Cazuza, l’ange fou de la musique brésilienne

« Hommage au nouveau Moyen Âge. Qu’il s’en aille vite si Dieu le veut, et emporte avec lui toutes les idioties du monde… », ainsi commence Medieval, titre magnifiquement interprété avec puissance par l’enfant prodige du Rock brésilien, le poète Cazuza. Cet homme qui a juré de vivre jusqu’au bout de ses forces. Toujours prêt à lancer des critiques acerbes à la mentalité conservatrice du Brésilien moyen.

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Cazuza, crédit photo: Luiz Fernando / Sonia Maria/ Flickr.com

Toute la vie de Cazuza est un combat politique. « Son mai 68 », il l’a vécu entre les années 1980-90, grâce à un rock subversif et son train de vie dépravé pour l’époque.

Il ne cachera jamais sa bisexualité, mais peu importe. Cela faisait longtemps que le pays n’avait pas vu une telle icône du rock. Cazuza a un faux air d’Airton Senna, d’une beauté simple et en même temps sauvage, c’est le sex-symbol d’une époque qui transcende les genres…

Le temps ne s’arrête pas…

Le titre phare d’une carrière. Même si chacun a son opinion sur la meilleure chanson de sa discographie. N’empêche, dans O Tempo Não Para, Cazuza défie la norme. Il envoie un message fort montrant l’engagement politique de son oeuvre. Il condamne à coups de rimes la corruption qui gangrène son pays, assène un coup de poing dans la gueule hypocrite des riches :

« Tous les jours, je me bats pour survivre sans aucune égratignure à la charité de ceux qui me détestent. Il vaut mieux ne pas naître par une nuit froide. Par une nuit chaude, deux choix s’imposent: tuer ou mourir, et ainsi, on devient brésilien. Ils te traitent de voleur, de pédé ou junky, transforment tout un pays en un bordel parce que c’est comme ça qu’on se fait plus d’argent… »

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A droite, Cazuza en compagnie d’un ami. Crédit photo: darkbrian/ Flickr.com

Cazuza ne pardonne rien. Il se bat contre un monde auquel il appartient lui-même. Car son père, João Araújo vainqueur d’un Grammy, est l’un des producteurs musicaux les plus importants du pays qui ne souhaite pas une carrière artistique pour son fils.

C’est son père qui découvre Caetano Veloso, Djavan ou Gilberto Gil… Cazuza connaît bien ce beau monde, il fréquente les plus grands intellectuels de Rio dans sa jeunesse. D’ailleurs, on percevra dans ses chansons une érudition hors du commun

Mais son père refuse de produire son premier album.

Exagéré…

Peut-être que João Araújo a compris que l’entrée de son fils dans cet univers ne lui sera que fatale. Son fils est rebelle. Démesuré. Outrancier.

Les femmes, les hommes, la drogue… Cazuza mène un train de vie infernal. Ney Matogrosso, icône de rock brésilien encore plus déjanté que lui se souvient « d’une époque où nous vivions sans limites ». Il est le seul survivant de cette bande de fous. Cazuzu et les autres ont été emportés par le mal du siècle : le sida.  « Je ne sais pas comment j’ai survécu. Pourquoi n’ai-je pas contracté le virus? « , s’interroge encore aujourd’hui Ney Matogrosso.

Mais Cazuza ne voulait rien vivre à moitié et c’est pour ça que pour toute une génération il représente l’ultime star, l’ultime rockeur, le héros solitaire d’une époque qui ne reviendra plus… exagerado jusqu’à la fin…

Génial, complexe, Cazuza va aussi se frotter aux dilemmes politiques qi agitent ce Brésil post-dictatorial: « Dans un pays pauvre comme celui-ci on ne peut pas être anarchiste, il faut choisir un camp » affirme-t-il  dans une ultime interview de 1988 où il apparaît déjà diminué et décharné. Il mourra deux ans plus tard.

Sa vision angélique du Parti des travailleurs peut sonner ironique si l’on regarde ce qu’il est devenu: « J’ai beaucoup d’admiration pour le PT, c’est un parti politique honnête et naïf. Mais cette naïveté m’émeut. » Autre temps, autre PT. Le scandale du mensalão est passé par là. Le PT est aujourd’hui un parti pragmatique, une machine électorale…

Aujourd’hui la légende de Cazuza survit grâce au cinéma et aux artistes qui lui rendent chaque année des hommages mérités. Mais surtout, grâce aux fans, comme moi, qui trouvent dans une chanson comme Azul e Amarelo, tiré de son meilleur album Burguesia, assurément ma chanson préférée, la combinaison parfaite entre la poésie et le rêve…

https://www.youtube.com/watch?v=P2GaFDa8hlk

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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