Le Brésil en 2014, c’était comme ça…

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hipp_hipp_hurra!_Konstn%C3%A4rsfest_p%C3%A5_Skagen_-_Peder_Severin_Kr%C3%B8yer.jpgHip Hip Hurrah, peinture de P.S. Krøyer | crédit photo: UFA66 | wikimedia commons

Du bruit dans le voisinage, une « bombe allemande »au Maracanã, un accident d’avion qui a (presque) changé l’histoire de Marina Silva du Brésil, le spectre d’Ebola qui planait sur Rio. Mais aussi, Dilma Rousseff sous le feu d’une presse adepte du terrorisme médiatique, un « empire » moribond par ci, des doodles à la sauce stéréotypée par là… Des Africains pas très intelligents, un blogueur qui perd sa virginité à 28 ans, et puis une comète dans le désert artistique brésilien. Il y a eu de tout cette année en terra brasilis. Retour sur une année traumatisante en dix billets publiés sur Carioca Plus.

Demorou mas chegou, comme on dit ici. Cela a pris du temps, mais c’est arrivé quand même. On avait terminé 2013 en beauté avec un film de Kéchiche, La Vie d’Adèle qui a fait l’effet d’une bombe dès sa sortie au Brésil. Un miracle dans un monde de plus en plus homophobe et fasciste, on l’a vu récemment avec Jair Bolsonaro, le pire député de la planète. Mais on ne se doutait pas que 2014 arriverait avec son lot d’émotions… mama mia !

1. La grande surprise de l’année, voire, la très très grande surprise pour moi en 2014 a été Kléber Mendonça Filho, cinéaste formé « à la française » tant les références à la Nouvelle Vague sont évidentes dans son oeuvre, notamment dans une radiographie de la classe moyenne brésilienne du post-lulisme. Neighbouring Sounds (Le Bruit de Récife du côté de l’Hexagone) a été classé parmi les meilleurs films de 2013 par A. O. Scott, éminent critique du New York Times. Veni, vidi… et j’ai aimé.

2. Des petits allemands bien installés à Bahia. Puis s’en vont faire une excursion à Rio, size Maracanã. Dans leurs valises, des bombes. Sept bombes. Sept buts qu’ils vont planter sans état d’âme au coeur d’un Maracanã castré de sa star Neymar… la honte du siècle !

Bang! bang! bang! bang! bang! bang et bang ! Cruels, méchants allemands qui ont fait pleurer des millions d’enfants brésiliens. Comment ont-ils osé ? En plus, du côté de Berlin, ce n’était pas vraiment une priorité nationale… et quand c’est raconté par une amie « allemande », c’est carrément… jouissif :

 « -Hein quoi ? Non encore ? Message whatsapp : comment ça 2.0 ?? Les filles, ça veut dire que dans 3 minutes il va y avoir un but !!! Il va y avoir un but !!! Hystérie. Explosion. Message whatsapp. 3-0 ? Mais non, il n’y a même pas 2.0 !! Hystérie. Aaaaaah gooooaaaal. Message. Explosions. 4-0 ? Quoi 4-0 ? Mais on vient de dire 3-0 ? Aaaah 3-0. Aaaaaaaaaah. AAAAAAH. »


Mais voilà, il fallait bien que quelqu’un fasse redescendre les Brésiliens sur terre. 7-1, « score fleuve éducatif ». Le Brésil ne sera plus jamais le même après le passage de l’armada allemande.

3. 2014 n’avait pas fini de nous offrir son cocktail maudit. Ô Dieu, éloigne cette coupe de notre face!  On s’approche des élections, rien ne se passe, on se fait chier avec des candidats polis quand, un beau matin, à Santos, un petit avion s’écrase et emporte Eduardo Campos… Coup de tonnerre dans cette campagne électorale. Marina Silva se sent pousser des ailes et change jusqu’à sa coupe de cheveux. Les sondages lui sont favorables dans un premier temps, Aécio Neves attend son heure pour jouer le trublion. Dilma Rousseff ne sait pas comment réagir. Car on ne tape pas sur les morts… Bref, une campagne relancée (amen… ) et du contenu pour ce blog. Hip, Hip, Hourra !

4. Lorsque les médias internationaux commencent à faire leurs « Unes » sur le virus d’Ebola en Afrique, la panique gagne doucement le territoire brésilien. Des sites Internet sont créés pour demander au gouvernement de freiner l’immigration africaine qui ramène son lot de maladies (VIH, Ebola et j’en passe… ). Enfin, tout ça n’est pas très net, certains demandent des contrôles médicaux pour toute africain personne qui viendrait du continent noir… On parle même de fermer les frontières.

5. Véronique Montaigne, ancienne correspondante du Monde.fr au Brésil donne de la voix sur Twitter. C’est que l’hebdomadaire Veja vient de publier une édition à charge contre Dilma Rousseff à deux jours de la tenue du second tour de la présidentielle. « Ils savaient tout », dit la Une en référence au scandale de Petrobras. Dilma Rousseff et Lula da Silva étaient donc au courant et ont ignoré le réseau de corruption qui se formaient autour de Petrobras… vous avez dit terrorisme médiatique ?

6. Un empire pour booster l’audience en chute libre de la chaîne Globo? C’est l’histoire d’un empire qu’on a vu trop beau, mais qui s’est vite cassé les dents face à un public de plus en plus exigeant et qui n’hésite plus à payer pour avoir les chaînes du câble… Império est actuellement la télénovela de 8 heures sur Rede Globo. Construite sur de belles promesses et de vieilles formules (ascension vertigineuse, argent, sexe, glamour, cynisme de la vilaine, etc.), elle peine toujours à flamber… Le divorce entre Globo et les Brésiliens est-il déjà consommé? En 2015, Rede Globo aura 50 ans, mais on annonce une série de coupes budgétaires… à suivre.

7. Google a été très inspiré pendant cette Coupe du monde au Brésil en imaginant des doodles personnalisés pour chacun des matchs diffusés... j’ai donc passé une bonne partie de mon Mundial à suivre ce « carnaval » de doodles qui, disons-le, ont véhiculé les idées reçues sur le Brésil. Bref, un programme amusant, mais révélateur de l’image que l’on a du Brésil à l’étranger : ce pays au coeur de l’Amazonie où les gens jouent au football à la plage avant de piquer un somme sur des hamacs plantés au bord de la mer… évidemment, les sudistes ne s’y retrouveront pas.

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8. Tout commence avec un geste spontané de Daniel Alves victime du racisme lors d’un match avec le FC Barcelone. Le Brésilien décide de ramasser la banane qu’on lui a lancée et de la manger… stupeur générale ! « Qu’est-ce qui lui a pris à Dani Alves de prendre un tel risque? », s’étonnera-t-on. Voilà un geste qui vaut bien une exposition Exhibit B… Le fait est qu’une agence de marketing proche de Neymar récupère l’affaire en lançant une campagne publicitaire avec le hashtag #NousSommesTousDesSinges (#SomosTodosMacacos). Evidemment, j’étais contre et je l’exprimais avec mes mots qui me vaudront les foudres de mes amis africains que j’ai traités (non sans une certaine colère) de… « cons ».

9. Jusqu’en avril 2014, j’étais vierge ! Sérieux. Je n’avais jamais fumé un joint jusqu’à mes 28 ans. La faute à mon éducation, à l’Afrique où j’ai grandi et où les drogues – même légères – ne sont pas tolérées. L’expérience a été plus qu’intéressante (je ne vous dirai pas les détails de cette folle soirée…). Pour l’occasion je suis revenu sur le débat de la légalisation du cannabis et de sa dépénalisation. Sacré débat !

Cannabis

10. Un remix de George Harrison, un groupe rock brésilien au nom argentin: Los Hermanos. C’est bien leur chanson « Anna Júlia » que Jim Capaldi et l’ancien membre des Beatles ont reprise, donnant lieu à une version anglaise plutôt fidèle. Mais, c’est la carrière solo de l’un des vocalistes de Los Hermanos qui promet. Rodrigo Amarante est une comète, oui, et il faudra bien un télescope géant pour suivre cet astre… lumineux !

Mi-bossanova, mi-rock et mi-blues, le nouvel album confidentiel de Rodrigo Amarante est le must de cette année au Brésil. Un arrangement superbe, un culot monstre (il prend le risque d’écrire une chanson en français) de celui qui a élu résidence à Los Angeles. Cette liste ne pouvait que se terminer par mon coup de coeur de 2014. Il m’est carrément impossible d’arrêter d’écouter Cometa… vous aussi, vous pouvez commencer aujourd’hui.

Si quelque chose vous a marqué en 2014 – au Brésil ou dans votre pays -, dites-le dans les commentaires…

Pour me suivre sur Twitter, @sk_serge 

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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