Cinq raisons pour que Lula ne soit pas secrétaire général de l’ONU

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Lula_e_Ahmadinejad_2010.jpgLes anciens présidents du Brésil et de l'Iran, Lula Inácio da Silva et Ahmadinejad - crédit photo: Ricardo Stuckert (ABr) | wikimedia commons

La nouvelle se répand dans les médias brésiliens, Lula da Silva veut être le prochain secrétaire général de l’ONU. Lula le veut, Barack Obama le souhaiterait, on n’en est pas certain. Pourtant l’idée fait son chemin alors que le mandat de Ban Ki-moon s’approche de sa fin. Les chances de Lula ont été analysées ici. En réalité cette hypothèse revient depuis que Lula a quitté la présidence du Brésil en 2010. Je vous propose donc deux articles – publiés en deux temps – sur les bonnes raisons et les mauvaises de cette probable élection. Voici maintenant les raisons pour lesquelles Lula ne doit pas avoir ce poste.

Retrouvez la première partie de ce billet ici.

1. Parce qu’il ne parle pas anglais

Difficile d’imaginer un dirigeant des Nations unies qui ne s’exprime pas correctement dans la langue de Shakespeare. Sachant que les Brésiliens ne sont pas vraiment des passionnés des langues étrangères (tiens, ça me rappelle les Français), on voit mal Lula lire le Bill of Rights du jour au lendemain…

http://en.wikipedia.org/wiki/Bill_of_Rights_1689#/media/File:English_Bill_of_Rights_of_1689.jpg

@ wikimedia commons

Il est très facile de parler Lingala et de convaincre un Brésilien que vous vous exprimez en anglais ou en grec. Sérieusement ! On imagine déjà ce bon vieux Lula prendre de cours du soir « to improve » son anglais. Pas certain que ça marche pour autant.

2. Après lui le déluge

Vous savez cette sensation qui vous prend quand vous avez ingurgité dix-neuf canettes de bière? La gueule de bois qui vous secoue la tête après une soirée trop agitée… c’est un peu « l’effet post-Lula ». Sinon, pensez aussi au choc provoqué par l’hiver qui tombe sur Westeros après neuf années d’un été particulièrement long… Lula, c’est la même chose.

Il n’y a personne qui explique mieux le malheureux héritage du « lulisme » que l’éditorialiste d’ El Pais Brasil, Eliane Brum. Dans un article d’une incroyable virtuosité intellectuelle, l’éditorialiste décortique ce qu’elle nomme « a maldita herança do PT »*, c’est-à-dire, le chaos politique laissé par le PT malgré un bilan positif – voire extraordinaire en matière sociale – , et c’est là tout le paradoxe.

 3. Le Brésil est un poids mouche des relations internationales

 « Le Brésil est un nain diplomatique ». La phrase n’est pas de moi, vous vous en doutez bien. C’est le porte-parole du ministère des Affaires étrangères d’Israël, Yigal Palmor,  qui l’a prononcée après qu’Itamaraty ** a critiqué les frappes israéliennes sur Gaza l’année dernière.

La brutalité des mots employés par ce diplomate ne doit pas nous faire oublier l’essentiel: que le Brésil est réellement « un petit pays » sur la scène internationale. Il n’a jamais joué que des rôles secondaires même sur des terrains où à priori il aurait pu être un acteur majeur, en l’occurrence dans les négociations qui ont mis fin à la crise des missiles sur Cuba. Une historienne russe a confirmé cette version des faits dans un récent ouvrage.

[ Lire aussi le résumé d’un article publié par le MIT Press Journal sur le rôle du Brésil pendant la « crise des missiles »].

4. Parce qu’il pourrait être tenté par la présidence

Quid de la politique interne? La fin du cycle favorable du PT pourrait être une tentation pour un éventuel retour – en force – de Lula da Silva. En effet, on voit mal comment le PT gagnerait la prochaine élection présidentielle. Si tout se passe selon les tendances actuelles, les prochaines élections municipales de 2016 pourraient voir le Parti des travailleurs être sanctionné par leurs anciens électeurs.

D’où la tentation pour Lula de la jouer comme… Putin. Un retour en 2018 ? Pourquoi pas? Encore faudrait-il convaincre les Brésiliens que Lula est (toujours) la solution. Or, son discours est loin de l’esprit fédérateur des années 2000.

Les récentes manifestations au Brésil ont radicalisé les discours de plus en plus clivants… y compris celui de Lula.

5. Parce qu’une femme, ce serait mieux

La cote des femmes augmente chaque semaine. Selon un site anglais très influent, l’une des candidates les plus sérieuses serait Helen Clark. On n’oublie pas non plus, l’ex-ministre bulgare des Affaires étrangères Irina Bokova.

L’idée de « donner » un nouveau mandat à l’Amérique latine n’est pas contradictoire avec la volonté de féminiser » le Palais de verre. Allez, un peu de fraîcheur dans cette tour de cristal… alors, Michelle Bachelet, la présidente du Chili? Pourquoi pas?

Mais, voyons tout cela autrement. Élire Lula Inácio da Silva est quasiment une garantie que tôt ou tard une femme dirigera l’ONU; n’a-t-il pas fait élire une parfaite inconnue à la tête du Brésil ? Lula n’est pas un faiseur de roi, c’est un faiseur de reine. On ne se refait pas…

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* L’héritage maudit du PT

** Ministère brésilien des Affaires étrangères 

Pour plus d’informations et d’analyses sur le Brésil, suivez-moi sur Twitter: @sk_serge

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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2 Commentaires

  1. Ow bof, moi je m’en tiens quand même à la première partie de ton article. Même s’il y a pas mal de raisons pertinentes, ça m’intéresserait bien de le voir à l’ONU, d’autant qu’après lui viendrait une femme comme tu dis…ou le déluge! 😀

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