Serge

Absurde, absurde bureaucratie !

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Vous avez compris. Je vais encore me plaindre. J’adore Kafka, vous le savez, je ne perds jamais une bonne occasion de le citer. Mais, il n’y a pas que lui qui m’intéresse parmi « les philosophes de l’absurde« . Je pourrais vous citer Max Weber, T. Adorno ou Hannah Arendt… qu’ont-ils donc en commun? C’est qu’ils se sont intéressés à un phénomène essentiel de la modernité occidentale : la bureaucratie.

Et s’il faut parler de bureaucratie, on placera, évidemment, le Brésil en tête de la liste des pays de l’absurde. A tel point qu’un mot a été inventé pour signifier l’absurdité des procédures administratives dans ce pays: « burrocracia », sachant que burro en portugais veut dire bête. Evidemment, bureaucratie en portugais se dit burocracia, vous remarquerez le redoublement du « r » pour la version parodique.

Adorno, Arendt et bien d’autres se sont intéressés à l’émergence de la barbarie en Europe diagnostiquant – trop tard – les effets de la bureaucratie dans la production de la « violence que l’on sait ». La bureaucratie crée des monstres comme Himmler ou Eichmann

Ce qu’on lui reproche c’est essentiellement le fait de retirer à l’individu toute capacité réflexive ou critique, toute responsabilité. Et parfois, tout sens de la proportionnalité. Un principe que les juristes connaissent parfaitement avec aussi le sens de la raisonnabilité.

C’est ce qui fait défaut au Brésil à bien des égards.

Par exemple. Je dois commencer un master en sociologie des médias (nouvelles technologies, NTICs, etc.) et au Brésil, le chercheur doit passer un examen de langue étrangère pour montrer qu’il peut lire et comprendre des textes écrits par des chercheurs qui produisent dans d’autres pays.

Figurez-vous que bien que je sois né en France, que je donne des cours de français dans un centre de langue étrangère, on me demande (quand même) de passer cet examen avec, à la clé, le payement d’une taxe d’inscription de presque 40 $. Ok, me direz-vous, ce n’est pas bien grave. Je veux bien, oui. Mais à la réflexion, je trouve tout cela d’une absurdité consternante. Et tout ça pourquoi ? Parce que, me dit-on : « La bureaucratie exige des papiers! ».

Je veux dire, ceci n’a rien de bien grave en comparaison avec ce qu’étudiaient nos amis Arendt et Adorno, mais tout de même, cela coûte-t-il de faire preuve  d’un minimum de bon sens?

Marre de tout …


« Pour réussir il faut montrer son corps », des médias sexistes au Brésil

L’occasion est trop belle pour qu’on passe à côté d’un sujet si pertinent. Le 08 mars, journée de la femme; mars, mois de la femme diront certains. Mais dans les faits, elles sont marginalisées dans nos sociétés. Au Brésil, par exemple, vous rencontrerez des médias absolument sexistes et oppresseurs par rapport aux femmes. C’est ce qu l’on peut découvrir (pour ceux qui ne connaissent pas le Brésil) dans un documentaire filmé par une journaliste anglaise, Daisy Donovan.

« Souvent pour réussir tu dois montrer ton corps avant de montrer tes véritables qualités humaines ou professionnelles ». La phrase choque. On pourrait se croire en face d’une caricature mais, non. C’est une jeune femme d’à peine 22 ans qui passe un casting pour travailler dans une chaîne de télévision gratuite dont les audiences peuvent atteindre les 40 millions de téléspectateurs par jours.

Elles sont des centaines dans cette situation. Les dimanches c’est la grande messe, sur pratiquement toutes les chaînes gratuites, on peut regarder des « émissions de divertissement familial » dont la récette se resume en deux mots: femmes et fesses!

Et il faut dire que le rôle à jouer y est assez « simple », rien de bien dramatique au Brésil: se tenir au milieu du plateau, le sourire grand ouvert sur le visage, rémuer ses fesses qui se dégagent sur un corps bodybuldé… le tout sur fond de samba ou de Sertanejo.

On ne demandera rien de bien difficile à ces dames, pensez-vous?

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Phil Bloom in Hoepla, the first female nude on Dutch television – crédit photo: A. Vente/ Wikimedia Commons

Le corps roi. La dictacture de l’esthétique – ditadura da beleza – comme le dénonce l’intellectuel Augusto Cury dont les livres sont vendus par millions d’exemplaires, mais on se demande qui le lit…

On a du mal à croire que le pays qui a élu Dilma Rousseff à sa tête se rabaisse à traiter ses femmes comme du bétail, de la chair à baiser… pas mieux !

Les médias brésiliens ne font jamais une autocritique digne de ce nom. Ni même en ce 8 mars. Une date qui perd tout son sens par ici.

Tiens, La Vie d’Adèle est sortie en salle à João Pessoa, et je voyais l’engouement de mes collègues féministes par rapport à ce film qui est un marqueur dans le cinéma contemporain. Mais toute de suite, les contradictions s’enchaînent dans ma tête: ce dimanche à la télévision, on aura droit au spectacle habituel de ces corps dénudés, opprimés pour quelques malheureux reais, toutes ces femmes dans l’attente du succès artistique, mais qui, avant cela, devront passer sur le « canapé médiatique » symbole d’une société profondement machiste.

J’ai lu que les journalistes françaises reclament l’égalité des conditions professionnelles avec leurs collègues de sexe masculin, une très belle initiative qui n’a pas encore trouvé d’échos au Brésil.

Qu’une voix s’élève pour demander un traitement plus humains des brésiliennes dans les télévisions gratuites du pays: on aura déjà avancé de cent pas et le 8 mars prochain sera une date beaucoup plus heureuse que celle de 2014.

 


Brésil: du charme et des regrets au Carnaval

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Crédit photo: William Kitzinger/Flickr.com

On aime aussi le Carnaval parce qu’il tombe justement au premier trimestre.  Les étudiants tentent poussivement de boucler un semestre qui s’étire, comme souvent, depuis le mois de septembre. Le charme du Carnaval réside aussi dans le fait qu’il ramène un peu de cette joie tout juste égarée au passage du nouvel an. Cette année, la passion des brésiliens pour cette fête populaire passe son épreuve de feu alors que le pays vit le dilemme entre son désamour de la Coupe du Monde, d’un côté, et la reproduction de ses traditions de l’autre…

La journaliste Rachel Sheherazade l’avait dénoncé en son temps: « le Carnaval n’est plus ce qu’il était, c’est devenu un évenement commercial pour la bourgeoisie brésilienne qui ne laisse décidément rien au peuple… ».

On le sait, la jeune femme a la fâcheuse habitude d’exagérer dans ses éditos du journal de SBT, il faut avouer que sa critique du Carnaval avait frappé là où ça fait mal: on ne sait jamais d’où viendra la lumière, n’est-ce pas? Une rémise en cause des organisateurs ne fairait que du bien à cette immense fête populaire. « Les pauvres ne peuvent pas s’acheter ces fameux passeports du bonheur » a-t-elle martelé.

Le Carnaval 2014, en images.

Mais le Carnaval, c’est aussi certains moments de grâce pendant lesquels la samba est de nouveau mise à l’honneur, la vraie musique de Rio, de Recife ou de Bahia valorisée à juste titre par des grands maîtres interpètres… et comme il faut en avoir pour conserver cette énergie pendant la bonne heure du défilé d’une école de samba. Ci-dessous, la meilleure chanson samba du Carnaval 2012, de l’école carioca Imperatriz Leopoldinense  rendant un hommage à l’écrivain baiano Jorge AmadoOlha o Acarajé, c’est le titre de cette samba entraînante…
https://www.youtube.com/watch?v=b1SdhcK7_oA

Pour visionner la version longue du défilé de Imperatriz, c’est ici:

C’est tout le talent des brésiliens qui est célébré pendant deux semaines et un peu plus dans tout le Brésil, spécialement à São Paulo et Rio de Janeiro. Les défilés sont une occasion de montrer son savoir-faire. Les écoles investissent des millions de reais pour créer le meilleur spéctacle possible. Chaque année, on a droit aux inventions les plus folles.

En 2012, l’école de l’Imperatriz a exalté le meilleur du Brésil, à savoir sa gastronomie que l’on retrouve dans le refrain écouté plus haut  –  le « acarajé » est là aussi comme un hommage aux indigènes – , le grand écrivain Jorge Amado, mais cela aurait pu tout aussi bien être Machado de Assis

Les directeurs artistiques montent des chars qui peuvent atteindre 13 mètres de hauteur, soit la taille d’un immeuble de trois étages.

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Vue du Char en situation de défilé, Calle 18, Sentier du Carnaval, crédit photo: Etienne Le Cocq/Wikimedia Commons

Il faut aussi dire qu’au pays du football, la samba ne peut se soustraire à la logique compétitive du sport roi. Ainsi, le Carnaval s’organise sous forme d’un championat de football comptant 20 équipes dont quatre courent le risque de relégation en division inférieure. Si, si…

Et qui dit football, dit passion, hooliganisme, violence.

Libération a publié un article sur ce currieux mariage entre le football et la samba,à découvrir sur ce lien.

On comprend mieux alors la surenchère autour de cet événement culturel. Des millions de reais sont investis pour attirer la star du moment dans son camp et en faire son porte-étandard.

Le carnaval brésilien c’est aussi le moment d’enterrer la hache de guerre. C’est pourquoi on ne s’étonnera pas de voir côte à côte des politiciens habitués à s’affronter dans les arènes médiatiques boire un verre dans les tribunes officielles du sambodrome de Rio… la mixité raciale, elle aussi sera célébrée: le Carnaval est l’unique moment subversif de l’année.

Le maître peut devenir l’esclave et vise-versa. L’ordre social est pour une fois transgressé. C’est là toute la dialéctique du carnaval. Peut-être que sans un moment de refoulement  comme celui-ci, le tissu social brésilien exploserait rapidement.

Enfin, si vous n’êtes jamais venu au Brésil, préparez-vous (quand même) à un vrai moment de sexisme sponsorisé par la plus grande chaîne de télévision du pays, l’incournable Rede Globo qui chaque année nous gratifie de ces belles mulâtresses finement sélectionnées  qu’on verra se trémousser pendant un mois à l’heure du déjeuner. Avant, la Globeleza, c’était elle…

https://rd1.ig.com.br/blogueiros/curto-circuito/apos-perder-posto-de-globeleza-aline-prado-investe-na-carreira-de-atriz/209422
L’ancienne Globeleza

… maintenant, c’est elle…

https://redeglobo.globo.com/novidades/noticia/2014/01/globeleza-nayara-justino-se-pinta-de-musa-do-carnaval-da-globo-veja-fotos.html
La nouvelle Globeleza (Fotos: Estevam Avellar/Globo)

Voici donc le genre de conversations qu’il est possible d’entendre dans ce fameux sambodrome de Rio, nous rapporte la chercheuse Lélia Gonzales: « regarde ce groupe de chars allégoriques. Quelle cuisse, mec! Regarde cette passiste qui arrive, quelles fesses, mon Dieu! Regarde comme elle bouge son ventre. Ça sera super bon là à la maison, exitant! Elles me rendent fou, mec! ».

Lélia Gonzales rappelle que pour une fois, « la reine passiste se montre à son avantage devant les princes tous blonds et riches… c’est elle qu’ils admirent en ce moment… en ce moment, elle est cendrillon ».

Dans une analyse qu’elle tient de Freud et de Lacan, Lélia Gonzales constate dans ce carnaval la réalisation du mythe de la « démocratie raciale »: « Le Carnaval exerce sa violence simbolique sur la femme noire d’une manière spéciale. D’un côté cette déification carnavalesque vécue au quotidien, d’un autre le moment où elle redevient la doméstique de maison. D’où la culpabilité manifestée dans cette dernière situation qui reste proprotionnelle à une déification exercée avec une certaine agréssivité ».

« La mulâtresse est en elle-même la doméstique », conclut-elle.

« Mulâtresse, petite mulâtresse, mon amour, j’ai été désigné comme ton lieutenant protecteur » (Lamartine Babo).

 

Allez, je vous laisse avec cette belle chanson de Jorge Aragão, un géant de la musique carioca.

Référence: Lélia Gonzales, Racisme et sexisme dans la culture brésilienne, Anpocs, 1984


Stupéfaction au Brésil après la nouvelle « trouvaille » de Museveni

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Crédit photo: DFID – UK Department for International Development/Flickr.com

L’Afrique continue de faire parler d’elle. Mais toujours en mal. Et cette fois-ci, on ne viendra pas accuser le méchant blanc de s’en prendre à ceux qu’il considère comme ses éternels esclaves. Je m’avance trop vite, en fait. Car après la promulgation d’un projet de loi qui sanctionne plus durement l’homosexualité en Ouganda, on apprend que la mesure tombe comme une réponse à la mauvaise dynamique occidentale qui projette dans notre continent des comportements sexuels peu recommandables.

Voilà donc notre ami Yoweri Museveni qui s’illustre mondialement en s’attaquant une fois de plus aux homosexuels, mais aussi aux personnes atteintes du VIH, puisque la loi considère certains comportements sexuels comme des « actes d’homosexualité aggravés » lorsqu’ils engagent aussi des personnes séropositives.

Non content de s’acharner sur une partie des Ougandais qui ont le droit de faire ce qu’ils veulent de leur cul, mais en plus, Museveni et les législateurs ougandais démontrent une profonde ignorance en stigmatisant également les malades du sida.

Hypocrites ! Si la sodomie devenait un crime en Afrique, la moitié du continent serait derrière les barreaux

Complices du pouvoir, comme toujours, les médias s’illustrent désormais par des actes de délation en publiant des listes d’homosexuels: on se croirait en 1940 lorsque certains Européens dénonçaient leurs voisins juifs à la Gestapo.

Un collègue mondoblogueur a abordé ce même sujet dans un billet où il explique que « la décision de Museveni est effectivement politique, puisqu’elle lui sert comme une espèce de baromètre de popularité« .

J’ai plutôt la sensation que l’on voit naître en Afrique une nouvelle forme de populisme qui surfe sur la haine des homosexuels dans le continent, une haine culturellement répandue et à peine voilée puisque nous vivons dans un contexte déficitaire en termes démocratiques.

Le peuple acclame Yoweri Museveni ignorant qu’il lui donne les moyens de sa folie.

Au Brésil, la nouvelle a été accueillie avec stupéfaction. Plusieurs médias de premier plan en ont fait leur Une à l’instar des journaux paulistes Estado de São Paulo ou Folha de São Paulo. Evidemment, la publication par un tabloïd ougandais d’une liste d’homosexuels a encore plus choqué.

Dès lundi 24 février, l’association All About lançait une pétition dans le but de faire réagir les autorités internationales, les entreprises implantées en Ouganda et différents autres partenaires du pays. Les trois cent mille votes espérés par les organisateurs devraient être atteints dès mercredi ou jeudi. Espérons aussi que la communauté internationale saura prendre les mesures qu’il faut. Non, je rêve trop…

Alors, au-delà de la loi en elle-même, il est important de dire à quel point les Africains eux-mêmes refusent d’avancer vers une démocratie qu’ils sont des millions à revendiquer. Museveni et ses acolytes se cachent derrière l’appui populaire pour promulguer de telles lois. Malheureusement, un peu partout en Afrique c’est la même situation.

Les Africains se plaignent que les médias occidentaux véhiculent une image négative du continent, et pourtant ils sont eux-mêmes incapables de faire mieux. Pitoyable !

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 P.S : les plus fidèles de mes lecteurs ne tomberont pas dans la facilité de croire que je suggère que le Brésil soit un paradis pour les homosexuels. J’ai toujours été le premier à critiquer ce pays. Mais là, il s’agit de parler de l’Ouganda.

 


Au Vatican, trop de marketing tue le pape

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Le pape François – crédit photo : Catholic Church (England and Wales) – Flickr.com/CC

La Mano de Dios, titrait le journal argentin Olé le jour de l’élection du cardinal Bergoglio donnant le ton de ce que serait le pontificat de l’archevêque de Buenos Aires, un mixte de populisme et de marketing adapté au syncrétisme religieux contemporain : « Nous avons Messi, Maradona (un dieu – référence à la mano de dios)… et maintenant Jorge Mario Bergoglio ». La formule a été reprise par la présidente Cristina Kirchner qui a bien compris que surfer sur la « vague François » peut être utile pour sa popularité.

