Au Brésil, la faillite des élites et l’effet domino

https://www.flickr.com/photos/testlab/21496317363/sizes/l

Crédit photo: Kurt:S – Flickr

La crise brésilienne s’éternise alors que la population retient son souffle et tente tant bien que mal de joindre les deux bouts. Les mois semblent plus longs en temps de crise, mais on dirait que la descente aux enfers de l’économie brésilienne n’est plus la grande préocupation du côté de Rio. L’instabilité politique durablement installée à Brasília atteint des proportions jamais vues dans l’histoire du pays depuis au moins 60 ans. Compte rendu.

Tout ceci n’est pas sans rappeler la crise économico-politique qui frappa l’Argentine au début des années 2000 lorsque le pays connut une succession présidentielle accélérée avec pas moins de trois présidents en l’espace de… deux semaines.

La réalité dépasse la fiction

Les récentes déclarations d’un sénateur proche du président Michel Temer ont surpris. L’homme politique a déclaré que le président ne tiendrait pas 15 jours et à ce stade des évènements, on serait mal avisé de ne pas le prendre au sérieux. A Brasília, les rumeurs ne sont jamais trop exagérés même si elles peuvent éventuellement pousser l’imagination plus loin que ne l’oseraient jamais les scénaristes de House Of Cards, série phare de la plateforme Netflix.

Ces derniers ont avoué ne pas être en mesure de rivaliser avec les scandales à répétition exposés dans les médias brésiliens. Le dernier en date, « les conversations secrètes » du président Temer avec un homme d’affaire mis en examen pour corruption. Face aux demandes réitérées des internautes d’intégrer dans une prochaine saison les intrigues politiques de Brasília, le compte Twitter officiel de la série a répondu: « je ne suis pas en mesure de rivaliser avec ça ». Quand l’art du méta tombe juste?

Effet domino

L’actuel président du Parlement brésilien, Rodrigo Maia est très pressenti comme successeur de Temer qui a dû écourter son séjour au G20. Tant de turbulences ne doivent pas être prises à la légère. Même si Temer « tombe » – et« il tombera d’une façon ou d’une autre », préviennent les observateurs -, combien de temps durerait Rodrigo Maia? Pourtant, toute autre issue semble impossible.

Son nom trempe depuis un certains temps dans les couloirs de la task force de Lava Jato, l’enquête judiciaire menée par le procureur général de la République Rodrigo Janot et le juge Sérgio Moro.

L’impeachment de la présidente élue Dilma Rousseff n’aura finalement servi qu’à aggraver une crise politique que les médias croyaient pouvoir contrôler étant donné qu’ils en étaient les principaux instigateurs. Aujourd’hui il ne leur reste plus qu’à tenter de convaincre la population que « la crise économique est bien derrière nous malgré la catastrophique gestion de Temer » qu’ils ne peuvent [et ne veulent] déjà plus défendre. Tout cela en attendant de construire une nouvelle figure messianique comme on les aime par ici.

Aujourd’hui les mots prononcés en 2008 par l’ancienne sénatrice écolo Marine Silva semblent si vaine, « Le plus grand drame d’un pays ce n’est pas d’avoir une élite médiocre, c’est de ne pas en avoir du tout ». Qui pourrait encore le croire en 2017?

______

Partagez cet article et suivez-moi sur Twitter @sk_serge

The following two tabs change content below.
Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

2 Commentaires

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *