Neymar, l’homme qui a fait revenir Lula

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Neymar_Junior_the_Future_of_Brazil.jpgMontage de Mylène Colmar, crédit photo: Christopher Johnson et Ricardo Stuckert/PR - Wikimedia Commons
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Neymar_Junior_the_Future_of_Brazil.jpg

Montage de Mylène Colmar, crédit photo: Christopher Johnson et Ricardo Stuckert/PR – Wikimedia Commons

La politique est vraiment une équation à plusieurs inconnues. Qui l’aurait imaginé? Qui aurait pu penser que le « sprint boltien » de Gareth Bale aurait des conséquences dramatiques pour le Brésil? En ce clássico de légende, la blessure inopportune de la star brésilienne Neymar s’est révélée être le catalyseur d’une série d’événements catastrophiques pour Dilma Rousseff. Retour sur l’histoire d’une tragédie politique.

A Valence, le clássico de tous les dangers

Le sprint de Gareth Bale a non seulement assommé le Barça, mais il a aussi porté un coup fatal aux nerfs du jeune Neymar. Car le Brésilien vient de se rendre compte que les duels contre le Real Madrid peuvent envoyer n’importe qui sur le divan d’un psychiatre. Mourinho [vidéo] en sait quelque chose

En ce mois d’avril 2014, la Coupe d’Espagne est donc perdue pour le F. C Barcelone. La première année de Neymar en Europe est déjà un échec puisque trois jours plus tard, Barcelone enchaîne une nouvelle défaite en championnat et dit définitivement adieu au titre. Le malheur n’arrivant jamais seul, Neymar se blesse. L’incroyable sprint de Gareth Bale a fait ses effets. Les dégâts collatéraux de cette course de 65 mètres sont immenses, et atteindront jusqu’à la politique nationale brésilienne.

Quelques semaines après, cette blessure d’abord minimisée commence à soulever des soupçons. Les médecins du Barça ont forcé Neymar à jouer le dernier match du championnat, après quoi la star santiste a rechuté. Cette fois-ci, le diagnostic est sans appel: six mois… au moins. Ruptures des ligaments du genou. Adeus Copa !

Mais l’année cauchemardesque de Neymar est loin d’être terminée. Son père qui est depuis des mois la cible des médias dans le cadre de son implication dans le transfert de l’ancien joueur de Santos est convoqué par la justice espagnole pour témoigner pendant le jugement de Sandro Rossell, l’ancien président de Barcelone…

Tout cela tombe mal pour Neymar et le Brésil où le climat social se dégrade. Nous sommes au mois de mai. Rendez-vous au Brésil… en juin.

Le drame de Dilma Rousseff

Stromae est dans les tribunes. Auparavant, il est venu donner le coup d’envoi de la rencontre fatidique entre les Diables rouges et la seleção auriverde, Pelé étant empêché suite à un contrat publicitaire de dernière minute avec son sponsor Coca Cola. Certaines personnes dans le stade reconnaissent la pop-star belge dont le dernier album a été suivi notamment sur les réseaux sociaux.

Très partagé, le public du Maracanã applaudit quand même. Mais on sent bien que le match sera tendu, comme tous les Brésil x Belgique. On se souvient de la polémique élimination de la Belgique en 2002 par des Brésiliens qui seront sacrés champions du monde quelques semaines plus tard. C’est donc, aussi l’occasion pour les hommes de Marc Wilmots de prendre leur revanche, car de toute façon, ce scénario était écrit. Deux personnages clés de 2002 se retrouvent encore une fois pour en découdre: Felipe Scolari, à l’époque sélectionneur de la Seleção avait joué un mauvais tour à la bande à Wilmots, capitaine des diables rouges… 2-0, fut le score de la rencontre.

Dans les tribunes il y a aussi, Dilma Rousseff, un peu en retrait. Elle a préféré ne pas faire de discours, le souvenir de la Coupe des Confédérations, où elle fut huée, étant encore gravé dans les esprits. De plus, pendant toute cette Coupe du Monde, l’opposition, enfin regroupée derrière Eduardo Campos a organisé une vraie guerre psychologique contre le gouvernement Dilma… une boucherie !

Sepp Blatter ayant démissionné avant la fin de la compétition suite aux révélations de ses liens particuliers avec Jérome Valcke n’est pas dans le stade. C’est donc Michel Platini – et derrière lui, Jérome Champagne – qui se tient à côté de Dilma Rousseff.

Avant le coup d’envoi, une partie du public scande « Campos, Campos, Campos !!! ». Une autre moitié du public répond par des « Lula, Lula, Lula !!! « . Dilma Rousseff n’a plus cette force qui lui permettait de trouver son fameux sourire jaune… Elle commence à comprendre que son heure a sonné. Elle n’est clairement plus une option politique viable.

Scénario catastrophe…

Le match a commencé depuis quinze minutes et les Belges sont dominateurs grâce à un Eden Hazard très en jambes, surtout parce qu’il compte avec l’appui de José Mourinho, à qui il a demandé de faire le déplacement pour cette finale de Coupe du Monde. Lukaku est l’autre homme en forme de cette sélection, en plus d’être le meilleur buteur de la compétition avec 7 réalisations. Côté brésilien, le néant.

Pire, le Brésil est arrivé en finale par miracle. Sans Neymar, les canaris n’ont jamais trouvé leur jeu même avec l’arrivée en catastrophe du « petit prince », Felipe Coutinho, tout juste sacré champion d’Angleterre avec Liverpool. Sur le terrain, la famille Scolari est divisée

Le retour de Lula

Après la défaite du Brésil en finale de la Coupe du Monde, en plein Maracanã, la présidente Dilma Rousseff, fragilisée, s’était soudainement rappelée de cette soirée au Palácio do Planalto à Brasília. Une discussion stratégique et sincère avec son ancien vice-président, Michel Têmer qui lui avait dit, l’air menaçant : « Soit tu abandonnes l’idée d’une réforme politique, soit je te ferai comprendre que tu n’as jamais été à la hauteur du « jeu ». Quant à la réforme agraire, je n’ai pas besoin de te dire mon avis. De plus, penses-tu vraiment que Lula te soutiendra? ». Entre eux, les rapports ne sont plus cordiaux depuis plusieurs mois.

En ce moment, Dilma a du mal a regarder vers l’avenir. Elle a non seulement mal évalué ses adversaires, mais également ses alliés, y compris son mentor, Lula. Tous ceux qui avaient affronté l’ancien leader travailliste disent de lui « qu’il est un homme froid, calculateur et machiavélique en privé ».

En attendant, au Parlement, Dilma a perdu l’appui du PMDB, centre gauche, dirigé par son ancien vice-président. L’affaire Petrobras a divisé la majorité au pouvoir. La presse lance coup pour coup des dossiers secrets sur l’achat d’une raffinerie à Pasadena, au Texas. En plus de cette querelle, la nouvelle loi sur Internet à laquelle Dilma tient tant pour rayonner à l’international ne passe pas, tout comme ces deux projets de réforme qu’elle avait promis lors des « manifestations de juin 2013 »: la réforme agraire ainsi que la réforme politique.

Si Lula a duré huit ans, c’est surtout parce qu’il n’a jamais touché à ces deux secteurs clés de l’économie politique brésilienne.

Dilma  Rousseff ne fédère plus. Et certains cadres du PT (Parti des travailleurs) l’ont compris et entendent pousser leur ancienne championne vers la sortie d’autant que son style agace les machos du parti et du gouvernement… Mais comment la faire sortir sans s’attirer les foudres populaires?

Un homme s’impose logiquement. Désormais guéri de son cancer, Lula est très actif depuis quelques mois sur la scène politique nationale où il joue plutôt le « faiseur de rois ». En coulisses Lula ne cache pas son envie de revenir. Il est en quelque sorte déçu par le bilan de sa dauphine qui par ailleurs ne lui rend plus visite à São Bernardo comme c’était convenu.

Isolée, Dilma Rousseff sait qu’elle va tomber.

Rapidement, la presse fait son travail… et Brasília s’agite. L’opposition intensifie les manifestations de rue, la capitale économique, São Paulo, est paralysée. Dilma Rousseff annonce alors qu’elle « ne sera pas candidate à une réélection et qu’elle opte pour l’avenir de sa famille politique… ».

Le lendemain, à l’heure du déjeuner, dans son fief de São Bernardo, là où, dans les années 1970, tout avait commencé, Luís Inácio « Lula » da Silva prévient qu’il partira à la conquête de Brasília

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P.S : Tous les faits rapportés dans cet article sont le fruit de l’imagination de l’auteur de ce blog et ne reflètent en aucun cas la réalité, puisque de toute façon, je ne suis pas un futurologue…)

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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9 Commentaires

  1. Effectivement, que d’imagination… Sepp Blatter démissionnant, impossible ! Plus sérieusement, il y a des références dans la première partie qui me font défaut, donc j’ai préféré la seconde partie plus « politique ». Pas mal comme billet, pour un coup d’essai.

  2. Je ne crois pas que tes prédictions seront justes Serge. Oui, la Belgique a été la première en Europe à se qualifier. Mais je ne la vois pas en finale. Et Sepp Blatter qui démissionne. C’est vraiment de l’imagination comme l’a relevé Mylène. C’est comme si tu voulais pousser tout le monde à bout de nerfs. Dilma, la pauvre en prend pour son grade. Et te voilà lancé dans une entreprise de clarification d’une politique brésilienne qui nous paraît si rébarbative, vue de loin.
    Je crois que grâce à un tel travail alliant à la fois la passion populaire – le football – et des problématiques plus complexes – politique – il est possible d’intéresser davantage de personnes aux sujets d’importance. Malgré (mieux à cause de) mon aversion pour la Belgique du football, j’ai réussi à aller au bout de ce long texte très geek parfois. Très bon billet. L’un de tes meilleurs sans doute.

    1. en fait, ce qui peut être intéressant c’est de suivre les différents liens que je mets ds l’article… eux sont vraiments des faits réels…
      tu n’aimes pas la Belgique du foot parce que t’aime plutôt la France, ou est-ce qu’il y a un autre motif? 😉

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