Décidément le pape François n’est pas un homme comme les autres. Les fidèles de l’Eglise catholique retiendront sûrement de lui qu’il fut le « Pape du peuple », le « Pape simple », voire le « Pape socialiste »… tiens donc. Mais pour un simple mortel comme moi, ce ne sera rien de moins qu’un pape communicant, un pape du marketing. Sinon cette formule suggérée par un ami lui va très bien aussi : The Pope is pop !

Voilà donc un pape qui ne perd pas une occasion de s’acheter une sainteté auprès du grand public glissant ici et là des informations sur ses nouvelles résolutions populistes, comme cette dernière qui nous apprend que désormais le Saint-Père voyagera avec son passeport argentin… plus de passeport diplomatique pour François.

Le nouveau passeport du Pape François
Le nouveau passeport du pape François

Ce qu’on ne comprend pas (et qui gêne) c’est cette nécessité de surcommuniquer autour des faits et gestes du pape François. L’image du nouveau pape est exploitée sans limites jusqu’à la surcharge. Surtout que le Vatican confirme que les frais d’émission de ce nouveau passeport sont payés par le pape en personne : transparence quand tu nous tiens…

Jamais un souverain pontife n’avait aussi bien utilisé les médias pour communiquer et même Twitter alors…

La presse internationale n’est pas en reste, bien évidemment, dans cette affaire de marketing et du tout business même le Times n’a pas perdu l’occasion de surfer sur l’image du pape idéal.

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Et pourtant, si l’on en croit les spécialistes, sur le fond la politique de François n’a en rien rompu avec son prédécesseur Benoît XVI. Selon le philosophe Rémi Brague:

« Je suis frappé par la présence partout dans l’entretien de ce que le pape Benoît appelait, pour la souhaiter, une « herméneutique de la continuité ». Au-delà d’évidentes différences de tempérament et de style, il n’y a aucune rupture de fond entre François et son prédécesseur ».

Pour le confirmer, le New York Time a créé un quiz pour tester les connaissances du public sur les trois derniers papes, le but du jeu étant d’associer une phrase à son auteur… à voir ici. Le résultat est pour le moins surprenant ! Moi aussi j’ai joué

En fait, sur les vraies questions qui divisent comme l’homosexualité, la légalisation du cannabis et l’avortement, la position du pape a toujours été l’omission. Evidemment que c’est facile de s’en prendre au monde de la finance après l’affaire Madoff… Woody Allen et Martin Scorsese aussi s’y sont mis. Mais quand le pape François critique la finance, c’est un marxiste. Le pauvre vieux doit se remuer dans sa tombe.

Je n’ai rien contre les faits religieux encore moins contre les croyants en général, mais j’avoue m’être lassé du marketing qui entoure le Saint-Père. Cela devient plutôt agaçant d’écouter un peu partout des gens faire des commentaires dithyrambiques sur le pape. Sur RFI par exemple, le père François Glory – vivant depuis 30 ans au Brésil – l’a même comparé à Jésus.

 


Brésil, zone de guerre pour les journalistes

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Crédit photo : Slimane Hadj Brahim, Wikimedia Commons

Il y a tout juste un an, lors de ma formation avec RFI à Dakar, Grégoire de Reporters sans frontières nous présentait une carte détaillant les zones les plus dangereuses pour les journalistes dans le monde. Quelques mois après, je lisais sur un blog un article présentant d’étonnantes statistiques qui plaçaient le Brésil parmi les pays les plus dangereux pour les journalistes. La mort de Santiago Andrade, journaliste-caméraman de la TV Bandeirante à Rio de Janeiro, confirme une tendance macabre au pays du football à quelques mois de la Coupe du Monde.

La vie a de ces ironies… le jeune journaliste d’une quarantaine d’années tué par un projectile – employé pour les feux d’artifice – lancé à bout-portant par un membre (supposé) des « Black bloc » laisse une femme et quatre enfants. L’ironie réside dans le fait qu’il venait de terminer une formation de “journalisme en zones de conflits armés”.

