« Ils savaient tout », la Une assassine de Veja

https://www.flickr.com/photos/tcnbaggins/2325105328/sizes/z/La Une de Veja, "Il était temps". Puis, celle du journal de gauche Carta Capital, "Cuba sans Fidel" - Crédit photo: tcnbaggins / Flickr.com /

 

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La Une de Veja, « Il était temps ». Puis, celle du journal de gauche Carta Capital, « Cuba sans Fidel » – Crédit photo: tcnbaggins / Flickr.com /

« Ils savaient tout! », cette phrase prononcée par André Malraux au moment où le Panthéon s’apprêtait à accueillir Jean Moulin fera la Une de la revue Veja ce week-end. Les historiens et tous ceux qui auront le coeur à raconter l’histoire du Brésil dans 50 ans devront le faire en lettres de sang, car en un soir d’octobre 2014, on tenta encore une fois d’assassiner la démocratie brésilienne.

La revue Veja est peut-être le magazine ayant la plus grande circulation au Brésil, sans parler du fait que ses gros titres sont systématiquement reprises par les journaux télévisés des chaînes gratuites telles que Globo, Record ou Band.

« Ils savaient tout! »Cette Une assassine pour Dilma Rousseff et Lula da Silva se réfère au scandale de corruption touchant la multinationale Petrobras, l’affaire étant elle-même déjà entre les mains de la justice. Donc, pourquoi faire courir des rumeurs? Et surtout, pourquoi n’exposer que le PT (Parti des travailleurs) quand ce même témoin a déjà déclaré que des hauts cadres du parti d’Aécio Neves étaient également impliqués?

En premier lieu, si l’on s’en tient uniquement au travail journalistique, il s’agit là d’une Une totalement irresponsable, car elle se base sur les propos d’un témoin qui ne présente aucune preuve, mais raconte UNE version de l’affaire… rien de plus. On ne sait rien. Et justement puisqu’on ne sait rien, on peut tout supposer. On peut accuser sans preuve comme le fait Veja qui choisit définitivement son camp, encore une fois, contre la démocratie. Il s’agit ni plus ni moins d’une forme de terrorisme électoral pratiqué par une catégorie professionnelle censée être le garant de la démocratie. Le constat de Véronique Montaigne, journaliste pour Le Monde est sans appel

Deuxièmement, en associant Lula da Silva à ce titre, on s’aperçoit que le but de Veja n’est pas d’informer. Car « Lula » n’est plus dans le gouvernement, il n’exerce aucune fonction officielle; cette Une a donc la double fonction de détruire l’image de Dilma Rousseff, mais surtout celle de Lula, symbole de ce Brésil qui a « roulé à gauche » pendant 12 ans. Lula étant la caution morale du PT, c’est donc lui qu’il faut détruire avant de s’attaquer à Dilma Rousseff.

Ceux qui écriront l’histoire, donc, auront le devoir de dire que Dilma Rousseff, Lula da Silva et le PT ne contrôlaient pas la presse, contrairement à ce que véhiculent les correspondants de Folha de São Paulo, Estado de São Paulo ou Veja à l’étranger…

Il convient aussi de rappeler, pour mieux situer le lecteur, que tous les sondages donnent désormais Dilma Rousseff comme victorieuse avec plus de 4 % d’avance sur le candidat de droite, Aécio Neves.

A deux jours de l’ élection présidentielle, cette Une de Veja est un sérieux coup de massue porté à la démocratie brésilienne.

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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4 Commentaires

  1. Et maintenant tu m’as mise dans un grand desespoir Serge! Veja est desesperé mais nous allons vaincre quelque soit l’humiliation de ses imperialistes qui veulent a tout prix mettre le Brésil dans un Cao bien organisé déjà en voulant bien detruire cette democratie…En moins de 72 heures on nous lance cet article?

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