Cinq profils du député brésilien

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Benedita da Silva a participé, comme ici, à plusieurs commissions parlémentaires sur les droits de l’homme, des indigènes, des noirs et des femmes | crédit photo: Senado Federal | wikimedia commons

Les jeunes parisiens ne sont pas les seuls à passer des Nuits debout. Les parlementaires brésiliens participent depuis vendredi à un marathon. Dimanche 17 avril ils ont voté en faveur de la procédure de destitution de Dilma Rousseff. L’occasion pour nous de découvrir ces figures si étranges qui contrôlent et bloquent la politique brésilienne. J’ai donc décidé de vous présenter, sur un ton léger et provocateur cinq d’entre eux. Des figures assez connues du grand public et/ou/aussi bien polémiques les unes que les autres.

J’imaginais, à tort, que le seul clown du Parlement brésilien était le député Tiririca, mais force est de constater que je me suis trompé. La longue session qui décide quel sera l’avenir du Brésil, en résumé, avec ou sans Dilma Rousseff (présidente réélue en 2014), a le mérite de nous faire découvrir des personnalités incroyablement caricaturales, voire rétrograde, qui font figure de législateur au Brésil.

1. Frank Underwood ou le « facteur » Eduardo Cunha

On l’avait un peu beaucoup sous-estimé, mais l’homme a montré qu’il était constitué d’adamantium (l’indestructible métal dont est constitué le squelette de Wolwerine, quoique). C’est le cerveau derrière la procédure de destitution de la présidente Dilma Rousseff. On a longtemps pensé que Jair Bolsonaro était l’homme le plus dangereux du Brésil, sûrement le pire député du monde, mais on se trompait. C’est bien Eduardo Cunha qui aura raison du PT et de Dilma Rousseff.

Ses méthodes ressemblent à s’y méprendre à celles employées par le personnage fictif Frank Underwood dans la série américaine diffusée sur Netflix, House of Cards.

Bien plus dangereux que le vice-président Michel Temer (lire mon analyse ici) , c’est au président du Parlement national, ennemi juré de la présidente qui a porté les coups les plus durs au gouvernement Rousseff.

Comme le rappelle le New York Times, Cunha n’est pas un saint ou un chevalier qui lute contre la corruption, au contraire. Il est mis en examen dans plusieurs affaires de corruption et détention de comptes bancaires occultes (Panama Papers compris). Cunha est même un habitué des restaurants les plus luxueux de Paris tels que le Guy Savoy, comme on peut s’en rendre compte dans ce reportage sur la vie luxueuse du président de l’Assemblée nationale, diffusée sur Globo.

2. Jean Wyllys, gay-pop

C’est un peu le Bruce Willis de Brasília. Le Bruce Willis du pauvre, évidemment. Premièrement, une curiosité chez lui. Quelque chose qui me fascine d’ailleurs. Aucun de ses noms n’est proprement brésilien. Jean est un prénom français alors que Wyllys ne ressemble pas vraiment à un nom de famille brésilien ou portugais.

On apprend grâce à sa page Wikipédia (merci Wiki…) que son nom complet est Jean Wyllys de Matos Santos. Ah, ça me rassure. Je commençais à penser qu’il était juif. On apprend également qu’il s’est fait connaître en remportant la cinquième édition du reality show Big Brother Brasil. Hum, c’est pas bien ça, Jean. L’occasion pour moi d’aller reluquer sur Youtube…

Ok. Tout le monde a le droit de faire des bêtises dans la vie. Surtout si ça vous rapporte un million… Il s’est bien récupéré depuis. Jean Wyllys a décroché ses diplômes universitaires, il est devenu professeur puis l’un des députés les plus connus et pertinents du Brésil. Il milite notamment pour les droits des minorités au Parlement.

3. Jair Bolsonaro, « l’ami » d’Ellen Page

Le pire député du monde selon le journal Le Monde est connu pour ses positions polémiques sur les homosexuels, ce qui lui a valu d’être interviewé par Ellen Page. S’il était le président du Brésil, sa première mesure serait peut-être d’envoyer le gentil Jean Wyllys au goulag. Bref, on trouve de tout dans le Parlement brésilien. Je vous laisse le découvrir en tête en tête avec Ellen Page qui, pour le coup, est plus effrayante que Jair. A partir de 2’30 » (sous-titrage en anglais).

4. Fille à papa

Femme brillante et controversée, Luciana Genro est avant toute chose la fille de Tarso Genro, un poids lourd du Parti des Travailleurs (PT) de Lula da Silva et Dilma Rousseff, ancien ministre et ancien gouverneur de l’Etat du Rio Grande do Sul, deux fois maire Porto Alegre, professeur, philosophe, poète, etc, etc. Autant dire que « Luciana » a longtemps navigué dans « les eaux troubles du PT » avant de s’en séparer et de fonder son propre parti, le PSOL (Parti Socialisme et Liberté) dans lequel elle milite avec Jean Wyllys.

On imagine bien qu’à un moment de sa vie, elle a dû appelé Lula, « tonton », et Dilma, « tantine ». C’est peut-être ce qui explique la scène la plus marquante des débats pour les élections présidentielles de 2014 lorsqu’un candidat d’extrême droite ordonne qu’elle se tienne devant lui  afin d’être « recadrée »…

5. L’ancienne femme de ménage

Benedita da Silva a été gouverneur de l’Etat de Rio de Janeiro, mais aussi sénatrice. Elle a raconté sa vie lors de « l’interminable session » parlémentaire au cours de laquelle tous les députés ont défilé à la tribune. Elle a raconté la plus belle histoire du marathon des parlémentaires. Elle a raconté l’histoire d’une femme de ménage qui n’avait pas de quoi nourrir ses enfants, une femme qui n’avait pas les moyens de payer le transport pour que sa fille réalise son rêve d’être dentiste. Elle a raconté l’histoire de millions de familles brésiliennes d’avant Lula da Silva. Elle a raconté l’histoire du Brésil.

Mais elle a aussi parlé d’espoir, de la vie de ces femmes qui ont finalement réalisé le rêve de leurs filles. C’est peut-être sa vie qui a inspiré le magnifique film d’Anna Muylaert, Une seconde mère. Elle a rappelé quel était le crime parfait de Dilma Rousseff: réaliser le rêve des millions de jeunes filles qui rêvaient d’être dentiste.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

5 Commentaires

  1. Je ne suis pas souvent l’actualité politique du Brésil, cependant cette crise attire grandement mon attention. Mais dans ce billet, tu mets le projecteur sur les députés, je comprends mal que des députés du peuple puissent avoir pour objectif d’installer une instabilité politique dans ce pays. Ensuite, je me demande, pourquoi seulement deux ans après son second mandat, le parlement voudrait avoir la tête de Dilma?

    1. La politique brésilienne est passionnante et en même temps compliquée. Il m’a fallu des années d’études pour comprendre le modèle présidentiel brésilien et les autres arrangements institutionnels.
      Le Parlement oeuvre depuis 2014 à bloquer la gouvernance. C’est une crise de gouvernance qui s’est transformé en une crise politique et économique parce que l’opposition est irresponsable et sabote l’action de la présidente. Avec ou sans « impeachment », personne ne pourra plus gouverner au Brésil après dimanche.

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