Serge

Le « coming out » des conservateurs

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Phénomène à la mode, surtout chez les stars, le coming out est devenu un rituel démocratico-libéral visant à sacraliser le voyeurisme. Michel Foucault, démolisseur des idoles en son temps, après (et avec) Nietzsche, nous avait pourtant prévenu dans Surveiller et punir [PDF].

Le coming out, donc. Cette réincarnation libérale de la confession qui inaugure chez les catholiques le « régime de vérité » que Foucault dénonçait et dont aujourd’hui l’exposition médiatique de la sexualité homoaffective (sous la forme d’une confession) marque l’apogée.

C’est cette même logique qui exige aux musulmans qu’ils « renoncent » publiquement au jihadisme par le biais d’un hashtag douteux: #NotInMyName. Ils sont rares, ceux qui ont perçu la supercherie

Le conservatisme décomplexé ronde librement nos rues. Il prend la forme de la Manif’ pour Tous, en France et du « Sem partidos! » – « sans partis politiques! » -, slogan récurrent pendant les manifestations de juin 2013 au Brésil. Il est multiforme… c’est un polymorphe.

Nous voici donc arrivés au Printemps des réactionnaires. Ils font leur coming out rassurés par l’impunité qui caractérise une époque pas du tout politiquement correcte, post-Reagan, post-Thatcher… bref, d’une droite conservatrice qui sort enfin de sa niche sans peur de se casser les dents.

On comprend donc qu’au Brésil, au moment même où le pays est divisé par les « tensions électorales », les réactionnaires de tout bord sortent de leurs armoires pour distiller leur haine:

Contre les Africains : porteurs héréditaires d’Ebola et du sida. A-t-on la richesse nécessaire pour s’acheter une sainteté? Clairement, non!

Contre les humanistes : parce que Cuba est leur habitat naturel. Sinon, il reste toujours le Venezuela.

Contre les pauvres : sauf Malala, récente Prix Nobel, donc béatifiée. Elle, bien sûr, « on l’adore », s’exclamait une journaliste de Globo comme si elle parlait d’une paire de chaussures Louis Vuitton… les pauvres, on les aime à deux conditions: qu’ils soient loin, mais surtout étrangers.

Voilà où nous en sommes. Les conservateurs ont réussi à retourner tous les symboles du progrès démocratique conscients du champ libre laissé par une gauche compromise avec le diable.

 


Brésil: Aécio Neves attire Marina Silva avec une lettre inspirée de… Lula

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Los Angeles, 2009. Avec le gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger. Aécio Neves a toujours eu une posture présidentielle / Wikimedia Commons

La droite libérale n’a jamais été aussi proche du pouvoir depuis la fin de la présidence de Fernando Herinque Cardoso. Avec le soutient officiel de Marina Silva, la candidature d’Aécio Neves à la présidence du pays gagne une nouvelle substance progressiste. Les libéraux se préparent à s’installer à Brasília. Le Brésil n’a jamais été aussi idéologiquement polarisé depuis la fin de la dictature militaire.

La « Nouvelle politique » attendra

Marina Silva a fait son choix. Celui du suicide politique, comme je l’avançais ici. Je vous parlais d’un exercice d’équilibriste qui s’imposait à elle dans la mesure où, ce rapprochement clair avec la droite libérale serait assimilé à un reniement de la « Nouvelle politique » dont elle se révendique. Finie donc aussi toute possibilité d’une Troisième voie qu’elle incarnerait.

Marina Silva a expliqué son choix en comparant la lettre ouverte d’ Aécio Neves dans laquelle ce dernier « offre des garanties en direction d’une politique publique plus sociale, écologique et moins sécuritaire », à la fameuse lettre de Lula da Silva publiée avant l’élection de ce dernier en 2002.

Quand Aécio Neves s’inspire de Lula

En effet, dans une lettre ouverte au peuple – la Carta ao povo brasileiro [PDF en portugais] – Lula da Silva avait pratiquement signé un pacte national dans l’objectif de « calmer les marchés », de « rassurer les patrons » ainsi que les classes les plus pauvres.

Par cette explication aussi déroutante que malhonnête, il faut le dire, non seulement Marina Silva confisque l’héritage politique de Lula da Silva, mais (et surtout) elle réhabilite d’une certaine façon Aécio Neves auprès des brésiliens dont le vote est traditionnellement plus progressiste.

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Aécio Neves en compagnie de sa fille Gabriela / Wikimedia Commons

Aécio Neves s’engage notamment à être plus regardant sur la question de la démarcation des terres indigènes (Lire sur la polémique qui avait emmaillée la Coupe du Monde), à prioriser une réforme agraire (on attend de voir) et à adopter une politique écologique plus progressiste (une necessité pour le Brésil).

Quant à son intention de reduire la majorité pénale, Aécio Neves est resté inflexible.

En somme, elle nous explique que si Lula a dû prouver son « engagement capitaliste » aux patrons et aux marchés, Aécio Neves vient de faire un « compromis social » avec les brésiliens. Le coup est magistralement bien joué.

Finalement, pour Dilma Rousseff et Aécio Neves, les deux candidats originaires de Minas Gerais, et plus proches qu’on ne le suppose, comme le montre ici le journal Estado de São Paulo, la bataille idéologique de cette dernière ligne droite des élections présidentielles se jouera sur des thèmes progressistes.

Quant à Marina Silva, elle vient peut-être d’hypothéquer ses chances de victoire en 2018. Vengeance et de l’opportunisme politique. Un sentiment et une attitude dont l’histoire politique de l’humanité est replète…

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P.S: Une branche du mouvement Rede Sustentabilidade créé par Marina Silva a déclaré, samedi dans une note officielle, son intention de se désolidariser de Marina Silva si cette dernière appuyait ouvertement Aécio Neves.

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João Santana, le « magicien » derrière Dilma Rousseff et… Eduardo do Santos

https://www.fabiocampana.com.br/2013/10/requiao-debocha/
João Santana, l’homme derrière Dilma Rousseff et Eduardo dos Santos

Qu’est-ce que Gustave Le Bon et le Brésil ont en commun? Rien, me direz-vous. Faux ! Gustave Le Bon et le Brésil sont deux passions d’un homme mystérieux que les médias brésiliens commencent peu à peu à sortir de l’ombre. Son nom? João Santana. Un nom qui rappelle immédiatement celui du chanteur sertanejo – la Country Music du Brésil – Luan Santana. João a également été chanteur, puis journaliste à succès (on y reviendra), mais c’est en tant que responsable du marketing politique de Lula da Silva puis Dilma Rousseff qu’il entrera dans l’histoire du Brésil… et de l’Angola aussi.

C’est en assistant à une émission politique sur Globo News que j’ai entendu pour la première fois le nom de João Santana. Vers la toute fin de l’émission, l’analyste politique de Globo News avertit qu’il faudra « s’attendre à une « bombe » de dernière minute que le PT plantera contre le candidat Aécio Neves. De telle sorte que ce dernier n’aura probablement pas le temps de réagir… car João Santana est un spécialiste en la matière ».

Qui est Gustave Le Bon? 

Si vous ignorez qui est Gustave Le Bon, sachez simplement que c’est à cet auteur français que l’on attribue les premières analyses du phénomène … des masses. Avec son livre La psychologie des foules [PDF, en français] , Le Bon devient le principal auteur de l’étude du comportement des foules qu’il caractérise, disons-le sommairement, comme fondé sur l’imitation et la suggestion.

Pour l’époque, la fin du XIX siècle, c’est une révolution. Mais les idées de l’homme feront date. Car aujourd’hui encore, il est récupéré, réinterprété, sans parler de l’usage qu’en font de nombreux spécialistes de la propagande ou de la criminologie.

João Santana place Le Bon parmis ses 60 écrivains / auteurs préférés. Santana s’appuie donc sur les idées de Le Bon et d’autres spécialistes de la propagande, dont un auteur russe, Serguei Tchakhotine (La mystification des masses par la propagande politique).

Remarquez le côté pragmatique de cet homme qui a fait une partie de ses études aux Etats Unis avant de revenir au Brésil et de se dédier au marketing politique.

Personne ne croit en la réélection de Lula

La revue Época rapporte que son premier contact avec le PT se produit en 2001 alors que Lula da Silva n’est pas encore confirmé candidat. C’est lui, João Santana, qui convainc le Parti des Travailleurs (PT) que Lula doit être le candidat à la présidence… on connait tous l’histoire.

En 2006, Lula fait face à l’immense scandale du mensalão (cliquez le mot sur recherche), un vaste mécanisme d’achat de votes au Parlement. Personne ne croit en la réélection de Lula… sauf Santana. Encore une fois, il fait mouche. Il faut rappeler que João Santana s’est fait connaitre dans le mileu politique au début des années 1990 par un reportage qui conduira à l’Impeachment de l’ancien président Fernando Collor.

Sachant que le portugais n’est pas une langue universelle, j’ai effectué une petite recherche qui m’a dirigé vers ce portrait dressé par le New York Times sur João Santana [ANGLAIS]. Pour les lusophones, ce long article de la Revue Época est absolument immanquable.

Le talent de Santana est immense au point de s’exporter. En Argentine, au Vénézuela où il fait réélir Hugo Chaves et plus tard, après la mort de ce dernier, s’occupe de la campagne de Nicolas Maduro, actuel président vénézuelien. Un record mondial.

Il est aussi chargé de la campagne de réélection de Eduardo dos Santos qui lui aussi sera réélu. Il reste que les montants de ses services ne sont pas connus…

Toujours dans cet entretien donné à Época, João Santana raconte que le « gouvernement Dilma » avait été surpris par les manifestations de juin 2013 qu’il compare aux huées dont fit l’objet Dilma Rousseff dans les stades pendant la Coupe du Monde: « C’est passager, cela n’aura aucune incidence sur les élections… c’est un tremblement de terre et personne ne peut prévoir un tremblement de terre ».

L’homme est comme ça. Sûr de lui. Il y a une part d’ombre sur sa personnalité et ses goûts littéraires; certes, sa relation avec un dictateur comme Eduardo Santos pose question, mais s’il existe un salut pour le PT et Dilma Rousseff, il viendra probablement du chapeau de João Santana… comme par magie.

 


Présidentielle au Brésil : Marina Silva va-t-elle se suicider politiquement?

https://pt.wikipedia.org/wiki/Marina_Silva#mediaviewer/File:Marina_Silva_2007.jpg
Marina Silva, la candidate malheureuse du premier tour de l’élection présidentielles 2014 – crédit photo: José Cruz/ABr / Wikimedia Commons

Nous n’étions pas nombreux à l’écrire. Deux ou trois en tout, avec The Guardian, à prévoir que Marina Silva ne passerait pas au second tour. Cela dit, la voici face à un nouveau défi. Un choix pour la vie. Un choix pour une carrière…

Marina Silva joue son avenir politique

Marina Silva se retrouve face au choix le plus difficile de sa carrière politique. Plus difficile encore que celui qu’elle avait fait en quittant le Parti des travailleurs (PT). Exactement comme en 2010, le 6 octobre 2014, la candidate écolo a obtenu 20 % des suffrages au premier tour de la présidentielle, ce qui en fait une valeur sûre de la scène politique brésilienne.

Normalement, avec quelques députés au Parlement, aucune alliance gouvernementale ne devrait plus se faire sans elle. Mais pour cela, il faudra qu’elle choisisse bien son camp lors du prochain scrutin.

S’allier à Dilma Rousseff serait synonyme d’une volte-face pour celle qui s’est autoproclamée la « troisième voie »,  le visage de « la nouvelle politique » au Brésil. Elle doit marquer SA différence avec Dilma Rousseff.

D’un autre côté, si Marina Silva déclare publiquement soutenir Aécio Neves contre le gouvernement du PT, ce sera l’équivalent, pour elle, d’un suicide politique. Car si elle se trouve dans l’obligation politique de marquer ses distances avec le PT, tout rapprochement avec le PSDB (social-démocrate) d’Aécio Neves serait perçu par ses électeurs comme un reniement de son propre projet sociétal – plutôt à gauche – alors qu’Aécio représente la droite pure et dure.

Comment faire avaler cette terrible pilule à ses électeurs alors que ces derniers sont idéologiquement localisés à gauche, la plupart ayant bénéficié massivement des projets sociaux du PT depuis l’avènement du gouvernement Lula da Silva?

Pour Marina Silva, survivre politiquement voudra probablement dire « laisser » Dilma Rousseff gagner un deuxième mandat.

