Serge

Que sont devenus les anciens présidents brésiliens?

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Tous les présidents de l’ère démocratique au Brésil, aux obsèques de Nelson Mandela (Crédit photo: Blog do Planalto)

Il n’y a pas que la reconversion des footballeurs qui est difficile après la fin d’une carrière. En politique aussi, une fois qu’on a atteint les sommets de la responsabilité publique, reconstruire sa vie peut être terriblement difficile. C’est en tout cas le constat que l’on fait de la situation actuelle des anciens chefs d’Etat brésiliens: « banissement » des médias pour l’un, activisme global pour l’autre, un autre encore qui traverse les époques et continue de régner dans les coulisses du pouvoir à Brasília.

Le décès de Nelson Mandela a été l’occasion de voir réunir au même endroit cinq chefs d’Etat brésiliens, choses assez rare pour être remarquée et déclencher les moqueries sur les réseaux sociaux¹:

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José Sarney, crédit photo: Fabio Rodrigues Pozzebom/ABr

1. José Sarney: Le pont entre un passé encore pesant dans les esprits et un avenir qui tarde à s’imposer. La dictature qui tente de se réconcilier avec la démocratie. C’est un peu l’image que renvoit « l’homme fort des couloirs », orginaire de l’Etat du Maranhão, le plus pauvre du Brésil, il est élu vice-président aux côtés de Tancredo Neves qui n’assumera jamais. C’est donc à l’oligarque Sarney qu’incombe la responsabilité de conduire pacifiquement la transition démocratique à son terme.

Plus de vingt ans après, sa présence au sénat dérange, notamment à cause de ses liens ambiguës avec le régime dictatorial installé par les militaires. Sa famille contrôle l’Etat du Maranhão, si bien que lui-même est indispensable dans le jeu d’alliances qui conduisent à la présidence de la république. Un chroniquer et journaliste sportif de Espn Brasil et du journal Estado de São Paulo a composé un poème extrêmement critique envers le sempiternel sénateur: c’est à lire ici.

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Fernando Collor pratiquant du sport, crédit photo: Antonio Cruz

2. Fernando Collor: les mauvaises langues racontent qu’il fut élu parce qu’il était beau, une espèce d’Airton Senna de la politique. « Homme public au faciès d’une star de télénovela, alors pourquoi bouder son plaisir », devait penser le peuple… Il fut massivement élu dans un contexte social d’hyperinflation avant d’être chassé du pouvoir sous le coup du seul impeachment de l’histoire du Brésil.

Alors, Fernando Collor, c’est le Richard Nixon du Brésil? Il affirme aujourd’hui avoir été trahi et abandonné par ses conseillés. 

Peu de gens le savent, même au Brésil, mais Fernando Collor présidait la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat jusqu’en 2012, le sujet étant très peu commenté dans les médias. Ironie de l’histoire, Fernando Collor est probablement le premier grand communicant de la politique contemporaine au Brésil.

Au début de son mandat, le président Collor prend la polémique décision de geler l’épargne des citoyens pour contrôler un peu mieux l’hyperinflation. Il le payera cher. Vingt ans après une leçon politique est restée: « on ne touche pas aux poches de la classe moyenne! »

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Itamar Franco, crédit photo: José Cruz/Arquivo/ABr

3. Itamar Franco: C’est lui qui remplace le controversé Fernando Collor. Il était son vice-président modéré, il rompt complètement avec le populisme de son  prédécesseur et on peut dire qu’il n’a servi qu’à préparer Fernando Henrique Cardoso qui fut son ministre des affaires étrangères. L’histoire retiendra aussi que c’est sous son court mandat de 2 ans que fut institué le Plano Real qui stabilisa l’inflation au Brésil. Le président Itamar Franco est décédé en juillet 2011, il réçut les honneurs de l’ensemble de la classe politique brésilienne. C’était essentiellement un homme du compromis.

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Fernando H. Cardoso, crédit photo: Televisão Cultura/Flickr/CC

4. Fernando Henrique Cardoso: Un sociologue président de la république, ce n’est pas une chose qu’on verra tous les jours ici. Les temps ont changé. Il est l’un des intellectuels les plus respectés d’Amérique Latine, son épouse Ruth Cardoso était une amie de Simone de Beauvoir, sa vie est marquée par la lutte contre le régime des militaires installé dans les années 1960.

Mais Cardoso, c’est aussi le symbole du redressement structurel de l’économie brésilienne, notamment avec sa politique économique austère des années 1994-2002. Il privatise un nombre considérable d’entreprises, le public le détestera pour ça.

C’est le rival de toujours de Lula, les deux hommes « ne se sentent pas », deux égos sur-dimensionnés qui ne se rencontrent qu’à l’occasion d’évenemments solennels comme lors des obsèques de Nelson Mandela.

Fernando Collor est aujourd’hui un activiste chez Global Leadership où il milite pour la légalisation du cannabis au Brésil, la protection de l’environnement, etc. Il fait toujours quelques rentrées remarquées dans les médias pour critiquer le gouvernement du PT, son propre parti le PSDB (Social-démocrate) révendique difficillement son héritage.

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Dilma e Lula durante cerimônia de lançamento do PAC da Habitação – crédit photo: Fabio Rodrigues Pozzebom/ABr on Wikimedia Commons CC

5. Lula da Silva: Si l’héritage de Fernando H. Cardoso est difficile à assumer pour le PSDB, c’est en partie à cause du travail abattu par Lula. Distribution des richesses, enrichessement des banques comme jamais dans l’histoire du pays, tout le monde y a trouvé son compte… un peu trop d’ailleurs: à force de vouloir chercher le consensus, le PT s’est laissé gangrené par la corruption notamment dans l’affaire du mensalão qui constitue une tâche dans son histoire. Son plus proche collaborateur et grand conseillé, José Dirceu, est aujourd’hui incarceré.

Lula da Silva nie influencer la politique actuelle de madame Dilma Rousseff mais on sait que cette dernière effectue régulièrement des voyages à São Bernado dos Campos pour se réunir avec son mentor. L’ancien président a récemment confirmé qu’il participerait à la campagne présidentielle de 2014: le faiseur de rois sera bien là. En attendant, le président Lula donne des conférences cher payés un peu partout dans le monde.

Lire les tweets en français:

¹ – « Et Collor, Expulé du pouvoir, était bien là »
  – « Dilma n’a pas invité Joaquim Barbosa (Président de la Cour Suprême) aux         obsèques de Mandela » [en référence au rôle du juge dans l’affaire du mensalão].

 


25 % des Brésiliens adoptent le nom de leur épouse (Dessins)

Dessin de Marine Fargetton
Dessin de Marine Fargetton

C’est une petite révolution des droits de l’homme comme l’Amérique latine commence à nous habituer, avec déjà l’Uruguay qui légalise la consommation du cannabis. Au Brésil la nouvelle tendance dans les couples veut que les hommes adoptent le nom de famille de leur épouse après le mariage.

Il s’agit effectivement d’un « grand bond » vers la fin de la domination masculine dénoncée par Pierre Bourdieu… Selon des chiffres officiels d’une agence gouvernementale de l’Etat de São Paulo, des chiffres rapportés par plusieurs médias nationaux, ils sont plus de 25 % à adopter le nom de famille de ces dames.

La loi, quant à elle, a été votée dans le Code civil en 2002, mais jusqu’à maintenant on n’avait pas encore noté une telle augmentation dans la pratique. C’est donc un grand changement qui s’opère dans les moeurs auriverde, surtout quand l’on sait que le Brésil est un pays où le patriarcalisme est profondément ancré.

Dans un billet de blog datant de 2011, le célébrissime Leonardo Sakamato abordait ce thème rappelant les attaques dont il était victime à chaque fois qu’il défendait cette pratique plutôt démocratique, selon lui.

 « Les femmes doivent être obligées d’adopter le nom de l’époux, cela dépend de l’honneur du couple », rétorquaient ses détracteurs.

On voit bien que le mal est profond. Cette avancée sociale doit être perçue dans le cadre particulier du Brésil étant donné que son impact dans d’autres pays est difficilement prévisible. La démarche consistant à équilibrer les rapports entre les hommes et les femmes dans le Code civil n’est pas sans rapport avec le mouvement féministe des années 1960, époque à laquelle les femmes protestaient déjà du fait qu’elles devaient adopter le nom de leur conjoint.

Dessin de Marine Fargetton
Dessin de Marine Fargetton

A défaut de supprimer la pratique, on l’a redéfinie dans les deux sens, tout le monde est content.

Pas tout à fait, car le changement de nom peut également être le synonyme de nombreuses tracasseries, on n’oubliera pas non plus que la bureaucratie brésilienne est un véritable casse-tête chinois. En fin de compte, je me demande s’il ne serait pas préférable que chacun garde son nom de naissance, cela éviterait bien des problèmes.

En ce qui concerne les enfants, le débat risque de se prolonger encore longtemps tant les législateurs alternent entre des lois plus favorables aux épouses, et parfois aux époux…

Et vous, seriez-vous prêt à changer votre nom, au nom de l’amour ?

P.S : Un grand merci à Marine Fargetton pour ses beaux dessins sur notre première collaboration : sa page sur Facebook.

 


Neighboring sounds: radiographie d’une classe moyenne

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Une scène du film O som ao redor (Reprodução / Filme)

« Jamais deux sans trois », on enchaîne avec une troisième critique cinématographique sur Carioca Plus. Pendant plus de deux heures, le réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho construit ce que l’on peut considérer comme la première grande radiographie de la nouvelle classe moyenne qui a émergé après l’accès au pouvoir de la gauche progressiste au début des années 2000.

C’est donc une critique dirigée aux résultats du lulisme mais le film va bien au-délà d’un argument partisan.

Le décor est planté dans la ville de Récife, capitale de l’Etat de Pernambuco, moteur aussi de la croissance du Nordeste brésilien et qui figure parmi les villes les plus dangereuses du Brésil, selon les statistiques officielles de l’IBGE, l’Institut Brésilien de Géographie et Statistique.

Considéré par beaucoup comme le meilleur film brésilien en 2013, et même le meilleur depuis Troupe d’élite, O som ao redor (titre original) est une authentique peinture de la classe moyenne brésilienne aux acquis financiers enviables mais très pauvres culturellement.

La “révolution” menée par Lula a amené une meilleure distribution des biens matériels mais pas culturels.

Avant d’aller plus loin, je dois donc rendre hommage au réalisateur qui sort la tête de l’eau dans un contexte du cinéma brésilien caractérisé par une homogénéité médiocre, son film moderne a remporté plusieurs prix internationaux, entre autres celui du meilleur film Grand Prix au CPH Copenhague, sélection officielle aussi bien du Festival de San Francisco que de Los Angeles et pré-nominé à l’Oscar du meilleur film étranger 2014.

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Affiche du film O som ao redor, CinemaScópio/

O som ao redor n’hésite pas à faire un clin d’oeil à la tradition cinématographique brésilienne remontant à Glauber Rocha, notamment au début du film, où l’on perçoit la dérision du réalisateur qui veut situer historiquement son oeuvre en même temps qu’il le lie au mythe fondateur d’une République basée sur des privilèges héréditaires. La bande sonore du début renvoie également au maître du Cinema Novo.

C’est donc autour d’une riche famille de Recife (peu cultivée au passage) que la trame du film est construite.

On suit pas à pas la vie des habitants d’une rue dont la plus part d’immeubles appartiennent à un seul homme qui y fait régner sa loi comme à l’époque des colonels: on est dans le nordeste… donc, forcément !

Comme dans toutes les grandes villes brésiliennes, la peur guide tout le quotidien des habitants de ce quartier de classe moyenne au point d’en devenir carrément comique: une petite fille rêve que son immeuble est envahi par un gang (la meilleur scène du film), on évite le balcon de son propre appartement (par peur d’être victime d’une balle perdue?), on soupçonne ses voisins au moindre crime commis dans les environs (preuve de la bassesse morale ambiante), on se sert de son livreur d’eau minérale comme d’un dealer… Toute l’hypocrisie de la société apparait là.

Et ça fait sacrément peur…

La plus part des personnages du film montrent des signes de schizophrénie ou de névrose, d’où la violence qui imprègne la culture de l’ensemble des grands centres urbains brésiliens.

La spéculation immobilière qui explose au Brésil fait partie du décor général du film: on sent bien que tout cela va vite s’effondrer.

Bien que la fin du film soit un peu décevante, je dois avouer la bonne impression que m’inspire le courage de ce réalisateur qui n’aborde pas un thème simple: il n’est jamais facile de se regarder dans une glace.

Reste à espérer que cet excellent film soit largement diffusé à l’étranger.

Pour aller plus loin

La critique de A. O. Scott du New York Times et celle du Guardian.


Dix bonnes nouvelles pour l’année 2014 au Brésil

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Un billet de Cent reais, crédit photo: Eurritimia on Flickr

Simon D. m’a demandé un papier sur “10 programmes de TF1 pour devenir plus intelligent”, cette tâche étant trop difficile j’essayerai – après les conseils d’une lectrice qui commençait à déprimer à cause du pessimisme de mes articles – de produire une liste de “dix bonnes nouvelles que nous reserve l’année 2014 au Brésil”. Mais n’allez pas croire que ce fut facile, hein.

10. Lula fera campagne pour Dilma, c’est une bonne nouvelle pour moi et pour ceux qui défendent les idées du Parti des travailleurs (travaillistes si vous préferez). Mais c’est également une mauvaise nouvelle pour les adversaires du PT qui ne trouvent toujours pas la bonne formule qui permettrait de remonter le retard dans les sondages: fallait pas tout privatiser dans les années 1990… L’actuelle présidente sera plus que favoris grâce notamment à son programme Mais médicos qui a fait appel aux médecins cubains pour combler un vide dans les villes les plus réculées du pays.

9. La seleção aura un nouveau « nouveau » maillot, je me préparais à écrire une nouvelle Chronique du mondial sur “le plus beau et le moins beau du mondial 2014”, pensant mettre en tête de ma liste “des moins beaux”  l’ex-nouveau maillot de la seleção (voir ci-dessous). Ô gloire, le destin a voulu qu’il y ait une erreur de fabrication qui retira le dit maillot de circulation; il manquait sous l’emblême de la Confederação Brasileira de Futebol (CBF) le nom du pays “Brasil”, obligatoire sur le maillot de la seleção. Encore une bavure de Nike qui produit pour la seleção des maillots tous autant ridicules depuis 2010. Bizarrement, les maillots du Portugal, des USA et de la France produits par le même équipementier sont excellents…

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Ma joie risque pourtant d’être de courte durée, le problème n’est peut être pas Nike, mais le styliste qui dessine le modelito pour les brazucas

8. La La Mannschaft à Salvador, les Lions à Natal, la Roja à Recife, pas mal non… Le nordeste brésilien aura le privillège d’accueillir au moins deux grandes selections de football, et moi, je pourrai faire le déplacement en bus pour voir le Cameroun à Natal qui est juste à côté de João Pessoa. Pour Bahia, quartier général des allemands, c’est un peu plus long (11 heures de bus) mais c’est toujours mieux que les foutus aéroports brésiliens… Et puis la Roja, madre mia, sera tout juste à Recife, grácias!!!

Quatrième bonne nouvelle… je cherche… je cherche… Pas facile.

7. Le salaire minimum va augmenter, c’est devenu une tradition depuis que Lula est arrivé au pouvoir. Les constantes révisions du salaire minimum ont largement contribué à reduire la pauvreté au Brésil contribuant ainsi à créer une classe des consommateurs qui maintiennentt l’économie brésilienne réchauffée. C’est du fordisme, me diriez-vous: les travailleurs gagnent un peu plus et dépensent tout dans les produits qu’ils produisent, oui! Mais au moins le petit peuple ne va pas mandier. S’il est aujoud’hui à 678 reais, on prévoit qu’il évolue jusqu’à 722 reais, soit à peu près 400 dollars. Pfff!!!

crédit photo: Marco / Zak on flickr
crédit photo: Marco / Zak on flickr

6. Vivement ces double Airbags , les brésiliens ont deux passions: l’une est plus connue, c’est bien entendu le football; l’autre est moins évidente à imaginer, il s’agit de la voiture. il faut aussi y voir la raison d’autant de bons pilotes de F1 made in Brazil (Airton Senna, Nelson Piquet, Felipe Massa ou Rubens Barrichello). Pour la seule ville de São Paulo par exemple, on compte sept millions de véhicules pour onze millions d’habitants, pas très écolo, je sais, mas uma paixão é uma paixão… N’empêche, le gouvernement vient de décider qu’à partir du 1er. janvier, toutes les voitures fabriquées au Brésil devront être équipées d’un double airbag. On prévoit pour l’an prochain une diminution de 20 000 morts dans les accidents de route.

5. Au moins cinquante congolais de la première et deuxième promotion d’un programme de coopération sud-sud entre le Brésil et la RD Congo termineront leurs études dans plusieurs universités brésiliens. J’en ai parlé à plusieurs réprises sur ce blog, racontant leurs histoires, leurs douleurs et leurs conquêtes… Des médecins, des ingénieurs, des journalistes, des architectes, etc. Au gouvernement congolais d’en profiter maintenant…

thumb_1345146466wC1e0EcTkr4. Uma noite não é nada [ce n’est rien qu’une nuit]est un film brésilien qui promet d’être choquant et passionant car il aborde le thème d’une relation amoureuse entre un professor qui a passé la soixantaine et une adolescente atteinte du sida… Rien que pour le courage du réalisateur dans le choix du sujet je ne manquerai pas de voir ce film qui promet. On estime à 39 000 le nombre de personnes atteintes du virus dans tout le pays.

3. Nouveau statut pour les étrangers? Tu ne travailleras pas, tu ne parleras pas de politique brésilienne, tu ne seras pas impliqué dans un acte de désordre public… autant de règles qui régissent le sejour des étrangers au Brésil, il faut savoir qu’elles datent de l’époque de la dictature militaire. En élaborant la nouvelle Constitution de 1988, les élus ont oublié de réformer le Estatuto do estrangeiro qui demeure autoritaire et contre-productif. Un nouveau texte [ la loi 5655/09] circule au congrès depuis 2013, on espère qu’il passe enfin et facilite la vie des étrangers au Brésil, notamment en ce qui concerne l’énorme bureaucratie brésilienne… le fameux custo Brasil (voir ici également, en portugais).

2. Docteur Laurie arrive, c’est effectivement une excellente nouvelle: un médecin très connu dans le milieu des cinéphiles et des « sériephiles » passera quelques semaines au Brésil afin de présenter son nouvel album, « Didn’t It Rain ». L’acteur-musicien Hugh Laurie qui est à l’affiche de Dr House effectuera une tournée effectuera une tournée dans quatre villes dont São Paulo et Curitiba… On espère qu’il amènera sa canne

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1. Miracles chez Charlyne, j’ai donc gardé le meilleur pour la fin. Il s’agit de quelque chose d’assez simple, mais quand même. Trois miracles sont sur le point de se réaliser dans la vie de Charlyne, une grande amie… Son fils de deux ans ira à l’école pour la première fois (boa sorte Thiaginho!). Elle s’inscrira dans une académie de gym pour perdre du poids et “ça c’est un vrai miracle”, dit-elle. Par ailleurs, elle espère finir l’année 2014 en beauté surtout si sa fille qui vient de naitre commence à marcher…

Pourquoi chercher des miracles ailleurs, si on les trouve chez soi?

Vanessa da Mata, Boa sorte

Bonne fête de Noël à tous et bonne année, pour de nouvelles histoires… 


And the winner is Gripen : la gifle brésilienne pour François Hollande !

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Un avion Gripen en vol, crédit photo : Arnaud Gaillard/ Wikimedia Commons

C’est plutôt une gifle suédoise que vient de se prendre le président François Hollande qui a voulu vendre à la France l’idée d’un rapprochement des relations franco-brésiliennes. Mais pour ceux qui suivent de près cette “affaire Rafale”, il était évident qu’elle n’allait pas être conclue.

L’une des principales raisons de cet échec se doit au remplacement du ministre de la Défense Nelson Jobim par Celso Amorim. Monsieur Jobim semblait favorable à une offre française, pour le moins il ne cachait pas sa méfiance du deal avec les Etats-Unis, eux-aussi en course. Dans le passé, les Américains avaient promis de vendre des avions de guerre (mais aussi leur technologie…) au Brésil; toutefois, à la dernière minute, le Sénat américain avait changé d’avis votant une loi qui interdisait le transfert de technologie.

D’autre part, l’ancien ministre de la Défense du Brésil dont je parlais plus haut avait visiblement défié l’autorité de la présidente Dilma Rousseff, ce qui lui avait valu son remplacement.

Dans tous les cas, la France démontre encore une fois sa méconnaissance du comportement brésilien. Par ici, on ne dit jamais “non” en regardant l’interlocuteur dans les yeux; il est d’usage de faire semblant d’être d’accord même quand on ne l’est pas. Hollande aurait-il mal interprété les signaux ? Et Sarkozy avant lui…?

Ne croyez pas que dans les hautes sphères du pouvoir, ce comportement typiquement brésilien change.

Un homme d’affaires américain affirmait une fois qu’il était impossible de faire du business avec les Brésiliens, il avait bien raison : “Tu les invites à dîner dimanche, ils disent tous oui, mais personne ne vient…”.

Silencieux, les Suédois étaient en embuscade attendant le bon moment pour frapper la France. Je rappelle juste que pour avoir été envahie à plusieurs reprises par ses voix – y compris l’Allemagne –, la Suède a développé une importante industrie militaire.

A l’occasion de la visite officielle, la semaine dernière, de François Hollande au Brésil, j’écrivais que la langue ne suffisait plus à faire de la France un interlocuteur de marque de la grande puissance d’Amérique latine, les faits me donnent raison aujourd’hui.

La bonne nouvelle dans cette affaire, c’est effectivement la fin de cet interminable feuilleton qui traîne depuis au moins 2008.

Le choix des Brésiliens porte sur deux critères: la qualité du Gripen NG et son prix inférieur au Rafale.

J’avais promis un seul article d’ici la fin de l’année, mais l’actualité me rattrape; au temps pour moi.

P.S : Au moment où je termine de rédiger ces lignes, l’Atlético Mineiro (actuellement au Maroc) vient de marquer un but d’anthologie contre le Raja de Casablanca, l’oeuvre de Ronaldinho… Bravo l’artiste ! Les Brésiliens se sont inclinés malgré le but de leur star. Deux Congolais jouent dans cette équipe de Raja que j’ai vu joué au Stade des Martyres contre le TP Mazembe, finaliste lui aussi de la même compétition en 2010.

 


François Hollande au Brésil: quand la langue ne suffit plus

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Dilma Rousseff et François Hollande à Paris (Crédit photo: Blog do Planalto/Flickr)

Lorsque je dis à mes amis brésiliens que je suis Congolais, ils préfèrent toujours penser que je suis français: “Mais tu es né en France et tu parles français…”, me disent-ils. “Oui, mais mes parents sont Congolais et je suis Congolais!”. J’abandonne très vite les explications trop complexes pour ces Brésiliens qui ne prennent en compte que le lieu de naissance pour déterminer leur appartenance. Mais, le fait qu’il s’agisse là de la France est aussi un facteur important qui amplifie cette confusion dont je suis trop souvent l’objet.

Les Brésiliens aiment la France. Mais la France ne l’a toujours pas compris.

Ces deux pays ont une histoire commune. Disons qu’elles se croisent, contrairement à ce que la plupart pense.

Sur le drapeau de mon pays d’accueil on peut lire “Ordem e progresso”, c’est-à-dire “Ordre et progrès”. Slogan du positivisme, ce puissant courant de pensée qui a fait le beau temps des contre-illuministes du 19ème siècle et de ceux d’un siècle plus tôt aussi: Saint-Simon en tête.

Le maître penseur “d’une certaine” modernité française, autoritaire aussi, et diablement admirée au-delà des frontières de l’hexagone. De l’Italie au Brésil, la pensée de Saint-Simon s’est bien exportée. On trouve encore aujourd’hui une église du positivisme à Rio de Janeiro.

