Anwar Congo, l’homme moderne par excellence

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Czeslawakwoka.jpgDes enfants morts à Auschwitz, crédit photo: Skyliber / Wikimedia Commons
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Des enfants morts à Auschwitz, crédit photo: Skyliber / Wikimedia Commons

La guerre dans la Bande de Gaza fait ressurgir un mot que l’humanité avait juré de ne plus jamais prononcer après Auschwitz  et le Rwanda. Vous avez compris, je parle bien de génocide. Le terme revient de plus en plus sur les réseaux sociaux et dans les médias notamment dans la bouche de ceux qui critiquent « l’action » d’Israël en territoire palestinien.

Pour autant, est-il correct d’employer ce mot pour désigner un crime, aussi massif soit-il en terme d’extermination d’une population?

La distance est tenue entre la compréhension que l’on a d’un crime de « guerre tout court » et d’un génocide. Il semble même que l’on passe aisément d’un terme à l’autre, à l’envie.

Pour ma part, je suis toujours gêné lorsque quelqu’un « utilise le mot génocide en vain », pour reprendre une expression biblique. On ne devrait pas prononcer ce mot en vain au risque de le démystifier et de perdre tout le recul nécessaire dans ce genre de situations.

Tout le monde s’accorde à dire qu’au Rwanda, il y a bien eu un génocide. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale aussi, sans parler évidemment du génocide arménien.

Il faut donc essayer de comprendre ce que renferme ce concept qui a dépuis été adopté dans les vocabulaires aussi bien du Droit International que du Droit Humanitaire.

Si certains crimes de guerre ont en commun un élement qui les fait passer du status de « crime tout court » à celui de génocide, il s’agit peut-être de la cruauté dans l’exécution du pogrome programme… mais aussi de la rationalité mobilisée pour y parvenir.

Adorno et Horkheimer ont été les premiers à s’être véritablement « penché sur Auschwitz » en montrant surtout la dimension rationnelle de l’extermination. Ce qui a eu la conséquence de faire prononcer à Adorno l’une des phrases les plus radicales de l’histoires des sciences humaines: « Après Auschwitz, il est désormais interdit à l’homme de penser ».

La suspension de la raison. Voilà ce que le génocide produit de plus dramatique dans la modernité.

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Une voie menant sur l’entrée d’un camp de concentration à Auschwitz – crédit photo: C.Puisney / Wikimedia Commons

Hélas, nous vivons bien à l’ère des génocides. La modernité a déjà son synonyme le plus légitime. Aucune autre époque n’a allié avec une telle perfection l’art de tuer à la science: Rwanda, RDC, Cambodge, Auschwitz, Arménie, le Darfur, Hiroshima, Nagasaki, Gaza (?),  Indonésie, etc.

L’Indonésie est d’ailleurs, à mon sens, un cas à part. Peut-être même pire que l’extermination des juifs. Loin de moi l’idée de m’engager dans une tentative de hiérachisation des génocides. A ce jeu-là, malheuresement notre époque est déjà passée maître. Nous sommes donc tous des génocides. Ah, voilà un hashtag que personne n’ose mais qui nous va si bien… #WeAreAllGenocides, #NousSommesTousDesGénocides.

Le cas du massacre des millions d’indonésiens opposés au régime militaire dans les années 60 est l’objet d’un article que je publierai cette année dans la révue brésilienne  « Sociologie des émotions ». Je m’interesse particulièrement au documentaire produit par le réalisateur américain Joshua Hoppenheimer qui « donne la voix » littéralement aux auteurs des crimes les plus barbares que l’humanité n’ait jamais vus.

Anwar Congo et ses complices sont aujourd’hui des stars dans un pays qui cherche encore sa propre voie démocratique malgré une une société à la morale trop fragile. Ce qui gêne le plus ici, c’est que personne en Indonésie ne semble être choqué par ce crime. Enfin, pas la majorité en tout cas si l’on en croit le prisme du documentaire.

La « scène du balcon » qu’il est recommandé de voir est la preuve ultime « de l’utilité de la raison pour commettre un génocide ».

Pas d’indignation, donc. Au contraire, ici, les bourreaux sont des héros. Les victimes, simplement des « communistes »… ou comment les discours préparent les « meilleurs génocides ». Les « cafards » tutsis, ça vous dit quelque chose?

Anwar Congo est l’homme moderne par excellence: assassin, calculateur, méthodique et terriblement rationnel.

Pour finir, je reviens donc sur le conflit dans la Bande de Gaza et ses d’ores et déjà 1200 morts dont 200 enfants. Il y a évidemment quelque chose de rationnel dans les attaques de Tsahal: l’attaque ciblée sur la centrale d’électricité, les maisons bombardées, etc. mais, il faut encore un pas avant qu’on parle de génocide.

D’ici là, continuons au moins de nous indigner, puisque c’est ce qui nous rend encore humain… malgré tout.

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

2 Commentaires

  1. J’ai eu la chance d’avoir un voisin Veteran ou ancien militaire americain qui a participé a la guerre du Vietnam oui la bas il y’a eu Genocide. Au Congo, il s’ est produit un grave Genocide ignoré par la scene international.

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