Si bien que même si Marina Silva déclarait son appui à Aécio Neves dans « une espèce d’union sacrée pour le changement » – le changement comme fétichisme politique – il n’est pas certain que son électorat la suive. Selon les premières observations que j’ai pu faire ces deux derniers jours, il semble assez clair que l’électorat de Marina est plus disposé à voter pour Dilma Rousseff plutôt que pour Aécio Neves.

La grande question de cette phase décisive de l’élection présidentielle consiste à savoir par quelle acrobatie Marina Silva passera de la gauche écologique à la droite néo-libérale représentée par Aécio Neves et le PSDB

 


Une version raciste de « Sex and the City » choque le Brésil

https://vicmatos.deviantart.com/art/Sex-And-The-City-119274673
Crédit photo: vicmatos – Creative Commons

« Sexo e as Negas » est le titre choisi par Miguel Falabella, créateur pour la chaîne de télévision Rede Globo d’une série à forte connotation raciste mettant en scène de jeunes femmes noires particulièrement futiles, sexy et nymphomaniaques.

Si l’intention de la série était de faire un portrait de la femme brésilienne, on ne comprend pas pourquoi ce choix porté exclusivement sur les noires et les mulâtres. D’autant plus que dans « Sex and the City » les femmes qu’on nous montre représentent une catégorie spécifique appartenant aux classes moyennes des grands centres urbains ayant plutôt réussi leurs carrières professionnelles. Or dans cette série elle sont domestiques de maison ou femmes de chambre.

Un site brésilien a répertorié une liste de stéréotypes présents dans cette série.

  • Les femmes noires sont tout le temps en train de penser au hommes.
  • les femmes noires font l’amour partout, y compris dans leurs lieux de travail, dans une voiture.
  • Les favelas ne sont habitées que par des criminels.
  • les femmes noires pensent uniquement à faire des enfants dans le but d’obtenir une pension de leurs partenaires.

La liste est exaustive. Franchement sécouée par la critique, notamment sur les réseaux sociaux, la série ne devrait pas avoir une deuxième saison. Son créateur s’est défendu d’être raciste, mais peut-on le croire?

A l’opposé, les acteurs blancs sont souvent traités comme de personnes ayant atteind le succès professionnel ou comme des « sages » vers lesquelles nos femmes noires « se ressourcent »… lamentable !

Par ailleurs, une avocate noire a enregistré une vidéo postée sur le réseau social Facebook dans laquelle elle rappelle que « l’image de la femme noire pulpeuse, sexy, passiste de samba et bonne au lit ne lui convient pas ». Elle ajoute que « de nombreuses femmes noires ont accedé aux fonctions libérales comme avocate, journaliste ou professeure. La télévision, elle, reste enfermée dans ses clichés dégradants ».

Il est frappant de constater que justement sur la chaîne de télévision Rede Globo, le dernier débat des présidentiables ait choqué par le comportement raciste et machiste des candidats conservateurs (catholiques et évangéliques, notamment).

Lors d’un moment désormais culte du débat diffusé jeudi soir, Lévy Fidelix ordonne à la candidate du PSOL, Luciana Genro, de se tenir devant lui afin qu’il l’interroge: « Vem aqui! », « Viens ici! » , lui ordonne-t-il dans un moment surréaliste qui n’a pas manqué de choquer les internautes. Le site anglais The Guardian a pour sa part remarqué les dérives homophobes du même personnage.

« C’est paradoxal de voir une personne qui veut devenir président du Brésil avec des idées aussi opposées à la réalité d’une nation ».

Encore plus spirituelle, une internaute utilise la métaphore pour critiquer le comportement de Lévy Fidelix:

 


« ce ne sont pas de douleurs dûes à la menstruation, c’est Lévy Fidelix qui traverse mon utérus à bord d’un train… il essaye de renverser Luciana Genro » (candidate pour le PSOL, gauche).

A croire qu’il s’adressait à un chien à sa chienne?. Pathétique ! Le tout, sans que le journaliste vedette de Rede Globo ne le recadre (au nom de la « neutralité »…).
https://www.youtube.com/watch?v=S7j0BtW7a7M

Une scène de la série Sexo e as Negas diffusée sur Rede Globo
Une scène de la série Sexo e as Negas diffusée sur Rede Globo

Sexo e as Negas n’est pas une série sur la femme brésilienne. C’est une série raciste sur l’idée que l’homme blanc se fait de la femme noire au Brésil. Être femme au Brésil est déjà difficile; être femme et noire, c’est l’enfer. Et les médias ne font rien pour changer les choses.

