Brésil : « C’est la fin de notre système politique »

Image: Wikimedia Commons

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« Vai terminar em pizza ». C’est une expression très connue au Brésil. Elle symbolise l’impunité dans les institutions publiques de ce grand pays d’Amérique latine. Une manière très brésilienne de résoudre les conflits, c’est le jeitinho brasileiro, c’est-à-dire, « trouver une solution à l’amiable ». Le grand scandale brésilien de corruption qui fait l’actualité internationale en ce moment se dirige vers un épilogue aussi convenu que honteux.

La publication d’une liste reprenant plus de 200 noms d’hommes politiques soupçonnés d’avoir reçu des pots-de-vin de la société de BTP Odebrecht dont le patron, l’héritier Marcelo Odebrecht a été condamné à 19 ans de prison par le juge fédéral Sergio Moro, a eu l’effet d’un séisme dont la magnitude peut s’élever à 7 sur l’échelle de Richter.


A en croire les propos de l’ancien président de la République, Fernando Henrique Cardoso : « C’est la fin de notre système politique ».

200 noms d’hommes politiques, ce n’est pas rien. D’autant plus qu’on retrouve dans cette liste les noms de l’actuel président de la chambre des représentants, Eduardo Cunha, l’ancien gouverneur de São Paulo et ancien candidat à la présidence José Serra, le leader de l’opposition et candidat perdant aux élections présidentielles de 2014, Aécio Neves. Ces derniers sont tous favorables à la destitution de Dilma Rousseff dont le nom ne figure pas sur la liste. Cette dernière a par ailleurs été mise sous secret judiciaire par le juge Sergio Moro, 4 heures seulement après la fuite… contrairement aux écoutes téléphoniques de Lula et Dilma.

Mais internet a joué son rôle et chacun connait les noms de ceux que l’on soupçonne désormais d’être aussi corrompus voire plus corrompus que la présidente Dilma Rousseff, prise en otage par des institutions vicieuses.

La liste contient aussi sa petite dose d’humour, preuve que les brésiliens ne perdent pas le sens de la dérision, même dans la tourmente. Les politiques se voient attribuer des petits noms plus ou moins liés à leur personnalité. On y retrouve ainsi quelques perles : La brute, avion, Rio, gardien de but, viagra, athlète, écrivain, le crabe, le nerveu, Proximus (!), le grec, etc.

La fameuse liste des noms figurant sur la feuille de paiement d'Odebrecht

La fameuse liste des noms figurant sur la feuille de paiement d’Odebrecht

Sentant bien le parfum de l’effondrement du système, puisque seuls deux ou trois (petits) partis se tireraient d’affaire, la télévision Globo a décidé de « ne pas citer les noms parce que la liste était trop longue » (sic).

Excuse bidon ou foutage de gueule ? A chacun d’en juger. Le fait est que depuis ce fameux mercredi 23 mars où la « Planilha da Odebrecht » a fuité, le ton des partisans de la destitution a considérablement baissé. On a presque passé un week-end sans grand drame national.

A quoi s’attendre, alors ? A tout ou rien ! Quand l’humanité est menacée d’extinction, que fait la nature selon les lois de l’évolution ? Elle s’auto-préserve. La divulgation de la liste a montré que personne n’est clean, ni les politiciens, ni les journalistes, et encore moins le citoyen qui vote. Le « système » va-t-il enclencher un mécanisme de survie afin d’éviter l’effondrement ?

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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