Serge

Le racisme au Brésil, avec son « jeitinho »

Des habitants d'une favela à Rio de Janeiro (crédit photo: brasildefato1/Flickr)
Des habitants d’une favela à Rio de Janeiro (crédit photo: brasildefato1/Flickr)

Après le décès de Nelson Mandela, des nombreux hommes politiques brésiliens se sont découvert une nature d’humaniste, progressiste et tolérant… Pourtant, les noirs au Brésil sont loin de vivre comme des hommes effectivement libres; chaque année les statistiques le confirment. Mais au Brésil, le racisme n’est jamais déclaré, il est partout, mais oculté par ce jeitinho bien d’ici… 

Leonardo Sakamoto, célèbre blogueur brésilien publie ce dimanche un billet qui montre la nature schizophrénique des politiques brésiliens, qui sont les premiers à pleurer Nelson Mandela mais n’hésitent pas à appliquer des peines extremement lourdes pour les noirs qui s’impliquent dans des crimes mineurs: une femme envoyée en prison pour le vole d’un shampoing, un jeune homme condamné à cinq ans parce qu’il transportait du désinfectant lors des manifestations de juin, ce matériel étant considéré comme inflammable par la police.

C’est que les noirs n’ont que très peu d’accès à l’éducation. Depuis 2001 et les politiques d’affirmatives actions introduites par Lula, la proportion des noirs dans les universités a augmenté de 10 à 39 %. Par contre 65 % des blancs fréquentent l’université.

https://veja.abril.com.br/blog/ricardo-setti/tag/baixa-renda/
Des étudiantes blanches manifestent contre la politique des cotas à Brasília (Foto: Fábio Rodrigues Pozzebom / ABr)

Le Brésil est un pays fait d’inégalités que personne ne condamne, on vous présente quelques exceptions comme Joaquim Barbosa ou Pelé mais la réalité est que la plupart des noirs et des « indigènes » vivent en marge de la société: dans des réserves écologiques pour les índios, dans les favelas de Rio ou São Paulo, des zones de non-loi à la merci du trafic de drogues, la violence étant la seule alternative viable pour ces jeunes désoeuvrés… On n’oubliera pas de mentionner ce mur qui doit séparer les favelas des zones d’accès de la grande Rio qui accueillera le mondial et les JO.

La dernière polémique en date a été le choix de l’actrice et top modèle Fernanda Lima pour présenter la cérémonie du tirage au sort de la Coupe du Monde. Sur les réseaux sociaux, l’indignation: Fernanda Lima, blonde, maigre au yeux verts ne représente pas la femme brésilienne, elle ne représente d’ailleurs pas la société brésilienne très métissée.

Fernando Lima et son époux préférés à Lazarro Ramos et Camila Pitnaga (noirs) Foto: divulgação
Fernando Lima et son époux préférés à Lázaro Ramos et Camila Pitnaga (noirs) Foto: divulgação

Je n’adhère pas complètement à cette critique puisque les blancs aussi composent ce peuple au même titre que les noirs et les indigènes. Espérons que la prochaine fois, on choisira un noir…

Au sein des universités, le racisme s’impose doucement comme un objet d’étude. En 2010, je posais la question à l’un des plus grands marxistes du Brésil sur la lutte raciale dans ce pays, selon une formule utilisée jadis par Michel Foucault. Pour Francisco de Oliveira dit « Chico », « le philosophe français ne comprenait rien au Brésil, il n’existe pas de lutte raciale ici, mais uniquement une lutte des classes ». Le marxisme radical et orthodoxe ferme les yeux devant toute autre explication de la société qui ne va pas dans le sens d’une critique du capital. Grave erreur!

Mais désormais, on compte dans presque toutes les universités des groupes de recherche sur la question raciale, les thèmes de master et doctorat portant sur cette problématiquent croissent, mais uniquement dans les sciences humaines.

https://www.flickr.com/photos/armandolobos/5379597142/sizes/m/in/photostream/
Des jeunes dans une favela – crédit photo: alobos Life/Flickr)

Les universités sont d’ailleurs un univers de ségrégation raciale. Dans les facultés de médecine et d’architecture par exemple, on ne voit que très rarement des noirs. Elles sont la chasse gardée des blancs, riches faisant partie des élites brésiliennes: cette caste que les spécialistes qualifient de estamento, cercle de privilèges et de clientelisme au sommet de l’Etat et du business.

Les noirs continuent d’être assassinés en masse comme le montre les statistiques publiées par le gouvenement [39 000 noirs pour 15 000 blancs chaque année] et sont souvent maltraités par la police.

Ce racisme [séculaire] à la brésilienne est possible grâce au jeitinho, cette pratique codifiée qui consiste à résoudre tous les conflits sociaux par un petit sourire hypocrique « entre amis », un coup de main sur l’épaule (typique formule de familiarité de Lula); cette façon de tout faire à la dernière minute, de ne pas se déclarer raciste mais de changer de trottoire à la vue d’un noir, de se lever d’un siège quand un noir entre dans un bus…

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Manifestation contre les quota à Brasília: « Tu veux une place à l’université, fais l’examen d’admission » – crédit photo: Rose Brasil/ABr

Il y a quelques années une étude demandait au brésiliens s’ils étaient racistes. 97 % des interrogés se disaient être tolérants et ne pas être raciste, par contre 98 % des mêmes interrogés affirmaient connaitre une personne raciste. Négation!

Le Brésil est le pays des préjugés. Pour chaque comportement qui échappe à la norme on est vctime de préjugé [preconceito, en portugais]. De plus en plus de violence contre les homosexuels sont enregistrés, les pauvres sont discriminés et exclus de la vie sociale en général.

On s’étonne donc de remarquer comment les hommes politiques de droite, voire de l’extrême droite s’approprient l’héritage de Mandela, eux qui souvent, n’hésitent pas à montrer leur haine envers les noirs, les pauvres, les athées, les travestis, etc.

On espère aussi que cette vague d’humanisme soulevée involontairement par le décès de Mandela [comme un dernier coup de point contre les préjugés] transformera positivement la société brésilienne afin qu’elle soit réellement cette terre promise du métissage.

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“Mandela a vaincu l’Apartheid”, les titres de la presse brésilienne

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Nelson_Mandela_statue,_Westminster.JPG
Nelson Mandela, crédit photo: Warko, Wikimedia Commons

Rarement un homme politique aura autant fait l’unanimité que Nelson Mandela. L’ancien président sud africain figurait il y a moins d’une semaine dans une liste de six références morales du 21° siècle, et ce malgré son rôle ambiguë dans le réglement du conflit congolais – cinq millions de morts. Sa mort, jeudi 05 décembre, a fait la Une de plusieurs médias brésiliens. Retour sur une soirée historique.

Mais avant cela, il faut dire la faible réactivité des médias brésiliens qui même après une démie heure de l’annonce diffusé en direct sur CNN n’avaient pas encore repris l’information sur leurs sites. A l’heure où Twitter fait concurrence aux grands médias, c’est une faute grave. Un flash ou une alerte auraient suffit à donner (au moins) l’impression qu’ils étaient concernés…

C’est probablement aussi révélateur d’un problème lié à la langue, car au moment où CNN terminait son direct avec Jacob Zuma, la presse brésilienne aurait dû commencer à rélayer l’information; pour un pays débiteur dans son histoire au continent africain, on est frustré de constater une telle méconnaissance de l’actualité du plus vieux continent du monde.

En outre, plus de deux heures après l’annonce du décès de Nelson Mandela, le compte Twitter de la présidence Dilma affichait une dernière actualisation remontant à dix heures plutôt.

Rappelons aussi ce fait marquant, mardi, lorsqu’une députée PMDB (parti des modérés allié à Dilma Rousseff) de l’Etat de Goais demandait une minute de silence en l’honneur de Nelson Mandela dont elle annonçait la mort dès le 03 novembre. Non avisés, ses collègues l’ont acompagné dans sa folie passagère.

Ceux qui ont eu la chance de passer par Johannesbourg cette année auront remarqué cette belle statue du leader sud-africain à l’aéroport Tambo OR: une image mémorable qui rappelle aux touristes l’histoire de ce pays longtemps marqué par l’Apartheid.

Statue de Nelson Mandela à l'aéroport de Joanesburg Tambo OR, crédit photo: Serge Katembera
Statue de Nelson Mandela à l’aéroport de Johannesbourg Tambo OR, crédit photo: Serge Katembera

Donc, après presqu’une heure d’attente, le journal carioca O Globo titrait “Le monde perd Nelson Mandela” rappelant que le sud-africain était un bâtisseur de ponts entre les nations.

oglobo

L’un des sites d’informations les plus visités du pays, G1, a toute de suite publié un dossier sur Mandela, des hommages des sud-africains eux-mêmes aux déclarations d’hommes politiques du monde entier en passant par celles de stars: Obama affirme s’être inspiré de Mandela, Beno Vox salue l’idéaliste, Eva Longoria regrette la disparition d’un grand leader mondial; le polémique gouverneur de São Paulo Geraldo Alckim revient sur un Nelson Mandela symbole du courage et de la résistence (étonnante réaction de celui qui n’hésite pas à réprimer dans la violence les manifestations dans la capitale économique du Brésil, comme en juin dernier). Mike Tyson qui se trouve actuellement en Algérie prie pour la famille de l’illustre disparu.

G1Globo

La presse paulista a elle aussi titré sur le décès de Madiba, ainsi Folha de São Paulo annonçait la mort du leader sud-africain qui a vaincu l’apartheid, le journal publie notamment un grand dossier à ce sujet:

folha

L’autre grand journal de São Paulo, Estadão se souvient du prix Nobel de la paix mort à 95 ans:

estadao

Toujours dans la grande métropole brésilienne, le moteur de recherhce et site d’informations générales R7.com s’intéresse à la question raciale au pays de l’arc-en-ciel, Neslon Mandela n’aura sans doute jamais réussi à erradiquer les conflits raciaux dans ce pays profondément marqué par les inégalités entre les noirs et les blancs. En Afrique du Sud, les noirs démeurent dans la mandicité (mêmes les agents de la douane) pendant que les blancs vont passer leurs vacances à Washington ou à Londres, je l’ai vu de mes propres yeux:

r7

Certains sites se sont contenté d’un simple “l’ancien président Nelson Mandela est mort”, c’est le cas de BBC Brasil, du Jornal de Brasília et de MSN:

bbcbrasil

jornalbrasilia

msn

Un peu plus bas sur le continent sud-américain, l’argentin Clarín rend hommage à l’homme qui vaincu la haine et fondé une nation:

clarin

Nelson Mandela a effectué deux visites officielles au Brésil en 1991 puis 1996, la présidente Dilma Rousseff a décrété une semaine de deuil national en l’honneur de l’homme politique sud-africain.

Il est tout de même dommage de voir l’image de Nelson Mandela récupérée par des hommes politiques du monde entier, ceux de gauche comme de droite.

 


Des stars brésiliennes contre les biographies non-autorisées

 

https://en.wikipedia.org/wiki/File:Gilberto_Gil_with_guitar.jpg
Ancien ministre de la culture, Gilberto Gil performing in 2007 (Crédit photo: Joi Ito from Inbamura, Japan/cc)

C’est un phénomène connu en psychanlyse: on reproduit, adulte, les violences soufferts pendant l’enfance. Ce mal profond s’est visiblement emparé des têtes pensantes de la culture brésilienne que sont Gilberto Gil, Caetano Veloso ou Chico Buarque.

La polémique fait rage et est actuellement débatue à la Cour Suprême de Justice qui, ma foi, ne laisse rien échapper. Les biographies non-autorisées sont-elles légales, doivent-elles l’être? Ou doivent-elles au préalable passer par le consentement des principaux intéressés, c’est-à-dire les personnalités publiques? Et dans ce cas, le concept biographie non-autorisée devra simplement être supprimé des encyclopédies puisqu’elle n’existerait plus. Peut être aurait-elle sa place dans quelque Dictionnaire de métaphysique, au meilleur des cas.

Caetano Veloso, donc, ainsi que Gilberto Gil, et Chico Buarque ont été des pauvres victimes de la censure pendant leurs carrières respectives; certains forcés à l’exile où ils produisaient des textes à double sens afin de brouiller les pistes. Pourtant aujourd’hui, ils sont à la tête d’un mouvement paradoxalement nommé Procure saber [cherche à savoir]se donnant comme objectif de barrer les biographies non-autorisées.

Le mouvement a été déserté par le chanteur Roberto Carlos, figure éminente du MPB.

Le paradoxe est flagrant surtout pour ceux parmis vous qui s’y connaissent un peu en philosophie. On se souvient du célèbre texte du philosophe allemand Emmanuel Kant, Was ist Aufklärung?  [Qu’est-ce que les lumières?], il y planta les bases des Lumières en Europe avec comme dévise le fameux “Sapere Aude!”… “Ose savoir!”.

Le rapprochement est vite établi entre le Sapere Aude et ce très douteux Procure Saber… Ces “têtes pensantes de la culture brésilienne” nous demanderaient donc de faire l’effort de “chercher la vérité” alors qu’ils censureraient tout texte qui ne serait pas autorisé par eux? Le raisonnement est absurde. Le aufklärung kantien prodiguait pourtant l’autonomie de la pensée, l’émancipation face aux maîtres penseurs, et voilà ce beau slogan détourné par les “têtes pensantes de la culture brésilienne”.

Le fait est encore plus grave d’autant plus qu’ils furent tous victimes de la censure des militaires.

Mais avant de trop accabler ces pauvres “têtes pensantes de la culture brésilienne”, n’oublions pas que la polémique existe sous d’autres cieux… en France, par exemple où la première dame Valérie Trierweiler a fait condamner “ses” biographes non-autorisés à une peine 10 000 euros; il y a aussi ce livre polémique sur le controversé Dalai-Lama.

Chacun se fera une opinion. Mais qu’on laisse donc le choix au lecteur d’en juger. Ne castrons pas la pensée! N’établissons pas la pensée unique comme norme! Ô comme cela est déjà difficle de penser autrement! on court le risque d’être taxé de conspirationniste ou de complotiste (de fou, sous d’autres cieux).

Et pourtant, elles peuvent être très intéressantes, ces biographies non-autorisées. Tenez par exemple, cette histoire (non-autorisée) inspirée des évangiles apocryphes et écrite par Patrick Banon qui relate la vie de Jesus. On y apprend par exemple que dès ses neuf ans, “Jesus avait déjà ressuscité un enfant, donné la vie à des oiseaux d’argile et maudit un olivier [allez savoir pourquoi…] qu’il avait desséché d’un geste”.

Ces mêmes évangiles apocryphes relatent que Judas (le traite) était le plus spirituels des apôtres et que Jesus avait avec lui des moments d’aparté (pour ne pas troubler les autres) pendant lesquels ils discutaient de l’avenir de l’humanité et bien plus… certaines histoires ne sont pas pour les faibles.

Voir ce que pensent d’autres stars à ce sujet, sur ce lien.

– J’ai en ma possession quelques évangiles apocryphes, pour ceux que cela intéresse, le faire savoir sur son commentaire.

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Au Brésil, les leçons du jugement du mensalão

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Joaquim Barbosa préside la Cour Suprême de Justice du Brésil

Joaquim Barbosa, symbole d’un brésil réconcilié avec les démons historiques du racisme e accessoirement président de la Cour Suprême de Justice (STJ), a mené une guerre acharnée contre le plus grand scandale politique de l’histoire du pays. La semaine dernière, les principaux responsables d’un vaste système d’achat de votes des députés fédéraux par l’Exécutif ont été mis derrière les barreaux. Quelles leçons tirer, en définitif ou provisoirement, du jugement du mensalão?

Un jugement d’exception?

Le jugement du mensalão a été marquée par la radicalisation de la sphère politique brésilienne, tant dans les médias que dans les instances institutionnelles importantes, notamment par la “Guerre Froide” déclarée entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif, l’un des condamnés étant un élu fédéral.

Et là, se trouve une incroyable leçon qui mériterait d’être débatue dans les écoles de science politique: si Montesquieu a préconisé la séparation des pouvoir, les américains ont, pour leur part, préféré le check and balance of power. Il ne s’agit pas uniquement d’une différence dans la réthorique, mais bien d’une volonté chez les yankees de créer un équilibre de pouvoir de façon à ce qu’aucun groupe majoritaire ou minoritaire soit-il ne domine complètement la société. Ce qui fait de la politique américaine une système de négocition et de compromis, avant toute chose.

Chez les brésiliens, et ce malgré leur volonté de copier le modèle américain, l’équilibre des pouvoirs n’existe pas.

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Getúlio Vargas, surnommé le père des ouvriers est le symbole du populisme de gauche au Brésil (Crédit photo: predecessor of Agência Brasil/Wikimedia Commons/CC

Le rapport des forces penche très souvent en faveur de l’Exécutif au gré du charisme du président de la République; on verra alors un Getúlio Vargas ultra-puissant dans les années 1940-50, ou un Lula souverain plus récemment. Les grandes crises politiques au Brésil ont eu lieu quand l’Exécutif n’avait pas à sa tête une figure aussi charismatique que les deux cités, comme ce fut le cas dans les années 1960 peu avant le coup d’Etat des militaires. On pourra ainsi parler de cette crise qui balance le gouvernement Dilma alors qu’elle trouve ses racines dans l’administration Lula. Seulement, ce dernier était à lui tout seul un parre-feu contre toute secousse politique.

L’émergence Joaquim Barbosa à la présidence de la Cour Suprême marque une inflexion dans la vie politique du pays. Noir et issu d’une famille modeste, il arrive au moment où Lula quitte le pouvoir et se voit remplacé par Dilma Rousseff créant ainsi un déséquilibre dans le système présidentiel brésilien. Car le charisme necessaire au président de la république se trouve désormais chez le président de la Cour Suprême, d’autant plus que ce dernier apprécie et multiplie les apparitions médiatiques.

Il est en plus légitime dans son rôle d’homme politique intègre. Quoique, de la politique, on puisse douter si Joaquim Barbosa maîtrise les codes. Son domaine est purement et simplement le droit.

https://www.youtube.com/watch?v=7my8O_5m7Zo

Certains spécialistes lui reprochent d’ailleurs de “confondre les genres, de condamner sur des hypothèses plutôt que sur des preuves… De transformer le procès du mensalão en un jugement d’exception, comme ici, dans une célèbre tribune du professeur Wanderley Guillerme dos Santos, “père” de la science politique moderne au Brésil.

Peu importe, qu’il le fasse par des moyens peu orthodoxes ou pas, Joaquim Barbosa s’attaque à une problématique essentielle qu’est la corruption au Brésil. Aux yeux de l’opinion, aussi bien la droite que la gauche sont affectée par elle.

Les symboles de la gauche ébranlés

C’est qui fait de ce procès du mensalão une marque dans l’histoire politique du pays, ce n’est pas tant la culpabilité avérée des responsables politiques condamnés, mais bien ce qu’ils représentent: le renouveau de la démocratie après les années de fer.

Aussi bien José Dirceu que José Genoino ont farouchement luté contre le régime des militaires, ils ont été enprisonnés, la femme de Genoino fut par ailleurs co-détenue avec l’actuelle présidente… tout un symbole.

Or, les symboles ne doivent pas mourir.

Ancien chef du cabinet du président Lula, José Dirceu était l’homme fort du premier mandat présidentiel du Parti des travailleurs (PT). C’est lui qui modernisa les méthodes et l’approche politique qui amenèrent Lula au pouvoir.

 


Et puisqu’un maheur n’arrive jamais seul, un autre autre symbole de la gauche est actuellement ébranlé, à São Paulo cette fois-ci.

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Le maire travailliste de São Paulo, Fernando Haddad

A peine élu maire de la ville la plus riche du pays, Fernando Haddad (le premier venant de gauche dans la capitale économique du pays depuis une décennie) doit faire face à un scandale de corruption qui touche les hautes sphères du pouvoir de São Paulo.

Même s’il est déjà démontré que l’affaire remonte à l’administration précédente, il revient tout de même à monsieur Haddad de désamorcer la bombe… autant dire que c’est une tâche assez ingrate.

Finalement, en ce qui concerne le mensalão, la position de la présidente Dilma Rousseff n’est pas des plus confortables: entre d’un côté, l’obligation morale de défendre ses anciens amis (comme le souhaite son parti) et frères d’armes pendant les moments les plus difficiles; et de l’autre, la necessité d’arbitrer un conflit naissant entre les pouvoirs législatif et judiciaire, elle devra faire preuve d’une grande agilité politique.

Or, la négociation n’a semble-t-il jamais été son point fort.

 


Walter mérite sa chance pour la Coupe du Monde

https://esportes.terra.com.br/goias/com-walter-decisivo-goias-derruba-ponte-e-mantem-boa-fase,e0f190a5ae290410VgnVCM4000009bcceb0aRCRD.html
L’attaquant du Goiás, Walter (Crédit photo: Rodrigo Villalba / Futura Press)

C’est un tueur, serial killer comme on dit dans le milieu, certainement le joueur le plus incroyable (et imprévisible) qu’il m’ait été donné de voir depuis que je vis au Brésil. Walter, c’est son nom est sans doute la meilleur surprise du brasileirão 2013.

Suite de ma Chronique du mondial…

Goias est un État  économiquement moyen au centre-ouest du Brésil. Il est situé dans les hauts-plateaux  du centre du pays, notamment autour de la capitale Brasília, en zone semi-humide où d’immenses propriétés sont réservées à l’élevage du bétaille. Sa capitale Goiânia est une ville ocultée par la splendeur de l’oeuvre d’Oscar Niemeyer. Qui voudrait d’une voisine aussi préstigieuse que Brásilia? On sombre rapidement dans l’anonimat au fure et à mesure que la gloire de cette dernière croît.

Mais ça, c’était avant.

Goias, c’est aussi le nom d’un club de football moyen qui joue régulièrement le Brasileirão, la première division du championat brésilien de football. Ce club vit mal le fait de devoir partager les feux des projecteurs avec son grand rival l’Atlético Goianiense qui porte fièrement les couleurs du Milan AC: rubro-negro, sans être Flamengo.

Au début du championat brésilien personne n’imaginait que le Goias  Esporte Clube serait la principale attraction du football national; c’était sans compter avec son buteur maison: Walter, 23 ans et quelques kilos de trop (officiellement, il peserait 92 kilos).

Discret quand il s’agit d’affronter les médias, Walter n’apparait généralement qu’avec le maillot vert et blanc de son club, mercredi soir ou dimanche après-midi, jours sacrés réservés au championat brésilien. Merci, Globo!

Son passe-temps favoris? Châtier les géants comme Flamengo ou Corinthians. Personne n’y échappe, il malmène ses adversaires buts sur buts, certains sont d’une incroyable beauté comme vous pouvez le voir sur cette video:

https://www.youtube.com/watch?v=inUUCItdVhc

Interrogé sur son poids par une jeune journaliste aux termes d’un match, Walter ne sut que répondre… son silence trahissait la détresse de celui qui sait que son poids (et uniquement son poids) l’empêchera de jouer la Coupe du Monde. Puisque le talent, ça le connait bien.

En attendant, Walter sème la panique dans les défenses adverses, comme celle du Corinthians, le champion du monde des clubs battu à domicile (1-2) grâce à une passe décisive du gordinho. Un mois plutôt, c’est Flamengo qui en faisait les frais.

Alors que la seleção ne trouve toujours pas un digne successeur à Ronaldo (le vrai), je dis pourquoi pas Walter à la Coupe du Monde? Du gordo (toujours le vrai), il a déjà le poids et les beaux buts…

P.S: Finalement, et contre toute attente, les bleus ont réussi à se qualifier pour la Coupe du Monde du Brésil… Espéront qu’ils viendront y écrire quelques belles lignes de la légende des France x Brésil.
https://www.youtube.com/watch?v=5trI4xfd3Pc


Eike Batista: comment fondre sous le soleil de Rio

https://www.flickr.com/photos/governo_de_minas_gerais/6120974553/sizes/m/in/photostream/
A droite, Eike Batista (Governo de Minas Gerais/Flickr)

On ne voulait pas le croire. Eike Batista a fait faillite et avec lui le rêve d’un pays semble s’éloigner. Qu’est-ce qui a pu se passer pour qu’un homme riche, très riche, septième homme le plus riche de la planète, perde près de 30 milliards en une année, au point d’être la risée des médias occidentaux. Je ne saurais répondre à cette question, mais je peux fournir quelques éléments de réponses d’ordre culturel pour certains et aussi structurel en ce qui concerne le modèle économique brésilien.

