Polémique après le pardon de la dette congolaise par le Brésil

Dilma Roussef via Wikimedia Commons, CC
Dilma Roussef via Wikimedia Commons, CC

Dilma Roussef via Wikimedia Commons, CC

Les temps changent. Au Brésil, il passe plus vite qu’ailleurs on dirait. Au début des années 1990 ce pays s’enfonçait dans le gouffre d’une dette internationale dont on ne savait que faire. Le Consensus de Washington, avec ses politiques d’austérité, avait détruit l’effet de croissance de toute l’Amérique Latine mettant l’Argentine à terre alors que les Brésiliens tremblaient devant une catastrophe économique annoncée.

Pourtant, vingt ans plus tard, le Brésil a liquidé ses dettes avec le FMI et la Banque Mondiale, devenant au passage l’un des bailleurs de fonds. Dilma Rousseff a annoncé dans la foulée l’annulation de la dette de 12 pays africains dont la RDC, une dette qui s’élève pour l’ensemble de pays à 900 millions de dollars.

L’affaire a provoqué une petite polémique dans les milieux spécialisés (voir ici).

Ces dernières années, le Brésil a radicalement changé sa politique vis-a-vis de l’Afrique et de l’Amérique Latine, notamment par des programmes d’études universitaires, d’échanges culturels et autres. Dans le cadre de cette diversification de son économie, l’ouverture à l’Afrique est une excellente opportunité. Il faut rappeler que le premier partenaire économique du géant des Brics est la Chine.

Selon le sociologue Pedro da Motta Veiga, le Brésil devrait, je cite “regarder de plus près la qualité politique des gouvernements pour lesquels ce pardon de la dette s’adresse. La projection internationale du Brésil en Afrique est souhaitable, les bénéfices économiques pour les entreprises brésiliennes sont réels, mais ces gouvernements là sont-ils légitimes et démocratiques ?”.

Une importante partie des spécialistes critiquent donc cet aspect de la coopération sud-sud lancée par le Brésil. Je dois avouer que cela m’interpelle pour le cas de la RD Congo dont la dette a également été pardonnée.

En même temps, on sait que pour le Brésil il s’agit de faire face à la pression chinoise dans le continent illustrée par la construction de ce stade au Gabon, ou du palais omnisports au Cameroun. Néanmoins, les spécialistes alertent que se lancer dans une guerre d’influence contre la Chine serait suicidaire pour le Brésil.” Une guerre perdue d’avance.

Il est important qu’ici aussi un débat public soit engagé sur l’opportunité de pardonner ces dettes à des pays autoritaires comme la RDC, par exemple. Pour un expert de la Royal African Society de Londres, le pardon de la dette ne change pas grand chose car les pays bénéficiaires continuent de pratiquer les mêmes politiques corrompues d’avant”.

Malgré la ferveur du débat dans la presse brésilienne (et peut-être congolaise) on est loin de croire que la vie des congolais aura fondamentalement changé même après ce pardon. Car comme le dit cet expert britannique, la RDC demeure ce “grand trou dans le cœur de l’Afrique, un pays incapable de développer les fonctions normales d’un Etat…”

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

9 Commentaires

  1. Très bon article Serge! J’adore toujours autant te lire 🙂

    Effectivement la question de l’annulation de la dette d’un pays comme la RDC pose plusieurs problèmes que tu as évoqués. Je ne suis pas spécialiste de la question mais je suppose qu’un pays comme la RDC a contracté ce que l’on appelle parfois de la « dette odieuse », c’est-à-dire de la dette due aux régimes despotiques passés ou présents, à la corruption, à payer des résidences de luxe dans les pays étrangers. Le fait que les finances du pays servent à payer les intérêts d’une telle dette est une forme de perpétuation de cette dette odieuse, et un frein au développement ultérieur des pays concernés. Mais effectivement, il faudrait que les pays débiteurs dont on annule la dette montrent qu’ils sont en voie d’assainissement de leurs finances et de démocratisation de leurs institutions! Sinon, à quoi bon? Le simple fait qu’un pays aussi riche que la RDC soit endetté à l’étranger est déjà très suspect… La question n’est pas simple!