Le titre de la série est révélateur. Le mot nega est une variante de negra qui veut dire noire. A la différence qu’il porte une connation foncièrement sexiste, raciste et paternaliste: « la noire de maison qu’on a envie de baiser… ».

Encore plus frappant en cette semaine d’élections présidentielles, c’est que les deux candidates femmes en passe de protagoniser le Second tour se soumettent volontier à la domination masculine. Marina Silva étant clairement contre l’avortement et Dilma Rousseff montrant son incapacité à admettre ses idées progressistes sur la question, comme l’ont remarqué les internautes.

La déception des internautes sur le sujet de l’avortement a été dominante sur les réseaux sociaux.

« Dilma nous baratine sur le droit à l’avortement dans ce débat. La vérité est que elle, Aécio et Marina défendent une loi qui tue les femmes pauvres ».

Et si Sexo e as Negas n’etait finalement pas un épiphénomène mais plutôt le réflet d’une société extrêmement machiste et raciste?


Elections au Brésil: mode d’emploi

https://pt.wikipedia.org/wiki/Urna_eletr%C3%B4nica_brasileira#mediaviewer/File:Urna_eletr%C3%B4nica.jpeg
Une urne électronique – crédit photo: José Cruz – AgenciaBrasil / Wikimedia Commons / cc

J’ai écrit hier que « la vérité pour Marina Silva se trouvait au fond des urnes ». Erreur ! Je devrais plutôt dire qu’elle se trouve… au bout des doigts des électeurs. Explication? Simplement parce que le vote au Brésil est totalement biométrique; et ce, à tous les niveaux. Personnellement, j’ai pu testé ce mode de votation lors de l’élection de notre recteur, à l’Université Fédérale de Paraíba. L’exercice est plaisant.

C’est presque bête de le dire en ces termes, mais le vote aujourd’hui ressemble à une banale action qui consiste à payer ses achats à l’aide d’une carte bancaire Visa ou Master…

Quels sont les avantages?

C’est là le rêve de plusieurs théoriciens de la démocratie qui se réalise grâce à l’introduction de la technologie. Avantages? Une plus grande inclusion d’électeurs, y compris les analphabètes (car il y en a encore, malheureusement) et les personnes âgées; un système beaucoup plus simple qui contraste avec l’énorme papier à peine pliable (20 pages) qui servait de bulletin de vote en RDC (2006)… il ressemblait plus à une édition papier du Monde. Ce n’est pas pratique du tout car on s’y perd. Mais, cela a évolué vers le vote biométrique [PDF] … Or ici, c’est assez simple:

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L’inclusion est prise au sérieux…

Les personnes porteurs de handicap peuvent également voter grâce aux urnes comportant des inscriptions en braille et d’autres conditions adaptés aux personnes en chaises roulantes, aux amputés, etc.

Qui peut voter?

Tout le monde ! Et c’est obligatoire. Tout le monde, c’est à dire à partir de l’âge légal. Les personnes agées de 16 à 18 ans, les analphabètes ainsi que celles ayant plus de 70 ans ont le droit de ne pas voter s’elles le désirent. Pour elles, le vote est donc facultatif.

Le vote obligatoire au Brésil est un sujet polémique dans la mesure où ceux qui ne votent pas et ne le justifient pas dans les délais prescrits par la loi peuvent se voir rétirer certains droits fondamentaux pendant une période déterminée: ils ne peuvent donc plus demander un passeport, ils ne peuvent plus faire de concours pour la fonction publique, il devient même parfois compliqué d’ouvrir un compte bancaire. etc.

Cependant la justification peut aussi être troquée par le payement d’une amende de moins de 5 dollars.

Des critiques…? 

Plusieurs critiques du vote obligatoire affirment que cette règle dédouane les politiques de leurs responsablités dans la mesure où ils continuent de se présenter aux élections sans de véritables projets de changement en même temps qu’ils ne craignent pas de voir augmenter le taux d’abstention.

Le Tribunal Suprême Electoral (TSE), qui dirige, en pratique, le pays pendant le vote, a le droit de convoquer n’importe quel citoyen dans le cadre du recrutement du personnel qui fera partie de la logistique électorale. Ainsi, il n’est pas rare de voir une personne être obligée de voyager vers sa region natale afin de pouvoir surveiller le processus dans un bureau de vote. Là encore, le sujet fait débat.

Mais que voulez-vous, c’est cela l’Etat socialiste. On donne, on réçoit et on retribue…

Quelques curiosités…

Il existe aussi des lois très curieuses lors des élections au Brésil. Cela peut faire rire … ou peur… La police n’a par exemple pas le droit d’arrêter toute personne porteuse d’une carte d’électeur. Cette mesure sert à prévenir les indimidations de la part des forces de l’ordre.

C’est surtout une stratégie qui rappelle les dérives des militaires à l’époque de la dictature. Depuis, le législateur brésilien prend très au sérieux la question de la répression politique. Exceptés les délis extrêmement graves, la loi est assez tolérante un jour avant ainsi que le jour du vote. Vous êtes prevenus.

 

P.S: Je vais m’absenter pour cette période d’élections, certains commentaires prendront du temps pour être modérer. 🙂


Présidentielles au Brésil: l’heure de vérité… pour Marina Silva

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Marina Silva, ministre de l’environnement au sein de gouvernement Lula da Silva, crédit : Fabio Rodrigues Pozzebom/ABr / wikimedia / CC

La vérité se trouve… au fond des urnes. La vérité vous affranchira. La vérité, ce gros mot. Pour la candidate écologiste du PSB (socialiste), Marina Silva, elle pourrait s’avérée être cauchemardesque. Ce dimanche 05 octobre 2014, les brésiliens vont voter.

Ces derniers mois, les sondages ont été très largement généreux avec Marina Silva que l’on annonçait victorieuse au second tour des élections présidentielles, si elle y arrivait. On le lui souhaite vivement car sans elle, cette campagne électorale n’avait rien d’intéressant à offrir.

Marina Silva a, malgré elle, surfé sur la vague émotionnelle provoquée par le décès d’Eduardo Campos. Ce « tsunami émotionnel » a complètement bouleversé le scénario de ces élections, fragilisant notamment une Dilma Rousseff sans charisme (qualité essentielle en Amérique Latine) bénéficiant encore de l’image de Lula da Silva.

Si l’on en tient à une explication purement économiciste de cette remontada electoral de Marina Silva, celle-ci se serait bénéficié d’un manque d’offre politique sur le « marché politique » brésilien… elle s’est donc imposé comme une alternative légitime. Cependant, ses projets politiques obscures ont vite fait de ralentir les pretentions présidentielles de l’ex-ministre de l’environnement de Lula da Silva.

Pour plus d’explications, écouter l’émission Décryptage de ce lundi sur RFI.

Je n’irai pas jusqu’à la folie qui consiste à la comparer avec Barack Obama (ils sont tous les deux noirs), mais il faut avouer que Marina Silva possède ce côté attachant qui fait que plusieurs électeurs jusqu’ici indécis indiquent leur volonté de voter pour elle.

Ses origines humbles et sa trajectoire de self made woman la rendent plus que légitime aux yeux des brésiliens qui se définissent souvent comme des batailleurs.

D’un autre côté ses relations avec les groupes évangéliques, notamment les représentants au Congrès de Brasília, inquiètent les milieux progressistes.

Marina Silva avec Leonardo Boff, intellectuel de la théologie de la libération / wikimedia commons
Marina Silva avec Leonardo Boff, intellectuel de la théologie de la libération / wikimedia commons

S’il est vrai que ses positions conservatrices sur le mariage entre homosexuels ainsi que son opposition à la dépénalisation du cannabis constituent les points faibles de son programme, personne ne peut affirmer que son échec sera dû à ses motifs d’ordre culturel et symbolique.

Marina Silva (25 %) sait que son adversaire au premier tour n’est pas Dilma Rousseff, celle-ci étant confortée dans son avance (40 %)… mais bien Aécio Neves (19 %).

Cette semaine, un vent calme souffle sur tout le pays. Le calme avant la tempête? Dimanche sera une très longue journée pour Marina Silva qui fera face à la seule vérité qui compte en politique… celle des urnes !