Santiago Andrade travaillait pour la chaîne de télévision Band (l’une des plus importantes du pays), la même chaîne qui avait perdu un autre caméraman lors d’une opération de “pacification d’une favela” de Rio de Janeiro. On sait d’ailleurs que ces favelas sont loin d’être des havres de paix, et pour preuve, cet article à lire sur le blog de l’AFP, Making-Of.

Entendez-bien, un journaliste exerçant à Rio de Janeiro ou dans certaines régions du Brésil comme le Maranhão ou l’Etat du Pernanbuco se retrouve pratiquement dans les mêmes conditions qu’un reporter de guerre en Syrie

Les enlèvements sont fréquents, les menaces aussi, les intimidations… il y a encore au Brésil des individus au-dessus de la loi. Et si même les policiers ne peuvent assurer leur propre protection, qu’en est-il de nous ? Car, je connais un officier de la police militaire qui n’habite plus dans une même résidence pour plus d’une année par peur d’être tué par des trafiquants…

Il y a aussi eu le drame d’une juge assassinée parce qu’elle avait déclaré la guerre au trafic.

La violence est partout.

Sur ce blog par exemple, je ne parlerai jamais directement d’un trafiquant. Je sais jusqu’où ma plume peut aller et où il doit s’arrêter…

Avant, la violence était identifiée aux trafiquants et à l’Etat parallèle qu’ils instauraient dans tout le pays; désormais, il faut compter avec les fameux “hommes masqués”, ces « Black bloc » qui ne reculent devant rien, encore moins face aux troupes de choc de l’Etat de Rio.

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Une opération de pacification dans le complexo do Alemão à Rio – crédit photo : Agência Brasil -ABr

D’ailleurs, soyons réalistes, la violence va dans tous les sens, elle est le modus operandi de toutes les parties : on se souviendra d’un jeune garçon exécuté par des policiers, d’un journaliste de Band TV tué lors d’une “opération de pacification” vendue par le gouvernement de Rio comme la “solution” à la violence carioca et à l’exclusion des Noirs, ou encore de cette dernière tragédie qui a coûté la vie à Santiago Andrade.

Avec toute cette violence, mon indignation face aux propos de la journaliste Rachel Sheherazade perd toute sa crédibilité et son sens… comment ne pas s’abandonner, comme elle, entre les mains de ces justiciers qui pullulent dans tout Rio – selon l’un de ses membres, ils seraient près d’une centaine à opérer dans plusieurs quartiers en mode Punisher.

Rachel Sheherazade autorise la vendetta populaire parce que l’Etat est absent. Cette absence remarquée depuis juin dernier et ses manifestations gigantesques.

On se retiendra encore que celles-ci avaient commencé à cause de l’augmentation du prix des autobus. Et ce mois-ci, rebelote. La mairie de Rio décide une fois encore d’augmenter le prix des transports publics. Quelle inconscience!

A quoi fallait-il s’attendre? Mauvais casting de la part du gouvernement, dirigeants et hommes d’affaires insensibles, voire arrogants; ils n’ont jamais tiré les leçons qui s’imposaient depuis juin… cela aussi, c’est une forme de violence.

Et la violence n’engendre que la violence.

Donc, logiquement, les cariocas sont une fois de plus descendus dans la rue et avec eux, une fois encore, une fois de trop… les « Black bloc ».

Le fait est qu’au Brésil on ne pense jamais au long terme. Tout est fait pour qu’il ait une excellente Coupe du Monde, pour faire bonne figure, faire mieux que nos cousins Sud-Africains – ce serait la honte de faire moins que ces Africains, n’est-ce pas?

Mais personne ne pense réellement à une vraie politique de lutte contre la violence, contre l’exclusion, l’analphabétisme et la corruption. Le salut ne viendra pas de ces opérations de “pacification” qui constituent en elles-mêmes, il faut le dire, une forme de violence.

Ce qui m’inquiète encore plus, c’est l’absence de tout débat au sein de la société mettent en perspective la violence qui vise les journalistes. Ces derniers sont devenus les cibles naturelles des manifestants, et ce depuis juin dernier.

