Quels scénarios après la condamnation de Lula au Brésil?

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Luiz Inácio Lula da Silva, crédit photo: Ricardo Stuckert/PR, Agência Brasil – Wikimedia Commons

L’ex-président brésilien Lula Inácio da Silva a été condamné en deuxième instance par la justice brésilienne pour le crime de « corruption passive », entre autres, et voit sa candidature aux élections présidentielles de 2018 sérieusement compromise. Sans aller dans des considérations personnelles ou partisanes, je propose quelques scénarios possibles de ce que nous réserve l’année électorale au Brésil. 

Cela fait plusieurs mois que certains analystes, dont moi-même, suggérons à « Lula » qu’il fasse une demande d’asile à l’étranger, mais l’ancien leader syndical croit encore en la justice de son pays et à son indépendance. L’avenir nous dira assez rapidement s’il a eu raison.

Rapide et accéléré est d’ailleurs le rythme que s’est imprimé cette même justice quand il s’est agit de juger le « cas Lula », surtout lorsqu’on considère que les procès impliquant certains de ses adversaires politiques, comme Jose Serra, tombent sous le coup de la prescription. Voici donc quelques scénarios envisageables d’ici la fin de l’anneé, plus précisement au second semestre 2018.

1. Lula « empêché » 

Il apparaît de plus en plus clairement que la candidature du président Lula sera impossible, non seulement sur le plan politique, mais essentiellement du point de vue légal, puisqu’elle tombera sous le coup de l’application de la « loi du casier judiciaire vierge », Lei da ficha limpa. Celle-ci interdit la candidature de tout citoyen condamnée de se présenter à une fonction élective. L’épuisement des instances judiciaires ne permettra pas à Lula de se présenter à temps, car on imagine mal la justice « aller aussi vite » après cette condamnation en deuxième instance. Comme le signale un célèbre éditorialiste brésilien, Lula ne sera pas candidat, même si son parti a annoncé, le 25 janvier, sa pré-candidature aux présidentielles.

2. Lula ira en prison

Il semble que le seul élément susceptible d’éviter la prison à Lula soit le fameux « principe de l’ordre public », puisque la Cour suprême pourrait estimer que son arrestation produirait des troubles publics assez conséquents. Dans tous les cas, la confiscation de son passeport par la justice vient porter un coup très sévère à ceux qui avait encore l’espérance de le voir s’en sortir librement… ou même encore, de le voir demander l’asile politique dans un autre pays.

3. Le Trump brésilien se nomme Bolsonaro… et il est bien pire

L’exclusion de Lula du processus électoral installe un nouveau facteur X: la viabilité d’une éventuelle victoire de Jair Bolsonaro, « le pire député au monde », cauchemar des féministes, des homosexuels ou des afro-brésiliens. Donné deuxième dans tous les sondages, Jair Bolsonaro gagne une certaine confiance et ses partisans aussi. Quiconque circule dans les rues brésiliennes ou dans les shoppings des grandes capitales a probablement remarqué ses militants. Ils ne cachent plus leur sympathie pour cet homme politique plutôt extremiste. Ils affichent des t-shirt avec son visage estampillé et souvent accompagné d’un fusil d’assaut. Ambiance! Cela n’est pas anodin, car le député d’extrême droite est favorable au port d’arme et à la peine de mort.

Ceci dit, une chose est claire. Bolsonaro serait un président aussi dangereux que Trump, voire pire. Certains témoignages font état d’une montée en puissance dans les provinces et les petites villes où le candidat a tissé des liens politiques plutôt forts.

4. Bolsonaro « bloqué », un candidat des médias élu

Le scénario le moins dangereux en cas d’éviction de Lula serait l’élection d’un candidat des médias. Je m’explique. Le fait est que la presse brésilienne joue avec le feu depuis 2013 lorsqu’elle a encouragé la montée des extrêmes au Brésil, notamment dans le but non voilé de faire tomber Dilma Rousseff. Aujourd’hui, elle s’aperçoit avec stupeur que le candidat le plus populaire après Lula est bien Jair Bolsonaro.

Depuis quelques semaines des journaux, comme Folha de São Paulo, enchaînent des dossiers à charge contre Bolsonaro. Il y a eu par exemple un article sur l’augmentation de son patrimoine, sur lequel on lui demande de se justifier. En vain. ll n’y aura peut-être plus assez de temps pour inverser cette courbe. Cependant, certains noms circulent déjà dans la presse: Ciro Gomes, Marina Silva, Fernando Haddad, l’ancien maire de São Paulo, Geraldo Alckmin, gouverneur de São Paulo, Luciano Huck, célèbre animateur d’une émission de divertissement sur la TV Globo…

Il est assez tôt pour confirmer tout ceci, mais voilà en gros quelques scénarios qui me semblent tout à fait possibles d’ici la fin de l’année.

En attendant, je vous souhaite une excellente année 2018, tout en demandant votre indulgence puisque je n’écris plus très souvent sur ce blog… c’est que j’ai une thèse doctorale à finir.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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