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Se déconnecter… progressivement

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« Connect me« , Crédit photo: Thomas Hawk / Flickr.com / cc

Il m’est de plus en plus difficile de « passer du temps sur Facebook ». C’est bien ça qu’on y fait, non? Passer du (bon) temps. Lorsque je lis que le réseau social californien compte désormais 100 millions d’abonnés en Afrique et que ce chiffre ne fera qu’augmenter, j’en ai presque des frissons. Parce que si le marché africain représente une opportunité pour Facebook, la « boite » de Marc Zuckerberg tend à perdre ses abonnés dans le reste du monde. Évidemment chacun a ses raisons d’abandonner la reine des réseaux sociaux. Voici les miennes.

1. Mon fil d’actualité est pollué par la campagne électorale

J’avais dit il y a quelques mois ici que nous allions assister à l’une des plus abjectes campagnes électorales. Ces premières semaines me donnent raison. Facebook ressemble actuellement à un grand festival publicitaire, sauf que là, on a droit à une publicité mensongère sur les différents candidats aux élections présidentielles.

Les brésiliens adorent les extrêmes. Ou est-ce l’internet (à cause de sa logique basée sur la spontanéité) qui les rend aussi exagérés. Il devient de plus en plus courant de tomber sur des caricatures représentant les candidants aux élections présidentielles. Dilma Rousseff et surtout Marina Silva en font les frais plus que les autres (voir notamment ici et ).

Cette dernière est très souvent décrite comme une imbécile par les partisans du PT (parti de Dilma Rousseff et Lula da Silva), au point que même si j’ai des arguments objectifs contre son élection, je préfère les garder pour moi afin ne pas en rajouter. On ne discute pas le font. On préfère le mensonge et la caricature. Tristes élections!

Je crois aussi que le fait qu’elle soit une femme noire en fait une proie facile, ce qui pourrait, à long terme, jouer en sa faveur. Bref, voilà qui est tout à fait régrétable vu son  programme…

2. Les états d’âmes de mes « amis »

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Crédit photo: Bethan /Flickr.com / cc

« Nouveaux médias, nouveaux usages ». Mais tout de même, faut pas pousser. Quand Facebook a développé son algorithme capable de capter les émotions des usagers, je me doute bien qu’il s’imaginait le succès de ce dernier. Depuis, il est devenu impossible de ne pas voir des publications de ce type affichées sur son fil d’actualité: « Adèle se sent déprimée avec John, Matthieu, Rose, Ange, Fidèle »; « Sophie se sent diminuée…  » , sans autres explications.

Non seulement tout cela ne fait pas trop sens, mais en plus, c’est d’un mauvais goût. A-t-on besoin de voir chacun exposer ses états d’âmes sur Facebook?

3. La montée des extremismes…

Les réseaux sociaux ont-ils une ligne éditorale? La question a été posée ce week-end par Marie-Catherine Beuth. Elle s’interrogeait en fait sur « le filtrage et la mise en avant de certains contenus sur les réseaux ». Mais un autre problème me préoccupe. Twitter, il est vrai, ne s’occupe pas tant que ça de la présence d’extrémistes sur son site. On y trouve donc un nombre considérable de racistes, d’homophobes, des profils pornographiques, etc. Cependant, la structure du microblog faite de « posts éphémères » nous donne une certaine impression de sécurité – et de distance – par rapport à ces profils dérangeants. Il n’en est pas de même pour Facebook, par exemple.

Après avoir passé une semaine dans la magnifique ville Natal, sur la côte brésilienne, je suis revenu ce week-end à João Pessoa. Il m’a suffit de me connecter sur Facebook pour me rendre compte qu’une bonne partie de mes « amis » est soit de l’extrême gauche soit de l’extrême droite. J’en arrive à me demander ce que je suis…

Evidemment, la campagne était encore au centre des débats, certains souhaitant l’avènement d’un Etat communiste au Brésil, d’autres estimant qu’un gouvernement d’extrême droite (ou néolibéral) serait la meilleure solution pour la croissance.

Quand vous revenez d’un voyage de trois heures, ce n’est vraiment pas le genre de message que vous souhaitez lire sur votre fil d’actualité… non, merci !

Morale de l’histoire: si chez vous aussi, on vote dans les prochains mois, il serait peut-être plus sage de vous déconnecter un moment, histoire de rester positif.