Pape François: eau bénite et spray au poivre

Crédit photo: © Facebook de Associação Brasileira de Ateus e Agnósticos.

C’est dans un contexte pour le moins tendu que notre cher Pape François est arrivé au Brésil. Après les violentes manifestations du mois de juin, les autorités brésiliennes appréhendaient la réception réservée au pontife argentin.

Il faut dire que le Brésil change, car le football, la samba et la religion semblent avoir perdu leur effet anesthésiant sur la population. Ni même la Coupe de Confédération n’a pu contenir la colère des millions de brésiliens indignés par l’indifférence et la corruption de la classe politique.

Avant l’arrivée du Pape François les appels aux manifestations se sont multipliés sur les réseaux sociaux.

Mais il y avait également les optimistes, ceux qui attendaient la venue du pape argentin comme celle du messie, ironie de l’histoire quand on sait la rivalité légendaire entre les deux pays sud américains.

 

Ces deux messages twittés révèlent bien tout le paradoxe qui entourait l’arrivée du Pape aux JMJ : il y aura eu d’un côté les croyants et les sympathisants, ceux qui recevront l’eau bénite du saint père, et de l’autre les vândalos t reçus par les forces spéciales de la police de Rio de Janeiro. Si vous n’avez jamais vu ces gaillards en action, je vous conseille vivement le très bon film « Tropa de elite ».

Disons juste que ce pape là aura déjà produit un beau miracle; car être accueilli en grande pompe par les brésiliens (autorités et population) pour un argentin, c’est un but marqué à l’extérieur… Il compte double! François a donc déjà parcouru la moitié du chemin qui mène à la canonisation.

En parlant de miracle, le pape a été reçu à Rio par des supporters du club de football Fluminense (c’est là qu’évolue Fred, ex-Lyon), mais cela ne l’a pas empêché de s’afficher avec Zico, idole du Flamengo… Le tout sans s’attirer les foudres de deux torcidas. On le savait déjà supporter des San Lorenzo d’Argentine, mais là le jonglage entre les deux frères ennemis de Rio est parfait. Chapeau! Ou plutôt, tiare!

Donc, deux poids, deux mesures

Pour justifier la répression, la police a informé avoir trouvé une bombe artisanale dans l’une des églises (dans la ville d’ Aparecida) où le Saint père devait dire une messe, mercredi 24 juillet.

Avant cela, accueilli par la présidente Dilma À Rio de Janeiro, le Pape François a bénéficié d’une sécurité très importante. Les manifestants étant maintenus à une bonne distance des lieux officiels. La police a placé un cordon face à ces derniers. La même tactique médiatique de juin fut employée par les militants qui profitaient de la publicité produite par la présence du Saint père au Brésil pour transmettre leurs messages d’indignation au monde.

En attendant, le premier imbroglio a été pour sa première journée en terres cariocas, le « saint cortège » a été dévié du parcours initialement prévu par la mairie de Rio de Janeiro. Selon le secrétaire de l’urbanisme de la ville, la Police Fédérale n’aurait pas signalé qu’un changement était en cours, ce que certains ont justement qualifié d’erreur. En tout état de cause, les limites d’organisations des grands centres urbains brésiliens apparaissent désormais au grand jour à quelques mois de la Coupe du Monde et des JO.

Infiltration des policiers parmi les manifestants?

Plus tard dans la semaine, les médias dénonçaient l’action des policiers dans la répression des manifestants, le cas le plus emblématique étant celui de l’infiltration d’un agent parmi les manifestants accusés de lancer des cocktails molotov. L’étudiant Bruno Ferreira Teles a ensuite été détenu par la Police Militaire.

Or, une vidéo montre le jeune quelques minutes avant son arrestation alors qu’il n’avait sur lui aucun sac à dos comme l’indiquait un premier communiqué de la PM. Depuis juin, des manifestants campent devant la maison du gouverneur de Rio de Janeiro Sérgio Cabral.

Comme au mois de juin, la police a usé d’une force démesurée contre les manifestants.

Finalement, on pourra retenir l’énorme charisme du Pape François qui a même profité de son passage pour bénir le champion brésiliens du basket, l’éternel Oscar Schmidt ( 49 703 points à son compteur) record man mondial des points marqués – toutes les ligues confondues. Celui-ci est atteint d’un cancer; le mois passé il avait reçu une visite de Kobe Bryant en visite à Rio.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

6 Commentaires

  1. Si je comprends très, il y a matière à être inquiet pour la coupe du monde de l’année prochaine? car je ne suis pas sur que leurs revendications seront satisfaites dans l’espace de ce temps.

  2. Très drôle, ce compte-rendu, Serge! Chapeau! (ou tiare, je ne sais plus). Le thème ne prêtait pas forcément à rire pour autant. J’adore les sujets intelligents traités avec humour. Et c’est toi qui disais à Khadi Hane que tu n’as « pas de style »? Tu vois, bah à la lecture de ce billet, je suis sûr que tu étais inspiré en l’écrivant et que tu t’es bien amusé à le rédiger…

    Bref, pour revenir au sujet, l’animosité entre Brésiliens et Argentins est-elle si forte, selon toi, que cela relève du miracle que les Brésiliens aient réservé un bel accueil au pape? Ça alors… En tout cas c’est un très chouette billet, ‘un de mes préférés jusqu’ici 🙂

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