Serge

12 Years a Slave, le martyre des corps (sans spoilers)


De nombreuses critiques se fondent sur le martyre des corps dont “abuse” Steve McQueen dans son nouveau film pour dénoncer l’excès d’images choques qui n’ont pour seul effet que de surfer sur une victimisation des noirs. Mais une telle lecture du film semble ne pas considérer la place qu’occuppe le corps de l’individu dans la philosophie libérale britanique, une tradition à laquelle appartiennent évidemment Steve McQueen, Chiwetel Ejiofor et Michael Fassbender.

Chez Hobbes, par exemple, la liberté de l’individu tout comme son assujettissement se définissent par le pouvoir absolu exercé par l’autorité sur le corps du citoyen. Ainsi donc, lorsque les individus décident de fonder un Etat, ils concèdent le droit de vie et de mort au Léviathan, seul détenteur définitif de la souveraineté.

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Crédit photo: Raïssa B. on Flickr.com/CC

On y retrouve la formule de toutes les formes de totalitarisme dont l’esclavage fut une manifestation historique.

La liberté n’est autre chose qu’une question de souveraineté pour les philosophes anglais, soient-ils économistes (Ricardo ou Smith), empiristes (Hume) ou libertariens (Locke).

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Crédit photo: Wolf Gang on Flickr.com

Il n’y a jamais une plus grande forme d’oppression que celle exercée sur le corps de la personne. Pas de place ici pour la réthorique.

En même temps, être libre c’est disposer totalement de son corps. Ce n’est pas pour rien que dans 12 Years A Slave, la violence contre les noirs se manifeste aussi par la volonté poussée à l’extrême de les confiner, de les foueter et les humulier dans leurs chairs.

Certaines images peuvent insupporter les téléspéctateurs, admettons-le. Mais Pour Steve McQueen l’objeticf consiste à capturer de manière crédible le moment exact où l’esclave perd la souveraineté sur son propre corps et partant, sa liberté (voir la première scène de soumission de Solomon Northup).

J’ai l’impression qu’un chef-d’oeuvre a pour vocation de soulever la polémique parce qu’il ne peut satisfaire à tous. Prenons un autre exemple qui interpelle: Le Vent se lève de Miyazaki.

J’ai lu ici et que le film était soit trop militariste soit pas assez patriotique. Le fait est que Miyazaki a donné libre-court à son expression artistique autorisant le public à le digérer comme il l’entendait… ou non.

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Steve McQueen et ses acteurs (Crédit photo: Steve Rhodes/Flickr.com/CC)

C’est le même effet que produit 12 Years A Slave. Pour ma part, je préfère un réalisateur qui “donne à voir” plutôt qu’un autre qui “donne à entendre” (Spielberg, dans Amistad et Lincoln). De toute façon, la société du spéctacle actuelle n’est-elle pas plus réceptive aux images qu’à un quelconque autre langage?

En fait, Steve McQueen s’inscrit radicalement dans « l’esprit du temps »… comme Kechiche et Scorsese.

Que demander de plus?

Quant à ceux qui affirment que le cinéaste fait de la surenchère dans son traitement de la violence, une image vaut bien mille paroles…

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Un esclave dans le Mississippi, Crédit photo: McPherson and Oliver on Wikimedia Commons

 


Au Brésil, la Cour suprême de nouveau blanche

Que personne ne vous trompe, avant juillet 2014 – le fameux mois du Mondial, personne ne peut dire qui sera le président du Brésil en 2015, mais un tout petit changement opéré à la tête de la Cour suprême de justice s’avère être l’une des clés de la possible réélection de Dilma Rousseff. En effet, Ricardo Lewandowski vient de prendre la tête de la plus haute cour judiciaire du pays à la place de son collègue noir Joaquim Barbosa. (suite…)


Chronique du mondial: au Brésil, le scandale avant le jeu

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Au milieu, José Maria Marin président de la CBF (crédit photo; Fotos GOVBA/Flickr)

Plouf ! La Fédération brésilienne de football s’est mise la tête dans l’eau, toute seule, comme une grande, jetant par la même occasion le discrédit sur une Coupe du Monde brésilienne déjà entâchée par les scandales à répétition. C’est un scénario inimaginable que l’on vit ici: un championat de Série A menacé de ne pas débuter ou de se jouer avec… 24 clubs, ou 21?

On se rappelle du scandale qui avait frappé le football italien avant la Coupe du Monde en Allemagne, un scandale qui les avait mobilisé à l’époque, alors on y voit peut être un bon signe pour la seleção. Cependant, dans un contexte déjà difficile suite aux manifestations de juin, ni la Fifa ni la CBF ne souhaitent faire face à la colère populaire.

Et donc, un nouveau scandale de manipulation sportive, de tentative de corruption dans le championat d’élite du Brésil ne peut que présager de mauvaises nouvelles en perspectives.

Tout commence lors de la dernière journée de Série A remportée haut la main par Cruzeiro, l’un des deux grands clubs de Belo Horizonte. Alors que tout le monde pense à l’ennui qui vient normalement avec la fin du championat voilà que la fédération (ici, Confédération Brésilienne de Football – CBF) annonce que le club de Portuguesa, seizième au classement, devra jouer la deuxième division à la place de Fluminense – le club de Fred – qui a terminé dix-septième.

Portuguesa a aligné un attaquant qui était sous le coup d’une suspension, l’intéressé ayant accumulé deux cartons jaunes. Le club allègue que la fédération ne l’a annoncé sur son site qu’après la date du match en question. De son côté la fédération s’en tient à la règle, « une punition de la justice sportive s’applique dès le moment où la décision est prise »… personne n’ignore la loi, comme dans la vraie vie quoi. Portuguesa perd donc les trois points gagnés lors de la rencontre plus trois autres points comme peine pour avoir violé le règlement. Double peine? Injustice parce qu’il s’agit d’un « petit » club? La polémique ne désenfle pas.

S’en suivent différentes interprétations du règlement intérieur de la fédération. La cour supérieure de Justice sportive au Brésil décide que Portuguesa sera reléguée. Une semaine après cette décision, la justice commune donne raison au Club de la ville de São Paulo et exige que fédération valide les « résultats du terrain », la Fifa réagit aussitôt: « la justice commune n’a pas à se mêler d’un conflit qui relève exclusiment du football ».

Il faut dire que l’enjeu est de taille pour les patrons du football brésilien. Fluminense est un grand club, son propriétaire est un multimillionnaire, même s’il a perdu sur le terrain après une année catastrophique. L’erreur de Portuguesa tombe à pic.

Fluminense rapporte plus sur tous les plans: droits télé, suppoters dans les stades, ventes de produits sportifs, etc. Sans compter le fait que Fred y évolue.

Donc, pour la fédération, il est préférable qu’un Fluminense joue la Série A à la place d’une Portuguesa.

Seulement, une autre affaire vient compliquer la situation de la fédération, car le club de Portuguesa a rendu public une lettre non-signée lui adressée par la fédération et dans laquelle on lui propose de descendre en Série B moyennant quelques millions de reais, dont quatre payés immédiatement. [VIDEO]

La presse spécialisée est outrée et demande la tête du président de la fédération José Maria Marin dont le nom est rattaché au sulfureux Ricardo Teixeira.

 

Payer a un club la recette d’une année en avance est normal. Le faire avec la condition faite a Portuguesa par la CBF est ilégal.

Tout cela tombe très mal d’autant plus que le nom de Neymar, la plus grande star du football brésilien, est actuellement associé à une affaire de détournement de fonds lors de son ombrageux transfert au FC Barcelone.

 

Voici le lien de l’article d’@elmundoes qui révele le prix que Barcelone a payé pour  Neymar, 95 mi d’Euros, et non 57 mi.

Autant dire que le football brésilien nage en eaux troubles et rien ni personne ne peut prévoir quel sera l’épilogue de la dispute autour du cas Portuguesa.

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Pourquoi parler de l’esclavage?

Crédit photo: www.assemblee-nationale.fr/ Wikimedia Commons
Crédit photo: www.assemblee-nationale.fr/ Wikimedia Commons

Hollywood n’a pas fait dans la dentelle cette année en lançant coup sur coup trois blockbusters sur l’esclavage en Amérique. Et comme on pouvait s’y attendre, cela soulève le débat sur l’opportunité de parler de cette sombre période de l’histoire de l’humanité. D’autres s’interrogent sur l’angle abordé par ces films. Y a-il une façon adéquate de parler de l’esclavage? Faut-il en parler tout le temps, à jamais?

Premièrement, je me permets de dire qu’on ne peut pas définir les contours de l’art. Chaque réalisateur a la liberté de filmer la violence de l’esclavage comme il l’entend, quoiqu’à Hollywood on peut se heurter à la censure. Si bien aussi que dans son dernier film Django Unchained, Tarantino a abusé de la licence poétique en filmant l’esclavage avec un humour décalé qui n’a pas plu pas à tout le monde.

D’autres affirment qu’Hollywood en fait trop avec cette pléthore de films sur l’esclavage. Rien de plus faux. En réalité, Hollywood a souvent boycotté l’histoire des Noirs d’Amérique comme l’expliquait récemment Steve McQueen. Les rares fois où des réalisateurs ont traité de ce thème, ce fut pour montrer de sporadiques cas de réussite d’un Afro-américain : dans Something the lord Made par exemple.

Lorsque Steven Spielberg s’est attaqué au sujet dans Amistad, on a vu le réalisateur américain peindre une image complaisante de John Quincy Adams… je vous livre ci-dessous un extrait de la critique des Inrocks par Olivier Père:

Si Spielberg n’a jamais été un très bon cinéaste, Amistad entérine les indices de sénilité précoce de l’ex-wonder boy du cinéma américain des années 70, qui a désormais besoin de grands sujets ­ ou d’effets spéciaux de pointe ­ pour camoufler la nullité de ses mises en scène

Paralysé par la solennité et la prudence, Amistad bénéficie de la caution politiquement correcte et de l’approbation morale de Spike Lee, qui a accepté que le film soit réalisé par un metteur en scène blanc après lecture du scénario. Nul dérapage dans la représentation des esclaves noirs : ils sont constamment dignes dans leur humiliation.

Mais on peut aussi analyser ces productions cinématographiques par rapport à l’impact de l’esclavage dans l’histoire des Amériques, notamment celle du Brésil et des Etats-Unis.

Quand j’ai vu Django Unchained pour la première fois, je me suis dit: « enfin un film qui aborde avec un certain courage l’histoire de l’esclavage ». L’humour de Tarantino n’est qu’un prétexte, mais l’essentiel pour lui est de rappeler à la mémoire de tous que rien, ni même l’art le plus audacieux ne peut représenter les méfaits de cette période en terme de drame humanitaire. Ça m’a fait penser à la polémique de La passion du Christ de Mel Gibson, parce que le cinéaste avait osé rendre une version réaliste de la passion du Christ.

Ceux qui ont déjà visité le Brésil savent que les Noirs d’ici marchent la tête baissée, c’est sans caricature de ma part. Des siècles d’esclavage les ont brisés dans l’âme, le succès de Pelé et Ronaldinho ne sont que des gouttes d’eau. L’émergence de Joaquim Barbosa dans la politique a une valeur symbolique supérieure, à mon avis.

Les gouvernements Lula da Silva et Dilma Rousseff essayent tant bien que mal de réparer une injustice historique contre les Noirs : enseigner l’histoire des Noirs dans les écoles est devenu obligatoire, huit volumes de l’Histoitre générale de l’Afrique, étude commandée par l’Unesco sont distribués gratuitement.

Je pense que c’est aussi dans cette démarche que Steve McQueen (12 Years Slave), Lee Daniels (The Butler, 2014) et Tarantino ont produit leurs films, chacun à sa manière et de belle manière, je dois l’avouer.

L’art n’a pas de limites, donc, il me semble que réclamer de l’angle abordé par ces cinéastes-auteurs, c’est faire fausse route.

 


Guinée-Bissau: combattre la violence avec des livres

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Crédit photo: Celeste/Flickr

Par une nuit tranquille à parcourir de nombreuses pages sur Facebook je tombe sur une très intéressante initiative lancée par une association portée par des expatriés guinéens au Brésil. « L‘Armée de la Paix » – O exército da paz – est en marche et entend réunir cette année au moins 2014 livres qui seront envoyés aux bibliothèques de Guinée-Bissau.

Génial ! L’idée est assez simple et du coup originale, pourquoi ne pense-t-on pas souvent à ces choses-là? Il s’agit tout bêtement de faire un don de livre à la Guinée-Bissau par le biais de son ambassade à Brasília.

Le cher lecteur de ce blog ne se rend peut-être pas compte de ce que peut signifier un tel geste, mais croyez bien que dans un pays aussi ravagé par la violence et les coup d’Etat à répétition, un simple don d’un livre peut changer une vie, voire même en sauver une autre.

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Crédit photo: Emily Carlin/Flickr

J’ai souvent parlé sur ce blog de ces pays lusophones d’Afrique, marginalisés à cause de leur « exception linguistique », ils sont ceux qui ont le plus souffert dans le continent. En effet, il n’ y pas si longtemps que cela l’Angola sortait d’une guerre civile qui dura plus de vingt ans. Et pendant toutes ces années, une très ample partie de la population n’eut jamais accès à l’éducation.

En Guinée-Bissau, la situation n’a jamais été aussi critique qu’en Angola, mais eux aussi ont été victime de la Guerre Froide comme beaucoup de pays africains. Déchiré entre l’Occident et l’URSS, ce pays est longtemps demeuré sous le joug de dictatures militaires. Plus récemment, le Brésil a reduit ses relations diplomatiques avec le nouveau gouvernement guinéen, encore une fois issu d’un coup d’Etat.

1551565_10202940847988038_1179172290_nLe problème récurrent en Guinée-Bissau reste la force du trafic de drogue, ce pays étant devenu le port de transit des trafiquants qui rêvent de faire fortune en Europe. La Guinée-Bissau, c’est donc « la porte de l’Europe » accro aux drogues. Sur ce blog de RFI on peut lire des billets qui rappellent tout le mal produit par ce fléau dans un pays qui ne demande qu’à être/vivre… libre.

J’ai donc décidé d’entrer dans « ce bateau de la paix ». Certe le projet n’en est qu’à ses premiers pas, mais j’ai espoir que d’ici la fin 2014 nous pourrons atteindre les 2014 livres qui sauveront un pays.

Pour vous donner une idée de la simplicité du projet et aussi de la liberté garantie aux donateurs, il n’ y pas d’exigence sur un type particulier de livre, cela peut aussi bien être du niveau de la maternelle qu’universitaire. Ainsi donc je compte envoyer un livre d’ Anthony Giddens sur la Globalisation, un autre de Christian Metz sur le langage au cinéma, puis ce livre de Todorov & al. , Qu’est-ce que le structuralisme? (les deux derniers livres sont en langue française, là encore pas de problème). Rien ne m’empêche d’en rajouter d’autres à cette liste… des livres sur la démocratie, par exemple.

Si vous souhaitez faire des dons, je vous laisse ci-dessous les coordonnées de l’ambassade de Guinée-Bissau à Brasília. Pour ceux qui résident au Brésil, libre à vous de donner vos livres aux ressortissants guinéens qui les transmettront à cette adresse:

Telefones
  • 061 3366-1098 Trabalho
Endereço
  • SHIS QI 03 Conjunto:09, Casa 11
  • 71.605-290 Brasília, Brazil
Bairro Lago Sul
Nome de usuário
Site
E-mail
  • embaguibrasil@gmail.com

 


Les réseaux sociaux se moquent du pilote fou de João Pessoa

Segundo presidente do Aeroclube da Paraíba,aeronave chegou a voar a 2 metros da praia(Foto: Reprodução/TV Cabo Branco)
Segundo presidente do Aeroclube da Paraíba,
aeronave chegou a voar a 2 metros da praia
(Foto: Reprodução/TV Cabo Branco)

L’image est surréaliste, elle fait rire, elle fâche aussi. C’est un évenement car à João Pessoa, petit paradis perdu dans le littoral du Nordeste brésilien (ma ville de résidence depuis six ans), rien ne se passe jamais… mais ça, c’était avant. Avant qu’un pilote décide d’effectuer plusieurs manoeuvres radicales à bord d’un petit avion à seulement deux mètres au dessus de la place.

