Serge

C’est confirmé, critiquer la Coupe du monde ne te rend pas plus intelligent

Photo : Cybele Soares
Photo : Cybele Soares

Ami internaute, ce n’est plus la peine de manifester ta colère contre la Coupe du monde du Brésil. Selon des personnalités très bien placées dans les milieux universitaires brésiliens, le débat relatif à la mauvaise organisation de la Coupe du monde s’est dénaturé et en a perdu tout son sens, si ce n’est le caractère passionnel de ceux qui attaquent le grand événement sportif organisé par le Brésil. Critiquer la Coupe du monde peut être le signe d’un manque d’intelligence… 

Pour une sociologue spécialiste des questions morales dans le sport et que j’ai interrogé sur ce thème (mais dont je me garderai de révéler l’identité), « la critique de la Coupe du monde est entrée depuis longtemps dans la sphère de la passion. Il n’y a plus aucune rationalité, il n’y a plus de véritable débat… ».

D’ailleurs un titre du journal Folha de São Paulo lundi est révélateur de la dégradation du débat et des amalgames véhiculés par les propres médias. Voulant critiquer le fait que l’équipe nationale allemande de football se soit retranchée sur la côte de l’Etat de Bahia, perturbant au passage la tranquilité des habitants, le journal ose un parrallèle douteux avec le la construction du Mur de Berlin.

Folha de São Paulo fait un raccourci dangereux et plein de préjugés contre les allemands. Si les habitants de la petite cité cotière ont été brutalisés, ce n’est évidemment pas la faute de la National Manchaft, mais plutôt celle de la Police Militaire de Bahia, voire du Parlement brésilien qui a voté une « Loi Spéciale de la Coupe du monde » autorisant certains comportements brutaux aux forces de l’ordre, ainsi que des jugements expéditifs par les tribunaux – voir aussi ce qui s’est passé en Afrique du Sud en 2010.

Un autre article a attiré mon attention cette semaine. Il s’agit du billet d’un des blogueurs brésiliens les plus influents ( un ancien journaliste de Folha de SP) connu aussi pour être supporter de Fluminense, le club de football où évolue Fred notamment. Alors qu’il énumère les raisons qu’il supportera les autres 31 équipes contre le Brésil lors de ce Mondial, André Barcinski ne se rend pas compte de ses propres incohérences. Preuve que le débat n’est plus rationnel.

Selon lui, « il n’ y aucune raison de supporter l’équipe de la CBF (la confédération brésilienne de football) qui est une entité corrompue ». Mais il oublie que son équipe de coeur, dont il administre un blog spécialement dédié évolue dans ce même championat de la CBF, la Seria A.

Enfin, pour te prouver, ami internaute, que le football n’est définitivement pas l’opium du peuple, écoute plutôt ce spécialiste des relations internationales interviewé par RFI. Selon lui, « la Coupe du monde renforce les liens sociaux au niveau local et contribue à la formation du Bonheur National Brut (BNB) »… Il pense évidemment au concept inventé au Bhoutan, mais depuis lors enterré.

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 P.S: Merci à la journaliste Cybele Soares de m’avoir gentiment cédé cette photo


Dictatures africaines, la jeunesse est complice

Après ma conférence/débat sur « La Démocratie et les Conflits en Afrique » dont je vous ai présenté le compte-rendu ici, j’ai réfléchi sur les raisons d’une telle résistance de la part des africains quant aux valeurs démocratiques souvent interprétées comme impérialistes. J’en suis arrivé à l’évidence que beaucoup d’entre nous ne veulent pas de la « démocratie occidentale » parce que l’autoritarisme et le patriarcalisme les arragent. (suite…)


Brésil: les manifestations cachent aussi un conflit générationnel

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crédit : Ivan Zuber / flickr.com

Etre blogueur exige parfois que l’on soit indiscret, comme hier soir alors que j’attendais tranquillement mon tour pour être réçu par le gérant de ma banque. Un regroupement  dans un coin de la banque attire mon attention; d’autant plus que, chose rare, c’est un couple de vieux retraitrés qui constitue le noyau dur du débat. Au coeur de la discussion, les probables manifestations qui sécoueront le Brésil pendant le Mondial.

Avec l’assurance qui caractérise sans doute les personnes de sa génération, le vieil homme, un peu plus de 70 ans apparemment et de race blanche, prononce des mots dont je ne distingue qu’une vague partie: « Seuls des vagabonds sont capables de cela… « . Tiens donc, me  dis-je , de quoi donc? « . Intrigué, je m’approche du petit groupe dans le but d’en savoir davantage, car mon instinct de blogueur me souffle qu’il y a là matière à billet.

« Oui, vraiment, ce sont des voyous, des chômeurs. Le gouvernement leur donne tout ce qu’ils veulent et ils vont dans la rue manifester, casser les commerces d’honnêtes gens… ce sont des vagabonds ! » , hurle-t-il dans une colère à peine contenue provoquant, bizarrement, un rire généralisé dans la banque. Bon, les temps sont autres, désormais l’indignation des personnes âgées fait sourire…

Moi, je regarde la scène et me dis: « intéressante perspective. Voilà donc un homme qui a grandi pendant les années de vaches maigres et qui ne comprend pas cette jeunesse brésilienne qui en demande plus qu’il n’a jamais eu à 25 ans ».

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Crédit : miguel mesquita2012 / Flickr.com

C’est la même impression que m’a laissée une bonne femme, née au sertão paraibano, la région la plus aride du Brésil, et qui m’a avoué avec une sincérité émouvante son optimisme:

« mon fils, il est très agréable de vivre à cette époque. Là où j’ai grandi, il n’y avait ni école, ni voiture qui passait, aucune opportunité. Aujourd’hui, dans cette même ville, tous les jeunes ont une moto ou une voiture. Si quelqu’un aujourd’hui n’a pas de quoi vivre, c’est parce qu’il le veut; heureusement que Dilma fait tout cela pour les pauvres. Certaines personnes pensent que les pauvres ne sont pas intelligents mais il nous manque juste des opportunités. Jusqu’à ma génération, dans ma famille, tout le monde est analphabète, cela change avec ma fille », finit-elle, le sourire aux lèvres avant de me bénir… 

De son côté le vieil homme de la banque poursuit sa réflexion: « j’ai vu de mes yeux, à Rio, un homme pleurer parce que des manifestants avaient détruit son travail construit en quarante ans d’une vie. Qui peut accepter cela? «  , interrogea-t-il devant une assistance incapable de lui répondre si  ce n’est par un sourire moqueur, presqu’outré par la sénilité du vieillard.

Image creative commons / flickr.com
Image creative commons / flickr.com

Mais moi, je me rappelai d’une discussion avec un collègue, idéologiquement de gauche, comme toujours, qui défendait le fait que des manifestants détruisent des biens publics, voire privés, « au nom de la révolution ». J’essayais de lui expliquer qu’un commerce vandalisé signifiait peut-être un ou deux emplois perdus et des familles sans ressources... en vain ! Pour mon collègue, visiblement enivré par la démagogie, l’ordre social actuel est tel que pour erradiquer les injustices, seule la violence conviendrait.

La dévise inscrite sur le drapeau brésilien, ordem e progresso, ne fait plus rêver, l’enchantement provoquée par les années Lula est passé.

Je me sentais solidaire du vieillard et de ce pauvre homme de Rio qui avait perdu son « travail de quarante ans ». Mais d’un autre côté, je ne peux ignorer la détresse d’une bonne partie des brésiliens que l’émergence du lulisme semble avoir laissé pour compte.

 

 

Ce sont eux qui descendent da la rue, aux dépens d’un vieil homme et de sa femme qui ne demandent qu’à couler des jours paisibles au crépuscule de leurs vies.

C’est curieux que ce soit dans une banque et dans des circonstances inéspéreés que cette nouvelle perspective sur les manifestations sociales me soit apparue avec une telle clarté. Par ailleurs, c’est dans une conversation banale avec une bonne dame que j’ai pu me rendre compte aussi que le Brésil a effectué un grand saut en avant… en l’espace d’une génération.

Ce mal qui touche la France, l’Afrique ou la Chine frappe également le Brésil: l’avenir dépendra aussi du réglèment pacifique de ce conflit générationnel.

 


De quelle démocratie l’Afrique a besoin ?

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L’ancien leader libyen Muammar  Kadhafi / Abode of Chaos / Flickr / CC

Cher ami ivoirien,

On s’est parlé à l’espace Latrille, t’en souviens-tu? Tu m’as abordé alors que je discutais comme toujours avec un groupe de mondoblogueurs. C’est vrai que le sujet dont je vais te parler n’a pas fait l’objet de notre petit échange, mais il me semble qu’il était sous-entendu. D’ailleurs je crois qu’il doit t’intéresser, car j’ai bien remarqué ton esprit de curiosité et un profond besoin d’apprendre. Pour faire vite, je te soumets immédiatement une question : de quelle démocratie l’Afrique a-t-elle besoin?

Cette question ne tombe pas du ciel. Ceux qui me suivent sur Facebook (Eh, oui, c’est possible, penses-y) savent que j’ai été invité ce vendredi 30 mai 2014 à donner une conférence à l’université fédérale de Paraíba (Brésil) sur le thème très problématique et « dangereux » comme du sable mouvant : « Les conflits en Afrique et la démocratie ».

Pas facile, cher ami, d’aborder une telle problématique qui n’est rien d’autre qu’un sujet piège, mais je m’en suis rendu compte trop tard.

J’étais le deuxième à parler lors de cette conférence et j’ai brossé en 20 minutes une analyse (dans une perspective des sciences politiques, uniquement) « les raisons de la permanence des conflits en Afrique », parmi lesquelles le manque de démocratie dans le continent.

Car, mon très cher, si tu ne le sais pas, jamais dans l’histoire de l’humanité deux démocraties se sont fait la guerre entre elles. Ce qui nous laisserait supposer qu’en démocratisant les pays (et non pas d’abord les régions, comme la question est abordée actuellement), on pacifierait le continent. Forcément !

Du moins, les guerres entre Etats n’auraient plus lieu. Par exemple, un Rwanda démocratique n’envahirait jamais une RDC démocratique, jamais la Libye ne déclarerait la guerre au Tchad, etc. Tu vois ce que je veux dire? Je sais, c’est de la prétention de politologue bête et colonisé…

Je donnais une Conférénce sur les Conflits et la Démocratie en Afrique / Carioca Plus
Je donnais une conférence sur : « Les conflits et la démocratie en Afrique » / Carioca Plus

Ah, ah, la colonisation mentale… figure-toi que mes interlocuteurs sur la table n’ont cessé de m’attaquer sur ce point. Un petit détail est important ici. A l’exception d’un conférencier, tous les autres étaient Africains et défendaient, à ma grande surprise, un modèle démocratique à l’africaine… j’ai déjà entendu ça quelque part, mais je ne sais plus où? Peut-être pourrais-tu m’aider à comprendre ce que c’est que ce concept. Démocratie à l’africaine, ou démocratie adaptée à la réalité africaine… Démocratie Nescafé

N’est-ce pas une fuite en avant ? Tous mes interlocuteurs ont défendu Kadhafi, Joseph Kabila, Paul Biya ou Denis Sassou-Ngesso… selon eux, mieux vaut ces gens-là que les injonctions occidentales… et « ma science », pour eux, est colonisée.

J’étais bien seul dans cette mer d’idées archaïques et dangereuses portées, chose grave, par des intellectuels africains, jeunes qui plus est. La faillite démocratique du continent noir ne fait plus aucun doute pour moi. Les dictateurs, sinon les systèmes autoritaires en Afrique dureront aussi longtemps que le Troisième Reich l’aurait dû : mille ans

https://www.lecongolais.cd/guinee-quelle-democratie-pour-la-guinee/

Aide-moi à comprendre cher ami, car je suis sorti de la conférence un peu déprimé. Heureusement, plus tard dans la soirée, alors qu’on prolongeait les débats avec cette fois-ci deux ou quatre boissons alcoolisées, certaines personnes sont venues discrètement vers moi pour me féliciter pour ma présentation qui s’est « distinguée » par sa clarté et son objectivité scientifique, « ce n’était pas de la divagation de rue », m’a même dit un jeune homme apparemment satisfait et, certainement, ironisant l’exposé d’un autre confrère africain…

Mais, ne t’inquiète pas, je te dis ces choses ici parce que c’est toi, et avec toi je peux tout dire. Mais pas avec eux. J’ai bien caché ma déception. Quels piètres intellectuels notre continent produit-il bon sang !

J’ai également indiqué à l’auditoire que l’un des défis du continent serait de trouver différentes manières d’adapter nos traditions aux valeurs, mais surtout aux pratiques démocratiques, notamment en ce qui concerne le pouvoir et l’autorité des chefs coutumiers. Doivent-ils continuer à influencer les votes? Quelles relations entretiennent-ils avec les pouvoirs centraux? Quelles sont leurs responsabilités dans la récurrence des conflits armés en Afrique?

Beaucoup de chose ont été dites, mais j’ai décidé de te parler de ma déception dans le but (qui sait ?) de trouver en toi la lumière qui manque à mon sentier…

A bientôt, hors d’Abidjan, j’espère…

 >>> Poursuivre le débat ICI.


Au Brésil, les animaux aussi prennent le bus

Le chaos dans un terminal de bus à João Pessoa
Le chaos dans un terminal de bus à João Pessoa

Pendant un moment, j’ai cru que j’étais revenu à Kinshasa. Un jeune homme, noir apparemment, plutôt chétif, on devine qu’il n’a pas encore passé ses diplômes académiques – peut être ne les aura-t-il jamais parce que l’Etat s’en fiche – se lance au-dessus de mes épaules et se faufile à travers la fenêtre d’un bus déjà plein. La centaine d’usagers qui attendaient en file n’en croient pas leurs yeux. Ils ont vraiment vu un jeune homme faire fi de toute étiquette et grimper comme une bête dans ce véhicule, aux dépens des enfants qui attendent apeurés leur tour.

Je croise le regard d’un ami, collègue universitaire, il me répond par un sourire gêné. Un « type » qui a, il me semble, la quarantaine me dit tout bas : « C’est lamentable », on dirait qu’il a peur que ce petit moment de lucidité lui vaille quelques moqueries dans la foule.

C’est vrai quoi, qui se permettrait un comportement humain dans un tel environnement ? A la guerre, il n’y a pas d’hommes. Que des bêtes !

Le gouvernement ne fait rien (ou presque) pour offrir des conditions décentes à cette partie de la population qui utilise les transports en commun. Pour lui, ces gens-là sont à peine des chiffres, des petits nègres «bon à voter», bêtement de préférence… comme ça rien ne change. Il n’est même pas sûr qu’ils aient un numéro de sécurité sociale.

Actuellement, dans les milieux académiques on leur a trouvé un joli petit nom, à ce peuple d’en bas: os batalhadores, « des batailleurs » malgré eux. Plus précaires que les prolétaires ou les ouvriers, ils ne vivent plus, ils survivent pour émerger avec le Brésil.

Voyez bien la photo qui illustre ce billet et dites-vous qu’à São Paulo ou Rio de Janeiro, l’enfer est multiplié par trois voire quatre.

Il semble également que ce problème de transport soit chronique dans les pays émergents…

En parlant avec une amie, une phrase vaguement prononcée me surprend.  » Je déteste prendre le bus ! « . Dans quel pays normal une femme arrive-t-elle à cette triste conclusion?

Je comprends qu’on puisse détester un nazi, un assassin, sa voisine, pourquoi pas, mais détester prendre le bus? C’est pour le moins inquiétant. C’est une anomalie sociale.

Un bus surchargé à João Pessoa, Brésil
Un bus surchargé à João Pessoa, Brésil

En fait, tout cela est finalement normal. Comment peut-on demander à ceux que l’on met dans des conditions animalières de se porter comme des hommes ou des femmes, des humains? Non, le comportement animal ici est logique.

Et puis à côté de ça, parmi ces millions d’animaux, il y a des nouveaux professionnels du harcèlement des femmes. Des malades qui ne prennent le bus ou le métro que pour se frotter (littéralement) aux femmes et assouvir leurs désirs les plus pervers.

Le gouvernement est scandalisé ! Tiens donc, et que fait-il pour améliorer la situation des transports publics? Rien !

Ce problème en cache d’autres, à savoir le machisme dans la société brésilienne, la chosification de la femme, mais aussi la démission de l’Etat dans son rôle de garant de la mobilité urbaine des citoyens.

Il y a aussi une réalité culturelle: au Brésil, utiliser les transports en commun est mal vu. On se souvient encore d’un cas paradigmatique d’une célèbre actrice, Lucélia Santos, interprète de l‘Esclave Isaura, qui avait été ridiculisée sur les réseaux sociaux pour après avoir pris le bus. Elle s’en défendra sur Twitter en des termes très censés : « Le Brésil est le seul pays au monde à ma connaissance où prendre le bus est politiquement incorrect. « .

 

https://www.youtube.com/watch?v=1ySlJGdph34

On nous annonce que le nombre des bus sera réduit à João Pessoa, et que par miracle, le prix d’une course augmentera. Rien à faire, les barons des transports publics contrôlent le réseau de la mobilité urbaine et détiennent un immense monopole. En outre, Ils financent les campagnes électorales de nombreux politiques : on est pas sorti de l’auberge.

Si on nous annonce (aussi) que pendant cette Coupe du Monde, les conducteurs de bus d’au moins cinq capitales menacent de grèver, il serait plus logique d’avoir une grève des usagers, un boycott à la manière des noirs américains de Montgomery. Ça oui, ce serait un événement capable de faire évoluer les choses.

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Pour le titre de ce billet, je me suis inspiré d’un célèbre livre d’Hemingway The Sun Also Rises.


Et Dieu… créa la Coupe du Monde

https://fr.wikipedia.org/wiki/Coupe_du_monde_de_football_de_2014#mediaviewer/Fichier:Fuleco.2013.jpg
Fuleco, la mascotte de la Coupe du Monde 2014 / Tânia Rêgo/ABr — Agência Brasil / Wikimedia Commons

Au risque de vous paraître quelque peu banal, cher lecteur, je vous avoue que lorsque l’idée d’aller faire mes études ailleurs, c’est-à-dire hors d’Afrique, m’est venue en tête, j’ai choisi le Brésil aussi et surtout parce que c’est le pays du « sport roi ». Imaginez donc ma joie à quelques semaines du début de la Coupe du Monde la plus « attendue » de tous les temps. Quoi qu’il arrive, ce Mondial restera dans les annales… pour le jeu ou pour la fronde sociale. 

Quoi qu’il arrive. Parce que tout peu arriver dans cette Coupe du Monde, par exemple, le scénario catastrophe où, pendant un « Argentine vs Brésil« , les supporters du Maracanã se mettraient tout d’un coup à scander des « Argentina, Argentina, Argentina… «  ou pire, des « Messi, Messi, Messiiii… ! « .

Car, oui, les Brésiliens sont capables de tout, n’en déplaise à ce cher Michel Platini. Tenez, un exemple. Ce 26 mai, la Seleção se présentait à Granja Comary, intérieur de Rio de Janeiro, à Teresópolis. Et à la « surprise générale », un groupe de professeurs d’écoles municipales a protesté contre l’équipe de Felipe Scolari : l’impensable s’invite à la #CopasDasCopashashtag inventé par… Dilma Rousseff, alias @Dilmabr !

Cette Coupe du Monde au Brésil arrive aussi avec son lot de préoccupations et de peurs. On nous annonce jour après jour des grèves; la dernière qui en a effrayé plus d’un : la grève de toutes les corporations des forces de l’ordre, à savoir : police militaire, police civile et police fédérale. Bonjour l’enfer… comme ici à Récife où les militaires sont descendus dans les rues, chars de combat compris…

Comme l’a signalé un ami sur Facebook, « combien de grèves jusque-là? J’en ai perdu le compte. » Vous voyez bien que la fête est complète. C’est le moment où tout le monde manifeste, le gouvernement étant en état de faiblesse. Le rapport des forces penche en ce moment du côté des syndicats, c’est clair. C’est donc un peu l’anarchie.

https://pt.wikipedia.org/wiki/Greve#mediaviewer/Ficheiro:Greve_dos_bancarios_do_Brasil_de_2010.jpg
Elza Fiúza / Agência Brasil /Wikimedia Commons

J’avais pensé à vous faire un « top 10 des grèves qui paralyseraient le Brésil pendant la Coupe du Monde », mais j’ai hésité ne sachant pas trop si je passerais le top 6. Mais, remarquez, il y a de quoi faire une équipe de volleyball: grève des policiers, grève des banques – eh oui, aussi – , grève des professeurs – tout le monde s’en fout ça – , grève de la poste – pas cool ça – ,  grève des médecins – ah non, pas ces parasites-là ! – , grève des footballeurs? – alors là… ce serait le comble.

Je vous dis ça comme ça en rigolant, mais rien n’empêche que tout cela n’arrive effectivement pendant cette Coupe du Monde.

Et pendant ce temps, la presse et les médias en général font l’union sacrée autour de la Seleção de Felipe Scolari. « Ah oui, moi aussi j’aime la Coupe du Monde », donc, j’adhère. Et vive le conflit moral : avec ou contre le peuple, that’s the question !

Si vous pensez que la question est simple, détrompez-vous. Les meilleurs d’entre nous s’y sont cassé les dents, à l’instar de Ronaldo et Paulo Coelho

https://pt.wikipedia.org/wiki/Sele%C3%A7%C3%A3o_Brasileira_de_Futebol#mediaviewer/Ficheiro:Pel%C3%A9_vs_swedish_defenders_1958.jpg
Pelé contre la Suède en 1958 / Charlie Raasum – sydsvenskan.se / Wikimedia commons

Le mythe des « saints du Monte Cristo »¹, construit au pied des collines de Rio s’étiole. Ses dieux, ses rois et ses anges aux jambes tordues se sont perdus dans la misère d’un peuple oublié par ses élites.

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¹ Référence au Cristo Redentor.


Lettre à Paulo Coelho, « chantre » de l’opportunisme

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Coelho,_Dunga,_Lula,_Rom%C3%A1rio_%26_Blatter_at_announcement_of_Brazil_as_2014_FIFA_World_Cup_host_2007-10-30.jpg
En 2007, Paulo Coelho, Dunga, Lula et Romário reçoivent l’organisation de la Coupe Du Monde 2014 au Brésil – Marcello Casal JR/ABr/ Wikimedia Commons

Le Brésilien Paulo Coelho retourne sa veste. Je ne l’ai pas vu venir et je m’en veux un peu. C’est dans la salle d’attente de l’aéroport Félix Houphouët-Boigny que j’ai eu connaissance de l’intention de l’écrivain vedette de boycotter la Coupe du Monde du Brésil. Lui qui avait soutenu aux côtés de Lula la candidature du Brésil à l’organisation de ce Mondial 2014 se veut aujourd’hui défenseur des malheureux Brésiliens

Paulo Coelho nous joue une belle partition d’opportunisme et peut-être pense-t-il être en train de rédiger un de ses romans indigestes… et cette fois-ci, il se place au coeur de l’intrigue, en parfait alchimiste retourneur de veste…

Cher monsieur Coelho, vous avez déclaré que Ronaldo est un imbécile, en référence aux propos désastreux d’Il fenomeno qui nous avait poussés à écrire un billet critique dénonçant le crépuscule des idoles. Je vous comprends. Mais, il y a un « mais ».

Vous vous estimez donc être une meilleure personne que Ronaldo da Lima, mais le timing de votre sortie médiatique dans le Journal du Dimanche ne joue pas en votre faveur.

C’est un peu tard, monsieur Coelho de retrouver une « conscience publique » à quelques semaines du début de la Coupe du Monde. En critiquant Ronaldo, c’est votre propre incohérence et mauvaise foi que vous laissez transparaître.

Contrairement à vous, Ronaldo ne s’est pas affiché à côté du dirigeant sportif du football le plus corrompu de l’histoire du Brésil, je cite, Ricardo Teixeira. En effet, on vous voit recevoir, en 2007, la Coupe du Monde avec Lula, Dunga et Romário (tiens, un autre retourneur de veste) des mains de Ricardo Teixera.

Il me semble aussi que vous vieillissez mal cher monsieur Coelho, un peu comme Pelé que vous allumez également dans une récente interview où vous affirmez que « le Brésil déteste Pelé… qu’il a quelque chose qui ne marche pas. » Mais, de quoi parlez-vous, voyons ? Le Brésil adore son roi. Et si l’on se moque parfois des pronostics de Pelé, c’est souvent dans la bonne humeur… Ne confondez pas vos fantasmes avec la réalité. On sait bien que vous auriez voulu être Pelé. Là, bien au fond de votre âme, se cache un petit regret de ne pas avoir eu la popularité incontestable de l’enfant prodige de Três Corações.

En passant, « l’imbécile Ronaldo » est également adoré ici. D’ailleurs, ça c’est quelque chose qui m’a toujours surpris : Ronaldo, c’est un peu le Zidane des Brésiliens. Le frère idéal, le gendre idéal, l’ami idéal… on lui pardonne tout.

Cher monsieur Paulo Coelho, j’ai l’impression que vous avez perdu tout sens de la réalité par rapport au Brésil. Détrompez-vous, les Brésiliens vont remplir les stades, ils regarderont avec bonheur et honneur les dribles de Neymar, les petits pas de danse dont seul Fred a le secret.

Pour tout vous dire, je marche dans les rues, et partout, j’aperçois des drapeaux verde e amarelo accrochés aux voitures, aux fenêtres des immeubles, etc. Les bars, les pharmacies se sont mis aux couleurs nationales… le pays respire déjà la Coupe du Monde.

Je ne dis pas que la déception n’existe pas. Il y a évidemment des choses plus importantes dans la vie que le football; cependant, ignorer l’importance de ce sport dans la production de l’auto-estime nationale de vos compatriotes est une faute grave.

Il y aura effectivement des manifestations de rue pendant la Coupe du Monde, mais ce ne sera pas parce que vous l’aurez souhaité, ou parce que votre « indignation » aura ému le peuple… un peuple que vous ne connaissez  pas, assurément !

Contrairement à Romário, qui a retourné sa veste de bonne heure, votre démarche n’a fait que confirmer cette image négative que j’avais de vous – Ô, célèbre écrivain médiocre, qu’on se le dise.

 


Titanic… sur la route

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Des rescapés du Titanic / Wikimedia Commons

Ceux qui me suivent sur Facebook savent que je suis un travailleur nomade, c’est à dire une victime consentante de la précarisation du monde du travail selon le sociologue français Bruno Marzloff qu’il convient de suivre… Il m’arrive donc très souvent de faire des navettes entre entre la capitale João Pessoa et Campina Grande, mon lieu de travail quasi forcé. Mais cette fois-ci une expérience digne de Titanic de James Cameron m’attendait.

Ci-dessous, l’émission de l’Atelier des Médias avec l’auteur de Sans Bureau Fixe

A trop regarder le Titanic de James Cameron, on pourrait penser qu’à côté de la tragédie du naufrage, il peut y avoir une belle histoire… d’amour? C’est se tromper sur la nature humaine.

Le récit que je m’apprête à vous relater est une histoire terrifiante. Un moment unique qui rappelle étrangement la tragédie du RMS Titanic… en principe, disons.

Après mes deux semaines hors du Brésil, je suis rentré à João Pessoa. Et comme d’habitude, le week-end je vais donner des cours dans une ville voisine situé à 125 Km de la capitale, JP.

Après un excellent week-end passé à Campina, il me faut retourner dans ma ville de résidence où d’autres activités m’attendent. Le voyage dure normalement 1 h 45 minutes mais ce soir-là, le bus décide de nous jouer un mauvais tour. Il est 16 heures, mais je n’arriverai à destination que quatre heures plus tard…

Alors qu’on a tout juste fait la moitié du trajet, le moteur nous lâche. On est donc arrêté au milieu de nul part, pas d’habitations à vue, il n’y a pas non plus de lampadaires… Et quand je vous dit que le moteur nous a lâché, c’est à dire que même les lampes à bord de l’autocar sont HS*

Pour couronner le tout, et malheureusement pour nous, on est dans une région où la nuit tombe plus tôt qu’ailleurs, donc, je vous laisse imaginer ce qui nous attend comme stresse.

Je ne sais pas pourquoi mais depuis que je vis au Brésil, j’ai l’impression que lorsqu’il y a un blackout, il fait plus noir qu’à Kinshasa où l’on est habitué aux coupures d’électricité. Cette fois-ci encore, cela s’est vérifié.

Nous sommes tout d’un coup « immergés » dans le noir absolu, aucune couleur, que du noir et noir, rien que les ténèbres. Et de temps en temps, deux petits points jaunes passent à notre gauche à 100 kilomètres à l’heure… tous les sons sont multipliés par quatre.

Les pleurs des enfants, les mémés qui se mettent à jurer… où pourrait être le glamour dans tout cela, où est le romantique? Non, dans la peur, nos pires instincts se révèlent: on regarde dans la plus ignoble indifférence un gamin de 6 ans hurler de douleur après avoir été piqué par une de ces fourmies géantes qui n’exisitent qu’en Amérique Latine… sa mère ne sait quoi faire, elle même essaye tant bien que mal de contrôler sa peur.

https://pt.wikipedia.org/wiki/RMS_Titanic#mediaviewer/Ficheiro:RMS_Titanic_3.jpg
Le RMS Titanic / Wikimedia Commons

De mon côté, j’observe le chaos s’installer. La passagère devant mon siège panique parce qu’elle a soudainement très faim. Heureusement qu’une bonne dame lui offre le dernier chocolat en sa possession.

Un vilain type a la mauvaise idée de faire une plaisanterie sur des bandits qui assaillent les bus sur les routes de l’Etat… « ferme ta guelle ! «  lui lance une autre vieille qui s’impatiente fortement.

Je pense à mille chose à la fois. Au Taxi Tracker abidjanais qui serait bien utile en cas d’enlèvement collectif; à Charles Mingus pour détendre mon esprit au milieu de « ce nul part » terriblement engoissant… Je pense au géolocalisateur de Google. Qu’il serait bien utile en ce moment.

Mais tous nos téléphones portables, soit disant smarts, décident de nous lâcher au même moment; problème récurrent de batterie.

Une comète aurait même eu le temps de passer au dessus de nous si j’en crois un passager plutôt sympa qui s’est posé sur sa valise au bord de la route, bravant tous les dangers de la végétation brésilienne: fourmies, anaconda, le fameux moustique de la dingue Aedes Egípcio – curieuse référence à l’Afrique – , etc.

C’est ce même passager qui me rappelle quel devait être l’ambiance pendant les derniers instants du Titanic… je rigole.

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* Hors service.