En Chine ou au Brésil, émerger dans le sang

http://www.flickr.com/photos/ennuipoet/12392570695/sizes/m/in/photostream/Crédit : FreeVerse Photography/Flickr.com
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Crédit : FreeVerse Photography/Flickr.com

Le parallèle est terrifiant. La Chine est le symbole des pays émergents avec le Brésil. Ces deux nouvelles puissances ont bien plus en commun que la seule attractivité de leurs économies respectives. C’est en tout cas ce que suggère A Touch of Sin, le dernier film de Jia Zhang-Ke que j’ai eu la chance de visionner cette semaine. A Rio comme à Guangzhou, on voit, plus que toute autre chose, deux géants émerger dans la sueur et le sang.

Ceux qui ont lu mon billet de début d’année sur le film de Kléber Mendonça Filho savent que le boom économique au Brésil ces dernières s’est réalisé au prix du sang et de la violence. L’aura de Lula da Silva n’a pas empêché ce beau pays de s’engouffrer dans une dynamique sociale très conflictuelle.

Il faudrait vraiment suivre de près le mouvement culturel en marche tant en Chine qu’au Brésil, car dans ces deux écosystèmes assez particuliers l’émergence économique semble insuffler une vision pessimiste aux artistes.

Déjà, dans Tropa de Elite de José Padilha, désormais star à Hollywood, on voyait se définir l’une des problématiques des pays du Brics à savoir la violence de leur société. Dans ce premier film de Padilha, on retrouvait les forces de l’ordre incarnant l’ambivalence morale qui encercle l’exercice du métier de policier.

Ensuite, on a vu dans Les Bruits de Récife que c’est toute la société brésilienne, spécialement la classe moyenne qui est affectée par l’absurde omniprésence du crime, de la suspicion et de l’ennui.

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Scène de A Touch of Sin de Jia Zhang-Ke, crédit: Eye Steel Film/Flickr.com

On sait désormais, grâce à Jia Zhang-Ke, que le mal est général au sein des Brics. Pas même l’autoritaire (et austère) PC chinois n’arrive à contrôler les élans assassins de son peuple.

La discipline du Parti communiste chinois est défiée par le déséquilibre sociétal, conséquence du progrès économique très mal vécu dans les campagnes.

On est pas loin de ce que l’on voit de ce côté de l’Atlantique avec par exemple, le conflit du barrage de Belo Monte entre les Indios et le gouvernement fédéral. Le mouvement des sans-terres (MST) est là aussi pour nous rappeler que le développement n’arrive pas sans en écraser quelques-uns. Si le Brésil scrute tout ce qui se passe en Chine – faut-il le rappeler, ce pays est le premier partenaire économique du Brésil – l’image qui lui est renvoyée n’est pas du genre à plaire.

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Scène de A Touch of Sin – Crédit : Eye Steel Film/Flickr.com

Dans ce film trouble et chaotique de Jia Zhang-Ke, les hommes ne sont pas toujours coupables.

L’émergence économique au XXIe siècle semble apporter une nouvelle forme de modernité : déséquilibrée, désenchantée, désincarnée… et radicalement nouvelle.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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