Serge

Chronique du mondial (4) : le documentaire de Lúcio de Castro remporte un prix

Lúcio de Castro (blog) est un historien et journaliste de la chaîne de sport ESPN Brasil qui se distingue par la qualité de ses analyses sportives et son intégrité morale, son opinion sur le football a toujours une forte dimension politique. 

Lúcio de Castro, en noir: Flickr.com/photos/Cinefoot
Lúcio de Castro, en noir: Flickr.com/photos/Cinefoot

Le journaliste carioca vient de recevoir un prix pour la réalisation d’un excellent documentaire qui révèle la relation très étroite entre la dictature militaire et le football, notamment la façon dont ce sport fut instrumentalisé par les régimes autoritaires qui s’installaient durablement en Amérique du Sud à partir de la décennie 1960.

La Coupe du Monde – qui couronna le Brésil de Pelé en 1970 ou celle de 1978 du sacre de l’Argentine de Mario Kempes – était bien utilisée pour controler les masses, une manupulation des masses en Amérique du Sud, et sans doute une façon d’étouffer la résistance.

D’anciennes gloires du football argentin ou brésilien reviennent sur leurs expériences personnelles, quitte à se contredire les uns les autres quant à leur connaissance sur cette instrumentalisation.

Tout ceci est particulièrement révélateur car la FIFA ne semblait pas s’intéresser  aux nombreuses violations des droits de l’homme dans la region: « Le football ne se mélangeait pas avec la politique ». Curieusement, dans une situation similaire, Johan Cruijff refusait de participer à la Coupe du Monde de 1978  en protestation contre le régime militaire argentin. 

Toutefois le documentaire n’entend pas accabler les joueurs, il s’agit simplement de faire un travail de mémoire au moment où le continent s’apprête à recevoir deux évenements sportifs d’importance.

 

« Mémorias de chumbo: o futebol nos tempos de condor » est un documentaire qui revient sur le rôle des militaires dans la repression politique en ayant comme toile de fond le mondial. Quatre pays sont pris comme exemples. Le documentaire de Lúcio de Castro est notamment passé dans un festival cinématographique sur le football à São Paulo, CINEfoot. Réparti en quatre épisodes (Argentine, Chili, Uruguay et Brésil), le documentaire de plus 200 minutes est un véritable appel à la vigilance de chacun.

L’un des moments forts du documentaire (Chili) revient sur un match opposant les sud américains à l’Union Soviétiqque, ces derniers se refusant de jouer, les chiliens simulent un match de football contre des adversaires inexistants: « le match de football le plus pathétique de l’histoire! ». Mais il y a pire. La partie du film qui retrace l’expérience argentine choque par la cruauté des faits: le témoignage d’une jeune femme est particulièrement émouvant; encore bébé elle sera placée sous la responsabilité des tortionnaires et assassins de ses parents biologiques. Quelques années après la dictature elle doit faire face à la tragique réalité de son destin. Plusieurs autres bébés subirent le même sort.

On apprécie aussi le fait que le documentaire ne fasse pas des comparaisons gratuites entre les différents régimes, chacun d’eux étant traité avec la même gravité. Toutes les dictatures se valent.

C’est un réel plaisir pour moi de rendre cet hommage à un journaliste sérieux et engagé. Valeu Lúcio!


Chronique du mondial (3) : le football est un atout politique

A l’approche de la Coupe du Monde, et surtout à quelques jours du début de la Coupe de Confédération, on observe des avis opposés sur la réalisation du principal évenement sportif au monde. Scandale, accusations de corruption, le mondial ne jouit pas d’une adhésion générale dans le pays.

Troisième épisode de la Chronique du mondial.

Photo by azucrina on Flickr.com
Photo by azucrina on Flickr.com

Il y a par exemple le problème de la surfacturation des infrastructures sportives exigées par la FIFA. Le cas le plus emblématique est le coût très élévé de la réforme du Maracanã, presque un milliard de reais pour une réforme alors que le nouveau stade de la Juventus de Turin refait totalement a coûté 122 millions d’euros, à peu près 700 millions de reais.

Et puis il y a les nostalgiques qui critiquent le fait que le stade a été completement dénaturé, perdant ainsi toute son identité et par conséquent l’affection de la torcida carioca. Une série de reportages de la chaîne de télévision cablée Espn montre sans ambages que la réforme du Maracanã ne se fait pas que selon les normes.

On peut aussi parler des nombreuses expulsions – comme ici à Porto Alegre –  dont sont victimes des nombreuses familles qui vivent sur les “trajets des infrastructures” exigées par le projet FIFA.

Les médias critiquent également le coût élevé des billets qui donneront accès tant à la Coupe de Confédération qu’à la Coupe du Monde. Le torcedor traditionnel – pauvre, noir, travailleur, ouvrier ou celui qui travaille dans les services – ne pourra évidemment pas voir les matchs dans les stades.

Le football s’élitise partout, à Paris comme à Rio.

Cependant, malgré les critiques il est possible d’affirmer qu’un succès de la seleção lors de la prochaine Coupe de Confédération et notamment au mondial créditerait l’actuel président d’un argument de poids pour son éventuelle réélection. En ce moment, chaque inauguration de stade est une occasion pour rabattre les critiques de l’opposition et des pessimistes.


Orhan Pamuk, Neige

Je voudrai faire un commentaire très personnel sur un roman que j’ai lu récemment. Le titre est neige! Son auteur est un turc, Orhan Pamuk.

Qu’est-ce que les gens recherchent dans un roman? Et comment lisent-ils ce roman? Je considère que certains romans sont des lettres personnelles que l’écrivain envoie à ses lecteurs. A une certaine époque les lettres étaient publiées sous la forme de romans. Mais tous les romans ne sont pas des «lettres». Pour cela, il faut une dimension personnelle. Par exemple, quand je lis Albert Camus – disons, La Peste – je ne peux m’empêcher de penser que l’auteur expose là ses idées sur la vie, la souffrance et sur Dieu … Je le ressens également quand je lis un roman de Dostoïevski. Chaque phrase, parfois celles prononcées par des personnages secondaires, est reçue comme un message direct de l’écrivain.

Crime et Châtiment me donne aussi ce sentiment. Gabriel Garcia Marquez est un autre écrivain-philosophe qui peut reproduire le fond de son âme sur un morceau de papier. Dans ma courte liste des romans monumentaux figurent aussi Le procès de Franz Kafka et Pour qui Sonne le Glas d’Ernest Hemingway. (suite…)


Chronique du mondial (2) : sans Platini et Six, la France a perdu

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Michel Platini et Michel Hidalgo, deux légendes du football français. Crédit photo: Storiedicalcio on Flickr

En 1977 la France a fait une tournée sud américaine qui devait s’achever avec le plus grand défi pour une équipe de football à l’époque, affronter le grand Brésil de Rivelino,   Paulo César Caju et Toninho Cerezo. Mais cette France là avait Platini, Six (buteur) et Lacombe. Un après-midi au Maracanã, un match nul historique avec une saveur de victoire pour les bleus.

Le Brésil était bien supérieur à la France, il faut l’admettre. Rivelino, idole de Corinthians (mon club préféré au Brésil) était un joueur extraordinnaire du même niveau que Maradona. Il avait trouvé Cerezo au milieu de la défense des bleus par une passe en profondeur avant que celui-ci ne croise le ballon pour Roberto Dinamite, 2-0. Par un miracle, la France égalisait d’une tête de Trésor alors que Six avait réduit le score quelques minutes plus tôt, 2-2.

Paulo César Caju avait une expérience française dans son CV après avoir passé une saison à Marseille (OM) entre 1974 et 1975 avec un certain Jairzinho. L’ancien marseillais est resté très fluent en français et le montre chaque fois qu’il passe sur un média en France. On pourrait trouver d’autres histoires similaires liant le football brésilien et français.

Les « Brésil x France » sont toujours épiques comme l’expliquait Platini en 2004.

2013, ni Platini ni Giresse n’étaient là, encore moins Ribéry. Une équipe de France en plein doute et remaniée ne pouvait inspirer aucun espoir à ses supportaires, pour moi c’était juste l’occasion de voir défiler le maillot tricolore sur la pelouse de l’Arena Grêmio de Porto Alegre. Mais même ce maillot est dénaturé par le nouveau sponsor.

Une histoire reste à construire pour cette jeune équipe même si rien ne laisse entrevoir un futur radieux comme celui du carré magique. En 1977, les hommes de Michel Hidalgo commençaient une belle aventure marquée quelques années plus tard par un sacre européen et l’élimination – en 1986 – de la belle équipe brésilienne en Coupe du Monde.

Platini, Genghini, Giresse et Tigana ont rivalisé avec Zico, Sócrates, Junior et Falcão. Un tel destin n’est pas prévu pour la nouvelle génération bleue.

La seleção, pour sa part peut se leurrer avec cette victoire (3-0), cependant l’adversaire était bien trop faible. Mais comme on dit: « au royaume des aveugles, les borgnes sont rois »


Brésil: cinq impressions sur Lula

Je me rends de plus en plus compte que la plus part des personnes hors du Brésil ont une image caricaturale de l’ancien président Lula da Silva.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Brazil.LulaDaSilva.02.jpg
Luiz Inácio Lula da Silva, crédit photo: Ricardo Stuckert/PR, Agência Brasil – Wikimedia Commons

Avec son air de père noël, on lui trouve rapidement des vertus qui parfois ne sont qu’un mythe, ou au contraire, on profite d’une de ses déclarations ici ou  pour dénoncer le mal communiste en Amérique du Sud.

En cinq points, que peut-on retenir de ce personnage hautement charismatique?

  1. La lutte contre la dictature militaireRien ne le prédestinait à la politique car en fait c’est son frère aîné qui s’engagea premièrement dans le syndicalisme paulista, historiquement reconnu pour son importante résistance face à la dictature, mais également pour son articulation vis-à-vis des entreprises étrangères qui envahissaient le marché national. Quand son frère trouva la mort dans une prison de l’Etat, Lula entrait dans la vie politique pour s’imposer comme le plus grand leader travailliste de l’histoire du pays après Getúlio Vargas. Son héritière Dilma Rousseff a également participé à cette incroyable épopée de la gauche brésilienne.
  2. La lettre adressée au peuplemalgré sa grande popularité, il lui manquait une bonne compréhension du système politique de son pays, c’est la principale raison de ses trois échecs aux élections présidentielles d’avant 2002. Son radicalisme ne rassurait pas les oligarchies agricoles, minières ainsi que les grandes entreprises de l’automobilisme. On ne savait pas encore s’il comptait payer la dette à la FMI, et les médias redoutaient une « révolution bolivarienne » au Brésil. Il fallait donc qu’il fasse des concessions; ce fut le cas quand il rédigea une « lettre aux brésiliens » (Carta ao povo brasileiro). Cette lettre permet de comprendre toutes les actions postérieures de l’homme qui allait propulser l’émergence définitive de l’économie brésilienne. Par cette lettre il formait une grande majorité autour de lui, une coalition politique qui répondait aux exigences du présidentialisme de coalition (selon Sérgio Abranches); son vice-président José Alencar faisait parti du patronat, les mouvements syndicalistes entraient dans le gouvernement en même temps que les grands patrons. Son discours était devenu modéré, mieux adapté au modèle médiatique brésilien. Vous trouverez ici et  deux textes très instructifs sur les forces politiques au Brésil.
  3. Le mensalão: inculpés dans une affaire de corruption politique, certains proches de l’anciens présidents ont été condamnés par la justice brésilienne. L’actuel président de la Cour Suprême de Justice aura été un coupe amer pour le PT jusqu’à la fin du procès du mensalãoJoaquim Barbosa n’a pas épargné les proches de Lula accusés d’acheter le vote de certains députés pendant le premier mandat de l’ex-président. Cet épisode restera comme une tâche noire dans l’histoire de la présidence brésilienne même s’il n’a jamais été prouvé que le président savait les agissements de son directeur de cabinet et d’un membre important de son parti.
  4. La réélection et ses adieux: Après le fameux scandale du mensalão peu d’observateurs donnaient Lula vainqueur des élections de 2006 et pourtant l’homme fort de São Bernado (ville où il réside) avait encore quelques trucs dans sa manche. Plus impressionnante encore fut son attitude très démocratique lorsqu’il réfusa de modifier la constitution de façon à lui permettre de réaliser un troisième mandat, cela était bien possible, cependant Lula a priorisé l’alternance et l’avenir plus stable des institutions de son pays. On reconnait ici l’erreur de Chávez.
  5. L’homme sans compromis: Ce qu’il faut maintenant comprendre c’est que Lula hors de son palais présidentiel n’a plus les mêmes responsabilités que par le passé et donc que certaines de ses déclarations n’engagent que lui et non plus son parti politique, le PT. Actuellement, il émet des critiques qu’il ne se serait pas permis de prononcer contre le Vénézuela à une époque où il cherchait à construire une union sud-américaine. Sans Chávez cela aurait été impossible, on le sait. C’est vrai aussi que Lula doit toujours préserver son statut de « faiseur de roi », néanmoins il n’est plus sous la même pression médiatique, ses déclarations n’ayant donc plus l’impact d’antan.


Avortement au Brésil: Il faut « tuer » le roi

Le débat sur l’avortement au Salvador est relancé au parlement comme dans les instances de Justice de ce pays. Qu’en est-il au Brésil?

Autant en 2013 la France est capable de montrer au monde les vestiges de la révolution qui tua un roi (mariage pour tous), l’avortement est bien le sujet qui divise le plus la société brésilienne.

Cependant si le débat est aussi houleux et radical c’est parce qu’il est contaminé par plusieurs préjugés de part et d’autres.

Il est certain que ces lignes portent quelques préjugés dus au vécu de leur auteur.

Conservateurs et progressistes:

D’un côté, les conservateurs – en grande partie catholiques – ne veulent pas accepter  l’idée d’une société dans laquelle la femme serait maître de son corps, émancipée des préceptes religieux et machistes. De l’autre, il y a les groupes progressistes, souvent jeunes, sans parti politique clair, ou du moins, cela n’est pas l’élément le plus important dans ce cas. Les jeunes brésiliens, surtout ceux des classes moyennes ne sont pas forcément de droite ou de gauche – ils préfèrent les extrêmes. Et leurs profils changent selon les villes et les Etats. Mais, ils veulent être libres, ils sont la « génération post-dictature ». Avec eux, les professeurs, les defenseurs des droits de l’Homme, les mouvements féministes, etc.

Souvent les paulistas et les cariocas sont conservateurs, les sudistes (Porto Alegre, par exemple) plus progressistes, peut-être à cause de leur proximité historique par rapport à l’Europe.

Mais malgré tout, le dossier de l’avortement n’avance jamais. Aucun candidat n’ose s’attaquer à ce sujet par peur de vexer les protestants (notamment les évangelistes) et les catholiques qui forment un front commun quand il s’agit de défendre la morale chrétienne. Ils ne sont pas aussi clément quand il faut s’opposer à la violence policière. Au contraire.

Redéfinir le débat: 

Au Brésil, lorsqu’on aborde le sujet de l’avortement, même dans les universités, la passion dépasse toujours la raison, comme le disait Sergio Buarque de Holanda: « le brésilien est un  homme cordial » *. Les gens sont pour ou contre l’avortement, en toutes circonstances. Or, dans l’état actuel des choses où des milliers de femmes meurent parce qu’elles cherchent à avorter dans l’ilégalité, il faut dépasser cette façon réductrice  d’aborder le problème.

Lula avait, lui, dénoncé ce conservatisme qui fermait les yeux devant un problème de santé public…

Les choses avancent mais trop lentement. Il faut « tuer » le roi, pour ainsi dire. Faire la révolution des mentalités. Chasser l’hypocrisie des riches et des cathos. Il faut dépénaliser, en somme.

En gros, ce dábat est traité comme l’histoire de l’oeuf et de la poule. Qui a plus de droits, la mère ou le futur bébé? Franchement, qu’importe? Je ne veux plus voir des jeunes filles mourir.

Vous savez, tout cela ressemble à la Prohibition aux Etats Unis, ou au scandale provoqué par l’invention de la pilule dans les années 1960. On a vu par la suite que l’interdiction ou le tabou n’étaient pas la solution.

*selon l’étymologie latine, ce qui a un rapport avec le coeur, l’affection, pour le meilleur ou pour le pire.


Chronique du mondial (1) : Déjà-vu

https://viewitem.eim.ebay.pt/Fair-Trade-African-Shekere-Axatse-Gourd-Shaker-Percussion-Instrument-Small-Mini/150800140150/item/index.en-US.html
On voit ici le même instrument d’origines africaines – crédit photo: Paul Fryer

Il y a quelques semaines, je passais avec mes proches dans un supermarché à la recherche d’un poisson frais qui allait « faire mon dimanche » et j’eus tout à coups un sentiment de déjà-vu, vous savez, comme dans le film.

Premier épisode de la Chronique du mondial

Il y avait devant mes yeux Paul le poulpe. Oui, celui-là même. Cette étrange créature des fonds maritimes devenu célèbre durant la Coupe du Monde de 2014 parce qu’on lui découvrit des talents de devin. Paul avait deviné le vainqueur d’au moins cinq matchs importants de la Coupe du Monde, y compris le sacre de la Fúria.

Photo de Serge Katembera
Photo de Serge Katembera

Tout ça pour vous dire qu’actuellement au Brésil, alors que nous attendons avec impatience la Coupe du Monde qui devra sacrer Neymar et compagnie, nous sommes en permanence soumis à cette impression de déjà-vu tant l’imitation de la coupe Sud-africaine est flagrante.

Figurez-vous par exemple que le Comité d’organisation de l’évenement a décidé « d’inventer » un instrument similaire à la fameuse Vuvuzela. Cette fabuleusement invention n’est autre que le très traditionnel chaka-chaka – comme on l’appelle en RDC – mais ici, nous l’appelerons Caxirola.

La caxirola, donc, n’est que le hochet à percussion qu’on retrouve dans presque tous les pays africains et pourtant ses droits d’invention seront bien brésiliens. Après la terrifiante Vuvuzela, nos pauvres oreilles devront se faire au bruit douteux d’une Caxirola dans les stades. Par la barbe des dieux du football!

Déjà, il faut rappeller que la balle de la Coupe du Monde 2010 aura également son frère jumeau par ici. Ce n’est donc pas la Jabulani qui défilera sur les pelouses brésiliennes mais bien la Brazuca. Pour cette Coupe de Confédération, ce sera la Cafusa:  entendez ceci comme l’acronyme de Carnaval, Futebol e Samba.

Ce qui est très curieux, et ma foie insultant, c’est de voir que cet instrument révendiqué aujourd’hui comme l’invention de la star brésilienne de MPB Carlinhos Brown n’est en fait qu’un instrument de la musique traditionnelle en Afrique. Ici même au Brésil, il est connu comme un instrument artisanal. Seulement, à l’occasion du mundial il sera vendu en quantité industrielle.

Selon le American Museum and Natural History, cet instrument est bien d’origines congolaises; on retrouve d’ailleurs une galerie de photographies qui prouve les orgines africaines de l’instrument qui appartiendrait à l’éthnie Mangbetu de l’ex-Zaïre. (Voir particulièrement ici)

Le chanteur Carlinhos Brow  avec ses caxirolas by https://farofadigital.com.br/
Le chanteur Carlinhos Brow avec ses caxirolas by https://farofadigital.com.br/

L’instrument est aussi utilisé dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne comme le Cameroun.

J’espère franchement que cet instrument ne sera pas le symbole de la Coupe du Monde 2014 parce que ce serait la preuve absolue de la malhonnêteté intelectuelle, encore une négation de la culture noire au Brésil.

A lire également sur ce lien les questions relatives à la propriété intelectuelle de l’instrument.


Santé: l’internement involontaire fait débat

Angelina Jolie lors du tournage de Changeling, de Clint Eastwood
Angelina Jolie lors du tournage de Changeling, de Clint Eastwood – Photo de Monique Autrey / Wikimedia Commons

L’internement involontaire des dépendants aux drogues très puissantes et aux substances illicites, mais également celle des jeunes délinquants est desormais une loi fédérale au Brésil. Le Parlement vient d’apoter la loi qui donne le pouvoir aux médecins spécialisés d’enfermer les patients dans des institutions spécialisées. 

Cette mesure préventive, a priori, est loin de faire l’unanimité. En effet, il s’agit d’un pouvoir discretionnaire concédé aux médecins qui seront cependant obligés d’obtenir l’autorisation de la famille avant l’adoption d’une telle mesure.

L’internement compulsif  cause la polémique notamment au sein de la société civile qui voit en la mesure une fuite en avant qui n’attaque pas directement les problèmes de fond comme la violence, la pauvrété, le chômage des jeunes, et l’analphabétisme et surtout le trafique de drogue.

En réalité, le nouveau texte qui devra encore passer au sénat endurcit les peines contres les criminels impliqués dans le trafique de drogue au Brésil, l’internement involontaire n’étant qu’une dimension de la loi.

Crédit photo: Vernetti Sebastien on Flickr.com
Crédit photo: Vernetti Sebastien on Flickr.com

La contestation fait parti d’une lutte plus générale contre l’asile, une institution dont la principale caractéristique est de stigmatiser les malades mentaux en les isolant du reste de la société.

La question des droits fondamentaux de ces derniers est rarement posée.

La lutte contre les institutions totales date des années 1960 en France ou aux Etats Unis; en sociologie, des auteurs comme Michel Foucault en ont fait leur champ de bataille.

Curieusement, cette polémique me rappelle l’excellent film (certainement pas grâce à Angelina Jolie) de Clint Eastwood Changeling (2008) dans lequel une jeune femme dont le fils a été enlevé est plusieurs fois internée dans un hopital psychiatrique. A l’époque, dans les années 1920, la Police de Los Angeles possedait un pouvoir presque absolu. Un autre film très célèbre avec Jack Nicholson aborde la même problématique dès 1975.

https://www.youtube.com/watch?v=KKoFv-NSLg4

Même si à cette hauteur du débat il est difficile de mesurer les effets réels d’une telle loi, je me demande quelles seront, d’un point de vue strictement politique, les conséquences du texte sur les libertés individuelles.

Jack Nicholson dans Vol au-dessus d'un nid de coucou
Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou