Serge

10 ans à gauche, le triomphe de Lula… et Dilma?

crédit photo: Marcello Casal Jr./Agência Brasil on Wikimedia Commons/CC
crédit photo: Marcello Casal Jr./Agência Brasil on Wikimedia Commons/CC

Dix ans que le Brésil vit une phase post-néolibérale, que toute l’Amérique Latine respire l’air renouvelé de la fin des années d’autérité économique et des “privatisations” menées par le tandem Thatcher-Reagan.

Dix ans donc que l’Amérique Latine, et surtout le Brésil s’est, nous dit-on, émancipé de l’emprise des grandes puissances économiques réalisant les aspirations des grands penseurs de l’histoire du continent que furent Raúl Prebisch et Celso Furtado – ce paraibano qui a fait la Sorbonne avant de devenir le symbole d’une Amérique Latine maîtresse de son destin économique.

Dans les années 1960 et 1970, les intellectuels sud-américains se rassemblaient au sein du CEPAL afin de réflechir sur la voie que le continent devait empreinter pour son économie. Puis quelques années plus tard, grâce à l’ex-président Fernando Henrique Cardoso (FHC), apparaissait la teoria da dependência¹ – la seule “véritable” théorie économique issue d’Amérique Latine. A quand une venue d’Afrique?

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Celso_Furtado,_Lula_da_Silva_(July_2003).jpg?uselang=fr
crédit photo: Marcello Casal Jr/ABr Wikimedia Commons/CC

Curieusement, c’est FHC qui allait appliquer les politiques de rigueur des années 1990 au Brésil.

Avec l’arrivée de Lula et du nouveau pacte social engagé avec toute la société brésilienne dans sa fameuse “Lettre au peuple brésilien” (PDF), le pays amorçait un véritable virage à gauche tant idéologique qu’économique.

Le grand objectif du gouvernement Lula fut de réduire les inégalités, de faire profiter à l’ensemble de la population les richesses du pays. Certes, le Brésil est encore un mauvais élève en ce qui concerne la concentration des richesses tel que l’indique un rapport selon lequel 124 personnes detiendraient 12% du PIB.

La route est longue.

Lula a terminé son dernier mandat avec un record d’adhésion de 80%. Des chiffres qui cachaient la forêt puisque personne n’aurait pensé que deux ans après son départ, sa dauphine affronterait des manifestations monstres comme celles de juin 2013?

Malgré tout, Dilma Rousseff est bien partie pour un deuxième mandat, même si une éventuelle alliance entre Aécio Neves et Eduardo Campos pourrait faire des vagues.

Il est cependant risqué de croire que les brésiliens sont capables de prendre un nouveau virage à droite au moment où la crise s’invite sur la côte atlantique d’Amérique Latine.

C’est donc dans ce contexte assez favorable que des intellectuels de gauche, très influents chez les jeunes de classes moyennes notamment se sont réunis lors du lancement d’un livre dirigé par le professeur Emir Sader pour faire le bilan de ces dix années de gloire pétiste² (PDF). Dix années de gloire, certes, mais marquées par l’essoufflement du projet travailliste dans le nordeste brésilien, fief traditionnel du PT.

Totalement récupéré de sa maladie, l’ex-président Lula participait aux débats.

L’occasion pour eux de relever les acquis de ces dix années de gouvernements de gauche; ainsi pour la professeure de philosophie Marilena Chaui:« le Brésil est passé par une véritable révolution sociale que l’on peut observer dans plusieurs domaines comme l’importance de la femme dans la gestion de la famille grâce notamment au programme Bolsa Família« .

Quarante ans de féminisme n’ont pas réalisé ce que le Bolsa Família a pu faire en terme d’émancipation.

Selon elle, la politique des quotas qui permet aux noirs et aux plus pauvres d’accéder aux universités fédérales est une autre preuve de cette révolution initiée par Lula en 2003.

Point fort de la rencontre, Lula dans son style bien comique tance la professeure Marinela Chauí qui venait tout juste de critiquer la classe moyenne brésilienne pour son conservatisme: « J’ai tellement travaillé en faveur de l’augmentation la classe moyenne brésilienne pour que Marinela vienne la démolir ici… ». La salle applaudit.

Dans la foulée, l’ancien président a promis de décendre dans la rue en 2014 faire campagne pour son parti, le PT. C’est de bonne augure pour Dilma Rousseff.

Je peux affirmer que j’ai vécu in loco la moitié de ces dix années révolucionnaires. S’il est idéniable que le Brésil a fait d’énormes progrès, les emplois sont encore difficiles dans le secteur privé, les inégalités régionales persistent entre le nord et le sud du pays (plus riche).

Hormis l’élection de Dilma en 2011 comme la confirmation du bon travail effectué par Lula, la victoire de Fernando Haddad à la marie de São Paulo a été un autre grand triomphe du PT.

 

¹ La théorie de la dépendance est reconnue dans le milieu académique pour avoir expliqué la situation des économies périphériques, c’est-dire dépendantes des puissances industrielles, et d’en avoir formulé les voies de sortie.

² Néologisme dérivé de la sigle PT, se dit petista en portugais.

 

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Après l’affaire Snowden, les médias orientent-ils la diplomatie brésilienne ?

https://www.flickr.com/photos/mrebrasil/5540208981/sizes/m/in/photostream/
photo : MREBRASIL on Flickr.com CC.

L’affaire Snowden fait encore des vagues dans le monde, même si l’euphorie estivale provoquée par ce scandale d’espionnage semble être passée. Au Brésil, sous la pression des médias, le gouvernement Dilma revoit sa politique externe. Décryptage.

Qu’est-ce qui définit aujourd’hui les relations entre les grands médias brésiliens (et autres groupes de presse) avec la diplomatie nationale du Brésil ?

Avant tout, je voudrai contextualiser mes propos. Tout part de l’affaire Snowden, évidemment. Le lanceur d’alertes américain transmet des milliers de documents à un journaliste américain, Glenn Greenwald qui vit au Brésil (Rio de Janeiro) avec son compagnon. Dans ces documents, des nombreuses preuves que le gouvernement américain à travers la NSA (Agence nationale de sécurité) espionne 1/5 des individus au monde, si nous nous basons sur l’article de Jean-Marc Manach journaliste au Monde.fr.

L’affaire intéresse évidemment tout le monde, du président du conseil de Petrobras à la plus petite ménagère du quartier carioca, Bara da Tijuca.

L’audience monumentale des médias brésiliens

Le scandale est amplifié lorsque Glenn Greenwald repasse, au compte-gouttes, les données reçues d’Edward Snowden aux plus grands médias brésiliens tels qu’à cet important journal de Rio de Janeiro, O Globo; à la chaîne de télévision Globo TV ou à l’émission dominicale Fantástico diffusée sur la même chaîne.

https://www.conecomm.com/why-i-love-the-new-york-times-print-edition
>Newspaper stack

Si vous ne savez pas ce que représente l’émission Fantástico au Brésil, faites-vous une idée à partir d’une petite anecdote. En 2008, la star du jazz canadien Michael Bublé effectue une tournée au Brésil. Il a prévu de passer dans une ou deux chaînes de télévision, en l’occurrence, il est l’invité de l’émission Domingão do Faustão, qui passe depuis plus de 20 ans sur Globo TV. A la fin de l’émission, Faustão, animateur et icône nationale, remercie le chanteur canadien d’avoir accepté de passer au Domingão do Faustão. Ce à quoi Michael Bublé répondit : “ C’est moi qui vous remercie. Vous savez, toute la population de mon pays atteint à peine 40 millions de personnes, ce qui équivaut à tout l’audimat de votre émission. Au Canada, aucune chaîne ne peut me donner une telle audience ”. Pas mal pour une émission de télévision quand on sait que la population brésilienne est de 190 millions d’habitants.

Je ne me tromperais pas si j’affirmais que l’audience de Fantástico c’est un peu plus que celle du Domingão do Faustão. Imaginez donc la répercussion des informations publiées par Glenn Greenwald à travers l’émission Fantástico de Globo TV. C’est comme si, tout d’un coup, 40 millions des Brésiliens apprenaient simultanément que leur gouvernement, la présidente Dilma Rousseff et les grandes entreprises brésiliennes telles que Petrobras sont espionnés par les services américains.

Et chaque dimanche, on en sait un peu plus sur ce schéma d’espionnage made in America. Au compte-gouttes toujours, Glenn Greenwald continue de pomper les médias à coup d’infos cryptées.

Dois-je rappeler que nous sommes à un an de l’élection présidentielle brésilienne? Il s’agit évidemment d’un facteur non négligeable pour notre analyse.

Une diplomatie dictée par les médias ?

La présidence brésilienne ne peut pas ignorer des tels actes au risque de paraître faible aux yeux de ses électeurs.

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Dilma Rousseff and Barack Obama 2012, CC on Wikimedia Commons

La dernière conséquence en date de cette affaire a été le report d’une réunion prévue entre les présidents Obama et Rousseff, une démarche qui est de l’initiative de la partie brésilienne.

Ce qui me gêne dans cette affaire, c’est qu’au début, on avait l’impression que le gouvernement brésilien n’engagerait aucune action diplomatique d’envergure, d’autant plus que le gouvernement américain se contentait de publier sur son site web des “ notes d’éclaircissement ” censées calmer leurs homologues brésiliens.

Le fait que Globo TV et spécialement Fantástico aient diffusé, coup sur coup, des systèmes d’espionnage contre les intérêts brésiliens a totalement transformé l’approche diplomatique du gouvernement brésilien. A Brasília, le Congrès a mis en place une Commission d’enquête sur cette affaire d’espionnage.

Tout cela nous ramène également aux rapports historiques entre les grandes télévisions brésiliennes et les différents gouvernements; des rapports de force basés sur la conquête de l’opinion publique. Pendant le gouvernement Lula, les médias ont quelque peu été mis aux oubliettes du fait de l’aura de l’ancien président.

Depuis, les choses ont changé. Les jeux sont rééquilibrés à nouveau. Et si pour le coup on peut influencer la politique externe du Brésil vis-à-vis de la première puissance mondiale, pourquoi s’en priver?

Je me demande seulement si Glenn Greenwald en a conscience. Je ne veux pas faire d’euphémisme sur la valeur des données qu’il a pu publier, mais pour Globo TV ou O Globo, Greenwald n’est qu’un effet de mode, un journaliste américain au bel accent so english qui s’attaque aux puissants de ce monde.

Jusqu’ici, les réponses fournies par le gouvernement américain  n’ont pas été satisfaisantes, pire encore, elles ont été condescendantes envers le Brésil. “ Les Américains nous prennent de haut ”, c’est ce que le Brésilien moyen doit penser. Et ça, ce n’est pas admissible, encore moins dans une année préélectorale.

Il sera donc intéressant de voir quelle politique le gouvernement Obama adoptera. Quel geste de communication fera-t-il en direction de Dilma ? Et plus intéressant encore, cela ramènera-t-il les relations américano-brésiliennes à leur normalité ?

 

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Scénario kafkaïen dans les locaux de la police

Comment réagissez-vous face À une injustice? Comment réagissez-vous  face à une « autorité », ou un agent de l’ordre qui abuse se son pouvoir en plein exercice de ses fonctions?

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Photo by Loquetudigas on Wikimedia Commons CC

Certains ont peur, j’en connais. D’autres dépriment, j’en ai vu aussi.

Ce qui est en jeu dans ce genre de situation, c’est tout le sens que nous donnons à l’Etat de droit. Bon, je vais vous raconter ma petite mésaventure dans les locaux de la police fédérale à João Pessoa. 

J’avais rendez-vous pour renouveler mes papiers, sachant que cela faisait trois ans que je ne recevais pas l’original de ma carte d’identité, pourtant je payais. Or, selon une disposition légale du ministère de la Justice, lorsqu’un certain délai est passé le requérant ne doit plus payer la prochaine carte d’identité (une sorte de dédommagement).

J’expliquais donc à un agent que selon la loi je ne devais pas payer pour avoir la documentation lorsqu’un autre agent intervient pour me faire comprendre que j’avais tort insinuant que je mentais. Le ton qu’elle employa fut d’autant plus irrespectueux, voir moqueur.

Faut pas me chercher bien longtemps. La suite à lire ci-dessous:

Moi : Je n’aime pas votre ton
Elle : Vous ne m’aimez pas?
Moi : non, pas vous. Je n’aime pas votre ton
Elle : Je n’ai pas besoin qu’on m’aime
Puis autre agent : Monsieur, je vous demande de vous calmer, vous êtes à la police fédérale.
Moi : Je sais que je suis à la police fédérale, mais je vous demande de me respecter.

Au Brésil quand vous entrez dans n’importe quel bureau de l’administration publique vous remarquez tout de suite une  mention placardée sur tous les murs: « l’insubordination à un fonctionnaire public est un crime passible de 6 mois à 2 ans de prison. » Ah bon ?

J’étais en plein dans un délire kafkaïen… Vous savez Le procès ?

Après cette malheureuse expérience, mon intérêt pour cette loi a augmenté. J’ai donc effectué une petite recherche sur le sujet. Et figurez-vous que cette loi est en passe d’être annulée, car il circule dans les couloirs du Congrès brésilien une proposition de loi qui y mettra fin.

https://www.jornalcidade.net/rioclaro/seguranca/seguranca/47932-Lei-do-desacato-a-servidor-publico-cria-conflito
La plaque reprend le texte de loi alors que la population attend d’être reçue par un fonctionnaire public.

Selon le député fédéral de l’Etat de Bahia, Edson Duarte (qui est à l’origine de la réforme) : « la typification de l’insubordination est arbitraire, il sert très souvent comme une raison d’intimider les citoyens au sein des établissements publics ».

Donc, vous vous doutez bien que certains fonctionnaires en profitent pour exercer toute sorte de dérive autoritaire, pour eux ce qui importe c’est la mention sur le mur. Heureusement, après vérification de toute ma documentation ils se sont rendu compte que j’avais raison et que la taxe ne s’appliquait pas à mon cas. Je n’ai donc pas payé et suis ressorti de là très fière de moi. Vous savez, c’est une question de « reconnaissance ». Même si certains fonctionnaires publics affirment que cette première loi constituait une protection contre les menaces de certains citoyens « puissants » dont ils sont les victimes.

Et vous, comment réagissez-vous dans une telle situation?

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Elections au Brésil: qui pour battre Dilma?

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Dilma e Lula durante cerimônia de lançamento do PAC da Habitação – crédit photo : Fabio Rodrigues Pozzebom/ABr on Wikimedia Commons CC

On avance, lentement mais sûrement. En novembre prochain, les Brésiliens seront appelés aux urnes pour choisir leur nouveau président, qui pourrait ne pas être si nouveau que ça. Je vous propose aujourd’hui de faire la connaissance des quatre favoris à l’élection présidentielle de 2014. 

Dilma Rousseff, l’héritière émancipée

Dona Dilma est une femme forte, personne n’en doute. Son passé dans la lutte contre la dictature militaire la place au-delà de tout soupçon. Même si actuellement elle se fait ballotter par la crise mondiale, notamment par les oscillations du dollar (dont le prix ne cesse de monter depuis 5 mois). Ben Bernanke donne des sueurs froides au Palácio do Planalto à Brasília, et cela pourrait bien avoir des conséquences en 2014.

source: Estadão
Source : Estadão

Mais une éventuelle défaite de Dilma Rousseff en 2014 ne saurait être pronostiquée par aucun devin, car si la présidente est loin de faire LE mandat rêvé, ses adversaires n’ont pas le charisme suffisant pour lui faire opposition. Oui, au Brésil la politique fonctionne encore sur la base du charisme. Cela me rappelle assez la situation de frau Merkel en Allemagne.

En outre, les “manifestations de juin” (lire ici) ont révélé un clivage social non négligeable.

Malgré des vents contraires, Dilma est la favorite de l’élection avec ou sans l’appui de Lula de moins en moins visible sur la scène médiatique, ce qui n’est pas plus mal, à mon avis.

Aécio Neves, synthèse du passé et du futur?

Aécio_Neves
Aécio Neves

Passé? Comment cela? Simplement parce qu’Aécio Neves est le neveu et l’héritier politique d’un président brésilien qui n’aura jamais dirigé parce que décédé un mois avant le début de son mandat. Tancredo Neves était un typique mineiro¹, modéré, négociateur et conciliateur. C’est à lui que furent confiées les clés du pays après la dictature. Il devint le premier président de la nouvelle démocratie brésilienne, même s’il ne fut pas élu par le peuple, mais bien par le Congrès.

À cette époque, une vague de manifestations s’éleva dans le pays, As direitas já² fut le slogan d’une ère où la population affirmait désormais son droit à la participation politique.

Malade, Tancredo Neves qui était reconnu comme l’homme du consensus ne lutta pas longtemps. La légende raconte qu’il défia les dieux juste après son élection, ceux-ci ne lui laissèrent guère le temps de gouverner… Après sa mort, c’est José Sarney, un vieil oligarque du Maranhão qui devint président.

Deux choses pourraient toutefois éviter que Aécio Neves se rende au rendez-vous de l’histoire : son style de vie, plutôt play-boy et les “faucons” de son parti, le PSDB (social-démocrate) comme José Serra, ancien gouverneur de São Paulo.

Plusieurs fois, le jeune politicien Aécio Neves a été impliqué dans des “affaires”, comme cette nuit où il fut arrêté à Rio de Janeiro au volant de sa voiture alors qu’il n’avait pas de permis de conduire.

Il y a aussi l’historique récent de son parti, qui est aussi celui de l’ancien président Fernando Henrique Cardoso (très connu à Paris, surtout dans les milieux académiques), ce dernier lança les privatisations des années 1990 sous l’égide des institutions de Breton Woods – le fameux consensus de Washington. Une pilule plutôt amère que les Brésiliens ne lui pardonnent pas.

Eduardo Campos, l’indécis… 

Eduardo_Campos_in_Brasilia_in_2010
Eduardo Campos in Brasilia, 2010

Lors des élections municipales de 2012, il est apparu comme le principal adversaire éventuel de Dilma Rousseff parce que son parti domine désormais le Nordeste du pays, fief électoral de Lula da Silva, et donc du Parti des travailleurs (PT).

A São Paulo, c’est Fernando Haddad – proche de Dilma – qui l’emporta, mais à Campinas, la deuxième ville la plus importante de l’Etat de São Paulo, c’est un proche de Eduardo Campos qui fut élu maire avec l’aide de Aécio Neves. Tiens donc!

Certains analystes y ont vu une future alliance entre les deux politiciens contre Dilma Rousseff, d’autant qu’au Brésil, on ne peut gouverner sans une large coalition autour du président.

Néanmoins, à l’heure actuelle personne ne peut dire quel sera le choix de Campos, gouverneur du riche Etat de Pernambuco. Une alliance à gauche est possible, celle à droite également. Le présidentialisme de coalition au Brésil est un véritable Frankenstein politique. Tout est donc possible. La situation la plus convenable pour Eduardo Campos serait de s’allier à Dilma en attendant 2018 pour concourir librement face à un Aécio Neves affaibli et saboté par son parti.

Marina Silva, écolo et évangélique

Il est préférable pour un pays d’avoir une mauvaise élite que de ne pas en avoir du tout”, cette phrase fut prononcée par Marina Silva en 2008 alors qu’elle était encore sénatrice. C’était aussi avant qu’elle ne soit ministre de l’Environnement sous Lula.

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photo by redebrasilatual on Flickr.com CC

Quelques temps après, elle quittait le PT pour concourir à l’élection présidentielle de 2011 où elle s’imposa comme une alternative politique et sociétale. Mais quelle alternative?

Cette autodidacte très respectée par les médias et jouissant d’une évidente sympathie de la population, a un agenda politique écologique très clair. Elle prône un “capitalisme vert”, “capitalisme écolo”, soit une vision plutôt moderne et responsable.

Pourtant, à côté de cette tendance moderne, elle, Marina Silva est aussi le porte- étendard des évangéliques, d’où l’emploi d’un certain discours conservateur contre le mariage homosexuel ou la dépénalisation des drogues légères.

 

¹ Habitant de l’Etat de Minas Gerais, au Sudeste brésilien. Ils sont connus pour le sens de la négociation et du compromis.

² Série de manifestations dans les années 1980, décennie fatale pour le régime des militaires, revendiquant l’adoption d’élections universelles, notamment pour celle du président de la République. Les négociations entre les élites militaires et démocratiques décidèrent l’organisation d’élections indirectes.

 


Messi explose l’Amérique, Neymar est prêt

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photo by sitemarca on Flickr.com CC

 

Suite de ma petite Chronique du Mondial 2014 qui se rapproche un peu plus et dont on commence à avoir une petite idée. Les zones de qualifications donnent leurs verdicts; certains pays, comme la France avancent, la peur au ventre alors qu’en Afrique les “requins” du Cap Vert font sensation.

Qui viendra au Mondial de 2014? Cette compétition que personne ne veut manquer quite à y faire une piètre prestation. On ne loupe pas sa qualification pour le mondial brésilien, le pays du football. Après une folle semaine des qualifications, 10 pays sont déjà qualifiés: la Hollande, l’Argentine, l’Iran, la Corée du Sud, l’Italie, le Japon, les USA, les Costa Rica et l’Australie.

Messi est bien le patron

Alors, on peut ne pas aimer le lutin argentin, le nain comme j’aime l’appeler, mais le « petit homme » répond présent pendant la phase des qualifications en Amérique du Sud. Lors de leur dernier match de cette série, Messi a littéralement explosé le Paraguay de Roqué Santa Cruz – il joue encore celui-là?

Messi était partout comme un poison qui se répand dans les vaisseaux sanguins. La pulga écrase tout sous son passage. Lors de la victoire 5-2 face au Paraguay, le capitaine argentin a été l’homme de la rencontre (encore une fois), plusieurs fois passeur, comme sur le but d’Aguero. D’ailleurs, le gendre de Maradona est réellement le meilleur partenaire de Léo côté albiceleste. Si vous n’avez pas vu son but frappe croisée entre deux défenseurs, après un service de la poitrine de Messi qui jouait en pivot sur cette action, cliquez sur la vidéo en dessous.

https://www.youtube.com/watch?v=k09jB_VWD_8

Di Maria est également en forme et dans des telles conditions je crains le pire pour les adversaires des argentins qui viendront très fort pour ce mondial surtout que los hermanos n’hésiteront pas à envahir le Brésil. Si Messi est “le messi” de cette sélection, il aura besoin de l’appui des supporters en 2014.

Neymar nargue Pepé

Mardi soir, c’était la nuit du duel entre CR7 et Neymar en prélude des clássicos à venir, mais le portugais n’a pas fait le déplacement à Boston suite à une blessure qui ne l’a pas empêché de réaliser un triplé le week-end en éliminatoire du mondial. Un journaliste proche de Cristiano Ronaldo révèle dans la presse brésilienne que la star du Real Madrid veut tout donner pour arriver au Brésil et y écrire l’histoire.

En attendant, sa seleção croisait Neymar, déchaîné comme la pulga, il plante un but digne de Messi en se faufilant entre 5 défenseurs. Stupeur à Boston! Pepé n’en croit pas ses yeux, des sales jours l’attendent avec le Real cette saison.

S’il est déjà impossible de stopper Messi, la tâche s’annonce encore plus dure avec ce nouveau tandem formé avec Neymar Jr.

Bilan de la rencontre 3-1 sans que Paulo Bento, le coach portugais ne sache par où sont entrés ces buts. C’est arrivé si vite. Mais oui, la vie passe vite, amigo.

Les surprises

Didier Deschamps ne sait plus quoi faire, il se contredit au fil des mois et la France s’en remet à Ribéry et Pogba. Pourquoi pas à Evra, car figurez-vous que le capitaine de Manchester aurait fait un discours à la pose de la rencontre face à la Biélorussie: “ça nous a motivé tout le monde”, rapportait Ribéry à la fin du match.

En Afrique, des requins veulent semer la zizanie. Le Cap Vert, porté par Platini – mais oui, Platini – ne s’arrêtent plus. La forte communauté cap-verdienne vivant au Brésil y croit et moi aussi. Franchement, s’ils parviennent à se qualifier, cette Coupe du Monde rentrera sûrement dans l’histoire du foot comme l’une des plus surprenante.

 

P.S: Le prix du meilleur commentaire de la semaine va à supporter français qui affirmait sur RTL après France-Georgie: “je vous aime bien ce soir, Praud. Finalement, comme les bleus, certains journalistes ne méritent pas non plus d’aller au Brésil”.

 


Tragédie ou farce syrienne?

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Bachar el-Assad graffiti, crédit photo: thierry ehrmann on Wikimedia Commons

Au Brésil, on suit de loin mais avec intérêt les événements au Proche-Orient depuis que le président Obama a piqué sa “crise bushienne” et que son homologue français a enfilé son costume sarkozyste, promettant au monde une intervention militaire en Syrie.

Malgré mes nombreuses occupations, je me réserve un moment de la journée pour lire l’actualité syrienne largement traitée par les médias occidentaux (par là, j’entends français, anglais, espagnols ou américains); malheureusement le constant est amer. Les informations sont copiées à la ligne près… c’est souvent la même ligne éditoriale sauf quand le site espagnol ABC (qui affirme que les rebelles syriens auraient explosé eux-mêmes les armes chimiques suite à une erreur de manipulation) ou l’anglais Daily Mail décident de sortir des rangs publiant des versions moins simplistes de la crise syrienne.

On est plongé dans une véritable guerre médiatique. Pire, une guerre d’informations. Dans un tel contexte, il est difficile de se faire une opinion claire. Nous ne sommes pas des spécialistes de la Syrie, encore moins du Proche-Orient; alors laissons la parole aux experts, comme par exemple, ce brésilien qui se retrouve au “cœur de l’action” et dont je n’avais jamais entendu parlé jusqu’à jeudi passé.

Paulo Sérgio Pinheiro, président de la commission d’enquête sur la Syrie était de passage a São Paulo, où il est abordait la question militaire de la crise. Selon lui, “le rapport des forces en Syrie est équilibré avec d’un côté l’armée nationale comptant près de 100 mille hommes et d’un autre, des rebelles avec autant d’hommes; néanmoins, ceux-ci se repartiraient en 700 groupes, à peu près”.

D’ailleurs, il faut le dire, les brésiliens figurent désormais sur plusieurs fronts de la scène internationale: en R.D Congo, où un général de la FAB dirige la Monusco et plus récemment la Minusma de Gao, au Mali.

Il semble donc que les pays émergents auront de plus en plus leur mot à dire dans la gestion des conflits internationaux, d’où l’impasse dans laquelle se retrouvent les dirigeants du G20 notamment à cause de la réserve russe. Un sommet du G20 dont on ne retiendra, du côté du Brésil, que le fameux baiser entre Barack Obama et Dilma Rousseff.

O presidente Barak Obama beija a presidente Dilma Rousseff observado pela chanceler alemã Angela MerkelKote Rodrigo/EFe
O presidente Barak Obama beija a presidente Dilma Rousseff observado pela chanceler alemã Angela Merkel
Kote Rodrigo/EFe

Un autre expert américain affirme que “toute intervention ou une frappe de l’armée américaine – ou de ses alliés – dans ce pays provoquerait une réaction en chaîne dont personne ne peut assumer le risque, car une guerre civile, voir un génocide est pratiquement inévitable”. On est là dans le cas de figure où le régime Assad tomberait.

Cela fait dix ans que les américains décidaient d’envahir l’Irak. A l’époque, je regardais tout cela comme la manifestation de la super-puissance américaine, ce pays capable de déclencher une guerre et de la retransmettre en direct sur toutes les chaînes de télévision mondiales: le côté sinistre de la globalisation était en marche.

Aujourd’hui quand je revois les images de maître Vergès (paix à son âme) se moquant de la politique va-t-en-guerre de Sarkozy, je ne peux m’empêcher de sourire. A l’époque aussi on nous présentait des “preuves irréfutables”, dont on sait aujourd’hui que les armes chimiques fabriquées par Sadam Hussein n’étaient autres que l’urine de Bernard Henry Lévy (BHL), “l’homme de la République”, renversée dans des petites bouteilles que Colin Powel exhibait au Conseil de Sécurité de l’ONU.

Et pourtant, on y a cru à l’époque.

On se croit malin aujourd’hui de dire que Bush avait menti. Il fallait le penser avant.

Il est maintenant certain que les américains vont frapper la Syrie pour donner l’exemple, pour dissuader d’autres tyrans. Dans ce cas de figure, il n’y a plus qu’à méditer et faire appel à la sagesse de nos ancêtres. Tiens, prenons celle de Benjamin Franklin: « Il n’y a jamais eu de bonne guerre ni de mauvaise paix ».

P.S: je ne finirai pas ce 101° article sans mentionner la plus grosse blague de l’histoire des “grandes puissances”; un membre du gouvernement français admettant devant le monde que la République attendait que le congrès américain se prononce pour décider si la France attaquerait la Syrie. Le dernier à sortir éteigne la lumière!

 

“Tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. La première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce”.

Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, Karl Marx.


Au Brésil, la république des sourds

Dr. Leo Sardenberg, médecin de l'Université de Campinas (SP) - Crédit photo: facebook
Dr. Leo Sardenberg, médecin à l’Université de Campinas-UNICAMP (SP) – Crédit photo: facebook

Le Brésil avance à petits pas vers l’échéance électorale de 2014, année où Dilma Rousseff tentera une réélection historique pour le Parti des Travailleurs.

En attendant, le pays vit dans un climat de radicalisation idéologique très stressant. Fort de son expérience de bientôt trente ans de démocratie depuis la fin du régime militaire, le Brésil doit faire face à la montée des revendications de tous ordres venant de différents groupes sociaux.

Les “manifestations de juin” sont déjà entrées dans l’histoire politique du pays.

Politologues, philosophes et sociologues essayent encore d’expliquer cette vague de citoyenneté qui a balayé le pays tel un tsunami.

La gauche se mobilise, la droite aussi.

Les médias dominants font ce qu’ils ont toujours fait: jongler entre destra e sinistra populistes selon “l’esprit du temps”.

Entre-temps, arrivent les Cubains stigmatisés par leurs collègues brésiliens qui appellent au boycott des patients qui accepteraient de se faire soigner par les médecins étrangers. Le monde à l’envers !

Ces mêmes médecins accusent le gouvernement Dilma d’autoritarisme. On croit rêver.

Il n’est décidément pas facile d’être démocrate. C’est bien une trop grosse responsabilité.

A Natal, grande ville touristique du Nord-Est brésilien, une journaliste affirmait sur son compte Facebook: “ces médecins cubains avaient l’air d’être des domestiques”. Entendez, des Noirs. On avance, n’est-ce pas?

La journaliste Micheline Borges tient des propos racistes contre les médecins cubains
La journaliste Micheline Borges tient des propos racistes contre les médecins cubains

Après la très forte répercussion des ses propos, elle a présenté ses excuses. Excuses acceptées, mais qu’elle ne pense pas qu’on croit qu’elle a subitement changé de nature.

Sur la toile, la guerre est déclarée entre les pro-Cubains (synonyme de favorable à l’accès aux soins médicaux pour tous) et leurs détracteurs. Sur son compte Facebook, la docteur Leo Sardenberg publiait une photo souhaitant la bienvenue à tous les médecins étrangers désireux de travailler au Brésil. Dans tout ça, le gouvernement Dilma se retrouve sous feux croisés.

D’où vient cette haine? Une partie de la réponse se trouve justement dans le fait que cette génération n’a aucune idée de ce qu’ont pu être la dictature, l’apartheid ou la ségrégation aux USA.

Elle est née avec tous les privilèges, dans un pays où on leur vend la perverse idée qu’avoir une opinion propre c’est avoir tout le temps raison. É minha opinião – c’est mon opinion – devient synonyme de “j’ai raison”.

Et donc, tout débat public se transforme en une discussion entre sourds. Et tout cela est trop frustrant.

La professeure Maria Eliza Miranda de l’université de São Paulo (USP), spécialiste depuis trente ans de l’éducation revient sur les raisons de cette indifférence chez une certaine catégorie sociale et ses différents groupes d’intérêt. Selon elle, cela a un rapport avec l’histoire de l’éducation publique au Brésil: “une éducation amputée des sciences humaines et de toute réflexion, une éducation technicisée dans une société racialiste, une société de privilèges”.

En 1981, la revue philosophique brésilienne faisait un triste constat lors de la parution de son premier numéro: “à partir de 1971, l’enseignement de la philosophie, a complètement disparu de nos écoles. Ce fait a sans doute contribué à l’appauvrissement de la formation culturelle de la jeunesse de notre pays. Sa capacité d’avoir une vision globale des problèmes est aujourd’hui peu développée. C’est peut-être là la plus grande faiblesse de notre système éducationnel”.

Vive la République des sourds!

P.S: la docteur Leo Sardenberg est nommée par ce blog, personnalité du mois au Brésil.


L’imbroglio bolivien et les cubains

https://www.flickr.com/photos/fiesp/7187391803/sizes/m/in/photostream/
L’ex-ministre des affaires étrangères, António Patriota, crédit photo: FIESP on Flickr.com

Bonjour les amis! Cette semaine n’est pas de tout repos pour moi car je suis sur la dernière ligne droite de mes études en science politique. Je vous parlerai peut-être prochainement de mon travail de fin d’études intitulé « Transition politique et consolidation de la démocratie en RDC ». Titre un peu ambitieux, mais pourquoi pas? Tant que ce n’est pas de l’arrogance. 

Bon, pour ce qui est de l’actualité brésilienne, la semaine a été chargée aussi. Entre l’arrivée des médecins cubains sifflés à l’aéroport de Fortaleza par des étudiantes de medecines et autres jeunes médecins, et le licenciement du ministre des affaires étrangères António Patriota, on ne sait pas vraiment où donner de la tête. Je vais donc vous dire ce que je pense de ces deux affaires.

Commençons par le cas des cubains. Je l’ai écrit ici (voir: Sortez docteur!« ) il y a quelques mois que le principal motif de cette polémique concernant l’arrivée des médecins cubains été la xénophobie doublée d’un sentiment d’hostilité à l’égard du régime des frères Castro. D’autant plus que le gouvernement brésilien a donné des garanties aux « médecins nationaux » qui n’auront pas leurs places ménacées par les étrangers. Les cubains et maintenant les autres médecins étrangers participeront de l’unique programme « Mais médicos »Plus de médecins – qui a pour objet de recruter des professionnels étrangers dans un secteur qui souffre d’une carrence avérée.

Ces dernières semaines, on a vu des médecins portugais, argentins, espagnols arrivés, mais seuls les cubains ont été victimes d’hostilité.

Il me semble que les jeunes brésiliens ne comprennent pas encore le sens de la démocratie. Avoir des droits ne veut pas dire s’acharner sur les autres, cela devient un cas d’harcèlement moral. Le problème c’est que ces médecins cubains sont pour la plus part noirs. Ils ne correspondent pas aux « critères du médecin brésilien »: blanc, chrétien, riche et « beau« .

Si les médecins brésiliens protestent contre la venue des cubains, la population, elle, applaudi car le Système Unitaire (SUS) de Santé d’en portera mieux.

L’autre point fort de l’actualité cette semaine c’est le licenciement du ministre des affaires étrangères, pivot d’une crise politique régionale. Ce dernier a été écarté du gouvernement par la présidente Dilma Rousseff après qu’un diplomate brésilien ait organisé l’entrée en territoire brésilien d’un sénateur bolivien condamné pour une affaire de corruption par la justice de son pays. Ce dernier résidait depuis quinze mois dans les locaux de l’ambassade du Brésil en Bolivie.

Or, le gouvernement Dilma s’était opposé à l’aarivée du sénateur bolivien. En organisant « sa fuite », selon les propos du chancelier bolivien, le Brésil a violé un certains noimbres d’accord internationaux.

Contrarié au plus haut point, la présidente Dilma qui ne veut pas voir son autorité mis en cheque à quelques mois des élections de 2014 a limogé son ministre des affaires étrangères António Patriota. Mardi, Dilma Rousseff a repondu au diplomate par les médias sous une folle colère, c’est dire à quel point l’incident a choqué.

Tout porte à croire que le sénateur bolivien sera rapatrié dans les prochaines semaines.