Certes, les gros médias manipulent la population, ils sont complices, en partie, du statu quo négatif qui bloque le progrès social du Brésil, mais de là à les prendre pour cible, c’est une autre histoire.

Sur ce point, l’Etat n’est pas le seul responsable, et la solution ne viendra pas uniquement du Palácio do Planalto à Brasília, mais de toute la société. Les Brésiliens doivent prendre conscience du rôle nécessaire et indispensable des journalistes dans la consolidation de leur démocratie et les défendre bec et ongle.

Cette semaine, un homme est mort à Rio… et donc aussi, une partie de l’humanité.

P.S : a morte de qualquer homem me diminui, porque sou parte da humanidade. Por isto jamais pergunte por quem os sinos dobram; eles dobram por Ti. – John Donn.

 


Les langues étrangères en hausse au Brésil

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crédit photo: Aloys5268/Wikimedia Commons

Mes semaines sont de plus en plus courtes depuis que j’ai repris l’enseignement du français dans une école de langues étrangères pour les brésiliens. Il faut dire que le secteur est en pleine expansion, et cela est en partie dû à l’impulsion donnée par le gouvernement fédéral qui a lancé plusieurs projets d’échanges culturels et académiques pour les jeunes étudiants, notamment le Ciência sem Fronteiras.

Voici donc une belle occasion pour moi d’observer les problèmes qui affectent ce secteur du marché du travail. Si la demande est grande au Brésilpour ce qui concerne la recherche des cours de langues étrangères, la politique du gouvernement fédéral ne rend pas la tâche facile aux entrepreneurs qui souhaitent évoluer dans ce domaine.

Tenez par exemple: il y a quelques années, pour aller faire un doctorat en Espagne, le gouvernement brésilien exigeait du candidat un niveau d’espagnol C1 ou C2 selon les standards européens (sur une échelle allant de A1 à C2). Or, une double pression s’exerçant à la fois sur les universités européennes (obligées d’avoir un minimum d’étudiants étrangers pour être financiées) et sur le gouvernement brésilien (qui devait atteindre certains objectifs chiffrés) a fait que l’exigence de la maîtrise de la langue soit reduite au strict minimum.

Résultat, on constate un net récul de la demande en espagnol dans la majorité des centres de langues étrangères, ce qui est tout de même paradoxal étant donnée la proximité du Brésil avec ses voisins hispaniques d’Amérique du Sud.

Comme disent les puristes: “il vaut mieux laisser le marché s’autoréguler”.

D’un autre côté l’anglais reste la langue la plus recherchée par les brésiliens même si les écoles n’offrent plus de différence entre l’enseignement de l’anglais américain et du british… c’est le globish qui a pris le pas dans un monde globalisé, forcément.

Le but recherché n’étant plus de “bien parler l’anglais” comme la reine Elisabeth II mais bien sûr de communiquer, peu importe l’accent. Comme l’a souligné le directeur d’un centre de langue où j’ai suivi une formation: “désormais à Londres, on rencontre plus de paquistanais, des chinois, et des indiens que les anglais eux-mêmes, et donc l’accent n’est plus un facteur déterminant dans l’apprentissage de la langue”.

Par ailleurs, le gouvernement fédéral étudie la possibilité de restaurer le français comme une langue officielle du fameux Bac brésilien, le Vestibular (administré par les universités) et le Enem (administré par l’Etat) , ce qui devrait hausser la demande des professeurs de français.

Le tout serait que les salaires soient plus attractifs…


“Adopte un bandit”, quand une journaliste dérape

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wikkimedia commons, CC

J’aime autant que je déteste le journalisme. Cela vient du fait que ce métier est pratiqué à la fois avec la plus grande responsabilité, mais aussi dans l’irresponsabilité la plus absurde. C’est le cas d’une journaliste brésilienne qui a déclenché l’indignation des internautes aussi bien que des associations de défense de droit de l’homme suite à des déclarations manifestement racistes et élitistes.

Avant d’avancer, cliquez sur ce LIEN pour voir la photo qui motive la polémique.

