Brésil « post-Dilma », aucune femme au gouvernement

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Dilma Rousseff, première femme élue présidente du Brésil, est destituée | Flickr.com | Roberto Stuckert Filho.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Le nouveau gouvernement brésilien formé après des mois de négociation n’intégrera aucune femme, encore moins un représentant des minorités raciales (noires, indigènes). Michel Temer (PMDB) remplace Dilma Rousseff (PT) sans tambour ni trompette, ne donnant aucun signe de modernité alors que le Brésil en a bien besoin.

Le contraste est aussi frappant si on compare le nouveau gouvernement « post-Dilma » avec ceux formés en France juste après l’élection de François Hollande et surtout après l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau au Canada. Ce dernier a lancé un signal fort au monde en composant un gouvernement multiculturel et paritaire. bref, un gouvernement à l’image du Canada.

« Parce que nous sommes en 2015 »

C’est peut-être ce qui manque à Michel Temer, désormais président intérimaire (pour 180 jours) : lancer un signal fort aux femmes et aux minorités. Lorsqu’on l’interrogea sur l’importance de former un gouvernement paritaire, Trudeau répondit sommairement, « Parce que nous sommes en 2015 ». On sera curieux de savoir que répondrait Michel Temer s’il se frottait à cette périlleuse question dans les prochaines heures…

Ce nouveau gouvernement, censé redonner espoir aux Brésiliens, entrera dans l’histoire par la petite porte, car il est le premier à n’inclure aucune femme depuis la fin de la dictature des militaires. Gageons que ce ne soit qu’une coïncidence, pas un signe des temps.

Bizarrement, d’aucuns diront qu’il fallait s’y attendre, mais croire en la bêtise humaine est toujours plus difficile que de croire en son mérite.

Belle, réservée et femme au foyer…


Il y a de cela un mois, le magazine conservateur Veja dressait un portrait de la future première dame du Brésil, de trente ans la cadette du président intérimaire Michel Temer, s’y référant comme « belle, réservée et femme au foyer ». L’image idéale, d’après ce magazine, de la femme brésilienne du 21° siècle.

Des milliers de femmes se sont emparées de la polémique initiant une campagne médiatique pour dénoncer l’image sexiste et rétrograde de la femme brésilienne (Lire cet excellent article sur Rue89). D’un peu partout au Brésil, elles ont lancé une campagne qui consistant à publier une photo contraire à la description faite des femmes sur Veja. Le résultat, assez étonnant (et magnifique), peut être retrouvé ici:

Une crise politique Kafkaïenne

La chute provisoire de Dilma Rousseff fut particulièrement difficile à suivre tant les rebondissements ont largement dépassé la fiction (voir la série américaine House of Cards). Le dernier en date fut la décision inattendue du président de la chambre des représentants de suspendre la procédure de destitution de Dilma Rousseff, avant que le Sénat ne désamorce la bombe qui explosait au visage de l’opposition… puis que l’intéressé lui-même, sans doute pressionné par ses alliés, ne revienne sur sa décision en annulant son acte d’annulation de la destitution de Dilma Rousseff. Vous avez dit Kafka?!

Le grand défi du nouveau président sera de rassembler les brésiliens, tâche qui ne sera pas facile puisque l’opposition a misé sur une dangereuse division du peuple, notamment sur les questions sociales.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
Serge

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4 Commentaires

  1. « Noah Chomsky : « Une bande de voleurs essaye de destituer Dilma Rousseff » !

    Eco Republicano
    Date : 19.5.16

    L’émérite intellectuel et professeur américain au Massachusetts Institute of Technology (MIT, son sigle en anglais), Noah Chomsky, a utilisé son entretien avec le canal Democracy Now pour évoquer le « coup d’Etat en douceur» contre la présidente Dilma Rousseff.

    « En effet, le seul leader politique qui n’a pas volé pour devenir riche est rejeté par une bande de voleurs qui a fait exactement cela. Dans mon esprit cela s’appelle un « coup d’Etat en douceur » a dit Chomsky qui se souvenait même que The New York Times « a noté que Dilma Rousseff est peut-être le seul politique qui n’a pas volé pour des bénéfices personnels « . »

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