Le Brésil ne nie pas cette influence française dans son histoire passée (son élite militaire a été formée en France) ou actuelle (l’ex-président Fernando Henrique Cardoso a enseigné à la Sorbonne, son épouse Ruth était une amie de Simone de Beauvoir).

Ici, vous trouverez un article très éclairant sur le rapport des Brésiliens aux Français, noirs de surcroît.

Le français est l’une des langues les plus admirées par ici, perçu comme étant plus glamour que l’anglais, plus chique aussi… Parler français, c’est être raffiné.

Cependant, le passage de François Hollande à Brasília est passé inaperçu. Une énorme déception étant donné le potentiel d’une relation franco-brésilienne mieux travaillée…

Le président Hollande est venu négocier la vente de ses avions de guerre Rafales (franchement, ses chances sont réduites) et accessoirement la question de l’exportation du poulet brésilien qui pose des difficultés aux éleveurs bretons (là encore…).

La francophonie au Brésil - crédit photo: Carioca Plus
La francophonie au Brésil (Crédit photo: Carioca Plus)

Il a aussi été question d’améliorer les échanges culturels entre la France et le Brésil, surtout en matière de travail des étudiants qui traversent l’Atlantique dans les deux sens. Un accord de Permis Vacances Travail devrait permettre aux jeunes français entre 18 et 30 ans de se rendre au Brésil et d’y travailler pendant un an. Intéressant mais pas assez à mon avis.

La visite de François Hollande est d’autant plus passée inaperçue que Carla Bruni Sarkozy ne l’accompagnait pas; le président socialiste n’a ni le charisme de Sarkozy ni la puissance d’Obama. Or, dans la société du spectacle ce sont les symboles qui frappent. Pas les beaux mots.

En vérité, si la France ne compte plus comme une grande puissance c’est aussi parce que le Brésil a grandi. Son économie s’est tournée vers Pékin, premier partenaire économique de Brasília.

Paradoxalement, cette même France continue de regarder le Brésil du haut de son piédestal, elle n’attire que les « Brésiliens d’en haut”…

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(Crédit photo: Carioca Plus)

Reste à savoir si les Bleus ne viendront pas ternir encore plus une image de la France fortement écorchée au pays de la Samba, à cause notamment de sa politique étrangère militariste de ces dernières années.

Veremos… 


The day after Mandela

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Nelson Mandela – Crédit photo: Debris2008 on Flickr.com

Les sud-africains ont rendu un dernier hommage à leur leader national Nelson Mandela, décédé le 05 novembre dernier. Cette cérémonie a été suivie en direct via internet notamment. Mais au-délà de cet aspect événementiel il convient de se poser des questions sur l’avenir de ce pays vers lequel tous les regards sont désormais tournés.

Car l’Afrique du Sud porte une lourde responsabilité aux yeux du monde. Aucun faux pas ne lui sera pardonné dorénavant. On se souvient encore l’émotion et de la stupéfaction qui ont suivis le massacre des mineurs à Marikana du vivant même de Nelson Mandela.

Aujourd’hui les sud-africains célèbrent la mémoire d’un grand homme, toutefois le pays doit faire face à plusieurs conflits sociaux comme, par exemple, à la présence relativement importante des immigrés subsahariens, affirme mon cousin sur place: « pour les sud-africains c’est une fête. Pour les étrangers, c’est un peu différent. Ils sont un peu sceptiques et se demandent ce qui viendra après Mandela? On craint encore plus la xénophobie mais jusque là tout est calme… il y a pas de tensions ».

Même s’ils ont désormais leurs libertés politiques garanties par la démocratie, les noirs en Afrique du Sud ont difficilement accès à l’éducation, c’est pourquoi le gouvernement fait appel à l’élite africaine (subsaharienne notamment) pour répondre aux besoins de développement du pays. Evidemment, cela provoque des tensions palpables. Mais les populations pauvres du continent immigrent eux aussi vers ce pays qui représente tout de même l’essor du continent.

Il pleut sur Soweto, un signe aussi que le ciel n’est pas resté indifférent à la souffrance d’un peuple: « Les funérailles ont commencé aujourd’hui au stade Soccer City (FNB Stadium) sous une forte pluie mais cela n’as pas empêché les sud-africains d’aller nombreux rendre un dernier hommage à celui qu’ils appellent affectueusement Tata Madiba, father of the nation ».

Une centaine de Chefs d’Etats y étaient présents comme le témoigne mon cousin qui vit en Afrique du Sud: « Il y a plus de 145 présidents et chefs de gouvernement venus du monde entier… Obama vient de faire son speech ». Dilma Rousseff, présidente du Brésil a également fait le déplacement profitant de l’opportunité pour rappeler les liens étroits entre le Brésil et le continent africain: « Tout comme les sud-africains pleurent par leurs chants, nous qui portons orgueilleusement le sang africain dans nos veines prions et célébrons l’exemple de ce grand leader qui appartient au panthéon de l’humanité« . (Images).

Obama serre la main à Raúl Castro au Soccer City
Obama serre la main à Raúl Castro au Soccer City

On n’ignore encore quel sera l’avenir de ce merveilleux pays qu’est l’Afrique du Sud, mais la mort de Nelson Mandela inspire déjà de grands gestes: cette après-midi au Soccer City, Obama et Raúl Castro se sont salués en respect au message universel de Madida, le pardon.

Pour allez plus loin:

Poignée de main historique entre Obama et Raúl Castro.

Jacob Zuma conspué au Soccer City Stadium.

En images, les funérailles de Nelson Mandela.

Les divisions au sein de l’ANC.

Les médias américains ont trÈs peu relayé le geste historique entre Obama et Castro, rien sur le site du New York Times:

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alors que le Washington Post se contente d’une titre sans photo:

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Comme dans un roman de Dostoiévski

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Collection œuvres complètes de Dostoievski (crédit photo: Edivaldo Gomes Pinto Júniot/Wikimedia Commons)

J’adore les romans de Fiédor Dostoievski. Personne ne décrit la nature humaine aussi bien que lui. Il faut dire aussi que personne n’aide à comprendre la nature du peuple brésilien autant que l’écrivain russe.

Eh oui, vous avez bien lu. En décrivant la Russie du XVIIe siècle, l’auteur des Frères Karamázov était loin de se douter qu’il créait également un tableau capable de représenter l’essence même de la société brésilienne: une société malade, dérangée, brutale, sauvage, noyée dans une ivresse permanente comme ce pauvre Raskólnikov de Crime et châtiment. Ange et démon, génie et psychopathe, tout en même temps.

Je me souviens qu’une fois, à João Pessoa, un homme avait décimé une famille toute entière parce qu’en l’invitant à dîner, on lui offrit le plus petit morceau de poulet…

Avez-vous jamais vu quelque chose d’aussi irrationnelle?

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Dans ce pays, on tue pour un morceau de pain. Je ne veux pas critiquer injustement ce pays qui m’a trop donné, mais c’est la triste réalité. En venant au Brésil, les touristes doivent bien savoir qu’ici, il vaut mieux ne pas provoquer un inconnu, il vaut mieux éviter de contrarier un inconnu.

Un ami guinéen a été agressé par deux gardiens d’une boite de nuit. En allant se plaindre à la police, on lui a recommandé de ne pas porter plainte car cela pourrait attiser la haine de ses bourreaux.

Avez-vous vu les images violentes qui ont caractérisées un match du Brasileirão, première division brésilienne? On y voit un homme normal en train « d’assassiner » une pauvre victime, ao vivo… On se demande comment un tel individu peut circuler dans la rue, qui plus est vêtu proprement comme une personne normale de classe moyenne.  Vous trouverez des scènes choquantes [vidéo] ici et .

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Tout ça me rappelle étrangement les romans de Dostoievski où les personnages sont souvent atteints d’une espèce de folie passagère – Dmitri Fiodorovitch Karamázov en est le personnage typique. Ça fait froid dans le dos. C’est d’une précision inouïe, malheureusement, c’est aussi à l’image de ce Brésil.

Il n’ y a pas si longtemps j’ai discuté avec un fonctionnaire public à l’université et en rentrant je me suis dis que je venais peut être d’échapper à la mort.

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Complément: le jeune homme avec un bâton (tee-short blanc sur la photo) a été arrêté ce lundi; à 23 ans, il a déjà été poursuivi pour meurtre notamment.