Rachel Sheherazade est originaire de l’Etat de Paraíba où elle a fait ses débuts en journalisme avant d’être remarquée par le patron du groupe SBT, Sílvio Santos, milliardaire et icône des médias. L’histoire de ce dernier est un véritable roman vu qu’il a commencé en tant que vendeur ambulant avant de faire fortune dans les affaires et de fonder la banque PanAmericano.

Sílvio Santos est adulé par la population et aussi par ses pairs, ce qui lui donne une espèce d’autorité morale qui se transfère sur tous ceux qui sont adoubés par sa grâce.

C’est ainsi que depuis trois ans, cette simple journaliste qui avait commencé à João Pessoa est devenue une éditorialiste des plus respectée et influente du pays. Tous les soirs, pendant le journal de SBT, trois minutes lui sont consacrées pendant lesquelles elle livre son opinion sur un sujet d’actualité.

Ses thèmes souvent variés peuvent aller de Justin Bieber à la politique énergétique du gouvernement Dilma en passant par une critique acerbe du carnaval brésilien.

C’est d’ailleurs grâce à une sanglante critique contre la culture bourgeoise qui domine désormais l’organisation du carnaval (originellement à vocation populaire) qu’elle se fera une renommée nationale.

Et si le succès monte souvent à la tête du plus charmant d’entre nous, c’est effectivement ce qui arrive à Rachel Sheherazade qui n’en finit plus de choquer l’opinion.

Lors de ce que l’on considère comme l’une des sorties médiatiques les plus polémiques de ces dernières années, la belle journaliste exonère les habitants d’un quartier riche de Rio de Janeiro après que ceux-ci ont torturé un jeune Noir accusé de vol…

Alors que le pays tout entier est choqué à la suite d’images divulguées sur les réseaux sociaux et à la télévision où l’on peut voir le jeune Noir se faire lyncher puis attaché nu à un poteau dans le quartier de Flamengo, voilà que dans son éditorial Rachel Sheherazade défend cet acte populaire, désespéré et odieux.

Pour l’éditorialiste, la population a le droit de se faire justice lorsque le pouvoir de l’Etat est incapable de répondre à la violence urbaine. Elle rappelle encore que le prétendu voleur a sûrement une fiche criminelle longue comme le marathon de Boston, “c’est pourquoi ce dernier n’a d’ailleurs pas porté plainte contre ses bourreaux”.

La torture est donc justifiée et défendable.

L’association des journalistes brésiliens publie alors une note dans laquelle elle condamne le discours violent de la journaliste qui demandait à ses détracteurs de, je cite : “Faire une faveur au Brésil en adoptant un bandit…”. Une formule choc qui rentrera définitivement dans l’histoire de la télévision gratuite.

Liberté d’expression ou incitation à la violence, voire au meurtre?

La question n’est pas simple, spécialement à la lecture du philosophe belge Raoul Vaneigem auteur du livre Rien n’est sacré, tout peut se dire : réflexions sur la liberté d’expression qui est l’un des traités les plus radicaux jamais écrits contre la censure.

Dans son ouvrage, Vaneigem souhaite, par exemple, que le crime d’opinion soit aboli.

Le débat est lancé, car en plus, ladite journaliste trouve elle aussi des défenseurs au sein de l’ opinion publique.

Pour en avoir discuté avec plusieurs personnes, j’ai pu constater qu’une partie de la population est insatisfaite de l’augmentation de la violence même dans les “régions traditionnellement sûres”. La colère est plus grande d’autant plus qu’on s’approche de la Coupe du Monde… tous les sentiments sont multipliés par dix.

On apprend enfin que le PSOL, parti politique situé à “gauche de la gauche” engagera des poursuites judiciaires contre la journaliste vedette.

L’épisode Rachel Sheherazade m’a rappelé à quel point le journalisme est un métier délicat qui demande de chacun qu’il soit responsable, car même si l’on travaille pour un média privé, l’espace que l’on utilise pour véhiculer ses idées appartient nécessairement à la sphère publique.

P.S : Françoise Giroud : « Dans la presse il ne faut pas être sensible à l’opinion publique. Si l’on commence à faire ce que les gens veulent – et on ne sait pas ce qu’ils veulent – , c’est une forme de corruption. Il faut faire ce que l’on croit. »