Les cinq péchés capitaux du Brésil

https://www.flickr.com/photos/bombeador/396633555/sizes/z/

Un paysan brésilien – crédit photo: Eduardo Amorim | Flickr.com

Chers amis lecteurs, vous m’avez manqué. Je n’ai pas eu le temps de vous « alimenter » en billets ces dernières semaines pour diverses raisons, mais essentiellement parce que je prépare un petit voyage pour la grande ville de São Paulo. Vous avez également remarqué un changement radical du layout de votre « blog brésilien préféré ». Merci donc à Ziad Maalouf, et à toute l’équipe de RFI-Mondoblog qui ont durement travaillé pour une réforme de notre plateforme. Je ne souhaitais pas voyager sans vous laisser de quoi grignoter… j’ai donc décidé d’expliquer quels sont les cinq péchés capitaux d’un Brésil qui n’avance plus. 

1. Son économie rentière

Le Brésil a longtemps navigué sur les bonnes vagues de ses ressources minières, de son pétrole et de sa diversité biologique. Ce modèle présente malheureusement des limites qui tôt ou tard allaient nous exploser à la figure. Premièrement, la récupération des Etats-Unis qui a attiré les investisseurs vers ce pays laissant le Brésil sans cet avantage concurrentiel qui aura duré, allez, disons, quatre ans (2008/2012).

De plus, lorsque vous avez une élite corrompue, des politiques au service des familles les plus riches de l’agronégoce et pas forcément soucieuses de rééquilibrer la distribution des richesses, comme l’observe le politologue André Singer, la tâche devient vraiment trop difficile :

Le lulisme ne s’est pas montré capable, jusqu’ici, de dépasser l’exploration des brèches existantes dans l’architecture néolibérale. Dans des conditions mondiales favorables, il s’est servi, avec une certaine justesse, des espaces non conflictuels pour améliorer la vie des pauvres. […] Cependant, le pas pour devenir un pays de classe moyenne dépendra d’un autre cadre, avec une autre corrélation de forces.

Cliquez ici (PDF) pour une analyse comparative concernant la politique agricole de la France et du Brésil.

2. Le vote obligatoire

Le vote obligatoire dans un pays comme le Brésil n’a aucun sens. C’est la manière la plus simple d’accroître le taux de corruption, d’impunité et ce sentiment que « les politiciens sont tous les mêmes », à mon avis, le premier pas pour qu’un pays s’autorise toutes les excentricités.

3. Des médias non pluralistes

Si le vote obligatoire n’a aucun sens au Brésil comme je le disais dans le point précédent, c’est aussi parce que le Brésil n’a pas un système médiatique démocratique et pluraliste. Or, la liberté de la presse est au moins aussi essentielle que la démocratie elle-même.

J’aime beaucoup l’analyse de Serge July pour qui « la démocratie dépend du nombre élevé de journaux et autres médias ». Une analyse qu’il tire de chez Tocqueville. C’est cette pluralité qui est le garant d’un vrai débat au sein de la société. Mais surtout, sans cette liberté de la presse et la diversité qui l’accompagne, la population n’a plus les balises nécessaires pour exercer « librement » son devoir de vote.

4. L’éducation à la traîne

Le slogan de campagne de la présidente Dilma Rousseff en 2014 était d’un goût très amer pour tous ceux qui en percevaient le cynisme : « Brésil, une patrie de l’éducation ». Vraiment?

crédit photo: Emilayne Souto pour @cariocaPlus

Crédit photo: Emilayne Souto pour @cariocaPlus

Si c’est le cas, comment se fait-il qu’à l’heure où un consensus sur la nécessité d’une période d’austérité s’installe, ce soit sur le budget de l’éducation qu’on décide de couper 37 % d’investissement?

5. Des partis politiques sans leadership

Il y a non seulement un vide politique depuis le départ de Lula da Silva – que voulez-vous, même dans les meilleures démocraties, les gens veulent des messies – , mais c’est surtout l’incapacité de tous les partis politiques à renouveler leurs cadres.

Jusqu’ici, la formule est de faire du neuf avec les anciens ou les « nouveaux anciens ». Je m’explique. La candidate de la gauche radicale lors de la dernière élection présidentielle était Luciana Genro [vidéo], la fille de Társio Genro, ancien ministre et gouverneur du Rio Grande du Sul, poids lourd du Parti des travailleurs (PT). C’était un peu la « divine comédie » de cette campagne. Dilma Rousseff opposée à la fille de son ami… vous avez dit « tous les mêmes »? 

Suivez-moi sur Twitter: @sk_serge

 

The following two tabs change content below.
Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

7 Commentaires

  1. Cela n’est peut-être pas encore un péché au Brésil, mais l’usage des réseaux sociaux pour distiller la haine au quotidien avec dernièrement le contrat de 10.000 Réales sur la tête de Joao Pedro Stedile “mort ou vif ».. Leonardo Boff parle des médias conservateurs putschistes, ou du capitalisme va en guerre contre la populace en ce moment !!!
    Merci Serge et bon voyage.

    1. Pour moi, le plus grand problème du Brésil c’est l’ensemble des médias putschistes dont parle Boff justement.. peut-être juste après la système politique qui bloque tout changement, même les petites réformes…

    2. Je crois avoir écrit sur la haine qui monte sur les réseaux sociaux. Ces derniers temps, c’est l’extrême droite brésilienne (qui ne dit pas son nom) qui a su profiter de ces nouvelles technolgies… faut croire qu’ils sont bien mieux organisés (comme les élites, tiens… ah mais, ce sont eux, l’élite 🙂 )

  2. Je vois. Cinq péchés capitaux… heureusement ils ne sont que cinq. Mais ailleurs, on a dépassé les cinq, même les 7 catholiques qui ouvraient largement les portes de la demeure du Lucifer et qui refermaient sur le pêcheur celles de la Sainte Eglise. Je suis content serge de ton billet, car il me permet rapidement de rapprocher la politique de communication du Brésil de celle de la Chine pour enfin rapprocher les deux (des BRICS) des Etats africains que j’analyse dans un bouquin à paraître aux EUE.

  3. Grâce à toi, on connaît à travers ces 5 points, les péchés qui minent le Brésil. C’est vraiment dommage.

    Moi ce qui choque le plus, c’est vrai, il y les médias et consort. Mais c’est surtout l’éducation. L’éducation, on ne le dira jamais assez est la base du développement d’un pays.

    Aujourd’hui, c’est 5 péchés, peut-être demain 10 après demain 20. Bon prions que tout rentre dans l’ordre petit à petit.

    Bon voyage Serge, bien à toi !

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *