Serge

Torture au Brésil: « une méthode systémique »

visages-no_torture-17-d4254Le groupe d’activistes des droits de l’homme dénommé Comité Contre la Torture (CAT) publie un rapport sur l’usage de la torture dans le monde. Sur son site on peut trouver le document sous format interactif permettant de s’informer sur la situation de n’importe quel pays. J’ai lu le fichier concernant le Brésil et je vous en fait le resumé maintenant (Télécharger le rapport complet ici).

Pour certains rapports, les données datent de 2010, la marge d’erreur par rapport à l’année de la recherche pour chaque pays n’a pas de grande incidence sur le document publié.

Selon le CAT, qui fait une lecture historique de l’usage de la torture comme méthode d’épuration politique, ce phénomène serait ancré dans la culture de repression vis-à-vis des opposants. La torture avait été largement employée pour saper l’opposition au régime autoritaire des années 1960-1980 installé par les militaires.

Après la décennie perdue (1980) pendant laquelle le Brésil plongea dans une crise profonde, la violence urbaine est devenue structurelle dans le pays à cause notamment de l’expansion des gangs criminels armés. Ces derniers sont réputés pour  l’utilisation de la torture comme instrument de domination. Lors de la visite – en 2000 – d’un observateur de l’ONU sur la torture, ce dernier qualifia la méthode de « systémique » dans les lieux de détentions du Brésil.

Dans le même temps, les milices commencent à proliférer.

Dans un tel contexte, les forces de l’ordre sont eux aussi obligées d’employer la violence contre la violence. Il s’agit d’un problème qui sévit dans tout le continent comme le note Paulo Paranagua sur son blog. Pour en savoir plus sur le contexte social qui engendre la violence, lisez ici.

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Le rapport révèle également que les populations indigènes sont parmis les principales victimes de la torture, aussi bien que les défenseurs des droits de l’homme qui oeuvrent en faveur de leur autonomie. On estime que 50. 000 homicides sont commis chaque année, pour une population de 194 millions d’habitants.

Une culture de la violence et une tradition de l’impunité au sein des forces de l’ordre rendent difficiles les efforts de changement.

Parmis les techniques les plus connues on retrouve la méthode du téléphone qui consiste à frapper continuellement les oreilles de la victime causant une surdité temporaire chez la personne, l’électrocution des organes génitaux ou le pau de arara (« perchoir du péroquet »).

Vénézuela

D’un autre côté, le pays d’Hugo Chavez rencontre des difficultés pour installer un régime démocratique stable. Les deux coups d’Etat vécus  entre 1992 et 2002 le montrent bien. L’absence d’organes indépendants capables de suivre l’évolution des droits de l’homme dans ces pays est le principal obstacle au respect des droits de la personne. Le défi est donc politique pour le Vénéluela.

C’est surtout le défi de la transparence qui devra être remporté. A cet égard les futures élections dans ce pays seront décisives.

Pour autant, la critique qui rapporte une augmentation des forces policières dans le pays – de 40. 000 à 70. 000 entre 1990 et 2007, soit 457 agents pour 100.000 personnes – me paraît poussive. L’enjeu démocratique étant de rendre l’action de la police transparente.

Cuba

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L’île de Cuba pour sa part abrite l’un des établissements militaires les plus connus au monde, revenu au centre de l’actualité grâce à Zero Dark Thirty, il s’agit bien sûr de la prison de Guatanamo. Elle aussi réputé pour les méthodes peu humanistes employés dans ses locaux.

Tout comme au Vénézuela, le grand défi pour Cuba réside dans la difficulté de rendre le régime plus transparent. Il est difficile pour les organismes internationaux comme le CAT de suivre l’évolution de la torture dans ce pays.

Les principales victimes de la torture sont des détenus politiques opposés au régime castriste. Selon le même rapport, ces derniers ne bénéficient pas des mêmes droits que les prisonniers de droit comum.

On constate en outre que les agents responsables de ces actes de tortures repondent au ministère de l’intérieur. Une autre caractéristique commune avec le Vénézuela, selon le rapport, est la récurrence de la torture psychologique; ici, il consiste par exemple à faire des menaces aux victimes, à les soumettre à des sessions qui leur font perdre la notion du temps, la privation des visites famiales d’assistance religieuse, etc.

Je remarque tout de même la création dans plusieurs universités du Brésil – et d’Amérique Latine – des cours de droits de l’homme et sécurité publique ciblant principalement les forces policières dans le but de leur inculquer des valeurs plus humanistes qui jusqu’ici font défaut.


Mad Max, Fury Road ou le bus fantôme

Une image vaut bien plus qu’une parole surtout à l’ère digitale. Lors d’un petit voyage en voiture avec deux amis – un français et un congolais – pour une ville voisine de João Pessoa, à quelques 300 kilomètres, nous avons eu une belle surprise sur la route: un véritable fantôme sur quatre roues. Le bus errant.

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Des bus fantômes, presque squéléttiques, une vision tirée du « pays des merveilles » de notre chere Alice, ou de « Mad Max » (1). Voyager pendant une heure et 4o minutes en écoutant Leonard Cohen, Benny Golson et Al Jarreau, ou encore Billie Holiday et Júlio Iglesias… Un moment inoubliable surtout lorsqu’ on tombe sur un évennement comme ce beau bus sans peau.

Si nous étions des policiers nous les aurions sans doute perdu, ils utilisent une tactique de dépistage trés éfficace pour disparaitre de cette façon. D’ailleurs je me suis demandé comment ils font pour échapper à la police fédérale d’autoroutes; pas de spéculation sur d’éventuels laissez-faire entre « amis », bien souvent dans ces zones éloignées des grandes capitales les relations personnelles dictent l’ordre des choses. Quitte à se dévier de la loi.

Une seconde, je les ai dans le viseur, juste le temps de prendre trois photos et l’instant d’après ils ont disparu… évaporés!

C’est vrai que sur le moment on ne peut s’empêcher de rire, d’immortaliser l’instant « T » mais après quand on y pense, des scénarios se multiplient dans l’esprit: combien d’accidents un tel véhicule pourait causer? Combien de policiers ont été complices d’un conducteur bravant toutes les lois de la sécurité routière?

Ah, mais bon, c’est un week-end tranquile loin du monde et des regards indiscrets alors prenons tout ça à la légère.

(1) Je dois ce titre à mon ami français, Nicolas.


Secret, démocratie et élection du pape

Bon, Habemus Bergoglio. Je ne dirai rien sur le choc qu’a causé cette élection au Brésil, mais le silence qui a suivit l’annonce Place Saint-Pierre en dit long.

Lors d’une conversation avec mon ami Bodrick qui a affirmé que l’élection d’un pape était probablement la meilleure au monde, j’ai eu l’idée d’analyser un thème aussi vieux que la naissance des premières communautés: comment choisir nos gouvernants?

C’est bien le secret qui intéressait Bodrick, je le dis tout de suite.

A l’analyse, donc. La démocratie est un régime difficile à définir. Néanmoins je garde en moi ce que Norberto Bobbio – intellectuel et philosophe italien – avait suggéré pour cerner le sens de la démocratie. C’est ce régime qui éliminera au final le secret de la vie publique. La démocratie est la lutte acharnée contre le pouvoir invisible – les arcani imperi.

Et alors, je me demande bien si une élection comme celle du pape peut-être à juste titre qualifiée de meilleure alors même que le Vatican est l’un des Etats les plus conservateurs – par rapport au secret – de l’histoire.

Certes, le vote est toujours secret mais les faits qui entourent son organisation ne peuvent l’être; encore moins l’exercice du pouvoir.

L’Eglise aura aussi besoin d’un pape modéré au vu des scandales qui ont secoué les couloirs du Vatican, Benoit XVI a eu bien de mal à s’adapter à cette atmosphère digne de l’ère des Borgia.

Gaetano Salvemini, un autre italien qui fut un grand critique du régime de Mussolini regretta son acharnement contre le gouvernement de Giolitti. Il déclara alors: » Je reconnais que j’aurai été plus sage, si j’avais su être plus modéré dans mes critiques contre le système de Giolitti« .

La démocratie serait ainsi un régime taillé pour les plus modérés des politiciens.1fachogaucho

Après l’abdication du pape Benoit XVI plusieurs voix se sont levées pour demander une réforme dans l’église catholique, plus de démocratie et un positionnement plus en phase avec le temps.

Je ne sais pas si c’est vraiment le but de l’Eglise, ni même si cela va de son intérêt; cependant, pour aspirer à un meilleur statut parmi les plus beaux régimes le Vatican devra prendre en compte les considérations que je me permets de citer ici (sans vouloir être arrogant).

Un intellectuel français disait même que la démocratie est un régime sans contenu, et c’est justement là que réside sa force. Dès lors qu’on en défini le contenu, elle court des risques de corruption.

Ça m’a rappelé l’article d’un blogueur malien qui s’interrogeait sur la qualité de la démocratie dans son pays.

Donc, Bouba, pour revenir à ta plainte de l’autre jour, ne sois pas si empressé de trouver un « contenu » à la jeune démocratie malienne.

Pour t’en convaincre, Bouba, je dirai juste que personne aujourd’hui n’est en mesure de définir de manière définitive la justice, l’égalité ou la liberté.

Enfin, pour en finir, comment faire pour que l’Eglise soit à l’image de nos sociétés, une démocratie?

Pour l’instant, la grande communauté des catholiques ne semble pas être préoccupée par le maintient du secret autour de la gestion du Vatican et de l’Eglise.


Les spécialistes du monde

La mort de Chavez et la répercussion qu’elle a eu dans le monde m’a fait réfléchir sur un vieux thème qui date des années 1970 et que l’on oublie souvent. Evidemment, ce sujet a été lancé en grande partie par le professeur Edward Said, palestinien né à Jérusalem et qui a vécu en Egypte.

C’est pourtant aux Etats Unis qu’il fera toute sa carrière académique. Si ça vous intéresse d’en savoir un peu plus sur sa vie, cliquez ici.

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Ce n’est pas de Said que je veux parler mais de l’importance de sa pensée.

Tout d’abord, un petit détour.

J’ai écouté pas mal d’inepties sur l’administration d’Hugo Chavez, des propos tenus par des « spécialistes » qui n’avaient pas la moindre vision générale de la situation politique et sociale en Amérique Latine . Quand on nous dit par exemple que l’Etat contrôle les médias au Vénézuela, c’est faire preuve d’une telle incohérence. La plus importante chaîne de télévision du pays est privée et a participé à la tentative de coup d’Etat contre Chavez en 2002. Mais en parle -t- on aujourd’hui?

Qui parle pour nous? Dites-le moi!

Dans toute l’Amérique Latine, aucun gouvernement ne contrôle les médias à l’exception de Cuba. C’est pourquoi en Argentine une réforme des médias est en passe d’être approuver, elle devrait permettre de réduire substantiellement le monopole du groupe Clarín.

Prenons un autre exemple. Jusqu’à présent, il est difficile de se faire une idée claire sur la situation au Mali. Ni même de savoir qui sont les principaux acteurs impliqués dans ce conflit armés, quelles en sont les causes. La formule qui contente tout le monde c’est de dire que le Mali est le nouveau nid du terrorisme mondial. Et bientôt le Cameroun.

Sur les plateaux des télévisions, je ne vois aucun malien ou vénézuelien qui nous parle de son pays, qui nous explique la complexité sociale et politique de son pays. Ne vous y trompez pas, rien n’est simple ici.

Tout ça me renvoie aux idées d’ Edward Said qui a vu – en son temps – le discours sur « l’Orient » être pris en otage par des « spécialistes du monde » que personne ne pouvait démentir.

C’est toute la structure médiatique qui est remise en cause. Le discours est pris en otage et il est instrumentalisé.

Stéphane Huët a raison lorsqu’il revendique un rôle décisif des blogueurs dans la diffusions des idées, des opinions et des informations. Mais sur ce dernier sujet, je rejoins la lecture un peu folle mais juste de Nicolas Dagenais. Je doute tout comme lui.

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(Edward Said)

Le décès d’Hugo Chavez, la guerre au Mali et tant d’autres sujets; la politique au Togo ou le développement de la Grande Caraibe, je préfère écouter la voix de la périphérie.

Franchement, moi si je vais savoir quelque chose sur le Cameroun j’irai volontiers sur les blogs de Jackson, Ngimbis, Salma ou Danielle…  Si c’est la Mauritanie qui m’intéresse je lirai bien sûr Sneiba. C’est la même chose pour le Mali, je suis plus disposé à savoir ce que Faty en pense qu’un autre grand média du monde. Ses articles vivent et respirent la passion qu’elle a pour son pays.  L’authenticité de son point de vue m’intéresse particulièrement. Comment ne pas être admiratif face à l’engagement d’une jeune journaliste comme Josiane Kouagheu? Je lui rend hommage au passage.

C’est vrai qu’il m’est arrivé de ne pas être d’accord avec René Jackson sur un thème assez polémique – Douala ville sexuelle – mais j’aime mieux ça.

Pour revenir à la question posée ci-dessus, je pense que nous devons changer notre façon de voir les choses. Ne nous demandons pas pourquoi certains spécialistes parlent de nous, de l’Afrique, de l’Asie, de l’Amérique Latine, du Mali, de la Chine, ou de Chavez… La question que je me pose est c’est celle-ci: Où sont donc nos spécialistes?


Hugo Chavez, quel futur pour l’Amérique Latine?

On attendait peut être déjà la nouvelle d’une certaine façon, mais l’annonce de la mort d’ Hugo Chavez a fait l’effet d’une bombe au Brésil et en Amérique Latine de manière générale.

Hugo Chavez meurt à 58 ans après une longue maladie (cancer) qui a visiblement eu des implications politiques pour le pays déjà bien divisé après les dernières élections qui l’obligèrent à partager la sphère politique vénézuelienne avec Henrique Capriles (44 % de voix face Chavez).

Révolutionnaire bolivariste de tendance très marxiste, Hugo Chavez ne plaisait pas aux politiciens conservateurs des Etats Unis, ceux-ci le voyaient comme le digne héritier d’une idéologie soviétique anti-américaine. Evidemment, cela relevait d’une vision manichéenne de la politique mondiale.

La structure sociale et politique du Vénézuela est similaire en plusieurs aspects à celle du Brésil notamment dans la distribution inégales des richesses, historiquement favorable aux populations blanches. Dans les deux pays, les médias sont dominés par des familles traditionnelles et font opposition constante aux partis de gauche. Les victoires conjuguées de Hugo Chavez, Lula da Silva (Brésil), Evo Morales (Bolivie) et Rafael Correa (Equateur) ont transformé la structure socio-politique de leurs pays respectifs. Les différentes oligarchies d’Amérique Latine – qui détiennent aussi les médias – se sentent constamment menacées par l’ascension de ces politiques progressistes et indépendantistes.

Certes, Chavez était militaire, certes il avait tenté un coup d’Etat en 1992, mais il a radicalement amélioré la vie de ses concitoyens, notamment celle des plus pauvres. C’est grâce à une redistribution plus équitable des revenus du pétrole que Chavez a réussi à gagner l’adhésion massive de sa population.

On reprochera toujours à Chavez l’excès de concentration de pouvoir et le manque de transparence politique sur certaines affaires comme les Droits de l’Homme (à lire prochainement sur ce blog). Tout cela a joué dans le freinage d’un processus démocratique bien entamé au Vénézuela.

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(Lula da Silva, Hugo Chavez et Victor Kirchner)

A la différence de Lula da Silva qui sut assurer sa succession s’opposant à une modification de la constitution malgré un avantage certain au parlement, ce qui lui aurait permis de briguer un troisième mandat, Huga Chavez n’a pas hésité à se faire réélire trois fois. Au total, il resta au pouvoir pendant 14 ans. Ce sera sûrement son principal échec politique. 

Il laisse un pays fragilisé en proie à des divisions structurelles, au sein même de son propre partie.

Il n’ y a pas que le Vénézuela qui souffrira des conséquences de la mort de Hugo Chavez mais bien toute l’Amérique Latine en manque de leadership clair dans un contexte où l’Argentine et le Brésil peinent à s’affirmer comme des « modèles » à suivre. Si le Brésil s’est imposé comme la principale puissance économique du continent, il n’a toujours pas pu s’affirmer en voix politique capable de parler au nom de l’Amérique Latine. Le Mercosur est en constante crise depuis sa création.

C’est un vrai scénario Shakespearien qui se profile à l’horizon. le Vénézuela est plongé dans une véritable tragédie politique à l’image de celle qui figure dans la légende du roi Lear.

Le président du parlement devrait provisoirement assumer la présidence de la république en attendant l’organisation des nouvelles élections. Mais pour tous ceux qui suivent de près la politique vénézuelienne, il est clair que des mois sombres sont devant nous… des très longs mois.


Un noir en Afrique ne sait pas qu’il est noir

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J’ai participé tout récemment à une conférence sur les études politiques d’aujourd’hui, en présence d’une poignée de professeurs de science politique; l’un d’eux est spécialiste en affirmatives actions

Entre autres sujets nous avons abordé le thème des inégalités sociales et raciales.

Pour l’occasion, je me suis mis à refléchir sur la condition des noirs dans le monde, et à bien y penser on découvre une disparité de conceptions même entre plusieurs pays d’un même continent. Le Mali et l’Afrique du Sud n’affrontent pas la question raciale à partir des paramètres égaux. Cuba et le Brésil non plus. J’ai donc fait une comparaison au cas par cas.

A Cuba par exemple, un pays que je défend souvent lorsque j’ en discute avec mes amis et mes collègues, on ne peut s’empêcher de constater une réalité brutale: l’élite du parti est essentiellement blanche, en dépis des efforts de Raul Castro de garantir une certaine représentativité des noirs dans les futures institutions de l’île.

Un autre aspect intéressant, c’est bien entendu le massacre de Marikana en Afrique du Sud. Alors là, on est devant un cas atypique où dans un contexte post-apartheid, une élite noire installe peu à peu une domination sur une population noire maintenue, pour la plus part, dans la pauvrété.

En Afrique du Sud, les politiques de discriminations positives donnent des résultats paradoxaux, avec de nouvelles formes de ségrégation. C’est sous cette optique que certains observateurs comprennent le massacre de Marikana.

J’ai connu pas mal d’angolais au Brésil – ils sont cousins en fait – , et je n’ai pas manqué d’observer un conflit éthnique latant entre eux, notamment à cause des différences économiques qui apparaissaient en fonction de leurs races si je puis dire.

En fait, c’est délicat de poser le problème en ces termes. L’Angola est l’un des rares pays africains où la question éthnique se pose clairement, comme au Mali avec l’émergence de la problématique touareg.

Au Brésil, les associations pró-noirs si on doit les appeller ainsi (de façon vulgaire quand même) sont de plus en plus nombreuses, il y a une réelle tentative de reprendre ce que les mouvements pour la lutte en faveur des droits civiques ont réalisé aux Etats-Unis. Le débat politique s’est donc polarisé; à tous les niveaux on réclame une parité éthnique, et c’est tant mieux pour la démocratie.

Une étude récente explique que la race a une influence très importante dans la vie des individus, 63,7 % des brésiliens le reconnaissent selon l’IBGE.

imagesPar contre un africain qui vit en Afrique a difficilement une perception de lui-même en fonction de sa race.

Je ne sais pas à quel point cela est négatif ou positif pour le développement d’une conscience politique chez les africains, y compris dans leur façon de faire des accords avec les pays occidentaux.

Ce n’est pas étonnant que les premières études post-coloniales soient nées des africains expatriés, des diasporas noirs en Europe ou aux Etats-Unis (Stuart Hill, Paul Gilroy, Appiah, etc).

Chez nous en Afrique on doit encore faire face au récurrent problème du tribalisme.

Personnellement, j’ai pris conscience de ma race en cotôyant des blancs et en vivant dans une société marquée par le racisme, même s’il est camoufflé ici.


Cour suprême et parlement, le bras de fer continue

imagesLe bras-de-fer entre la Cour Suprême de justice et la chambre des représentant continue au Brésil. Les dernières élections organisées dans les deux chambres ont été l’occasion des pouvoirs judiciaires et législatifs de se livrer à une passe d’armes par médias interposés.

Le président sortant de l’assemblée nationale, Marco Maia (PT – gauche) a fortement critiqué la Cour suprême pour son interférence sur les questions politiques les plus déterminants, une judicialisation de la politique qui fait couler beaucoup d’encre au Brésil tant de les milieux académiques que de la haute sphère de l’Etat.

