Titanic… sur la route

http://pt.wikipedia.org/wiki/RMS_Titanic#mediaviewer/Ficheiro:Titanic-lifeboat.gifDes rescapés du Titanic / Wikimedia Commons
http://pt.wikipedia.org/wiki/RMS_Titanic#mediaviewer/Ficheiro:Titanic-lifeboat.gif

Des rescapés du Titanic / Wikimedia Commons

Ceux qui me suivent sur Facebook savent que je suis un travailleur nomade, c’est à dire une victime consentante de la précarisation du monde du travail selon le sociologue français Bruno Marzloff qu’il convient de suivre… Il m’arrive donc très souvent de faire des navettes entre entre la capitale João Pessoa et Campina Grande, mon lieu de travail quasi forcé. Mais cette fois-ci une expérience digne de Titanic de James Cameron m’attendait.

Ci-dessous, l’émission de l’Atelier des Médias avec l’auteur de Sans Bureau Fixe

A trop regarder le Titanic de James Cameron, on pourrait penser qu’à côté de la tragédie du naufrage, il peut y avoir une belle histoire… d’amour? C’est se tromper sur la nature humaine.

Le récit que je m’apprête à vous relater est une histoire terrifiante. Un moment unique qui rappelle étrangement la tragédie du RMS Titanic… en principe, disons.

Après mes deux semaines hors du Brésil, je suis rentré à João Pessoa. Et comme d’habitude, le week-end je vais donner des cours dans une ville voisine situé à 125 Km de la capitale, JP.

Après un excellent week-end passé à Campina, il me faut retourner dans ma ville de résidence où d’autres activités m’attendent. Le voyage dure normalement 1 h 45 minutes mais ce soir-là, le bus décide de nous jouer un mauvais tour. Il est 16 heures, mais je n’arriverai à destination que quatre heures plus tard…

Alors qu’on a tout juste fait la moitié du trajet, le moteur nous lâche. On est donc arrêté au milieu de nul part, pas d’habitations à vue, il n’y a pas non plus de lampadaires… Et quand je vous dit que le moteur nous a lâché, c’est à dire que même les lampes à bord de l’autocar sont HS*

Pour couronner le tout, et malheureusement pour nous, on est dans une région où la nuit tombe plus tôt qu’ailleurs, donc, je vous laisse imaginer ce qui nous attend comme stresse.

Je ne sais pas pourquoi mais depuis que je vis au Brésil, j’ai l’impression que lorsqu’il y a un blackout, il fait plus noir qu’à Kinshasa où l’on est habitué aux coupures d’électricité. Cette fois-ci encore, cela s’est vérifié.

Nous sommes tout d’un coup « immergés » dans le noir absolu, aucune couleur, que du noir et noir, rien que les ténèbres. Et de temps en temps, deux petits points jaunes passent à notre gauche à 100 kilomètres à l’heure… tous les sons sont multipliés par quatre.

Les pleurs des enfants, les mémés qui se mettent à jurer… où pourrait être le glamour dans tout cela, où est le romantique? Non, dans la peur, nos pires instincts se révèlent: on regarde dans la plus ignoble indifférence un gamin de 6 ans hurler de douleur après avoir été piqué par une de ces fourmies géantes qui n’exisitent qu’en Amérique Latine… sa mère ne sait quoi faire, elle même essaye tant bien que mal de contrôler sa peur.

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Le RMS Titanic / Wikimedia Commons

De mon côté, j’observe le chaos s’installer. La passagère devant mon siège panique parce qu’elle a soudainement très faim. Heureusement qu’une bonne dame lui offre le dernier chocolat en sa possession.

Un vilain type a la mauvaise idée de faire une plaisanterie sur des bandits qui assaillent les bus sur les routes de l’Etat… « ferme ta guelle ! «  lui lance une autre vieille qui s’impatiente fortement.

Je pense à mille chose à la fois. Au Taxi Tracker abidjanais qui serait bien utile en cas d’enlèvement collectif; à Charles Mingus pour détendre mon esprit au milieu de « ce nul part » terriblement engoissant… Je pense au géolocalisateur de Google. Qu’il serait bien utile en ce moment.

Mais tous nos téléphones portables, soit disant smarts, décident de nous lâcher au même moment; problème récurrent de batterie.

Une comète aurait même eu le temps de passer au dessus de nous si j’en crois un passager plutôt sympa qui s’est posé sur sa valise au bord de la route, bravant tous les dangers de la végétation brésilienne: fourmies, anaconda, le fameux moustique de la dingue Aedes Egípcio – curieuse référence à l’Afrique – , etc.

C’est ce même passager qui me rappelle quel devait être l’ambiance pendant les derniers instants du Titanic… je rigole.

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* Hors service. 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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2 Commentaires

  1. Serge, Titanic sur la route, c’est impossible ! 😉 Une histoire qui commence par un fait anodin… Cela ressemble terriblement aux premières minutes d’un film d’horreur ça. Heureusement, la suite de ton billet ne prend pas de tournure sanglante.
    Quand je dis qu’il ne faut pas (trop) blâmer une mésaventure, car au moins cela fournira du contenu à un billet, voilà encore une preuve supplémentaire.

    1. ce fut une soirée terrifiante… tu peux le croire !
      Ce qui m’a impressionné , c’est comment les gens basculent petit à petit dans une panique qui n’a parfois pas lieu d’être …

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