clair » que lui. Certes beaucoup de Noirs ont joué pour Grémio, Ronaldinho est le plus connu des tous, Zé Roberto (tiens, vous portez le même prénom, c’est peut-être un signe du destin) en est un autre. Mais à Porto Alegre, il n’est jamais facile d’être Noir.

Ok, j’apprends aussi que tu aimes beaucoup Gramado, cette petite ville du sud que l’on nomme A Alemanha do Brasil [l’Allemagne du Brésil en portugais], mais tout de même, tu n’auras pas la vie facile là-bas. Quand bien même tu y rencontrerais beaucoup de Congolais; j’en connais personnellement, je pourrais même te les présenter si tu le souhaites.

Voilà, en 2010, tu as ridiculisé le grand Internacional, le club formateur de Pato. A chaque occasion qui se présente, les Colorados souffrent d’entendre leurs rivaux prononcer ton nom : « Kidiaba ». Ce rappel que la défaite en Coupe du monde des clubs fut la plus grande humiliation de l’histoire sportive du Brésil. Enfin, ça, c’était avant le fameux 7-1 importé directement chez nos amis allemands

Mais, ne parlons pas de ce qui pourrait nous faire du mal. La blessure n’ayant toujours pas cicatrisé…

Tu n’as jamais évolué au Brésil, mais ici tout le monde te respecte. Alors pourquoi risquer de briser ce mythe lointain ? Ton nom évoque une danse, celle des fesses – sacrés abdominaux mon cher Kidiaba-, souhaitons qu’il entre un jour dans les dictionnaires du monde entier, un peu comme le verbe « Zlataner« . Les générations futures diront ainsi : « Celui-ci a fait une kidiaba », « celle-là est une spécialiste de la kidiaba ».

Reste « chez nous » Kidiaba. Profite de ta retraite, ne viens pas au Grémio, car ses supporters ne te méritent pas. Encore moins ses dirigeants. Un ancien président du club n’a-t-il pas déclaré que « les chants racistes faisaient partie du folklore du football »? Et tu sais bien que dans le football, les traditions ont la peau dure…

Cher « Roberto », je vais m’arrêter ici, pour te laisser fêter cette belle victoire sur nos frères équato-guinéens avec lesquels je suis solidaire suite à la vague raciste dont ils sont aussi victimes à cause des violences du match contre le Ghana…

De ton côté, pense bien, cher Robert Kidiaba. Ce succès qui est le tien, mérite-t-il d’être confronté à l’implacable racisme d’une bonne partie du public de Grémio?

Et si par hasard tu décidais de venir malgré mes avertissements, rassure-toi, il y a au moins une chose que tu auras le bonheur, j’en suis sûr, de connaitre, la fameuse avalanche des supporters du Grémio. C’est une sorte de danse synchronisée exécutée dans les tribunes que l’ont peut voir chaque fois que cette équipe marque un but… juge plutôt:

Bises…

@sk_serge 

 


J’ai changé d’avis sur la CAN 2015

Non, ce billet n’est pas une traduction de l’article d’Emily Nussbaum (@emilynussbaum) du New Yorker, elle aussi victime de sa propre précipitation – ô vanité – comme moi; ce qui l’avait obligée à se rétracter publiquement et reconnaître la qualité de la série de Steven Soderbergh – The Knick – dans un article qui entrera dans les annales de l’humilité journalistique: I change My mind about « The Knick« . 

Apprentis journalistes, apprentis blogueurs, apprentis sorciers, on vous a dit à l’école de journalisme, du blogging ou de la sorcelerie qu’un vrai professionnel ne change pas d’avis, qu’il ne se trompe jamais. Que se tromper et reconnaître son tort c’est courir le risque de perdre toute crédibilité… balivernes !

Il y a des occasions où changer d’avis vous grandit. C’est comme le disait un poète célèbre pour ses films d’action, Jean-Claude Van Damme: « seuls les idiots ne changent pas ». Et comme je ne suis certainement pas un idiot et que je me noie franchement dans mon intelligence… remarquez, je ne sais pas nager. Bref.

Oui, tout est affaire d’humilité. L’humilité d’un blogueur qui s’acharne contre une Coupe d’Afrique des Nations à laquelle il ne trouve aucune qualité (ça c’est moi);  ou celle d’une journaliste qui s’attaque sans réserve à un chef-d’oeuvre sérielle (ça c’est Emily).

Mais, pour ma défense, je ne suis qu’un pauvre blogueur sans influences…

Je ne me tromperai pas si j’affirmais être l’un des critiques les plus féroces de la CAN 2015 et même de la RD Congo. Mon pays n’a-t-il pas livré le match nul le plus nul de l’histoire des coupes d’Afrique?

Ce dimanche encore j’écrivais ceci sur ma page Facebook:

Encore une fois, je reviens sur cette affaire de calendrier de la ‪#‎CAF‬. Il me semble nécessaire d’ouvrir un débat sur l’organisation de la ‪#‎CAN‬ en juillet. Lors du premier match de la ‪#‎RDC‬, se jouait à la même heure City – Arsenal. Inutile de vous dire quel match j’ai regardé. Aujourd’hui, de nouveau la RDC joue… en Europe, il y a Chelsea – City, Real Madrid C.F.– Real Sociedad… Le football, ce n’est plus une question de patriotisme monsieur ‪#‎Hayatou‬ , alors quand vous mettez votre propre compétition en concurrence avec les meilleurs championats du monde, c’est dire si vous vous fichez du monde. Personnellement, j’aime le beau jeu… je ne regarderai donc pas la ‪#‎CAN2015‬ aujourd’hui.

Bon, voilà. Non seulement j’ai regardé le match, mais en plus j’ai aimé. Je demande publiquement pardon comme Emily. Si elle l’a fait, pourquoi pas moi? Mais, sur cet aspect du calendrier, je signe.

La RD Congo a toujours été un pays atypique. En 1998, au Burkina Faso, nous avions renversé la situation en trois minutes inscrivant 3 buts. Du jamais vu dans le football professionnel. Mais comme le dit un célèbre chanteur congolais JB Mpiana, « RDC eza eloko ya makasi »*.

Les situations impossibles, ça nous connait. Et voici donc que dans une CAN marquée par son austérité, la RDC inscrit 4 buts en 30 minutes. Il y avait 5 % des chances que cela arrive dans cette CAN. Fini aussi, le mythe du sorcier blanc.

Nous sommes en demies finales, Kabila est content, Vital Kamerhe est contrarié et me voici donc reduit à faire l’éloge d’une compétition qui a vécu sa seconde vie dès l’instant où le ghanéen Gyan a inscrit ce but fabuleux contre l’Algérie.

Vivement la suite.

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* La RDC est une affaire  des durs, traduit du lingala.

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Le jour où Mark Zuckerberg a téléphoné à Kabila

https://eu.wikipedia.org/wiki/Mark_Zuckerberg#mediaviewer/File:Mark_Zuckerberg_-_South_by_Southwest_2008.jpg
Mark Zuckerberg – crédit photo: Jason McELweenie | Flickr.com

Les deux hommes sont très timides. Ils ont tous les deux connu la gloire très jeunes. Kabila avait tout juste vingt-neuf ans lorsqu’il a hérité (à contrecoeur, souligne-t-il) de la présidence de la République démocratique du Congo, Mark Zuckerberg est lui un véritable self-made-man, lui aussi est capable de quelques coups foireux comme son ami congolais. Il suffit pour s’en convaincre de revoir l’électrique biopic fait sur ses débuts par David Fincher, maître américain du polar.

Joseph Kabila a un problème. Il est mal entouré, mal conseillé et doit faire avec son ministre de la Communication Lambert Mende qui prend la grosse tête à force d’engueuler tel ou tel journaliste, lui le pyromane de service de ce « régime finissant », si l’on en croit Ethienne Tshisekedi, lui-même éternel opposant finissant… vous suivez?

Kabila ne sait plus où donner de la tête. Voilà pourquoi il a demandé à ses ministres ce qu’il devait faire pour contrôler les manifestants qui tentent de s’opposer à la modification de la loi électorale. A court d’idées, les ministres Mende et consorts lui ont recommandé la « méthode nord-coréenne » étant donné que la méthode burkinabè à été avortée avant même de naître.

La méthode coréenne est simple. Il se tient pas à carreau le petit peuple? Coupe Internet. Ton oncle veut te faire la peau en « off », tu lui coupes la tête et la donne à manger aux tigres. Les Américains veulent faire un film sur toi? Tu actives tes hackers particuliers et tu pirates un studio hollywoodien… au hasard, Sony Pictures. Bref, la méthode est infaillible.

De son côté donc, Mark Zuckerberg, éminent défenseur des droits de l’homme… que dis-je? Des droits fondamentaux. N’en déplaise à son compère Bill Gates… Zuckerberg, donc, ayant remarqué que l’engrenage de la méthode nord-coréenne était en marche en RDC a décidé d’interpeller directement son copain Kabila. Tout de suite donc, il active son « téléphone bleu »:

– Allô, Joseph, boni yo?*

Akuna matata**, Mark…

Mais, Joseph, que se passe-t-il à Kinshasa, tu as coupé Facebook? Tu me fais ça à moi ? Tu coupes les droits fondamentaux maintenant ?

Apana***, Mark, j’ai pas coupé Facebook. J’ai coupé Internet. Je protège tes intérêts ici moi.

Le Zuckerberg n’en revient pas:

Ya José, je t’ai déjà dit qu’on ne coupe pas Internet, puisque ça coupe Facebook et ton pote Mark, pas content.

– Oh, mon Dieu, ce Lambert, le salaud ! Il m’a eu. II veut ma tête, c’est lui qui manigance tout ça dans mon dos. Comment a-t-il pu couper Facebook ? Je suis très en colère.

Mark Zuckerberg connaît bien son ami, lorsqu’il est en colère ça peut aller dans tous les sens. De plus, si l’on suit la logique de la méthode nord-coréenne, quelqu’un risquerait d’y perdre sa tête à ce petit jeu là.

Ya José, calma-te, calma-te ! Ne vas pas décapiter ton oncle juste parce qu’il a coupé Facebook, Internet on s’en fout [Je lui dis ça, mais je le pense pas, hi hi].

– Ah ça, c’est déjà fait… Lambert n’est pas mon oncle en plus. Et puis mes tigres que le « vieux Kim » m’a envoyés ne s’alimentent plus depuis la « fin tragique de tonton ». Il faut faire quelque chose.

Bah, écoute, si tu tiens vraiment à couper quelque chose, coupe Twitter… ça m’arrangera.

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P.S: Ce texte est une fiction.

* Comment vas-tu? – Mark Zuckerberg parle chinois, lingala, swahili, Kicongo, népalais, grec, etc.

** Il n’y a pas de problèmes, en swahili.

*** Non, en swahili.

 


RDC: le deuxième coup d’Etat blanc de Kabila ne fait plus rire

Il est tout de même consternant de voir un spécialiste de la RD Congo, en l’occurrence, un journaliste de France 24, refuser l’évidence, c’est-à-dire, reconnaître face caméra que la tentative de changement de la loi électorale en RDC est au moins aussi grave que celle qui a causé la chute de Blaise Compaoré; d’autant plus que Kabila n’en est pas à son coup d’essai. Le fils du héros national Laurent Désiré Kabila est passé maître dans l’art du coup d’Etat blanc.

En 2010, rappelez-vous, la loi électorale avait déjà été modifiée, substantiellement, il faut le préciser. Car plus de 100 articles furent changés, notamment celui qui fixait l’organisation de l’élection présidentielle en deux tours si aucun des candidats n’atteignait la majorité des voix, soit 50 % plus une voix.

Dès cette année-là, un peu dans le silence et l’incompréhension générale, puisque c’est ainsi qu’opèrent les voies impénétrables du kabilisme, les élections furent truquées avant même le coup d’envoi.

Et là, je laisse ce débat aux juristes qui sauront mieux que moi établir la légalité d’une telle victoire, même si en 2011 l’opposition « avait marché » et accepté de participer à une élection anti-constitutionnelle, non sans aucune pression de l’Occident, fatigué de « dépenser » de l’argent pour la RDC.

La méthode était innovante. Après tout, Kabila et ses conseillers n’avaient pas touché à la Constitution, mais à la loi électorale. Une démarche a priori sans conséquences, si ce n’est que le prochain président congolais serait élu sans la majorité des voix nécessaires définies par la Constitution…

Le principe démocratique était sacrifié d’avance dans un contexte politique où la vanité de Vital Kamerhe et Ethienne Tshisekedi les empêchait de faire front commun contre Joseph Kabila. Divisée, l’opposition partait tout droit vers sa perte. Kabila réélu avec une trentaine de voix. Sacrée démocratie !

Les observateurs reconnaissaient de « graves problèmes » dans l’organisation des élections, mais rien de déterminant au point que cela justifia l’annulation des résultats. Encore une fois, le fond du problème était ailleurs.

J’écrivais en 2012 dans mon mémoire de recherche que « l’opération de Kabila » consistait en une espèce de coup d’Etat blanc. A l’époque, peu de gens faisaient la même analyse que moi. Or, aujourd’hui, cette thèse tend à être majoritairement admise, d’autant plus qu’elle est à la base des manifestations publiques qui ont débuté à Kinshasa et ailleurs en RD Congo depuis le 19 janvier 2015.

On notera d’ailleurs que les dates festives de nos héros (Lumumba et L.D. Kabila) ont été salies par la mort de près d’une centaine de manifestants dont des étudiants.

Le coup d’Etat blanc est une méthode bonapartiste qui a fait ses preuves, on le sait depuis le 18 Brumaire de Bonaparte écrit par Karl Marx. L’oeuvre est un classique en science politique, mais pas auprès du grand public. Voilà qui est malheureux. Aucune goutte de sang n’est versée, mais le coup asséné à la démocratie est tout aussi fatal. Sauf qu’aujourd’hui du sang vient justement d’être répandu sur Kinshasa.

Tôt ou tard, cette stratégie allait se heurter à une résistance populaire. Mais au Congo, la résistance populaire n’a que peu d’effet, on le sait. C’est pourquoi j’observe avec une certaine jubilation le fait que plusieurs députés et hommes politiques liés à la majorité présidentielle lâchent peu à peu Kabila.

La modification de la loi électorale nous a été fatale en 2010, pas en 2015. Mais, c’est peut-être le moment idéal pour changer les choses. Le Burkina Faso nous a montré que le peuple reste maître de son destin et qu’il peut le revendiquer quand il le désire.

Que ceux qui ont appris les leçons du « pays des hommes intègres » agissent en conséquence.

P.S : Internet est toujours coupé en RDC.

Article initialement publié sur mon blog dédié à la RD Congo

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Ma CAN 2015 sans langue de bois

Suspendons un moment le débat sur Boko Haram et attaquons-nous un instant à la CAN 2015. La compétition phare de Issa Hayatou et Constant Omari (le Congolais). Sincèrement, les années passent et les mêmes choses se répètent, la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) est une déception en termes d’organisation et révèle la fragilité managériale des dirigeants de la CAF.

Qui signe les accords relatifs à la diffusion de cette compétition? Qui négocie avec les chaînes? Quelles sont les clauses contractuelles? Je ne sais pas si en définitive, la CAN est destinée à un public résidant exclusivement en Afrique. Je ne sais pas non plus si les organisateurs estiment que le continent américain ne mérite pas une large diffusion. Les Anglais, eux, n’hésitent pas à vendre leur Premier League aux Esquimaux…

En revanche, je sais qu’en Amérique latine, cette compétition n’a aucune valeur marchande. Le samedi de l’ouverture de cette CAN, aucune chaîne gratuite au Brésil ne diffusait l’événement. Quant aux chaînes privées, elles ne passeront que les images du premier match, celle de la Guinée équatoriale. Avec tout le respect que je dois à ce pays, on s’en fout de leur match !

Une seule chaîne ayant acheté tous les droits de cette compétition, elle se permet de diffuser quand elle l’entend des matchs choisis, me semble-t-il, sur le « critère de l’audience supposée ».

Tenez, un exemple. Le premier match de la RD Congo contre la Zambie n’est jamais passé. Par contre, hier mardi 20 janvier, tous les matchs sont passés à la télévision, c’est la chaîne câblée Sport TV 2 (du groupe Rede Globo) qui en détient les droits. On les comprend. Il vaut mieux diffuser un « Mali-Cameroun » qu’un « Zambie-RDC ».

Et là où je condamne doublement la CAF, c’est évidemment l’élaboration du calendrier de cette CAN. Personnellement, je n’ai pas regardé le match entre la Zambie et la RD Congo, bien que j’aurais pu le faire sur Internet. Excusez-moi, mais lorsqu’un « si petit match » est mis en concurrence avec Manchester City- Arsenal, il n’y a pas photo.

Je ne doute pas qu’en Europe, en Asie ou ailleurs les gens aient préféré regarder le derbis anglais plutôt que cette « rencontre inédite » entre la Zambie et la RD Congo.

Le football n’est pas qu’une question de patriotisme. C’est une belle foutaise sur laquelle monsieur Issa Hayatou et sa CAN continuent de miser. Nous vivons à l’ère du football spectacle. J’ai observé les journalistes français que je suis sur Twitter, aucun ne commente la CAN sauf les exotiques tel que Hervé Penot… Ils préfèrent twitter sur un tout aussi indigeste Nantes-Olympique Lyonnais.

Mais même là, la CAN reste une purge en comparaison. Jusque-là, seule l’Algérie a réussi à marquer 3 buts. La moyenne générale étant désastreuse. Les gros couteaux de la compétition proposent un jeu triste et sans imagination. Les Camerounais ne me démentiront pas, moins encore les Ivoiriens.

Si même les Asiatiques marquent plus de buts que nous, comme l’observe un journaliste de ESPN Brasil, je ne vois pas ce qui pourrait nous sauver…

Aucun match nul en Coupe d’Asie, à la CAN, cinq nuls lors de la première journée.

D’ailleurs, je voudrais bien comprendre à quoi joue Yaya Touré. Le meilleur joueur africain des quatre dernières années n’arrive pas à répondre aux attentes sur le terrain, ne faisant clairement pas le poids médiatiquement même quand il faut rivaliser avec la Coupe de France. Je rêve…

Les problèmes de cette CAN 2015 ne s’arrêtent pas là. Que dire des difficultés techniques qui révèlent l’état primitif de nos chaînes de télévision africaines. Lors du match « Ghana-Sénégal », il aura fallu trois minutes pour revoir le but des Lions de la Teranga. Trois minutes à la télévision, c’est une éternité. J’ai lâché… 

Les journalistes brésiliens devant en plus s’excuser auprès de leurs téléspectateurs pour ces « défaillances techniques »…

En plus, un tel retard pour montrer un ralenti rend impossible les commentaires sur les réseaux sociaux où l’on a vu que cette CAN pouvait gagner une vie propre et originale. Sur Twitter au moins, on ne s’ennuie pas

En attendant mon commentaire sur les nommés aux Oscars 2015, je vous propose un joli tweet de ma collègue Fatouma Harber dont on connaît l’amour absolu pour le « Timbuktu » de Sissako


Boko Haram : une histoire comme une autre en Afrique

En 1996, j’ai entendu pour la première fois le son d’une kalachnikov. J’avais 10 ans. A l’époque ma famille vivait dans une grande maison en étage dans la commune de Ngaliema à Kinshasa. Mon père était alors cadre dans l’une des plus importantes entreprises d’Etat dans l’ancien Zaïre qui allait bientôt s’appeler République démocratique du Congo. L. D. Kabila venait de renverser Mobutu. Mais, dans un dernier sursaut de vanité, quelques militaires essayaient de résister à l’inévitable chute du régime de Mobutu.

Je me souviens vaguement de cette époque, sinon que pendant au moins cinq jours, toute ma famille était cachée dans l’un des couloirs que comptait la maison. Il fallait à tout prix se mettre entre deux ou trois murs pour éviter les balles perdues. Pendant toute la semaine, nous étions donc allongés sur le sol : femmes, enfants, filles et garçons, une tante, ma belle-mère, et des cousins… mon père était le seul qui osait se lever. Probablement qu’étant le seul homme de la maison, il éprouvait le besoin de se montrer vaillant et courageux.

Pas question non plus d’aller acheter des vivres. Pendant toute cette semaine, nous nous sommes alimentés de riz et de l’huile de palme. C’était en 1996.

Dans de telles conditions, on ne sait jamais si notre vie s’arrêtera dans une ou deux semaines. Tout ce que je savais à cet âge-là, c’est que les rebelles venaient de l’est du pays, du Kivu (la province de mes parents), une région que j’avais visitée une année auparavant, car papa tenait à ce que nous connaissions nos grands-parents. On se disait donc que peut-être qu’avec l’arrivée de ces nouveaux hommes forts du pays, nous serions épargnés. Après tout, ils étaient swahiliphones.

Je me souviens aussi qu’au Kivu, j’avais rencontré pour la première fois la petite soeur de mon père, c’était sa meilleure amie aussi. Son mari était un homme plutôt riche qui travaillait également pour le gouvernement. Pendant que les « troubles » de l’AFDL commençaient, il avait décidé d’envoyer sa femme et ses enfants auprès de mon père à Kinshasa pensant que la rébellion n’arriverait jamais à la capitale.

Un an plus tard, il fut assassiné sur la route de l’aéroport de Bukavu alors qu’il essayait de rejoindre sa famille à Kinshasa. C’est cette tante qui était couchée avec nous dans ce petit couloir de notre maison de Ngaliema…

Enfin, la « semaine de la libération » passa. La vie devait continuer comme souvent en Afrique. Peu après cela, nous avions déménagé dans une nouvelle maison que mon père avait construite dans un quartier plus tranquille. Le pays se transformait, tout doucement, au rythme du kabilisme et de sa chasse aux sorcières.

C’est ainsi qu’un beau matin, je vis débarquer chez nous une famille entière dont le père fuyait les représailles du nouveau régime puisqu’il avait soi-disant collaboré avec le régime de Mobutu. Cette famille de sept personnes s’était réfugiée chez nous. Je me souviens être tombé amoureux de la cadette des filles, Joëlle… elle était très belle et j’aimais faire les courses avec elle.

Ils passèrent un mois à la maison, puis s’en allèrent. Je me souviendrai toujours des larmes qui coulaient sur le visage de Joëlle alors que la voiture qui l’emmenait s’éloignait lentement. Elle me regardait par le rétroviseur. Quelques mois plus tard, son père décédait, puis sa mère. J’étais trop jeune pour aller à l’enterrement. J’ai revu Joëlle une seule fois, près de dix ans après; exactement une semaine avant de venir vivre au Brésil, puis j’ai perdu sa trace. Elle avait changé. Elle n’était plus la petite fille toute joyeuse que j’avais connue même si sa beauté était restée intacte. Elle venait d’avoir un enfant avec un homme qu’elle n’aimait pas. La mort faisait désormais partie d’elle. J’espère la revoir un jour.

Les années ont vite passé. Peu après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle de 2006, j’étais en troisième année de journalisme dans l’une des meilleures écoles du pays. Je me souviendrai toujours de cette folle journée où j’ai vu pour la première fois le visage de la mort.

Jean-Pierre Bemba, le perdant de cette élection face à Joseph Kabila, n’avait pas accepté les résultats et dénonçait une fraude électorale. Je ne me rappelle pas exactement le jour ni la date, mais je sais qu’il devait être entre 11 heures et 14 heures. Je marchais tranquillement dans le centre-ville de Kinshasa à Gombe lorsque j’aperçus des hommes en jupes fabriquées en raphia, bandanas rouges attachés sur le front, les yeux rouges comme s’ils avaient consommé une drogue très puissante, ils chantaient et dansaient tenant à leurs mains des fusils kalachnikov et aussi des lance-roquettes… une scène horrible. Ce n’était pas des hommes.

Ces hommes-là ressemblaient à l’image qu’on a aujourd’hui d’un terroriste de Boko Haram. Je les voyais dans la capitale et me demandais d’où ils pouvaient bien venir. On nous apprendra plus tard que Bemba avait un petit camp militaire près de sa résidence de Gombe

Face à cette scène horrible, chacun comprenait que quelque chose de grave allait se produire. Je me précipitai dans un taxi qui allait en direction de mon quartier. A peine,  avions-nous parcouru quatre ou cinq kilomètres que les coups de feu retentirent… c’était le début de la folle semaine qui a connu des affrontement entre les forces gouvernementales et les troupes de Bemba dans la ville de Kinshasa.

Si je n’avais pas un peu d’argent sur moi, et si j’avais hésité cinq secondes à prendre un taxi, je serais probablement mort. Cette semaine, ma tante la passa dans l’immeuble de la Banque centrale du Congo. Elle n’avait pas su que les troupes de Bemba étaient dans la rue et à l’époque les téléphones portables et Internet n’étaient pas accessibles à tous pour relayer les informations urgentes.

Si j’ai raconté cette histoire, c’est pour vous dire comment on vit en Afrique. On est habitué à la violence. Elle peut aussi nous surprendre comme en cette après-midi que je viens de vous décrire, mais elle ne nous est pas étrangère.

Aujourd’hui le Nigeria affronte Boko Haram dans l’indifférence mondiale, et même l’indifférence des propres Africains. Mais si les Africains semblent ne pas s’indigner « comme il faut » face à ces massacres, c’est probablement parce qu’ils sont habitués à en voir tous les jours. Quant à ceux qui vivent à l’étranger, ils savent que cela ne changera pas.

Le Cameroun vit dans la crainte et la tension d’une explosion imminente, mais les Camerounais ne réagissent pas. Pourquoi ? Parce qu’ils savent inconsciemment que des appels à l’aide n’y changeront rien. L’histoire est déjà en marche et on ne l’arrêtera pas.

Il y a quelques années, avant les élections de 2006 en RDC, j’avais demandé à ma tante dont le mari avait été tué par les forces kabilistes pour la libération du Congo, pour qui elle voterait. Elle m’avait répondu qu’aucun des candidats ne ramènerait son mari à la vie. J’ai voulu lui répondre, « vote pour l’avenir de tes enfants alors », mais je n’en ai pas eu la force.

C’est ça l’Afrique. Les dirigeants se succèdent et le peuple continue de mourir. Ceux qui survivent ne pensent qu’à immigrer en Occident pendant qu’il est encore temps, car il y a un âge pour tout. Il y a un  âge pour survivre, il y a un âge pour immigrer et un âge pour mourir… il ne faut pas perdre le train de la vie.

C’est pour toutes ces raisons-là et pour d’autres que les Africains n’ont pas le temps de s’indigner face à l’horreur Boko Haram.

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P.S: Je commence ma septième année au Brésil et j’ai l’impression d’avoir perdu mon pays… Bonne année à tous !


Charlie Hebdo et le « spectacle »

Nous avons tous été indignés par l’image atroce de ce policier lâchement abattu par un homme cagoulé dans une rue de Paris. Personnellement, j’ai vu ces images au réveil encore dans mon lit. Imaginez ce que c’est que de commencer une journée par un tel spectacle. Ensuite, nous avons tous été emportés par un tourbillon d’émotions exprimées notamment sur les réseaux sociaux. Bref, nous sommes bien des hommes de notre époque…

Je lis depuis quelques jours l’indignation de quelques amis africains, la majorité de mes amis à vrai dire, indignés par « l’hypocrisie des occidentaux et des blancs ». « On s’indigne parce que 12 personnes ont été assassinées sur Paris pendant que les mêmes médias sont restés indifférents aux nouveaux massacres de Béni en RDC en fin de 2014″, s’indignent-ils. Je les comprends aussi.

Mais, j’essaye aussi de comprendre le pourquoi de cette mobilisation médiatique capturée par les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Aujourd’hui, il semble de plus en plus évident que la valeur d’un évènement n’est plus mesurée que par sa répercussion sur les réseaux sociaux Facebbok et Twitter. Triste époque.

Le jeu pervers du Buzz divise, indigne et détourne l’attention sur ce qui importe vraiment: c’est à dire, la violence qui nous entoure un peu partout.

J’ai retenu quelques éléments que peut-être certains d’entre vous contesteront, mais je donne mon opinion d’observateur et de chercheur qui s’occupe de « ces choses de la vie » que nous appellons les sciences humaines…

« C’est un attentat terroriste, il n’y a pas de doute »

1. Premièrement, la réaction de François Hollande sur le lieu du crime m’a frappé. Car pendant le deuxième semestre de 2014 j’ai donné un cours en tant que professeur assistant sur les mouvements sociaux et les réseaux sociaux. L’un de nos thèmes de travail portait sur le concept Frame, d’abord utilisé par les sociologues américains.

Cela veut dire en gros un « cadre d’interprétation ». C’est la façon dont on définit un événement dans le but – très souvent – de lui donner une portée politique ou du moins d’en orienter le sens dans les médias.

J’ai donc été perturbé en écoutant François Hollande qualifier ce crime barbare d' »attentat terroriste », comme si un attentat se définissait par décret présidentiel:

Plusieurs attentats terroristes avaient été déjoués ces dernières semaines. Nous sommes un pays menacé. C’est un attentat terroriste, il n’y a pas de doute

Pour moi, c’était la matérialisation de quelque chose que j’abordais avec des étudiants quelques semaines plus tôt.

Tout est image ou rien du tout

2. Deuxièmement, c’est la violence de l’acte en soit qui m’a interpellé. Et pour me comprendre, il faut bien savoir que les images ont une force dix fois supérieure à celle des mots. Les plus vieilles théories de la communication le disent: « les médias fonctionnent comme un piqûre hypodermique« .

Voir un homme masqué tirer sur un policier blessé comme écraserait une mouche, puis s’en aller sans regarder derrière, n’est pas quelque chose que l’on voit tous les jours. Il y a un côté spectaculaire dans cette vidéo qui a vite circulé sur les résaux sociaux. Personne (je dis bien personne) ne peut rester indifférent face à une telle barbarie. Et l’unique réaction possible face à une telle image, c’est la colère et la mobilisation immédiate des masses. Y compris la mobilisation de nos émotions.

Je me suis dit après qu’on avait d’ailleurs eu de la « chance » que personne n’ait filmé le carnage dans la rédaction.

Nous vivons malheureusement à une époque de la surenchère imagétique. Si mes amis africains s’indignent face à ce traitement partiel de « Charlie Hebdo », c’est qu’ils n’ont pas compris (comme beaucoup d’ailleurs) l’enjeu politique de l’image.

C’est la société du spectacle que décrivait Guy Debord. Rien n’est blanc ou noir ici, bleu ou rose. Tout est image ou rien du tout.

Dans ce contexte, la violence se situe sur deux niveaux. Elle est d’abord physique et matérielle: c’est le carnage de Charlie Hebdo. Elle est ensuite symbolique et n’épargne personne: c’est le traitement spectaculaire de l’affaire.

La répercussion sur les réseaux sociaux et les télévisions mondiales génère un « sentiment du deux poids deux mesures » et l’indignation chez les « autres victimes ». Les victimes camerounaises et nigériannes de Boko Haram, les victimes conglaises dans le Kivu – des millions de morts oubliés. J’y ai ma propre famille.

Ce n’est pas une question de couleur de peau ou de race. Il s’agit juste de savoir qui tient un smartphone à sa main et où? Et souvent, c’est la position économique qui définit ses choses là.

C’est aussi là, la grande leçon de Charlie Hebdo.
https://www.youtube.com/watch?v=IaHMgToJIjA


Une femme divorcée peut-elle faire une bonne présidente?

https://www.facebook.com/SiteDilmaRousseff/photos/ms.c.eJxFkMcNxEAMAzs6KIf~_Gzt7uZKfAwYJLO1sDZU0qo5fgQvMw95G6UFgUnp0FunLbkFprjV6QefR681X5GWTo~;Oygf1yMPomL~;Dr~_vP05dxz~_O3zH879F3mZvOC~;7Vf8V9sPnff~;OEw6eX79j2~;20ffe7qGR2E8uJx2u0bPPnjZ7pyBPfw7XUfQ~-.bps.a.839790046074588.1073741921.351338968253034/839793632740896/?type=1&theater
Dilma Rousseff et sa fille en janvier 2015 – crédit photo: Banque d’images de la chambre de Députés | Facebook officiel de la présidente Dilma Rousseff

Cette année commence déjà d’une manière très stimulante. Je me suis réveillé un peu tard à cause de mes vacances prolongées jusqu’en mars. Comme d’habitude, une amie a pris le soin de me laisser un lien de blog pour égayer ma journée. Les blogueurs camerounais étaient à l’ordre du jour. Ensuite, en faisant la revue de ma time line pour savoir ce que j’avais manqué pendant mes 6 heures de sommeil (ô miracle !), je tombe sur un autre lien de blog, cette fois-ci, on m’emmène au Togo où les liens conjugaux sont disséqués par e-mails interposés: joli !

Je me souvenais parfaitement de l’article du blogueur Aphtal Cissé qui a motivé la réponse d’une mystérieuse lectrice dont on ne saura que quelques informations: elle est « divorcée, a trois enfants, travaille pour une banque et est aussi gérante d’une société qui fait dans l’importation des produits alimentaires ». Voilà pour le CV…

Déjà je félicite la ténacité et le courage de cette mystérieuse femme dont certains propos m’ont vraiment marqué, même si par moment je n’était pas tout à fait d’accord avec elle. Et d’ailleurs cela m’a inspiré ce billet.

Prenons cette citation:

l’une des décisions les plus importantes, les plus douloureuses, et les plus salvatrices qu’une femme puisse prendre, est de quitter le foyer conjugal, après des années de vie commune. 

Comment ne pas être ému à la lecture de ces mots?  Non seulement ici, le mariage n’est pas érigé en fétiche, mais le divorce non plus ne prend pas un sens arrogant comme celui que l’on constate chez la plupart des féministes. Tout ici est évalué selon l’expérience personnelle d’une femme qui a autant souffert de son divorce qu’elle en a réssenti une forme d’émancipation. Chapeau !

Ensuite, elle dit ceci pensant à l’avenir de sa fille:

 Partout où elle se trouvera avec son homme, elle saura être humble et soumise, sans jamais devenir esclave d’un homme à qui on n’a pas su inculquer les valeurs de « savoir composer avec une femme. 

Pourquoi soumise? Vous me direz que je suis donneur de leçons, soit. Mais si ce n’est un argument religieux, je ne vois pas ce qui motive la présence de cet adjectif au milieu d’une si belle phrase… ok, j’avoue, j’aime moi-même les femmes soumises, d’une certaine manière. Je suis africain quoi…

Ensuite, il y a cette citation qui me rappelle que le débat d’Aphtal et de sa mystérieuse lectrice s’ancre dans un schéma culturel déterminé:

Combien d’hommes ont jamais aidé des femmes à se réaliser ? Combien d’hommes se sont-ils sacrifiés pour la scolarisation, la formation continue, la remise à niveau, le progrès professionnel de leurs épouses ? 

Eh bien, pas si loin que ça, je connais un exemple. Même si un exemple ne peut définir la règle. Mais il existe bien cette méthode scientifique qui consiste à partir du particulier pour en déduire une généralité… soit.

Ma prof a un doctorat qu’elle a obtenu au bout de quatre années vécues en Angleterre avec son mari. Celui-ci a dû tout abandonner pour aider son épouse à réaliser son rêve. Ils ont eu un enfant entre temps. A leur retour elle est passée professeure des universités (l’une des plus reconnues dans son domaine) et son mari a finalement commencé son doctorat. Cette année, elle va faire un post-doc aux USA, et dévinez quoi? Son mari arrête tout pendant une année afin de l’accompagner…

Pour moi, il ne fait aucun doute que tout est une question de culture. Evidemment que dans nos pays africains, un exemple comme celui de ma prof est difficile à rencontrer, d’où le défi lancé par la mystérieuse lectrice d’Aphtal. Mais dans un pays comme le Brésil, c’est une banalité… presque.

C’est ainsi que j’ai pensé à Dilma Rousseff tout comme à l’une des images fortes de ce début de 2015. Lors de sa prise de pouvoir pour son second mandat, la présidente Rousseff (divorcée) a paradé avec sa fille (mariée et mère d’un enfant). Là où on est habitué à voir un président avec son épouse ou son chef d’Etat-major, Dilma Rousseff rompt avec la coutume et installe sa fille à ses côtés… j’ai trouvé cela génial.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Jacques_Chirac_p1040637.jpg
Revue de troupes par Jacques Chirac | wikimedia commons

D’ailleurs, comme je le dis souvent ici, le Brésil est un pays très progressiste sur certains domaines. Le moralisme chrétien et surtout catholique est carrément mis de côté.

Le sénateur Aécio Neves, candidat malheureux lors des élections présidentielles en 2014 est lui aussi divorcé.

Il a marqué les esprits à l’époque où il était gouverneur du Minas Gerais parce qu‘il prenait ses fonctions accompagné de sa fille de 12 ans à l’époque…

Certes, on reproduit les valeurs familiales, mais on remarque surtout cette démarche qui consiste à rompre avec le modèle de la famille patriarcale.

Je trouve cette démarche importante car elle démystifie certaines croyances qui associent la compétence politique à la réussite familiale (entendez, le succès dans sa vie conjugale). De ce point de vue, le président français François Hollande est un personnage remarquable… c’est un homme qui se positionne constamment en rupture avec son milieu.

Les Etats Unis sont l’exemple type de ce moralisme qui s’applique à l’Etat, et ce, depuis les films de John Ford. Non seulement, le président de la République doit être marié et droit, mais également son vice-président.

https://pt.wikipedia.org/wiki/Posse_de_Barack_Obama_em_2009#mediaviewer/File:20090118_We_Are_One.jpg
Les couples Obama et Biden | wikimedia commons

En Afrique, j’ose croire que c’est également le cas, sauf peut-être pour les quelques pays dirigés par des femmes ou par un président officiellement polygame…

https://www.flickr.com/photos/minusma/9674948250/sizes/l
IBK, le président du Mali

Le Brésil reste donc un laboratoire du progressisme et de l’innovation politico-démocratique (pardon pour le gros mot… ).

J’en arrive (enfin) à ma question initiale: une femme divorcée peut-elle faire une bonne présidente? Et inversement donc: un homme divorcé fera-t-il un bon président? La question a son intérêt puisque dans de nombreuses Constitutions africaines il est clairement stipulé que pour être présidentiable il faut être … marié.

Dites-moi quel rapport avec la politique ou la compétence ? Ou est-ce que le mariage est une preuve de compétence? Le pape appréciera…

Enfin, un autre exemple qui fait du Brésil un des meilleurs pays au monde (ah, ah…): le site Portal Correio nous apprend que la ville de Pilar, à 52 km de João Pessoa (PB), vient d’élire la travesti « Mãe » Shirley comme présidente du parlement municipal. Une première dans l’histoire du Brésil.

En tous les cas, lorsqu’il sera question de faire le bilan de la présidence Rousseff, on ne regardera pas son état-civil…

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