L’appareil appartient à un avocat de l’Etat du Tocantins. Ce dernier l’avait mis en vente depuis un certain moment. Le propriétaire n’étant pas résident dans l’Etat de Paraíba, il pourrait y avoir quelques difficultés en cas de responsabilisation pénale… Par contre le pilote habite bien  à João Pessoa, selon les dernières informations qui découle de l’enquête menée par la Police Fédérale.

Selon des témoins, le pilote aurait fait un total de quatre aller-retours sur la plage de João Pessoa.

Sur les réseaux sociaux, l’imagination des internautes ne s’arrête plus… on reproduit l’image de l’incident avec Sangoku, le héro d’ Akira Toriyama, passant au dessus des baigneurs, et aussi… l’ E.T de la superproduction de Steven Spielberg survolant les touristes. 1525044_10200564399752014_1441974969_n Si l’image choque, pourquoi ne pas en rire aussi? 1607027_746852475325094_415972864_n


Brésil : qui veut aller au shopping?

Brian Lane Winfield Moore sur Flickr
Brian Lane Winfield Moore sur Flickr

La guerre est déclarée : les jeunes des bidonvilles, plus connus comme les favelas veulent goûter aux plaisirs de la consommation de masse qu’offre la globalisation. Ils sont prêts à braver les interdictions sociales qui maintiennent les Noirs favelados hors du circuit mondial de la consommation représenté ici par les shoppings qui fleurissent dans toutes les grandes villes brésiliennes.

Les shoppings sont ces grands complexes commerciaux qui regroupent à la fois des cinémas, des salles de spectacle, des Mc Donald’s, des banques, des magasins de vêtements de luxe… ils obéissent en général aux normes d’une esthétique globalisée adaptée au goût des nouvelles classes moyennes.

Or, ce « dépassement » prétendu par cette jeunesse martyrisée ne plaît pas aux classes moyennes de São Paulo. Une vraie bataille idéologique est désormais livrée, elle sera sans doute au coeur des débats politiques lors de la campagne électorale des élections de fin 2014.

La démocratie, c’est aussi consommer:

Certains se souviennent des émeutes qui ont secoué le gouvernement Chirac (à l’époque où de Villepin était premier ministre) ou encore celles de Londres qui se sont vite propagées dans toute l’Angleterre au début du gouvernement Cameron… Rappelez-vous qu’à l’époque des juges ont expédié, dans la nuit, des mandats d’arrêt contre des jeunes issus de l’immigration, démontrant ainsi l’opacité du système judiciaire britannique.

L’actuel contexte social vécu au Brésil présente des similitudes avec ce qu’on a vu au Royaume-Uni 2011. A l’époque déjà, je me rappelle mon professeur expliquant que: « dans le contexte actuel du capitalisme, la démocratie, c’est aussi permettre à toutes les couches sociales de consommer… ».

Les temps ont réellement changé. La sociologie est loin d’offrir une compréhension définitive des transformations que nous vivons. Souvenez-vous aussi qu’au début des années 1990, Francis Fukuyama annonçait la Fin de l’Histoire, concept polémique, qui veut dire que le modèle démocratique libéral s’est imposé au monde comme l’idéal de société possible.

https://pt.wikipedia.org/wiki/Ficheiro:Entrada_sul_do_River_Shopping_-_Petrolina,_Pernambuco.jpg

Cette idée faisait suite à l’hypothèse qui prétendait qu’après la chute du mur de Berlin, les sociétés occidentales avaient dépassé l’étape des revendications matérialistes pour une adhésion au postmatérialisme : écologie, droits de l’homme, féminisme…et tout ce beau tralala.

Les émeutes de Londres, puis celles de Clichy-sous-Bois ont prouvé que les vieilles querelles classistes persistaient.

Au Brésil, les autorités font face à un nouveau phénomène menaçant le statu quo social qui permet aux classes moyennes de mener une vie tranquille loin de la misère des favelas.

Chacun à sa place :

Car les jeunes des banlieues défavorisées ont pris l’habitude d’aller (« en bandes ») perturber la quiétude des shoppings, ces temples de consommation capitaliste réservés au Blancs et à quelques Noirs domestiqués.

Crédit photo: cassimano/Flickr/CC
Crédit photo: cassimano/Flickr/CC

La police les a souvent repoussés avec violence bien que ces jeunes n’y aillent pas armés: ils disent se réunir pour « faire la fête », « Dar um rolezinho« … ce qui n’est pas interdit en soi. Le problème ici, c’est de savoir rester à sa place. « Les pauvres des favelas doivent rester à leur place », c’est le message que transmettent les médias et certains politiciens démagogues.

Cette semaine, un juge a autorisé six shoppings de São Paulo à « sélectionner » leurs clients [en portugais].

Le phénomène rolezinho est donc traité en tant que « problème de criminalité publique » comme l’explique cet éditorial publié le site brésilien de El pais :

La « tournée », la nouveauté de Noël, montre que quand la jeunesse pauvre et noire des périphéries de São Paulo occupe les shoppings annonçant vouloir participer à la fête de la consommation de masse, la réponse est toujours la même: la criminalisation. Mais que sont-ils réellement en train de « voler » à la classe moyenne brésilienne ?

[O rolezinho, a novidade deste Natal, mostra que, quando a juventude pobre e negra das periferias de São Paulo ocupa os shoppings anunciando que quer fazer parte da festa do consumo, a resposta é a de sempre: criminalização. Mas o que estes jovens estão, de fato, “roubando” da classe média brasileira?]

Une tragique situation à laquelle font face les autorités, un défi démocratique qui se présente devant eux. L’histoire a montré que l’on ne touche pas impunément à la classe moyenne brésilienne, cette même classe qui peut être plus conservatrice encore que les faucons du Tea Party américain.

Au Brésil aussi, la ségrégation fait recette !

Complément de billet :  des images choquantes montrant des agents de la police militaire en train d’agresser les jeunes des banlieues.

 


Adeus, ancien régime!

Crédit photo: Revista Píauí
Crédit photo: Revista Píauí

La fin de l’ancien régime au Brésil est annoncée pour 2014 si l’on en croit une photo publié par la Revista Píauí sur son compte Facebook depuis hier soir. On y voit représentée une caricature de la famille Sarney, la « famille royale » du Maranhão, qui s’en va en exile au Píauí: la révolution serait-elle dors et déjà lancée?  

Depuis juin dernier, la force des réseaux sociaux est en marche au Brésil. Les politiques tremblent à l’évocation de ce simple mot: social network. L’avantage avec les nouveaux médias c’est aussi l’hyperinventivité des blogueurs, des community managers et autres développeurs.

L’humour et les réseaux sociaux contre la corruption. Le titre du The Piauí Herald est évidemment une référence au New York Herald Tribune ou même au New York Times dans sa version Web, cela ne pouvait mieux tomber.

Créativité sans limite sur les réseaux sociaux brésiliens depuis l’émergence du nouveau scandale qui frappe la famille de l’ancien président José Sarney, l’oligarque qui tient d’une main de fer l’Etat du Maranhão: cette « Afrique » au coeur du Brésil.

Les indices de pauvrété de cet Etat du Nordeste du Brésil n’ont rien à envier à l’Ethiopie de la famine.

Le scandale a commencé avec un reportage publié par Folha de São Paulo montrant les conditions exécrables des prisons dans le Maranhão, notamment des scènes de décapitation, des bourreaux posant devant leurs trophées… On comprend pourquoi le ministre de la justice préfère la mort aux prisons médiévales de son pays. [VIDEO]

Dans un Etat où l’analphabétisme et la misère atteignent des proportions dégradantes, où la famille Sarney contrôle tous les pouvoirs dans l’ opulence la plus arrogante, de telles images sont simplement inacceptables. Les réseaux multiplient leur impact par mille.

Comme je l’ai dit dans un précédent billet, la famille Sarney représente l’ancien régime dans ce nouveau Brésil démocratique.