Le Brésil soit tu l’aimes, soit tu le quittes

(Le Christ à Rio de Janeiro - Crédit photo: bossa67/ Wikimedia Commons)
(Le Christ à Rio de Janeiro - Crédit photo: bossa67/ Wikimedia Commons)

(Le Christ à Rio de Janeiro – Crédit photo: bossa67/ Wikimedia Commons)

Les brésiliens sont un peuple hospitalier, peut-être même le plus généreux au monde. C’est ici le seul endroit au monde où la mère d’un de tes collègues de classe peut t’offrir une de ses maisons parce qu’elle sait que tu n’as pas les moyens de te payer un appartement.

C’est le pays où tout le monde est heureux parce que le soleil brille chaque jour avec la même splendeur. Les riches et le pauvres fréquentent les mêmes plages, et il n’y a jamais eu ici de régicide.

On dit aussi que Dieu est brésilien, et ce malgré le fait que le pape soit argentin. Entre deux plaisanteries, la présidente de la République l’a rappelé lors d’un déplacement en Europe: « O Papa é argentino mas Deus é brasileiro ».

Mais ce beau pays est aussi celui de l’intolérance, du racisme, de la discrimination la plus cruelle et de la xénophobie. Une xénophobie masquée et niée; un peu comme tout ce qui peut nuire à la réputation de ce magnifique pays.

Avec un brésilien, il ne faut jamais être sincère, c’est presque de l’impolitesse. Si vous, étranger, critiquez le roi Pélé ou la Seleção; si vous osez nier la grandeur – naturelle – de ce géant d’Amérique, une réponse vous attend: « le Brésil, soit vous l’aimez soit vous le quittez ».

Brasil, ame-o ou deixe-o! 

Cette formule a été forgée pendant la dictature. A l’époque, elle était destinée aux militants de gauche qui défendaient un retour à la démocratie et la fin du régime militaire, aujourd’hui elle s’adresse systématiquement à ceux qui critiquent certains aspects négatifs du pays.

Je trouve cette phrase d’une extrême violence car elle nie à chacun le droit et l’autonomie de la pensée.

L’idée de cet article m’est venu en lisant un texte de Limoune.

The following two tabs change content below.
Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

22 Commentaires

  1. Je ne suis jamais allée au Brésil, mais j’ai envie de le visiter, car il bénéficie d’une bonne réputation à l’international, avec toutes ces images de fête, de joie qui sont véhiculées. Cependant, plus je te lis, plus mon envie s’atténue… Mais j’irai quand même, pour découvrir de moi-même.

  2. completement raison , un peuple heuureux, acueillant et tres hypocrite. La sincerité ne fait pas partie de leur culture ou vocabulaire si non comme tu l’ a dis ils te mettront dehors.

  3. Aaah Serges, là tu me met à la fois de l’eau et du citrin à la bouche.
    Le Brésil de mes rêves qui pourrait être le brésil de mes déceptions.
    Merci de nous faire vivre ce pas.
    De toutes les façons, toi et moi avions parlé et tu sais de quoi je parle. J’attend donc la suite.

  4. Crois-moi Serge, comme pour reprendre le vieux adage: ce qui ne te tue pas, te rend fort, je crois en tes capacités intrinsèques pour faire face à ce mode de fonctionnement irrationnel. Le Brésil, comme tu nous le décris, c’est mieux, et meme beaucoup mieux qu’ici en République Dominicaine, ou en tant qu’haitien, je vis dans une communauté HAITIANOPHOBE.

    1. Je vois bien ce que tu veux dire Osman. Je connais assez l’Amérique Latine pour savoir que l’élite blanche accepte ma l’existence de cette population noire qui lui rappelle son passé esclavagiste. Au Brésil, depuis que 2000 haitiens sont rentrés illégalement, quand on voit un noir dans les rues, les gens demandent s’il est haitien. C’est absurde pour un pays appelé à être un leader dans le monde.

  5. L’aspect de ton blog a lui aussi changé, je me trompe ?
    Je t’ai répondu sur mon blog. Mais je n’avais pas encore pris le temps de lire cet article. Je parlais dans ma réponse sur le « racisme en déni » d' »identicide », je parlerai ici de liberticide. Etre citoyen ou habitant d’un pays, ne doit pas l’empêcher de s’exprimer sur ce pays. Je croyais que la liberté d’expression et d’opinion était un pilier de la démocratie.
    Il faut faire gaffe avec ces injections, il me semble que ce genre de propos « ame-o o deixe-o au moindre avis « négatif » – qui définit le négatif ? – crée de la division.
    Merci pour Charles Taylor, mais je crois qu’il me faudrait un bagage en socio. En revanche, pour Honneth, je veux bien que tu me conseilles un ouvrage. Sur la reconnaissance mutuelle, tu peux voir le suisse J.Claude Métraux.

    1. Salut Limoune, pour Honenth je te recommande « la lutte pour la reconnaissance ». Je trouve par ailleurs ton concept (identicide) très juste et approprié. En certains aspects nos intérêts sur le thème des identités convergent. J’ai effectivement effectué quelques modifications sur ce site.

  6. Merci Serge. « Classer, dominer. Qui sont les autres ? » de Christine Delphy est à lire aussi. Une réflexion dans un contexte français mais tout aussi exportable puisque ça porte entre autres sur la construction du « nous » et « des autres » dont la frontière diffère selon le contexte.

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *