Serge

Pelé, le roi du cirque abîme l’image de Shell

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Pelé en Afrique du Sud en 2010 – crédit photo: Marcello Casal Jr./ABr / Wikimedia Commons / CC

Je vais encore m’attaquer à sujet polémique. Mes lecteurs le savent depuis fort longtemps, l’un des thèmes les plus récurrents de ce blog est le racisme. Vivant au Brésil, j’en suis bien obligé. Il y a quelques semaines je vous racontais l’histoire du gardien de but du FC Santos, Aranha. Eh bien, le plus grand joueur de l’histoire de ce club, et même du football tout court a décidé de contribuer au débat. Enfin, contribuer, c’est un gros mot.

Le roi Pelé, vous l’aurez compris, c’est bien de lui qu’il s’agit, estime du haut de sa sagesse, si tant est que les jampes d’un footeux peuvent regorger de sagesse, que « le joueur de Santos s’est précipité en réagissant publiquement aux insultes racistes dont il était la cible ». Pour Pelé, « Aranha n’aurait pas dû réagir. On doit combattre le racisme mais pas dans un espace public ». Ah, bon? Et où ça alors?

« Si j’avais réagi à chaque fois qu’on m’insultait ou que l’on me qualifiait de macaque, tous mes  matchs auraient été arrêtés… » a-t-il enchaîné lors d’un événement publicitaire du groupe Shell Brasil.

Il faudrait que l’on explique à Pelé que s’il a manqué quelque chose dans sa carrière, c’est justement en refusant de s’engager en faveur de la cause des noirs du monde entier. S’il n’arrivera jamais à la cheville de Mohamed Ali ou de Nelson Mandela, c’est justement parce qu’il a trahi son peuple. Et plus encore, c’est toute l’humanité que Pelé condamne à vivre encore plus l’absurdité qu’est le racisme dans le sport. En ce sens Balottelli et Prince Boateng lui sont supérieurs.

Quel autre joueur ayant un tel prestige aurait pu intervenir dans l’espace public justement pour faire avancer les mentalités?

Pelé se trompe d’époque. Nous ne sommes plus en 1960, avant l’indépendances des pays africains, avant aussi la marche de Castro et Guevarra, lorsque les peuples opprimés se soumettaient – parfois volontairement.

Les années sont passés et Martin Luther King a fait son discours à Washington, Malcom X a été assassiné mais nous a laissé une autobiographie d’une incroyable puissance. Non, Pelé, nous ne nous soumettrons pas, même pas pour vous, magesté.

Car même les princes se trompent. Et je vous dirai pourquoi.

Ce samedi, vers midi, je me suis rendu au supermarché de mon quartier pour acheter un délicieux poulet rôti. Alors que je me tiens sur la file d’attente, une bonne dame accompagnée de sa fille, d’une remarquable beauté je dois dire, s’approche dans mon dos et murmure: « Ei, negão, me passe essa cesta, por favor ». Pour faire simple, elle me demande gentilment de lui passer le panier qui se trouve devant moi. Sauf qu’elle m’a appelé negão.

Negão, au Brésil ne peut pas vraiment être traduit par nègre. Il s’agit au contraire d’une sorte de superlatif que les noirs doivent accepter peu importe leur conscience politique. C’est un peu comme la neginha qui vaut pour les femmes: la belle petite mulâtre

Le mot negão se réfère normalement au noir très costaud à qui l’on associe également des qualités sexuelles uniques. Il faut dire que cela vient de l’époque de l’esclavage quand les dames de la haute société « s’amuser » avec leurs nègres de maison. Or moi, je n’ai pas vraiment la taille d’un Teddy Riner.

A ces mots, donc, je n’ai pas réagi regardant choqué la dame ainsi que sa fille qui n’avaient pas du tout l’apparence d’être racistes. Cependant, elles ont internalisé les codes du racisme. Elles m’obligent à accepter ce qualificatif qui pour moi est dégradant et offensif.

Cependant, j’ai commis une faute morale en ne réagissant pas. Peut-être parce que pendant que je rationalisais tout ça… mais, le temps passait et la dame s’en allait… j’ai donc perdu une belle occasion de l’éduquer.

Bref, je me suis décidé à organiser une campagne contre le racisme dans mon quartier. Je pense à faire faire des T-shorts avec la phrase, « Ne m’appellez pas negão« , tout cela dans le but de réveiller les consciences contre les discriminations silencieuses.

Quant à Pelé, j’ai juste pensé que si le groupe Shell souhaitait se construire une belle image auprès du public, c’est raté. Ils auraient dû penser à cette phrase de Romário sur « le roi »: « Pelé est un poète lorsqu’il se tait ».

Pas mieux !

P.S: Shell ne s’est d’ailleurs pas exprimé pour recadrer son roi, ce qui démontre aussi la banalisation du racisme au Brésil.

 

 


Brésil/Etats-Unis : quelle place pour les Noirs dans les médias ?

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Le logo du Network brésilien, Sistema Brasileiro de Televisão / wikimedia commons / cc

TELEVISION | Si vous avez la chance (ou le privilège, c’est selon…) d’être abonné aux chaînes de télévision câblées, il vous sera facile de faire un constat sur la place que chaque pays semble accorder aux Noirs dans l’espace médiatique. Pour ma part, j’ai comparé la situation de deux pays historiquement construits grâce à l’exode forcé des Noirs africains en Amérique. Quelle place les télévisions accordent-elles aux Noirs au Brésil et aux Etats-Unis?

Lorsqu’on arrive au Brésil, l’une des choses qui frappe le plus par rapport aux relations raciales est le fait que les Afro-Brésiliens ne sont pas autant organisés que leurs homologues Afro-Américains.Je m’explique. Vous ne trouverez pas ici une industrie cinématographique destinée à promouvoir la culture noire, il n’y a pas ici de réalisateurs ou acteurs noirs reconnus nationalement ou internationalement (à l’exemple de Spike Lee, Steve McQueen, Denzel Washington, Oprah Winfrey, Forest Whitaker, Samuel L. Jackson), il n’y a aucun gouverneur noir, même pas à Bahia, un Etat dont 75 % de la population se déclare noire (si l’on inclut les métis dans cette statistique). Pour ce qui est des acteurs noirs, s’il en existe, on les compte sur les doigts d’une main: Lázaro Ramos, Tais Araujo

Le constat est amer. Les grandes chaînes de télévision brésiliennes n’accordent que très peu d’espace aux journalistes noirs. J’inclus dans la catégorie « journaliste » les spécialistes et consultants généralement employés par ces chaînes.

« Mais nous avons beaucoup de reporters noirs »

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Zileide Silva, journaliste – reporter pour la Rede Globo

Ainsi, si l’on considère la couleur de la peau, peu de chaînes de télévision gratuites (les grands Networks calqués sur le modèle américain) comptent un présentateur de journal noir. La Rede Globo, par exemple a bien une présentatrice noire qui apparaît « éventuellement » au Jornal Hoje de 12 heures. Zileide Silva a récemment présenté aux côtés d’un journaliste blanc le journal de minuit.

Or, si l’on compare avec les chaînes américaines telles que CNN, FOX ou ABC News, on remarque vite que les patrons américains ont considérablement intégré les Noirs dans leur personnel et ne se contentent pas de leur donner des postes de « reporter ». Idem pour les consultants.

Il n’est pas rare de voir sur CNN un Kareem Abdul-Jabbar ou un Magic Johnson (ESPN) apparaître sur le petit écran et donner une opinion avisée sur un domaine qu’ils maîtrisent parfaitement. Il y a également de nombreux spécialistes et consultants (juridiques, économiques, etc.) de race noire (comme @DonnaBrazile) invités sur les plateaux des grandes chaînes américaines contrairement au Brésil.

Récemment, un directeur de la chaîne de sport ESPN-Brasil justement, a été mis dans l’embarras par un téléspectateur qui l’interrogeait sur l’absence de présentateur noir dans son équipe… et ce, au moment où le cas de racisme contre le gardien de but de Santos, Aranha, fait rage. Il n’a évidemment pas présenté de réponse satisfaisante se contentant d’un classique, « mais nous avons beaucoup de reporters noirs… ». Merci !

Les chaînes gratuites à la traîne, Globo sort du lot

Lorsqu’on regarde vers les chaînes payantes, on s’étonne de constater que le nombre de Noirs présentateurs d’émissions ou de journaux télévisés augmente par rapport aux chaînes gratuites. Pourquoi cette différence quand on sait que les élites brésiliennes sont blanches? La réponse est dans la question : si elles sont blanches, ce sont aussi les élites qui présentent une opinion critique sur les questions du racisme

Les pauvres, malheureusement, ne veulent pas penser, ils préfèrent manger… Et donc, logiquement, si une chaîne gratuite n’offre pas de diversité ethnique, elle court moins le risque d’être critiquée par un public peu instruit et indifférent aux questions sociologiques.

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L’ancien joueur de la Seleção, Junior – wikimedia commons /cc

Le sport qui est justement le domaine où les Afro-Brésiliens excellent le plus n’est pas plus représentatif de la communauté noire (le concept est un peu inapproprié, je l’admets).

Depuis sa retraite, Denilson, le champion du monde de football passé par Bordeaux notamment, commente les matchs de deuxième division pour la chaîne Rede Bandeirantes, alors que son aîné Junior est une star à Globo. On le retrouve notamment lors des retransmissions des matchs de première division.

C’est paradoxalement la chaîne Rede Globo dite conservatrice qui donne plus d’espaces aux Noirs

Aux Etats-Unis, non seulement les Noirs américains sont acceptés dans les grands médias du pays, mais – et surtout – les ethnies minoritaires aux Etats-Unis s’organisent de façon à avoir des « chaînes communautaires » qui ont vocation à promouvoir la culture locale. Il y a évidemment aussi la volonté des grands Networks de cibler les populations d’immigrés comme les Latinos.

Ces différences sont d’autant plus étonnantes que la population noire-américaine est estimée à 12 % aux Etats-Unis, alors que le Brésil compte 51 % de Noirs dans sa population.

 


Chasse à l’homme contre une victime du racisme au Brésil

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Aranha, le gardien de Santos – crédit photo: Clube Atlético Mineiro / Flickr.com

Deux faits ont marqué cette fin de mois d’août au Brésil. Non, cela n’a rien à voir avec l’élection présidentielle ou la Seleção brésilienne qui retrouve miraculeusement ses anciennes vertus footballistiques. Non, hélas, rien de beau ne vous sera relaté dans ce billet. Je vous demande la patience de lire jusqu’à la fin, car les faits sont assez graves.

Encore une fois, le Brésil, ce cher pays qui m’a adopté (jusque-là…) s’illustre par deux cas, pas un, mais deux cas extrêmement graves de racisme. Contre une jeune fille anonyme et contre Aranha, le gardien de but du FC Santos, l’ancienne équipe de Neymar, Robinho et Pelé.

« Où l’as-tu achetée, cette esclave? » 

La semaine dernière, Facebook nous a encore sorti une de ses perles. Un jeune couple d’adolescents s’est retrouvé sous les feux des projecteurs après que la jeune fille de race noire a publié sur son compte du réseau social californien une photo d’elle-même avec son amoureux de race blanche.

S’en est suivi une vague de commentaires racistes, des remarques d’une sauvagerie indescriptible, « Où l’as-tu acheté cette esclave? », « vends-la moi! », pouvait-on lire dans les commentaires de la photo. Certains sont même très moqueurs: « Ah, ah, quelle merde… on dirait Thiago et la laide… ».

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Evidemment la police se charge de l’identification des criminels, mais le mal est fait. La fille dit « avoir pleuré pendant des jours » ne comprenant pas ce qui motivait une telle haine chez certains de ses compatriotes. Ce n’est certainement pas la meilleure façon de devenir célèbre…

Si les responsables de cette barbarie sont punis (on attend pour voir) il ne faudra quand même pas oublier que la majorité des personnes qui se rendent coupables de ce type d’actes restent impunies. La loi existe, mais n’est pas appliquée.

Mais si vous pensez que je vous ai raconté le pire, vous vous trompez…

Fouiller le passé d’une victime du racisme, oui monsieur !

Et donc, retour (malheureusement) sur l’épisode de Grémio (le nouveau club de Felipe Scolari) et sur une rencontre de la Coupe du Brésil qui voyait Santos visiter les gaúchos de Porto Alegre, région sud du pays, berceau des séparatistes brésiliens et réputée comme…  » pas tendre avec les Noirs « .

Pendant la rencontre, le gardien Aranha est pris à partie par le public gremiste qui entonne des chants racistes, imite des primates alors que les caméras de la chaîne câblée ESPN-Brasil (que j’ai la chance d’avoir à la maison) captaient une jeune femme hurlant comme une folle  » macaque, macaque… » , au gardien de Santos. [VIDEO]

La répercussion est immense. On parle non seulement de punir les coupables, mais aussi d’exclure le club de Porto Alegre de la compétition. C’est alors que le mauvais côté de certains dirigeants fait brutalement surface.

Lors d’une intervention sur une radio de la capitale du Rio Grande do Sul, l’ancien président du club, Luiz Carlos S. Martins a pris la défense de la jeune femme, faisant d’elle  » la victime d’un lynchage collectif « , et de rappeler que le coup de genou de Zuniga pendant la Coupe du monde était un acte bien pire.

Selon lui, en s’indignant contre ces chants,  » Aranha a organisé une scène théâtrale « , avant d’ajouter que  » les chants contenant le mot macaque faisaient partie du folklore du football « .  » Les interdire serait la fin du football « , s’est-il indigné.

Eh bien, qu’on arrête donc ce maudit football !

Ce monsieur ne s’est pas arrêté là. Visiblement décidé à entrer dans les livres d’histoire qui raconteront les pires barbaries du siècle, il a recommandé, je cite :  » Que l’on fouille dans le passé du gardien de but Aranha  » , certainement dans le but de lui trouver quelques pailles dans les yeux… Comme pour dire que certaines personnes, compte tenu de leur passé, méritent bien quelques folklore chants racistes.

C’est bon, j’arrête ? J’avoue que cela me fait l’effet d’un film d’horreur. La seule satisfaction que l’on éprouve à l’écoute de ce document audio, c’est de constater que l’un des invités de l’émission quitte le studio après de tels propos racistes et criminels.

 » Miroir, miroir, dis-moi si je suis beau « 

Muricy Ramalho, l’entraîneur de São Paulo a été très sévère avec son pays :  » C’est malheureusement le reflet de notre pays et cela vient d’en-haut. Le ballet va continuer… ».

Grémio renvoie aux Brésiliens une image peu flatteuse de leur société et c’est pour ça que la réaction d’Aranha passe mal. Avec son coup de gueule, Aranha révèle la face défigurée d’un Brésil incapable de résoudre ses problèmes de relations raciales.

Cela nous conduit également à l’analyse du journaliste Joel Rufino qui critique le racisme comme spectacle : » Aujourd’hui, plus personne n’a honte de se montrer publiquement raciste « .

 


Le sexe fort

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Caricature de Marina Silva portant son hamac. En portugais, « rede » veut dire en même temps hamac et réseau. crédit photo: Facebook

La mort d’Eduardo Campos a radicalement changé le scénario de la campagne électorale pour les présidentielles de 2014 au Brésil. En retrait dans son rôle de « vice-président » d’Eduardo Campos, Marina Silva, désormais émancipée du capital politique de l’ancien gouverneur du Pernambuco monte très fort dans les sondages. Pour le second tour, un « match féminin » se profile à l’horizon.

« Nous gagnerons au premier tour », affirmait hier un internaute qui croit fermement en à la victoire de Dilma Rousseff. Mais les derniers sondages indiquent un premier tour serré car jamais la présidente n’aura été aussi menacée par un rival. En effet, un sondage réalisé par l’institut Ibope, le journal Estado de São Paulo ainsi que la chaîne de télévision Rede Globo place Marina Silva (29 %) en deuxième position dans les intentions de vote derrière Dilma Rousseff (35 %), Aécio Neves restant bloqué depuis des semaines à 19 %.

Or, avant le tragique accident d’avion à Santos qui a emporté Campos, le PSB peinait à atteindre 10 % des sondages en raison de l’incapacité de Marina Silva à pouvoir transférer son électorat au canditat socialiste.

Il faut dire qu’avant l’officialisation de la candidature d’Eduardo Campos, ce dernier restait loin derrière la candidate écologiste, Marina Silva. Celle-ci ne s’était initialement pas présentée aux élections faute d’avoir obtenu les voix necessaires pour homologuer son parti politique au sein du Tribunal Suprême Electoral. Ce qui l’obligeat à intégrer le Parti Socialiste du Brésil (PSB) comme « second couteau ».

En outre, les mêmes sondages révèlent qu’en cas d’un second tour entre Dilma Rousseff et Marina Silva, cette dernière l’emporterait avec 9 % d’avance sur l’actuelle présidente du Brésil. Mais, d’ici là beaucoup de choses peuvent arriver.

Le grand perdant de ce début de campagne électorale, mais surtout celui qui est le plus « affecté » par les conséquences du décès de Campos, est évidemment le social-démocrate Aécio Neves, désormais presque sûr de ne pas participer à un second tour, s’il a lieu.

Si Campos affirmait être le représentant logique d’une « troisième voie » brésilienne, les sondages ne confirmaient guère cette prétention. Par contre, Marina Silva semble logiquement pouvoir révendiquer ce statut quoiqu’au le fond, elle n’ait aucune base politique pour pouvoir gouverner.

A propos de la Troisième voie, cliquez ici pour lire

Et c’est peut-être là que les choses se compliqueront pour Marina Silva au second tour. Car si l’histoire nous a appris quelque chose, c’est qu’au Brésil, on ne gouverne pas sans une majorité parlementaire. Le président Collor ne termina pas son mandat en 1992 pour cette raison, ayant été abandonné par des alliés éphémères au Congrès. D’un autre côté, malgré le scandale du mensalão, Lula a su se maintenir au pouvoir grâce à sa majorité.

A propos de l’impeachment de Fernando Collor lire ici; pour en savoir plus sur le scandale du mensalão, cliquez ici.

Il m’a aussi semblé, notamment dans mes conversations récentes, que le thème qui fera perdre des voix à Dilma Rousseff par rapport à l’écologiste soit celui de l’avortement. Certains brésiliens semblent accorder plus d’importance aux questions morales qu’économiques. Car l’avortement au Brésil est considéré, avant tout, comme une question morale, et non pas comme un problème de santé public.

Il se dessine donc un scénario de guerres entre « deux soeurs amazones ». La bataille des femmes pour le Palácio do Planalto est lancée. Le sexe fort ici, c’est le sexe féminin. Une tendance qui se renforce dans les institutions politiques brésiliennes depuis quelques années.

Un exemple à suivre pour l’Afrique, certainement.

 


Hercule Poirot, John Lennon et le bon pasteur

Hercule Poirot / wikimedia commons /CC
Hercule Poirot / wikimedia commons /CC

Premier round intéressant lors de cette campagne électorale pour les élections présidentielles du Brésil. Hier mardi 26 août, la chaîne de télévision Band a proposé le premier débat entre les candidats en course pour occuper le Palácio do Planalto.

Si rien de surprenant n’est apparu dans ce scénario de Street fight où chaque candidat posait des questions à qui il voulait, des personnages atypiques ont tout de même retenu notre attention. En vérité, en posant une question à un autre candidat, on se donne seulement le droit de répliquer avec un élément plus ou moins pertinent de son propre programme, ce qui assez affligeant à regarder.

Le bon pasteur

Alors, lui c’est le pasteur Everaldo Pereira du Parti Social Chrétien (PSC), eh oui, ça n’existe pas qu’en Allemagne. Personnage atypique donc, presque caricatural, il sort facilement du lot grâce à un discours aux antipodes de ses collègues. A chacune de ses phrases, on entend les mots « Dieu », « salut » ainsi que d’autres formules qu’affectionnent nos amis chrétiens. La phrase qui tue: « Ici ce n’est pas Cuba, ce n’est pas le Vénézuela… ».

On sait déjà qu’il volera quelques voix à Marina Silva qui elle aussi flirte avec les évangéliques.
« Tout privatiser au nom de Jésus! »

Mario Bros ou Hercule Poirot s’invite au débat des présidentiables

Le candidat Lévy Fidelix, de la gauche radicale

Il a volé la vedette a tout le monde avec sa verve à la Mélanchon et sa tête de Mario Bros… mieux, d’Hercule Poirot. Toute ressemblance entre le candidat Lévy Fidelix et le personnage héroique de Nintendo est une simple coïncidence… cela n’aura évidemment pas échappé aux twittos brésiliens qui s’en sont donné à coeur joie pour placer des moqueries ça et là.

« Qui a laissé Mario Bros se présenter aux élections? Les personnages fictifs, c’est permis? »

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Crédit photo: HighTechDad on Flickr.com / CC

Il n’hésite pas à citer John M. Keynes lors d’un débat politique de 2014. Ok, le grand économiste qui incarna les accords de Breton Woods a su être réinventé par ses disciples, mais il fallait tout de même l’oser lors d’un débat proposé à un public pas forcément féru d’économie. J’ai rien dit.

Eduardo Jorge, le candidat de John Lennon

Paz e Amor ! Vous l’aurez compris, on a droit ici à un candidat hippie. Eduardo Jorge n’a d’ailleurs pas mis l’eau à la bouche avant de citer John Lennon comme l’exemple à suivre pour ce grand Brésil. Il aura au moins convaincu un twittos, 

On l’a un peu soupçonné d’être venu « stone » au débat, mais sur Twitter, sa victoire ne fait ce soir aucun doute.

Heu, c’est quoi le patrimonialisme?

D’ailleurs le vocabulaire des candidats est toujours ce qui m’agace le plus lors des débats télévisés. Lorsqu’un journaliste demande à Dilma Rousseff d’apporter des solutions à l’un des plus grands fléaux du Brésil, entendez par là, le patrimonialisme, mon coeur accélère…

Franchement, ils sont combien les brésiliens qui savent ce que c’est que concept weberien (ah, oui heim…)? On voit bien que ces gens-là n’ont aucune idée de la réalité des brésiliens. Il faut dire aussi qu’après une certaine heure, personne n’est vraiment en mesure de capter des théories économico-politiques d’obédience weberienne. Ainsi, on a eu droit au tweet provocateur de BuzzFeed Brasil: « ce débat ira jusqu’à l’heure du dejeuner ». Il est minuit, heure de Brasília.

Bref, on savait déjà à quoi s’attendre avec Dilma Rousseff, comme d’habitute, hésitante devant les caméras, décidément… Si elle gagne les élections, ce ne sera pas grâce à son éloquence. Quant à Marina Silva, elle semblait vouloir imposer l’image d’une femme forte. Difficile de dire si elle y est parvenu. Elle n’a cependant pas hésité à concluir la soirée en révendiquant pour elle l’héritage politique de feu Eduardo Campos… Ah, Marina!

En tout cas, les vainqueurs de ce débat sont bien Mario Bros alias Hercule Poirot, John Lennon et le bon pasteur…

 


Le vieux lapin qui écrivait des romans

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L’écrivain Paulo Coelho – crédit photo: timferriss / Flickr.com

BIOPIC | Le Brésilien le plus célèbre du monde après Pelé fait son entrée dans le septième art. Le pas vient d’être franchi à l’occasion de la sortie d’un biopic dédié à la vie de Paulo Coelho*, auteur entre autres de Veronika décide de mourir et de L’alchimiste.

Même si je l’évite autant que faire se peut, Paulo Coelho s’invite inexorablement dans ma vie. Après ses propos quelque peu opportunistes pendant la Coupe du monde, ce qui m’avait poussé à le descendre ici même, l’écrivain « le mieux vendu d’Amérique latine » fait l’objet d’un biopic…

260x365_1405965443Le film revient également sur l’association de ce dernier avec le rockeur Raul Sexta considéré, à raison, comme le plus irrévérencieux et talentueux artiste de l’histoire du rock brésilien, si l’on excepte Cazuza.

Il semble même que le cinéma soit décidé à s’emparer du personnage, car du côté de Hollywood une surprenante adaptation de Veronika décide de mourir est sortie en salle il y a quelques années avec, ma foi, de forts bons acteurs. A l’affiche, une certaine vampire du nom de… Buffy.

Je ne vous cacherai pas que ce livre, qui figure parmi ses meilleures oeuvres, paraît-il, ne m’a pas impressionné. Pour être encore plus franc, je n’ai pas eu le courage de le terminer. Je ne suis pas maso, désolé !

On dit que les meilleurs livres ne font jamais de bons films, alors peut-être qu’un livre moyen fera un joli petit film. La bande-annonce suggère qu’une soirée à regarder le triste destin de Veronika Buffy ne sera pas complètement gâchée… alors, pourquoi pas? Lancez-vous !

Quant au dernier film, « Nao Pare na Pista – A melhor história de Paulo Coelho » (avec un titre pareil, je ne vois rien de bon à attendre du projet… ) qui raconte les crazy years de l’écrivain, j’en dirai quelques mots plus tard. En attendant, voici la bande-annonce:

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* Coelho, en portugais veut dire lapin.

 


Gomorra: A Naples, la cité des hommes

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Crédit photo: bram willemse / Flickr.com

CINEMA | C’est un ami mondoblogueur qui me l’a signalé en commentaire posté dans un de mes articles sur la mafia au cinéma. Gomorra est une adaptation cinématographique du livre éponyme de Roberto Saviano, journaliste amateur de football qui s’est intéressé à la mafia napolitaine.

Au visionnage de Gomorra de Matteo Garrone , on ne peut s’empêcher de penser au chef-d’oeuvre tragique de Paulo Morelli  co-produit par Fernando Meirelles, La Cité des Hommes qui raconte les trajectoires croisées de deux garçons noirs et pauvres (normal au Brésil) emportés par la violence du trafic de drogue dans les favelas de Rio. On a du mal à croire que Barack Obama s’y soit aventuré lors de sa visite au Brésil

https://www.youtube.com/watch?v=2lH8AO9X0fk

https://mondecran.blogspot.com.br/2008_03_01_archive.htmlOn pense aussi et surtout au chef-d’oeuvre cartoonesque de Katia Lund et Fernando Meirelles, La Cité de Dieu, basé sur des faits réels mais curieusement dépeints avec des allures de bande dessinée. Ce film raconte l’ascension et la chute de Zé Pequeno, le truand le plus crédible et emblématique du cinéma brésilien. Qui oubliera Zé Pequeno avec sa coupe d‘Afro Samurai portant un flingue plus grand que sa tête? L’influence de ce film est incontestable et marque une tendance dans le cinéma brésilien jusqu’à Toupe d’Elite de José Padilha.

On retrouve cette même allure cartoonesque dont je vous parlais tantôt dans Gomorra, notamment dans une scène où l’on voit deux hommes à moitié nus s’exercer au « tir aléatoire » sur la plage… Un vrai délire psychologique d’adolescents dopés aux Scarface et autre Rambo!

https://www.youtube.com/watch?v=E2q3woM5qxc

PORTRAIT AMOCHÉ DE L’ITALIE

Le film est en lui-même difficile à aborder par la lenteur qui le caractérise. Pour une fois que la mafia italienne nous est montrée sans le romantisme ni le glamour qui ont marqués les oeuvres de Coppola et Scorsese, on ne s’en plaindra pas. Les « dons » sont ici des idiots apeurés.

L’auteur du roman, Roberto Saviano, vit on le sait dans la clandestiné depuis que sa tête a été mise à prix par la Camorra, la vraie mafia napolitaine.

On se demande au fil des minutes qui s’égrainent quelle est donc cette ville de Naples que l’on voit compter ses victimes sous nos yeux. Des hommes (et des femmes) se font tuer comme s’il s’agissait d’un abattage de bétail: avec une banalité effarante. La géographie de la ville (des tunnels et des plages) s’y prête à merveille, semble-t-il.

Hormis les maillots de Maradona et Paolo Cannavaro (le frère du champion du monde, Fabio) incrustés ça et là dans un sombre décor, rien d’autre ne nous laisse déviner que nous sommes bien plongés au coeur de Naples.

De près, ce film ressemble étrangement à la série culte de HBO, The Wire, par la profondeur sociologique que nous proposent ses auteurs, ou devrais-je dire, Saviano. Mais ici, les forçats sont chinois, main-d’oeuvre de la Haute couture, pas les noirs.


Lecteur éphémère, je n’ai pas besoin de vous

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Crédit photo: Rafael Olah / Flickr.com

Je n’irai pas par quatre chemins, je suis très en colère. Cette semaine, je n’ai presque pas publié de billets sur ce blog en raison de mes activités universitaires et certains lecteurs me l’ont fait remarquer. Pourtant, le 3 août, je publiai un article sur le racisme dont étaient victimes les Africains vivant au Brésil parce que certaines personnes les considèrent comme responsables du virus d’Ebola. Le 5 août, je m’attardai sur la guerre à Gaza m’interrogeant, sur le ton de l’humour, quant à l’indifférence de la communauté internationale face à ce drame.

Puis, je suis resté muet pendant six jours m’occupant de mes activités universitaires. Jusqu’au 13 août quand nous avons appris la mort du candidat à la présidentielle du Brésil, Eduardo Campos dans un accident d’avion à Santos (post précédent).

Avant cela, j’avais écrit sur ma page Facebook, une blague sous forme d’ironie affirmant que  » j’avais attrapé le virus d’Ebola via fibre optique « ... certains de mes lecteurs qui ont lu mon post du 3 août ont évidemment compris que cette blague était en réalité une forme de protestation contre un certain type de racisme dont on est victime au Brésil.

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Crédit photo: digitalrob70 / Flickr.com

Malheureusement, tous mes lecteurs ne sont pas intelligents. Non, sur ce point, je dois être juste avec mes vrais lecteurs. Car il y a ceux qui me lisent vraiment et les autres… le genre qui ne lit pas et critique tout s’arrêtant simplement sur une photo publiée sur Facebook ou le titre d’un article. Ils sont détestables. L’imbécilité du lecteur éphémère l’empêche de dépasser les 26 lignes (j’ai compté…) de mon article du 5 août pour comprendre que mon message (posté sur Facebook) était une forme d’ironie à l’intention des ceux qui nous accusent de porter le virus d’Ebola par le simple biais de notre africanité.

Deux choses m’ont donc été reprochées:

1. de ne pas assez écrire sur la RDC: bon sang ! Regardez donc le titre de ce blog, Carioca Plus, et en sous-titre, « Actualité, culture et société vues du Brésil ». Que faut-il encore pour faire comprendre à ces lecteurs éphémères que ce blog traite à 95 % du Brésil ?

2. de plaisanter sur un sujet trop sérieux, à savoir le virus d’Ebola : inutile de revenir sur l’explication de mon post. Le comble est que mon ironie a été comparée à une mauvaise blague sur l’Holocauste. Décidément, ces lecteurs-là ne comprennent rien à ma démarche, car j’ai écrit sur ce blog (voir le billet sur Anwar Congo) que je préparais un article scientifique sur les génocides au XXe siècle. Ceux qui prétendent recadrer l’humour n’ont eux-mêmes aucun sens de l’humanisme.

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Crédit photo: owenwbrown / Flickr.com

Ce qui est encore plus grave et que je pardonne difficilement, c’est qu’on remette en question mon nationalisme ou mon patriotisme. Premièrement, je ne le dis pas assez, mais j’ai écrit un texte de plus de cent pages analysant le processus de transition vers la démocratie en RDC depuis 2005 ainsi que la situation politique dans les Grand Lacs; ce texte sera bientôt publié dans une revue brésilienne dédiée aux relations internationales. Mais eux, qu’ont-ils fait pour ce pays, le Congo ? Deuxièmement, qu’ont-ils sacrifié ?

Ces gens qui critiquent mon « manque de patriotisme », qu’ont-ils perdu sur le plan personnel pendant ces années de guerre qu’à connues notre pays? Dans ma famille, nous avons eu des pertes humaines avec l’entrée de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) à Bukavu. Aujourd’hui encore, une partie de ma famille vit dans la tourmente dans une région constamment en guerre depuis 1994, l’année du génocide rwandais.

Si certains lecteurs souhaitent me voir écrire des billets de blog sur la R.D. Congo, ils peuvent toujours se rendre sur mon blog spécialement dédié à l’Afrique.

Je suis moi-même un lecteur de blogs, je ne suis pas parfait et je n’ai pas la science infuse. La RDC n’est pas ma spécialité même si je lui ai consacré quelques années d’études (et cent pages…). J’ai le courage et l’honnêteté pour l’admettre. Il y a plusieurs personnes beaucoup plus qualifiées que moi pour parler du Congo. D’un autre côté, si j’écris sur le Brésil, c’est parce que dans mon domaine, il s’agit d’une vraie spécialité. Si tout ce passe comme je le veux, un jour j’entrerai dans le cercle fermé des auteurs appelés « brazilianist », les universitaires étrangers spécialistes du Brésil.

En attendant, je tiens ce blog. Merci à mes vrais lecteurs…

P.S: Cette semaine j’ai été agréablement surpris par le commentaire d’un certain MKS, qui a lu mon Top 10 des films sur la mafia m’indiquant par ailleurs un autre film qui m’avait échappé. Ce genre de lecteur nous fait avancer…