Son succésseur Henrique Alves (PMDB) du « centre-droite » s’interesse aussi au maintient de l’équilibre des pouvoirs.

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Une réforme politque est désormais à l’ordre du jour, mais pour ce, il faudrait un président de la republique très charismatique. Une qualité que Lula da Silva possédait mais qu’il n’usa pas à son avantage sur ce dossier haut combien épineux.

Le mensalão au coeur de la polémique

Encore une fois le procès du mensalão refait surface, cette fois-ci il s’agit de savoir si les peines appliquées à certains députés de la base parlementaire du gouvernement perdront ou non leurs mandats. Si cela arrive, on serait devant une jurisprudence dans l’histoire politique du pays.

il s’agit surtout de garantir aussi bien l’indéndance que l’équilibre des pouvoirs (page 13).

6218084886_d5ce253019_zAu moins trois députés encourt le risque de voir leurs mandats cassés si l’assemblée nationale emboite le pas de la Cour suprême de justice. Le président de la plus importante instance judiciaire brésilienne, Joaquim Barbosa qui participait à la première réunion du congrès a réitéré l’importance des juges suprêmes pour la démocratie: « la cour a le dernier mot en matières constitutionnelles« , a-t-il déclaré lors de sa visite au congrès.

Joaquim Barbosa avait été nommé « ministre » à la Cour Suprême par l’ancien président tavailliste Lula da Silva, très libéral dans ses prises de position, il s’opposa au Parti Travailliste lors du jugement du mensalão qui coincidait avec les élections municipales de 2012.

Dès lors, la Cour Suprême de justice et l’Assemblée Nationale vivent sous tensions, des petites phrases fusent par médias interposés mais les membres de ces institutions indispensables à démocratie tiennent à montrer leur unité chaque fois qu’ils se rencontrent.

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Des longues semaines de débats et de polémiques se profilent à l’horizon, qui de Henrique Alves et Joaquim Barbosa gagnera ce bras de fer?


Incendie de Santa Maria, des retombées politiques?

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Tarsio Genro (PT) gouverneur du Rio Grande do Sul

La police a déterminé qu’une mousse d’isolement acoustique très toxique serait la cause de la mort de la majorité des victimes de l’incendie de Santa Maria. Ce qui confirme la fragilité du système sécuritaire de la boite, et d’une certaine manière la négligeance des autorités responsables de fiscaliser ce type d’établissement.

Le nombre des morts continue d’augmenter, plusieurs survivants courent le risque de mort car l’intoxication a été particulièrement forte.

 Dans les trois jours qui ont succédé à l’incendie plusieurs rescapés ont été hospitalisés en conséquence de l’inalation de la fumée toxique, les séquelles réapparaissent même après la tragédie, elles se caractérisent par une difficulté respiratoire.

 Selon le Code Pénal brésilien les responsables de l’établissement, s’ils étaient condamnés, devraient être incarcérés pendant deux ans et sept mois. Mais uniquement à condition d’être accusés d’homicide involontaire. Encore une fois, il est difficil de démontrer dans un tel cas la volonté de tuer, à la limite on peut punir la négligeance qui a entrainé la mort de 237 personnes.

 En réalité les responsabilités sont partagées entre les propriétaires de la boite, les pompiers qui n’ont pas fait un travail en amont, c’est-à-dire un travail de prévention, mais aussi des autorités municipales. Ça fait parti du fameux Jeitinho brésilien.

Depuis la tragique nuit du dimanche, plusieurs villes mènent une campagne féroce contre les boites de nuit qui présentent des inadéquations avec les normes sécuritaires. A Rio de Janeiro et São Paulo une vingtaine d’établissements a été fermé jusqu’à nouvel ordre.

La capitale paulista a par ailleurs signé un accord avec le gouvernement de l’Etat pour légiférer sur les fonctionnements des discothèques.

Les spécialistes persistent à dire que la difficulté de la gestion politique de cette affaire réside dans le fait que chaque Etat garde son autonomie sur la législations des établissements commerciaux, ce qui est le propre de la nature fédérale de l’Etat brésilien. Une solution serait de vite voter des lois avec éffet fédéral, ainsi on avancerait considérablement dans la prévention des tragédies de ce genre, recommandent-ils.