    Je suis d’accord avec l’analyse qui fait dire que le Brésil n’a rien à gagner à jouer la surenchère avec la Chine en matière d’influence et de « soft-power » en Afrique. Les dirigeants brésiliens feraient mieux de conserver la tête froide, même après quelques années de prospérité et de forte croissance. Rien n’est acquis définitivement et le Brésil reste globalement un pays au niveau de vie plutôt bas. Je me rappelle que vers 2006-2007, l’Espagne était euphorique après une bonne décennie de forte croissance économique, elle parlait déjà de dépasser la France en terme de PIB, voire l’Allemagne… on voit le résultat aujourd’hui. Je ne dis pas que c’est ce que risque le Brésil, mais en tout cas l’humilité et le réalisme sont des vertus qui ont fait leurs preuves.

    D’ailleurs, c’est le Brésil que tu désignes comme « géant des Brics »? C’est étonnant, vu que les BRICs regroupent le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, ce sont tous des pays « géants », et le Brésil n’est ni le plus étendu, ni le plus peuplé, ni le plus puissant du groupe… Néanmoins c’est indéniablement le Brésil qui a la meilleure équipe de foot, je te le concède 😉

    1. Oui, je dirais plutot géant de l’amérique du sud. Mais bon, le Brésil est veut a tout prix developper ses relations sud-sud, l’opinion ici ne le co prends pas toujours. Surtout les plus aisés et les plus pauvres (deux extrêmes quoi). Je te repondrai aussi que malgré la croissance indéniable de l’économie brésilienne, le marché de l’emploi est très faible, le gouvernement a du mal a créer de l’emploi et à long terme ça sera un problème sérieux.
      Quand à la RDC, le régime se referme en lui-meme de plus en plus, c’est une tendance dans les Grands Lacs… Dette ou pas, les politiciens continuent de piller comme au temps de Mobutu

  2. C´est l´un de bons articles qui soient publiés sur Carioca Plus.
    En 2010 la FMI avait annulé la dette congolaise, qui réprésentait une valeur très significative que celle-ci. Le PIB congolais a une croissance annuelle de pres de 10 % Alors que le quotidien des humbles citoyens ne cesse de s´en pirer.
    Un bon geste du Brésil mais qui ne changera rien pour les conglais .

  3. Le Brésil devait annuler la dette des pays ou il y a une Démocratie.Ca n’a pas de sens de le faire pour des Régimes de Dictature ou le peuple est opprimé et ou ses droits sont bafoués.ILs ne le méritent pas.Pourquoi leur faire ce cadeau?les Dirigeants Africains préfèrent investir ailleurs que de de dévellopper leurs pays…à quant le partage des richesses avec les Populations?on peut rever…

  4. « Le Brésil devait annuler « pas la dette de quelque pays parce que le pays ne marcha pas bien dans ses propres frontières.Les problemes interne sont generalisè:santé: Dans la santé,les hôpitaux manquent matériau mis au rebut.
    Mme Prèsident Conclu un accord avec le dictateur cubain à venir des médecins de Cuba pour rencontrer la population brésilienne.Ils ne passent pas l’examen
    revalidation,appliqué à toute médical étranger.Cett exigence sont supprimée pour les Cubains ,parce qu’ils sont incapables.
    Les médecins brésiliens ont encore la décence de ne pas se laisser intimider ou réduire en esclavage comme les cubaine.
    Les cubains,beaucoup, sans formation médicale travaillent sans rémunération payable comme esclaves.Qu’est-ce qu’ils gagnent va directement à Cuba
    Dan l’ Education: la meilleure université au Brésil, USP, est le classement international en 250º
    Chaque jour, les journaux rapportent des scandales de corruption politique qui reste impuni.
    C’est très facile et simple avec le chapeau de l’autre faire des dons, des subventions et des remises de dettes.
    Nous comprenons que est’ il est nécessaire tant le prêt ainsi que le pardon Avoir l’autorisation de représentants du peuple:Le Congrès.
    Le Brésil travers en ce moment ,(connaît) une gouvernance sérieuse
    l’Etat a perdu le contrôle de la sécurité:des dizaines sont tués chaque jour dans les grandes et moyennes villes, et quand les tueurs sont arrêtés, il est très rare,
    Finissent par quitter en toute impunité
    JATeixeira

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