Au Brésil, Marina Silva place l’écologie au coeur des élections présidentielles

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Caricature de Marina Silva portant son hamac. En portugais, « rede » veut dire en même temps hamac et réseau. crédit photo: Facebook

L’annonce par l’ex-sénatrice Marina Silva d’une alliance avec le Parti Socialiste Brésilien (PSB) de l’actuel gouverneur de l’Etat de Pernambuco change radicalement le spectre politique brésilien. Désormais, le jeux politique se joue à gauche, entre d’un côté le Parti des Travailleurs (PT) fort de ses trois mandats à la présidence, et de l’autre le groupe de Campos qui devra incorporer dans son programme un agenda écolo.

Les socialistes face aux travaillistes…

L’écologie qui a toujours était le point faible de Lula et Dilma, tour à tour président, divise l’opinion public sur des thèmes comme ceux de la construction du barrage de Belo Monte.

Entre la nécessité de croissance et de développement, Marina Silva représente une voix légitime pour le mouvement écologiste. Elle qui a été ministre de l’environnement au deuxième mandat de Lula avant de claquer la porte du PT.

On en saura pas plus sur les raisons de cette division. Mais, certains proches de l’ancien président Lula qui ont participé à la création du PT dénoncent les prises de décisions centralisées au sein du PT. “Le parti est déconnecté de sa base”, réclame-t-on.

Elle n’est pas la seule à avoir lâché Lula. En 2011, elle a récolté 20 millions de sufrages arrivant en troisième position d’une élection bien compliquée pour Dilma. Cette dernière ne parvint pas à l’époque à s’attirer les grâces de Marina Silva qui préfera “rester neutre”.

Il était donc logique qu’elle soit candidate en 2014 pour confirmer la tendance d’une épopée politique improbable. Mais quelque chose à mal tourné en chémin. Elle a eu du mal, très mal, à former un nouveau parti politique, son Rede Sustentabilidade (réseau pour le développement durable).

Faute d’avoir obtenu 50 millions de signatures nécessaire pour la validation de son parti par le Tribunal Supérieur Eléctoral (TSR), la Rede n’a pu voir le jour. 10 millions de signatures ont manqué.

La première semaine du mois d’octobre a été agité car tous attendaient l’annonce du choix de Marina Silva. Allait-elle “rester neutre”, une fois de trop, ou surprendrait-elle en annonçant son ralliement à un poids lourd de l’opposition?

Le choix fut rapide. Elle a penché, samedi 05 octobre, du côté de l’actuel gouverneur de l’Etat de Pernambuco, Eduardo Campos. Le parti de ce dernier, le PSB, ratisse le nordeste brésilien où il somme plus de 5 gouverneurs dont ceux du Ceará et de Paraíba.

La droite sonnée…

En formant cette alliance avec Eduardo Campos, Marina Silva en fait le principal outsider aux prochaines élections au détriment du sénateur Aécio Neves très contesté même au sein de son propre parti le PSDB (social-démocrate en thèse, mais foncièrement de droite dans les faits).

Il s’agit là d’un tournant décisif dans l’histoire politique du Brésil, jamais depuis ces vingt dernières années le PSDB n’avait été rélégué à une “troisième position” dans les prévisions des spécialistes. Si lors des élections de 2014, le PSDB ne parvient pas au second tour, il faudra bien commencer à penser au démentellement de ce parti historique. Doit-on rappeler que c’est de ses rangs que provenait le président Fernando Henrique Cardoso qui gouverna le Brésil pendant 8 ans (1994-2002).

La montée de Marina Silva et Eduardo Campos est le signe que l’énorme majorité formée autour de Lula da Silva ne fait pas sourire tout le monde. Loin s’en faut. Les écologistes se sentent abandonnés par le gouvernement, les mouvements sociaux (notamment les “sans-terres”) protestent contre la centralisation des décisions à Brasília malgré le fédéralisme et aussi une jeunesse qui gronde…

Marina Silva vient de sonner la droite politique du Brésil en même temps qu’elle impose (enfin) à la gauche un agenda écologiste jusqu’ici très peu pris en compte.

Reste à savoir si elle acceptera d’être le candidat à la vice-présidence aux côtés du gouverneur Eduardo Campos ou si son appui restera strictement protocolaire, en attendant de faire valider son propre parti, la Rede. Rien n’exclu non plus une large coalition incluant Aécio Neves, ce qui serait de mauvaise augure pour Dilma Rousseff.

Réponses dans les prochains mois…

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

8 Commentaires

  1. Très intéressant. Cette campagne pour les présidentielles au Brésil promet d’être palpitante. Hâte de voir quelles tendances vont se succéder au fil des mois. Cependant, concernant l’écologie, j’aimerais bien savoir quelles sont les principales problématiques/priorités que met en avant Marina Silva ? Il me semble que le Brésil fait face à tant de challenges en la matière…

    1. oui surtout en ce qui concerne les population « indigènes » et les délogements des plus pauvres. On peut également parler du manque d’égouts dans les villes « d’interior » comme on dit. En tous les cas, je suis ravis que nous n’ayons pas une campagne tiède comme en Allemangne

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