Serge

Brésil: quels changements après la mort d’Eduardo Campos

Le candidat à la présidence Eduardo Campos est décédé dans un accident d'avion à Santos
Le candidat à la présidence Eduardo Campos est décédé dans un accident d’avion à Santos

C’est une tragédie politique qui frappe le Brésil, ce mercredi 13 août. Le pays tout entier s’est réveillé avec la triste nouvelle du décès de l’ancien gouverneur de l’Etat de Pernambuco, et surtout, candidat à la présidence de la République avec le Parti Socialiste Brésilien (PSB). L’avion d’Eduardo Campos s’est écrasé dans un quartier populaire de la ville de Santos, dans le littoral de l’Etat de São Paulo.
Quels changements espérer après ce décès?

On attendait des élections extrêmement animées, mais rien ne présageait une telle tragédie. Candidat principal pour le Parti Socialiste, Eduardo Campos partageait les lumières des projecteurs avec Marina Silva (dont vous pouvez lire le potrait ici), Parti écologiste (Rede). Aux dernières nouvelles, cependant, les deux personnalités politiques n’étaient pas en totale harmonie à cause des positions conservatrices de Marina Silva proche des évangéliques.

A l’heure actuelle, il est évidemment difficile de prévoir quel sera l’impact de ce décès dans les futures élections. En effet, Eduardo Campos n’était crédité que de 10 % aux derniers sondages, mais ce dernier bénéficiait d’un charisme indéniable.

La question de l’inversion des positions avec Marina Silva se posait déjà à l’interne. Plusieurs observateurs espéraient également une alliance de dernière minute avec le candidat Aécio Neves, social-démocrate.

L’homme fort du Pernambuco

Eduardo Campos est originaire du même Etat que Lula da Silva, le Pernambuco dont la capitale (Recife) est le symbole du dynamisme économique du nordeste brésilien. Campos était à l’image même de cet Etat devenu par la force de sa propre volonté le reflet d’un Brésil en mutation et en quète de nouveauté.

Un changement qui se manifestait évidemment dans sa production culturelle, notamment dans le cinéma, considéré comme le plus dynamique du Brésil (Lire mes critiques sur deux films du Pernambuco ici et ).

La mort d’Eduardo Campos est donc une énorme perte pour ce pays dont les élites politiques sont totalement discrédités. L’ancien gouverneur de Pernambuco représentait un nouveau souffle pour le Brésil, géant du XXIè siècle.

Marina Silva avec ou sans les socialistes

C’est anecdotique mais révélateur. Marina Silva devait embarquer dans le même avion qu’Eduardo Campos, mais elle aurait décidé à la dernière minute de voyager avec son état-major du groupe politique écologiste Rede.

Destin ou chance? Les deux peut-être. Le fait est que désormais, Marina Silva revient dans la course aux présidentielles et pourrait enfin réaliser son rêve après son le relatif succès de 2010. La seule inconnue de cette équation est celle de savoir si elle briguera ce mandat avec le Parti Socialiste ou si elle présentera une candidature avec le mouvement Rede.

D’un point de vue politique, il serait plus aisé pour elle de renforcer son alliance avec les socialistes d’autant plus que ces derniers comptent avec une véritable structure nationale, avec notamment plusieurs gouverneurs dans le nordeste.

Trois jours de deuil national

La présidente Dilma Rousseff, visiblement très affectée s’est exprimée en fin d’après-midi décrétant ainsi trois jours de deuil national. Marina Silva, candidate à la vice-présidence aux côtés d’Eduardo Campos s’est également manifesté lors d’une conférence de presse.

Sur son compte Twitter, Dilma Rousseff a rappelé que son opposition avec Eduardo Campos s’arrêtait à la politique se rejouissant des moments passés ensemble aussi bien dans le gouvernement Lula da Silva que dans sa propre administration.

L’information selon laquelle le jet privé d’Eduardo Campos aurait percuté en plein vol un hélicoptère qui se trouvait également en situation d’urgence a été démenti par la chaîne de télévision Bandeirantes qui avait initialement relayé une éventuelle collision avec un autre appareil. Ce décès rappelle tristement la mort un mois avant de prendre ses fonctions du président élu Tancredo Neves, grand-père d’Aécio Neves.

 

>>> Retrouvez ici le portrait d’Eduardo Campos candidat aux présidentielles.

>>> Voir les images de l’accident; images fortes!

Dernière actualisation de l’article à 19h 37, heure de Brasília.

 

 


Que fait-on maintenant, on oublie les 1822 Palestiniens tués ?

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Crédit photo : EU Humanitarian Aid and Civil Protection / Flickr.com

C’est un bilan extrêmement lourd que publie le bureau des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), 1822 Palestiniens tués en un peu plus d’un mois, dont 377 enfants. N’ayons pas peur des chiffres. Il s’agit effectivement d’un désastre humanitaire. Ok, on prend acte du constant, mais après, que fait-on? On continue à regarder nos telenovelas?

Quoi, c’est tout ? On nous informe comme ça, au beau milieu de la nuit qu’un cessez-le-feu est accepté par les deux camps (Israël et Hamas), et puis quoi, c’est tout ?

On fait quoi maintenant, on oublie les 1 822 personnes tuées par l’armée israélienne ? Les 377 enfants et ceux qu’on retrouvera après sous les décombres ne valent rien politiquement ? Aucun tribunal des hommes ne sera formé pour que leurs âmes reposent en paix ?

C’est ça la justice mondiale ? Cette même justice qui s’est empressée de condamner et sanctionner la Russie pour « son rôle dans le conflit ukrainien ». « Circulez, messieurs, y’ a rien à voir ! », c’est le message que nous transmet la communauté internationale ? Ben, bravo !

Le virus d’Ebola se transmet par fibre optique…

Je ne sais pas vous, mais moi je n’ai pas l’âme à la fête en ce moment. C’est vrai que le cas palestinien ne me concerne que vaguement n’y ayant accès que via télévion et réseaux sociaux, ce qui est le cas d’à peu près tout le monde. N’empêche, on est tout de même indigné par le massacre, par la boucherie orchestrée par les partis conservateurs israéliens. Pas trop quand même.

C’est vrai, j’ai franchement pas le temps de penser à Gaza. Surtout qu’en ce moment, mon esprit est occupé par le virus d’Ebola… de nos jours il faut faire le tri avant de s’indigner. C’est vrai qu’on a largement le choix.

Et puis là, je passe mon temps à expliquer aux Brésiliens que je n’ai pas attrapé Ebola via Internet, en communiquant avec ma famille restée en Afrique… oui, il paraît qu’Ebola a muté et se propage maintenant par fibre optique. Heu, ça c’est plus grave que les 1822 tués? 1822, c’est l’année de l’indépendance du Brésil, non?

« Ah ok, il y aura une suite dans deux ans »

Sinon, moi, pour tout vous dire, je me sens un peu comme quand je suis sorti de Transformers 4 :

– « Quoi? c’est ça l’âge de l’extinction ? Mais, ils sont toujours là les transformers. Ils ont tout détruit mais personne n’est mort en fait… Ah ok, il y aura une suite… DEUX suites ?» oui !

– «Mais quand ça ? Ah ok, dans deux ans.»

– Ben oui, quoi! On attend la troisième Intifada aussi.

– Mais, et les 377 enfants tués?

– Oooh,  de toute façon tu vois des enfants partout, toi. Prends pas tout ça au sérieux, ce n’est jamais qu’un gros blockbuster filmé en temps réel à Gaza.

– Je comprends maintenant pourquoi John Kerry a l’air d’un con dans son rôle de négociateur de paix. C’est fait exprès.

Très bien alors. On fera le bilan après Transformers 6.

 


Ebola : faut-il fermer les frontières aux Africains ?

Photo récupérée  sur Facebook
Photo : Facebook

La question n’est plus seulement posée, elle devient une tendance, plus encore, une exigence politique chez une bonne partie de la population brésilienne. Difficile pour autant d’en faire un portrait définitif, car dans cette mosaïque d’opinions racistes se retrouvent toutes les couches de la population : blanche, noire, riche, pauvre, de gauche ou de droite.

La peur nous fait faire les pires choses. Ce n’est pas nouveau. La montée du Front national en France en est la preuve. Dans l’histoire, plusieurs exemples le démontrent. Quand les hommes ont peur, ils optent pour la facilité, pour la cruauté et l’indifférence.

Depuis un moment, avec le regain épidémiologique du virus d’Ebola, la panique se fait présente sur les réseaux sociaux où la population se prononce pour la fermeture des frontières du pays.

Des propos qui sont l’évidence du racisme et de l’ignorance. Si un pays comme la France a toutes les raisons du monde de craindre une propagation de l’épidémie dans ses frontières, rien ne justifie une telle montée d’extrémisme au pays de Lula. Et encore, pour la France il faut relativiser [voir les explications en vidéo].

Certains ici, des leaders d’opinion notamment, appellent non seulement à la fermeture des frontières, mais exigent la réalisation d’examens médicaux pour tous les Africains désireux de venir au Brésil. Où est la démocratie?

Sur les réseaux sociaux, on lit par exemple ce type de commentaire:

Il faut régler la question car il semble que le Brésil soit une porte ouverte pour les Africains. Nous avons besoin de lois dures comme le font d’autres pays pour empêcher l’entrée des étrangers. Ils devront maintenant passer des examens médicaux avant d’entrer dans le pays.

Ou celui-ci:

Il est clair que des examens sont nécessaires pour stopper l’entrée des peuples ressortissants des pays contaminés au Brésil. Un plus grand contrôle aussi de la part des autorités. Ce virus est fatal et nous devons nous préparer, il s’agit d’une question publique et c’est de la responsabilité des gouvernants.

On demande donc un Etat d’exception pour les Africains. Vive la démocratie !

A-t-on jamais demandé à un malade de la grippe ou de n’importe quelle autre maladie tropicale (dingue…) que l’on trouve au Brésil de présenter des examens avant de prendre un avion? Si parfois on exige un certificat de vaccination, c’est dans l’intérêt du voyageur et non pas dans le but de le discriminer.

Ces gens-là, dont je ne devine pas encore les appartenances politiques, demanderaient presque que les personnes atteintes du VIH soient empêchées de voyager.

Est-ce un crime que d’être malade?

Mais, évidemment, pour le cas d’Ebola, la question est tout autre. La peur réside dans le fait que le virus tue à une vitesse hallucinante et qu’apparemment les pays atteints en Afrique ne semblent pas être capables de résorber l’épidémie…

C’est là aussi que se situe une grande confusion. Pour le Brésilien moyen, le Nigeria c’est l’Afrique, la RDC, une ville d’Angola, ainsi de suite. Donc, quand ils lisent qu’Ebola sévit en Guinée ou au Liberia, pour eux, c’est toute l’Afrique qui est responsable.

Par une facilité que je ne m’explique pas encore, on attribue ad nauseam la présence du virus en Afrique à quelque chose qui relève de la race. Ils sont Africains, ils portent Ebola !

Quand ils veulent, les Brésiliens peuvent être très cruels…

 


Que raconte Dilma Rousseff aux footballeurs?

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Dilma Rousseff – crédit photo: Panorama Mercantil / Flickr.com

BRESIL | Est-ce là une nouvelle carte sous l’écharpe de Dilma Rousseff en vue des élections? La présidente a rencontré plus d’une fois un groupe de footballeurs « rebelles » qui veulent transformer l’état actuel du football brésilien. En ligne de mire, les dirigeants de la CBF.

Jamais dans l’histoire du pays un chef d’Etat ne s’était autant réuni avec des footballeurs. Cela rappelle évidemment « l’épisode Thierry Henry », auto-invité à rencontrer Nicolas Sarkozy après le Mondial sud-africain. Bref, ces rencontres entre « footeux » et présidents semblent répondre aux situations de crise. Alors, communication de crise ou révolution du football brésilien?

Ici, une autre situation: mauvais calendrier, trop lourd à supporter, les finances des clubs, le football amateur et les divisions inférieures, des horaires de match qui n’ont aucun sens et qui obéissent aux caprices des telenovelas de la chaîne de télévision Rede Globo, soit des diffusions au-delà de 22 heures, les mercredis…

Mais qui sont donc ces footballeurs qui font trembler la fédération brésilienne de football (CBF)? Il s’agit d’un groupe de joueurs au status accompli tels que Dida (ex-Milan), Zé Roberto (ex-Bayern), Rogério Ceni (São Paulo), Gilberto Silva (ex-Arsenal), regroupés au sein du Bom-senso Futebol Club – littéralement, le club oeuvrant pour le bon-sens. Une espèce de « moralisation du football » pour emprunter une formule, comment dire… sarkoziste. C’est la dernière fois, promis.

Derrière cette histoire de réunion à Brasília se joue un autre match politique qui a commencé il y a plus de trente ans, à l’époque où Dilma Rousseff était membre des mouvements armés luttant contre la dictature des militaires, dont l’actuel président de la CBF fut très proche en tant qu’oligarque de l’ancien parti conservateur Arena.

Pour la petite histoire, le président de la CBF José Maria Marin, surnommé « Zé das medalhas » (José, le médaillé) s’est illustré il y a deux ans en volant une médaille pendant la cérémonie de remise de trophées du championat pauliste juniors. Voyez plutôt:

https://www.youtube.com/watch?v=IVZbulmbsc4

Selon la version officielle, il s’agirait d’un cadeau de la part de la fédération pauliste de football… circulez!

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Dilma Rousseff avec José Maria Marin (à sa Droite), Marco Polo Del Nero (à sa gauche) et Felipe Scolari – crédit photo: Blog do Planalto / Flickr.com

Des promesses, donc. C’est ce que les joueurs de football vont chercher au Palácio do Planalto, l’humble demeure de madame Rousseff. La promesse surtout d’interférer dans les hautes sphères de la fédération afin de faire tomber, qui sait, l’actuel groupe au pouvoir.

Néanmoins, un vieux loup comme José Maria Marin sait protéger son terrain de chasse. L’homme fort du football brésilien est en effet protégé par un groupe de députés fédéraux opposés au gouvernement travailliste de Dilma Rousseff. Une impasse politique. Surtout en année électorale.

Et pourtant, après le 7-1 infligé au Brésil, la CBF est en position de faiblesse, un animal moribond attendant le coup de grâce. Mais pour éxécuter la bête, il faut plus que des bonnes intentions, il faut du courage.

Reste à savoir si la présidente Dilma Rousseff est comme on ranconte, une dure à cuire.

 


Anwar Congo, l’homme moderne par excellence

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Des enfants morts à Auschwitz, crédit photo: Skyliber / Wikimedia Commons

La guerre dans la Bande de Gaza fait ressurgir un mot que l’humanité avait juré de ne plus jamais prononcer après Auschwitz  et le Rwanda. Vous avez compris, je parle bien de génocide. Le terme revient de plus en plus sur les réseaux sociaux et dans les médias notamment dans la bouche de ceux qui critiquent « l’action » d’Israël en territoire palestinien.

Pour autant, est-il correct d’employer ce mot pour désigner un crime, aussi massif soit-il en terme d’extermination d’une population?

La distance est tenue entre la compréhension que l’on a d’un crime de « guerre tout court » et d’un génocide. Il semble même que l’on passe aisément d’un terme à l’autre, à l’envie.

Pour ma part, je suis toujours gêné lorsque quelqu’un « utilise le mot génocide en vain », pour reprendre une expression biblique. On ne devrait pas prononcer ce mot en vain au risque de le démystifier et de perdre tout le recul nécessaire dans ce genre de situations.

Tout le monde s’accorde à dire qu’au Rwanda, il y a bien eu un génocide. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale aussi, sans parler évidemment du génocide arménien.

Il faut donc essayer de comprendre ce que renferme ce concept qui a dépuis été adopté dans les vocabulaires aussi bien du Droit International que du Droit Humanitaire.

Si certains crimes de guerre ont en commun un élement qui les fait passer du status de « crime tout court » à celui de génocide, il s’agit peut-être de la cruauté dans l’exécution du pogrome programme… mais aussi de la rationalité mobilisée pour y parvenir.

Adorno et Horkheimer ont été les premiers à s’être véritablement « penché sur Auschwitz » en montrant surtout la dimension rationnelle de l’extermination. Ce qui a eu la conséquence de faire prononcer à Adorno l’une des phrases les plus radicales de l’histoires des sciences humaines: « Après Auschwitz, il est désormais interdit à l’homme de penser ».

La suspension de la raison. Voilà ce que le génocide produit de plus dramatique dans la modernité.

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Une voie menant sur l’entrée d’un camp de concentration à Auschwitz – crédit photo: C.Puisney / Wikimedia Commons

Hélas, nous vivons bien à l’ère des génocides. La modernité a déjà son synonyme le plus légitime. Aucune autre époque n’a allié avec une telle perfection l’art de tuer à la science: Rwanda, RDC, Cambodge, Auschwitz, Arménie, le Darfur, Hiroshima, Nagasaki, Gaza (?),  Indonésie, etc.

L’Indonésie est d’ailleurs, à mon sens, un cas à part. Peut-être même pire que l’extermination des juifs. Loin de moi l’idée de m’engager dans une tentative de hiérachisation des génocides. A ce jeu-là, malheuresement notre époque est déjà passée maître. Nous sommes donc tous des génocides. Ah, voilà un hashtag que personne n’ose mais qui nous va si bien… #WeAreAllGenocides, #NousSommesTousDesGénocides.

Le cas du massacre des millions d’indonésiens opposés au régime militaire dans les années 60 est l’objet d’un article que je publierai cette année dans la révue brésilienne  « Sociologie des émotions ». Je m’interesse particulièrement au documentaire produit par le réalisateur américain Joshua Hoppenheimer qui « donne la voix » littéralement aux auteurs des crimes les plus barbares que l’humanité n’ait jamais vus.

Anwar Congo et ses complices sont aujourd’hui des stars dans un pays qui cherche encore sa propre voie démocratique malgré une une société à la morale trop fragile. Ce qui gêne le plus ici, c’est que personne en Indonésie ne semble être choqué par ce crime. Enfin, pas la majorité en tout cas si l’on en croit le prisme du documentaire.

La « scène du balcon » qu’il est recommandé de voir est la preuve ultime « de l’utilité de la raison pour commettre un génocide ».

https://www.youtube.com/watch?v=tQhIRBxbchU

Pas d’indignation, donc. Au contraire, ici, les bourreaux sont des héros. Les victimes, simplement des « communistes »… ou comment les discours préparent les « meilleurs génocides ». Les « cafards » tutsis, ça vous dit quelque chose?

Anwar Congo est l’homme moderne par excellence: assassin, calculateur, méthodique et terriblement rationnel.

Pour finir, je reviens donc sur le conflit dans la Bande de Gaza et ses d’ores et déjà 1200 morts dont 200 enfants. Il y a évidemment quelque chose de rationnel dans les attaques de Tsahal: l’attaque ciblée sur la centrale d’électricité, les maisons bombardées, etc. mais, il faut encore un pas avant qu’on parle de génocide.

D’ici là, continuons au moins de nous indigner, puisque c’est ce qui nous rend encore humain… malgré tout.

 


Pour Gaza, le Brésil adopte la stratégie anti-apartheid

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Dilma Rousseff et Mahmoud Abbas en 2011- crédit photo : Antonio Cruz/ABr / Wikimedia Commons

Le gouvernement brésilien est enfin sorti de son mutisme sur la crise à Gaza, mais il est encore trop tôt pour analyser froidement son choix diplomatique. Alors que sur les réseaux sociaux la pression se fait de plus en plus grande contre l’opération « Bordure protectrice » menée par Israël à Gaza, le ministère brésilien des Affaires étrangères adopte une position radicale.

L’Itamaraty a rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv pour une « consultation » à Brasília. En langage diplomatique, on sait que ce n’est pas pour lui transmettre des mots doux destinés à Benjamin Netanyahu…

S’agit-il d’une stratégie diplomatique alignée sur l’opinion publique brésilienne considérant qu’on est à quelques mois des élections ou d’une mesure innovatrice vis-à-vis d’Israël?

On se rappellera évidemment que le Brésil fut l’un des premiers pays à soutenir ouvertement l’ANC dans sa lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, ce à quoi Mandela rendit un vibrant hommage en se déplaçant à Brasília quelques temps après sa sortie de prison.

D’un autre côté, on est en droit de se demander si cette mesure radicale de la part de l’Itamaraty ne s’inscrit pas dans la « logique des réseaux sociaux ». Déjà pendant l’affaire Snowden, Brasília s’était sensiblement laissé influencer par les médias, quitte à froisser ses relations avec Washington.

Si comme certains observateurs le suggèrent il s’agit d’un boycott annoncé contre Israël, le Brésil donne encore la preuve d’une vision humaniste de sa politique étrangère.

Cependant, on peut se questionner le fait qu’à Brasília, il n’a pas été fait mention des coups de roquettes lancés sur Israël par le Hamas depuis Gaza.

Reste à savoir si d’autres pays adopteront la même stratégie…

Le gouvernement israélien a quant à lui réagi avec violence à la note officielle publiée sur le site du ministère brésilien des Affaires étrangères. Tel-Aviv qualifie le Brésil de « pays sans importance politique sur la scène internationale ». Brasília réfléchirait sur la meilleure réponse à donner suite à cette déclaration offensive d’Israël.

>>> Lire mes articles précédents sur la crise à Gaza ici et .

>>> Participez à une mobilisation internationale contre l’opération « Bordure protectrice » ICI.


Império : les promesses d’une télénovela

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La plus grande chaîne de tv au Brésil, Globo perd de plus en plus son audience – Crédit photo: midianinja / Flickr.com

La chaîne Globo a vu son audience chuter de façon inédite ces dernières années. Des statistiques confirmaient cette tendance même avant le début de la Coupe du monde. A cause du Mondial de la FIFA, l’audience était partagée. Même les télénovelas, fleurons de la toute puissante Globo sont en chute libre avec une perte d’espace de 30 % en moins de 10 ans. Une nouvelle télénovela se donne l’ambition de changer la donne.

Une première fracassante… 

On juge une télénovela à son premier épisode, dit-on du côté de Rio. Et qu’en plus, si tu as regardé le début, le milieu et l’avant-dernier épisode, tu auras tout compris. Parce que le dernier épisode sert à « boucher les trous », une dernière fête en famille où l’on revoit tous les gentils de la série.

Império semble être parti pour démentir cette règle. La grande production d‘Aguinaldo Silva a la difficile mission de faire rebondir l’audience de la chaîne de télévision Globo. L’auteur mise pourtant sur des thèmes classiques de la dramaturgie brésilienne: un garçon pauvre, enfant de la rue qui fait fortune en construisant un empire de… diamants!

Le tout avec une bonne dose de sadisme comme on en fait souvent à Globo où un personnage, souvent une femme, incarnera le vilain de la novela de façon quasi caricaturale. Mais ça marche.

La chaîne de télévision avait progressivement perdu de l’espace à cause de l’émergence des chaînes câblées et d’une offre de plus en plus qualifiée chez la concurrence.

L’ascension météorique d’un trafiquant

L’ironie de l’histoire, c’est que la trajectoire du héros ressemble à quelques détails près à l’ascension de Silvio Santos, patron de SBT, une autre grande chaîne nationale concurrente de Globo tv. Ce dernier était vendeur ambulant avant de faire fortune et devenir le président de la banque Panamericano… Juste une coïncidence.

Mais cette ascension fulgurante révèle une trace culturelle typiquement brésilienne, dans ce pays où plus de la moitié de la population joue à la loterie dans l’espoir de toucher le jackpot. Au Brésil, s’enrichir en un clin d’oeil est le rêve de chacun… le dur labeur ne fait pas rêver.

Império confirme enfin le statut de star de l’acteur Alexandre Nero qui se contentait jusqu’ici de seconds rôles. A suivre.


Vol MH17: Don’t cry for me

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Des débris d’un avion de la Turkish Airlines, crédit: Radio Nederland W. / wikimedia commons

Il y a vraiment quelque chose de dérangeant dans notre époque. Des fois, je souhaiterais vivre dans une autre période l’histoire, moins hypocritique. Une époque où le cynisme ne serait pas la première règle morale de la société. Peut-être ne l’avez-vous pas noté, mais depuis jeudi, un seul sujet occupe notre esprit (consciemment ou inconsciemment): le crash du Vol MH17.

C’est vrai qu’on n’entend pas tous les jours aux infos de 20 heures qu‘un missile a atteint un avion en plein vol. Sans vouloir paraître moi-même cynique, c’est le scénario idéal pour un film de Steven Spielberg considérant que le réalisateur américain a déjà filmé Munichwait and see.

Sans doute, l’attentat contre cet avion qui transportait, en grande majorité, des Hollandais est une vraie catastrophe, mais n’en fait-on pas un peu trop dans les médias?

Je m’explique. Hier, j’accède à ma page Facebook, et je tombe sur un article publié par un ami brésilien, le titre m’interpelle : « La cure du Sida était peut-être dans l’avion… ». Alors là, je suis choqué.

Je me dis alors que nous sommes, de toute évidence, les victimes consentantes d’un chantage émotionnel à l’échelle planétaire; les médias font dans la surenchère pour savoir lequel arrivera plus que les autres à nous émouvoir.

Chose curieuse aussi, la guerre à Gaza n’est plus l’information principale des chaînes de télévision et des journaux à travers le monde. Après tout, la guerre palestino-israélienne, on en a droit tous les ans; même les intifadas n’effrayent plus autant puisqu’elles arrivent à intervalle plus ou moins régulier…

En gros, en une semaine, nous avons eu droit, à la fois, à la sempiternelle crise israélo-palestinienne (j’inverse le néologisme pour être équitable) qui en lasse déjà plus d’un, mais aussi à ce crash d’avion en Ukraine.

Pour nous, pauvres mortels impuissants, la seule chose à faire maintenant c’est de bien canaliser nos émotions pour l’une ou l’autre « cause ». Personne ne sera sensibilisé de la même manière par les deux évènements, soyons réalistes.

Si bien que vendredi soir, je vérifie cette information selon laquelle un chercheur spécialiste du VIH était bien dans le vol MH17.

L’hypocrisie n’a pas de limites… On nous présente cet homme, Joep Lange, comme le « sauveur » de l’humanité, parce qu’il détenait le « savoir », ou l’expertise nécessaire à la lutte contre le VIH. A Gaza, j’imagine bien qu’il n’y a aucun « spécialiste », donc les centaines de morts palestiniens sont moins importants. Il n’y a que moi que ça choque?

Nous vivons une semaine typique de ce que le sociologue français Luc Boltanski appelle la « fatigue morale » ou the distant suffering, si vous préférez [PDF en anglais].

Et pour couronner le tout, un ami me fait remarquer que non seulement on nous bombarde à coup d’informations sur l’Ukraine et/ou Gaza, mais en plus on doit se contenter d’un profond silence sur l’éternelle crise sécuritaire en RDC… là aussi, il y a eu 5 millions de morts depuis 1998. Vous avez dit chantage émotionnel ?