Les noirs meurent plus que les blancs au Brésil

(crédit photo: Jorge Antonio Barros)

Une étude publiée cette semaine à Brasilia fait état d’une situation plus que dramatique quant à la différence du taux de  mortalité entre les populations noires et blanches au Brésil. La recherche intitulé La carte de la violence a été faite sous la coordination de Julio Jacobo Waiselfisz, et vient avec un sous-titre révélateur, La couleur des homicides au Brésil. C’est le Ministère de la Santé qui constitue la principale source d’informations dans ce domaine avec son Système d’infomation sur la mortalité (SIM). Ce système étant institutionalisé par une loi obligeant les autorités compétentes à infomer les causes de chaque décès, aussi bien que l’âge, le sexe, la profession,  le lieu de la mort et la race de la victime.

Les informations sont soumises à une classification codifiée, ainsi le symbole x93 représente une mort provoquée par une arme à feu; x91, une pendaison ou un étranglement. A chaque décès on peut ainsi collecter des informations utiles sur les origines et les circonstances de la mort. Toutefois, la recherche pose certains problèmes méthodologiques étant donné que la classification d’une race est individuelle (l’auto-définition) , c’est-à-dire en gros que chaque citoyen déclare sa race – on rencontre ainsi des personnes blanches qui se révendiquent de la pupulation noire -. Ce phénomène d’autoclassification est le reflet d’un problème racial au Brésil qui constitue un tabu dans toutes les couches da société. Sur ce thème, le professeur Kabengele Munanga d’origines congolaises  est devenu une autorité nationale.

Le rapport révèle des chiffres dramatiques qui établissent l’importance de la race dans l’occurrence des homicides. Selon cette étude, entre 2002 et 2010, pas moins de 272.422 citoyens noirs seraient morts à cause de la violence urbaine contre 144.174 blancs. On note ainsi une différence de 89% du taux de mortalité entre les noirs et les blancs. Le chiffre n’est pas moins scandanleux lorsque l’on regarde la différence des homicides entre les jeunes noirs (159. 543) et les jeunes blancs (70.725).

On note également un taux élevé d’incidences au Nord du Brésil – qui est aussi la partie la moins riches du pays -, le Nord-Est brésilien domine la liste avec plus de 15.000 homicides contre des noirs alors que 1.500 blancs ont été victime d’homicide dans la même région (2010). Par ailleurs, la région Nord-Est présente une suprématie par rapport aux autres régions du pays en 2010: le Sud avec 1.234, le Sud-Est avec 9.519, le Nord avec 5.250 et le Centre-Ouest avec près de 3.500 décès violents.

Les cinéastes brésiliens font la fête

(crédit photo: www.tropadeeliteofilme.com.br)

Ces statistiques trouvent écho dans le cinema brésilien de ces dernières qui ne cesse de montrer sur le grand écran ce cadre violent  caractéristique des villes brésiliennes et se concentre essentiellement dans les quartiers majoritairement peuplés par les noirs. Le lancement en 2007 du film Troupe d’élite marque la médiatisation d’un phénomène social très polémique au Brésil, à savoir, la nature de l’action des forces de l’ordre dans les communautés pauvres – certaines associations vont jusqu’à dénoncer un génocide contre la population noire. La violence policière étant très souvent comparée à la violence des trafiquants, les forces de l’ordre ont très vite trouvé des défenseurs dans la presse, et d’une certaine façon, ce film vainqueur de l’Ours d’or en 2008 jouait ce rôle.

Plusieurs autres films ont suivi cet élan et ont eu relativement le même succès. Aujourd’hui ce genre fait débat dans les milieux académiques qui dénoncent la création et la reproduction des stéréotypes servant à stigmatiser une population victime d’injustice depuis des siècles. Exposer la population noire comme étant essentiellement violente cache justement le besoin d’oculter ces injustices sociales séculaires.

 On note néanmoins l’effort des autorités de changer l’abordage de l’action des forces de l’ordre dans les grandes villes, à l’approche des jeux olympiques et de la coupe du monde, ce changement est plus que bénéfique. C’est dans cette optique qu’il faut comprendre la création des unités de police pacificatrices (UPP). Leur stratégie est aussi bien communicationnelle que sociale et consiste à remplacer la présence des trafiquants dans les favelas par une présence policière, qui s’occuppe entre autres choses d’activités éducatrices, sociales, culturelles et sportives. Leur objectif est de sécuriser les favelas et aussi d’éloigner les jeunes adolescents de la criminalité.

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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11 Commentaires

  1. L’ enquête peut être vraie, cependant nous devons savoir faire la différence des choses, ces crimes ou homicides contre les noirs brésiliens ne sont pas du genre  » Crimes de Gangs Racistes », mais ce qui est vrai et justifie ce taux élevé d’homicide « noir » est la SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE dans laquelle se trouve la majorité des noirs: pauvres, sans éducation… qui n’ont d’autres ressources que le trafic de drogues (un univers sans pitié) qui, par de règlement de comptes, justifie ce taux.
    le noir a tjrs été considéré comme un trafiquant, un voleur, un criminel…( ce qui est en partie vrai), cela n’est simplement qu’un reflet de cette situation socioéconomique qui a forcé le noir à vivre dans le crime. Je sais que le racisme et la discrimination raciale est une réalité bien présente dans la société brésilienne.

  2. Ben ,merci d avoir clarifier les faits. je suis de ceux qui pensent comme toi que la situation socioéconomique est un facteur non négligeable qui justifie le taux d homicides noirs au Brésil. Car la majorité sont issues des familles très pauvres, incapables de subvenir a leurs besoins et voient comme seule source de revenu, le trafic de drogue qui généralement ne laisse personne en vie.

    1. vous avez raison je crois. Néanmoins je dois souligner que le mouvement pour la lutte des droits d’afro-brésiliens se préocupe du nombres de décès (cuases violentes) causés par les forces de l’ordre. Si l’on regarde le taux sur tout le territoire, cette dernière causalité est très importante. Les noirs n’ont certes pas d’option, mais l’abordage des policiers doit changer aussi.

  3. C’est tragique tout ça.
    Dis-moi, au regard de tout ça, que penses tu du mélange raciale? Des sociétés multi-ethniques? Surtout quand il y a du « white » dans le « multi »…

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