Cela tombe bien en fait car je lisais justement un article intéressant de Jean-Joseph Boilot sur la Chindiafrique [avec quelques erreurs de jugements tout de même pour ce qui est de sa conception du panafricanisme], quand j’ai lu l’information sur le déclin de l’empire d’Eike Batista. Dans cet article, on apprend de l’économiste que le modèle brésilien est un échec du point de vue de l’innovation et de la recherche scientifique, ce sur quoi je suis assez d’accord, et je vois là l’une des raisons de la chute de Eike Batista. Le 30 octobre, son entreprise a présenté un plan de sauvetage à la justice qui a surpris le monde des affaires.

Eike Batista a demandé une mise en tutelle de son groupe OGX par la justice brésilienne afin d’éviter une faillite totale de son empire. Une manière assez peu scrupuleuse de « profiter du système » pour sauver sa peau… pour gagner du temps…

De toute évidence, « l’empire Batista » coule : « s’il n’est pas très bon en pétrole, on peut dire qu’il est doué en cuisine », s’amuse un journaliste carioca proche de l’ex-milliardaire:

 

Homme d’affaires et play-boy

Comment j’ai connu l’homme d’affaires ? A travers un portrait réalisé par une télévision et ensuite grâce à une interview [devenue célèbre] du milliardaire. Ce qui frappait de prime abord, c’était l’assurance d’Eike Batista; l’homme voulant devenir le plus riche de la planète en l’espace de 5 ans. Il serait le premier à atteindre les 100 milliards, un rêve, une obsession qui transparaissait dans toute son arrogance. Un peu comme la ville de Brasília, construite en cinq ans, l’utopie du milliardaire Eike Batista a vieilli trop vite, et mal.

https://www.youtube.com/watch?v=-98SXlqyzQ8

Autre fait marquant sur le personnage, c’était une certaine image de virilité qu’il souhaitait transmettre, on le notait dans les noms de ses entreprises OGX, EBX, MMX, REX, LLX, IMX, etc. Mais aussi dans les noms de ses enfants, comme Thor Batista [fils d’un dieu mythologique] impliqué dans un accident de voiture qui tua un homme à Rio de Janeiro (excès de vitesse au volant).

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Eike_Batista_(new).jpg
Eike Batista/ JulianaCoutinho/Wikimedia Commons

Je me souviens aussi d’une phrase d’Eike Batista affirmant que le « trio gagnant » pour l’avenir du Brésil était formé par Dilma Rousseff, le gouverneur de Rio de Janeiro Sergio Cabral et lui-même.

Ce dernier a fait faillite, le deuxième est dans la tourmente depuis les manifestations de Rio, il serait déprimé selon les rumeurs…

Certaines personnes préfèrent travailler sans aucune pression, dans ce cas, sortir des listes Forbes ou Bloomberg des hommes les plus riches du monde lui fera peut être un grand bien:

 

A quoi tient le rêve brésilien? 

Il faut bien répondre à cette question. Comme je l’ai dit dans un article précédent, les Brésiliens profitent en ce moment du boom économique porté par une nouvelle classe moyenne [vivant dans une semi-précarité] mais ne pensent pas suffisamment au futur. Eike Batista en est le symbole. Je ne prétends pas qu’avec la chute de l’OGX, toute l’économie brésilienne va sombrer dans une grande dépression. Elle semble avoir assez bien absorbé la mauvaise nouvelle. Mais tout de même, il y a des choses à revoir.

Prenons l’exemple de Petrobras. Dernièrement, le gouvernement a organisé un appel d’offres pour explorer le gisements pétroliers présalifères découverts au Brésil, aux termes duquel deux entreprises chinoises, un français, un germano-hollandais ont pris de grosses parts alors que le géant brésilien sera minoritaire. Si l’entreprise – ou le gouvernement – avait investit dans l’innovation, la technologie elle n’en serait pas là non plus.

La chute d’Eike Batista cache peut être un mal plus profond qui gangrène le modèle économique brésilien:

 

D’où le reproche de Jean-Joseph Boilot cité plus haut, qui déplore que l’économie brésilienne ne se soit pas industrialisée au cours de ces dix dernières années et en soit encore à dépendre de la rente pétrolière ou de sa production alimentaire: un piège dans lequel il ne faut justement pas tomber.

La conclusion qu’on peut tirer de tout ceci est que la personnalité d’Eike Batista a largement contribué à sa chute, il est probable que s’il avait été aussi sobre (ou modeste) qu’un Bill Gate, ses entreprises ne seraient pas sur la sellette aujourd’hui. Il y a une dimension psychologique dans l’explication du déclin de monsieur Batista.

En même temps, on ne peut pas négliger le modèle sur lequel repose la croissance brésilienne: une économie de services et de consommation, peu investissements dans l’industrie et la technologie… Les politiques misent tout sur la rente pétrolière (au Venezuela, cela ne tient plus) alors qu’ils devraient développer leur industrie, créer plus d’emploi, investir dans l’innovation, favoriser l’immigration des élites internationales qualifiées en attendant de récupérer le retard sur le plan de l’éducation nationale.

A vouloir monter trop haut, les ailes d’Eike Batista ont fondu au soleil comme celles d’Icare.

Portrait d’Eike Batista réalisé il y a un an par The Economist à écouter en anglais:

 Pour en savoir plus: Sur LeMonde.fr

Ici, les enchères,
le rôle de Total ou sur l’analyse du Financial Times.

A propos d’Eike Batista, lire son portrait sur Lefigaro.fr ; pour comprendre son drame, aller sur The Economist.

Lire aussi ce portrait (en portugais).

 


Endetté, jette ton téléphone

https://imagens.us/datas/dia-do-operador-de-telemarketing/index.php?imagem=dia-do-operador-de-telemarketing%20(3).jpg
Télémarketing

Tout ce que je vais dire ici n’est pas forcément faux.

J’ai rencontré un homme dans un restaurant  qui a décidé de profiter du boom économique créé par Lula, c’est un consommateur impulsif. Récemment, il s’est procuré une nouvelle « voiture zéro », mais il ne la payera jamais… Je lui demande ce qu’il fera de sa dette, il me répond: “ah, maman Dilma va payer”. Parce qu’en fait, au bout de cinq ans, les comptes sont remis à zéro, le gouvernement annule les dettes des mauvais payeurs et la fête continue.

C’est un système vicieux et assez pervers qui s’installe au Brésil. L’Etat te pousse à consommer parce que l’économie doit rester rechauffée, il te protège également des banques qui ne peuvent pas réclamer leur argent directement et sont obligées de passer par des entreprises sous-traitées, celles-ci ne peuvent pas non plus saisir tes biens, et tu n’iras certainement pas en prison, c’est la démocratie.

Mais en même temps, ces entreprises peuvent t’appeller sur ton téléphone autant qu’ils voudront. Les banques peuvent donc t’appeller. C’est justement de ça que je veux parler parce que cette histoire de dette à la banque et une autre histoire d’opérateur téléphonique peuvent faire un sacré mélange suceptible de gâcher un week-end, ou carrément te donner un nouveau prénom…

Je m’appelle Rodrigo…

Et puis, il y a l’histoire des numéros de téléphone, ça vaut vraiment la peine que je te l’explique. Car au Brésil, un numéro de téléphone d’un même opérateur peut passer infiniment entre deux, trois, quatres ou cinq clients, et avec ça tout le lot de problèmes que tu imagines. Cette année par exemple, j’ai un nouveau prénom: Rodrigo.

Tout ça parce que mon opérateur, Oi, a décidé vers janvier de bloquer mon numéro de téléphone, je ne recevais plus d’appel et je n’en émettais plus. Mon numéro a été bloqué parce que je n’ai pas acheté de crédit pendant un mois. Mais, détail, je pouvais réaprovisionner mon compte sans problème. Du coup, un jour, je recharge mon crédit comme on dit, l’opérateur me confirme la recharge mais au moment où je veux effectuer l’appel, on m’apprend que mon numéro est bloqué… oookéé! Et mon argent alors, qui me le rembourse?

J’ai alors changé de numéro, j’ai acheté une nouvelle puce pour mon téléphone, tout ça pour découvrir que mon numéro, en fait, avait appartenu à un certain Rodrigo surrendetté auprès d’une banque… Oulala, en plus, à la même banque que moi… décidément!

Dès lors ma vie est un enfer. Ne crois pas que parce qu’ici on ne peut pas saisir tes biens, te jeter en prison pour une dette, la vie en est plus simple. Loin de là. L’enfer est tout autre. Si tu es endetté, tu es condamné à recevoir au moins 6 coup de files par semaine venant des agences de marketing, ou de je-ne-sais-pas-quoi… ils te reclament leur argent à coup de matracage psychologique. Et tu te dis que tu le mérites bien… au moins!

Au début, tu crois que qu’il suffit de dire à la gentille fille au téphone que tu n’es pas Rodrigo, “non, non, moi c’est Serge”, pour qu’elle te lâche… nan, nan! Elle t’appelle le lendemain à 6h30, et c’est un samedi. Tu l’insultes, le jour suivant c’est un homme qui appelle, il parle si vite (comme seuls les paulistanos savent le faire) que tu ne peux pas glisser deux mots, la solution, raccrocher sans plus.

Puis un jour, tu baisses ta garde, ton téléphone sonne, c’est un numéro qui commence par un 011… c’est São Paulo… peut-être un ami, ou mon frère, mais non: “Bonjour, monsieur Rodrigo…?”… Franchement, quand Oi m’a revendu ce “nouveau” numéro, ils savaient bien que je n’étais plus ce fameux Rodrigo, non.

Je pourrai les trainer en justice, tiens. Non, je suis pauvre et cela me coûterai bien trop cher.

Bon, cela fait un mois que je n’ai plus réçu de coup de file de São Paulo, peut-être que Rodrigo a payé sa dette. Et puis, un matin, ma petite amie reçoit un coup de file elle aussi; c’est São Paulo, il est 6h30, on est samedi et elle apprend qu’elle s’appelle Marta

P.S: – Vous avez peut être suivi la chute de l’empire de l’ancien septième homme le plus riche de la planète, Eike Batiste, il paraît qu’il représentait le modèle capitaliste brésilien: un chateau de cartes?

– Sur l’annulation de la dette, lire ce texte dédié à David Graeber sur Rue89.

 

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Carnet d’une lectrice : « Les Brésiliens ont honte de s’afficher avec des filles noires »

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Crédit photo : couscouschocolat on Flickr.

L’immigration africaine contemporaine vers le Brésil est très commentée dans les médias au point où certains experts évoquent la recherche d’un nouvel Eldorado (sans vouloir faire dans la caricature) outre-Atlantique. Les mutations de la société contemporaine, notamment celle de la révolution du genre (ou sexuelle) sont passées par là, et désormais des jeunes filles du continent noir n’hésitent plus à s’engager dans des longs voyages, elles aussi, à la recherche du bonheur. Une démarche digne de cette recommandation de la Constitution américaine… dans cette nouvelle mosaïque culturelle apportée par la globalisation, les rapports personnels entre hommes et femmes sont ressentis de différentes manières très dialectiques ; les relations entre Africains, redéfinies…

Nouveau carnet d’une lectrice, à lire ci-dessous :

Celui qui a dit que l’on est mieux chez soi n’avait pas totalement tort. J´entendais mes aînés dire que la vie à l’étranger n’est pas facile et qu’elle était même un éternel combat. Eh oui, je constate que c’est un combat interminable parce ce qu’il ne se limite pas qu’au désir d’atteindre ses objectifs, mais englobe tout ce que tu vis après être parti de ton pays. J´ai confirmé cela après avoir passé quelques mois au Brésil.

Les étudiantes africaines vivent ici une indescriptible frustration qui est de l’ordre du psychologique. Peut-être que j’exagère un peu, mais je ne crois pas. Elles doivent lutter pour se faire un nom dans leur famille et pour se faire respecter dans la société. Croyez-moi, ce n’est pas chose facile lorsque certaines conditions ne sont pas réunies. L’une des premières difficultés apparaît dans la vie personnelle des filles qui débarquent ici.

Est-ce facile d’avoir un petit ami au Brésil? Sans hésiter, non ! Et j’ajouterai même que c’est très compliqué.

Quelques jours après ton arrivée dans ce pays, les garçons africains te courent après comme des abeilles sur du miel et c’est le début de tes problèmes. Tu rejettes tout le monde en te disant : « Je suis là juste pour mes études, en plus j’ai laissé mon petit ami au pays, je l’aime tellement que je ne peux pas le tromper ». Et tu entendras certains te dire «on te donne six mois voire un an, on verra si tu tiendras encore le même discours ». D’autres te cracheront, «laisse tomber, ton petit ami du pays c’est du passé ».

Et même quand tu t’intéresses à l’un d’entre eux, ce n’est même pas sûr que votre relation survivra pendant plus de six mois sans qu’il ne te dise : « Je suis fatigué, il faut qu’on arrête ». Je ne suis pas en train de dire ici qu’il n’y a pas de relation qui tienne pendant plusieurs mois, voire même des années, mais plutôt que nos frères africains au Brésil deviennent des safados – homme à femmes, sans scrupules.

Si tu n’as pas de chance, tu tombes sur un mauvais garçon et au bout de quelques mois tu en compteras un deuxième, puis un troisième et encore un quatrième sur ta liste. Je conseille toujours à mes soeurs africaines de prendre tout leur temps à leur arrivée, question d’observer avant de faire un choix, car celui qui tient vraiment à toi attendra le temps qu’il faudra.

Le comble est que ce malheur n’est pas seulement entre nous Africains. Les Brésiliens non plus ne rendent pas les choses plus simples. Ils apprécient bien les Africaines, mais les draguent juste pour faire des expériences – genre “goûter” à une Africaine et la laisser tomber après… ni vu, ni connu… Certains vont jusqu’à t’arrêter dans la rue pour négocier le prix de quelques heures avec eux dans un motel, d’autres ont même honte de s’afficher avec des Africaines.

C’est cette dernière raison qui m’a poussée à faire une petite enquête auprès de certains amis brésiliens et j’en ai conclu qu’ils ont peur de ce que les autres (Brésiliens) diront lorsqu’ils les verront avec une fille noire. Les voiles tombent !

En même temps, le traitement que les Africaines imposent à leurs frères noirs dans leur pays n’a plus lieu d’être ici, et du coup, même le garçon le plus laid qui ne fait pas ton genre devient mignon… il peut même être à l’origine de querelles et de bagarres entre filles africaines, Brésiliens ou vice-versa. Au pays des aveugles, les borgnes sont rois…

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Etoile.

 

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