Brésil/Etats-Unis : quelle place pour les Noirs dans les médias ?

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Le logo du Network brésilien, Sistema Brasileiro de Televisão / wikimedia commons / cc

TELEVISION | Si vous avez la chance (ou le privilège, c’est selon…) d’être abonné aux chaînes de télévision câblées, il vous sera facile de faire un constat sur la place que chaque pays semble accorder aux Noirs dans l’espace médiatique. Pour ma part, j’ai comparé la situation de deux pays historiquement construits grâce à l’exode forcé des Noirs africains en Amérique. Quelle place les télévisions accordent-elles aux Noirs au Brésil et aux Etats-Unis?

Lorsqu’on arrive au Brésil, l’une des choses qui frappe le plus par rapport aux relations raciales est le fait que les Afro-Brésiliens ne sont pas autant organisés que leurs homologues Afro-Américains.Je m’explique. Vous ne trouverez pas ici une industrie cinématographique destinée à promouvoir la culture noire, il n’y a pas ici de réalisateurs ou acteurs noirs reconnus nationalement ou internationalement (à l’exemple de Spike Lee, Steve McQueen, Denzel Washington, Oprah Winfrey, Forest Whitaker, Samuel L. Jackson), il n’y a aucun gouverneur noir, même pas à Bahia, un Etat dont 75 % de la population se déclare noire (si l’on inclut les métis dans cette statistique). Pour ce qui est des acteurs noirs, s’il en existe, on les compte sur les doigts d’une main: Lázaro Ramos, Tais Araujo

Le constat est amer. Les grandes chaînes de télévision brésiliennes n’accordent que très peu d’espace aux journalistes noirs. J’inclus dans la catégorie « journaliste » les spécialistes et consultants généralement employés par ces chaînes.

« Mais nous avons beaucoup de reporters noirs »

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Zileide Silva, journaliste – reporter pour la Rede Globo

Ainsi, si l’on considère la couleur de la peau, peu de chaînes de télévision gratuites (les grands Networks calqués sur le modèle américain) comptent un présentateur de journal noir. La Rede Globo, par exemple a bien une présentatrice noire qui apparaît « éventuellement » au Jornal Hoje de 12 heures. Zileide Silva a récemment présenté aux côtés d’un journaliste blanc le journal de minuit.

Or, si l’on compare avec les chaînes américaines telles que CNN, FOX ou ABC News, on remarque vite que les patrons américains ont considérablement intégré les Noirs dans leur personnel et ne se contentent pas de leur donner des postes de « reporter ». Idem pour les consultants.

Il n’est pas rare de voir sur CNN un Kareem Abdul-Jabbar ou un Magic Johnson (ESPN) apparaître sur le petit écran et donner une opinion avisée sur un domaine qu’ils maîtrisent parfaitement. Il y a également de nombreux spécialistes et consultants (juridiques, économiques, etc.) de race noire (comme @DonnaBrazile) invités sur les plateaux des grandes chaînes américaines contrairement au Brésil.

Récemment, un directeur de la chaîne de sport ESPN-Brasil justement, a été mis dans l’embarras par un téléspectateur qui l’interrogeait sur l’absence de présentateur noir dans son équipe… et ce, au moment où le cas de racisme contre le gardien de but de Santos, Aranha, fait rage. Il n’a évidemment pas présenté de réponse satisfaisante se contentant d’un classique, « mais nous avons beaucoup de reporters noirs… ». Merci !

Les chaînes gratuites à la traîne, Globo sort du lot

Lorsqu’on regarde vers les chaînes payantes, on s’étonne de constater que le nombre de Noirs présentateurs d’émissions ou de journaux télévisés augmente par rapport aux chaînes gratuites. Pourquoi cette différence quand on sait que les élites brésiliennes sont blanches? La réponse est dans la question : si elles sont blanches, ce sont aussi les élites qui présentent une opinion critique sur les questions du racisme

Les pauvres, malheureusement, ne veulent pas penser, ils préfèrent manger… Et donc, logiquement, si une chaîne gratuite n’offre pas de diversité ethnique, elle court moins le risque d’être critiquée par un public peu instruit et indifférent aux questions sociologiques.

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L’ancien joueur de la Seleção, Junior – wikimedia commons /cc

Le sport qui est justement le domaine où les Afro-Brésiliens excellent le plus n’est pas plus représentatif de la communauté noire (le concept est un peu inapproprié, je l’admets).

Depuis sa retraite, Denilson, le champion du monde de football passé par Bordeaux notamment, commente les matchs de deuxième division pour la chaîne Rede Bandeirantes, alors que son aîné Junior est une star à Globo. On le retrouve notamment lors des retransmissions des matchs de première division.

C’est paradoxalement la chaîne Rede Globo dite conservatrice qui donne plus d’espaces aux Noirs

Aux Etats-Unis, non seulement les Noirs américains sont acceptés dans les grands médias du pays, mais – et surtout – les ethnies minoritaires aux Etats-Unis s’organisent de façon à avoir des « chaînes communautaires » qui ont vocation à promouvoir la culture locale. Il y a évidemment aussi la volonté des grands Networks de cibler les populations d’immigrés comme les Latinos.

Ces différences sont d’autant plus étonnantes que la population noire-américaine est estimée à 12 % aux Etats-Unis, alors que le Brésil compte 51 % de Noirs dans sa population.

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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