Contestation politique sur les murs de Dakar

(dakaroise près d'un tag: crédit photo Serge Katembera)
(dakaroise près d'un tag: crédit photo Serge Katembera)

(Dakaroise près d’un tag: crédit photo Serge Katembera)

 

Considéré comme un modèle de stabilité politique en Afrique, le Sénégal est également un pays où le clivage idéologique est très marqué. Les dernières élections qui ont vu Abdoulaye Wade être éjecté du pouvoir ont mobilisées les médias internationaux; quelques mois après le début de son gouvernement  Macky Sall est déjà très contesté.

Les dakarois sont très politisés et ils le font savoir sur tous les murs de la ville. Des murs qui racontent des histoires et servent directement de mirroir pour des différentes expressions idéologiques, mais ils sont aussi un espace de contestation politique. C’est sous les ponts et le long de la corniche que les inscriptions politiques sont le plus remarquables (Promenez-vous sur la côte ici).

(tag contre Macky Sall, Crédit photo: Serge Katembera)

(Tag contre Macky Sall, Crédit photo: Serge Katembera)

 La ville de Dakar fait honneur à sa réputation qui en fait un centre culturel en Afrique de l’Ouest, mais également une référence régionale de tolérance religieuse et de pluralisme politique. La liberté d’expression n’est peut être pas au même niveau qu’en occident; la présence des graffitis sur les murs étant peut être le signe de l’absence d’espaces de contestation politique institutionnalisés. Néanmoins, Dakar semble être le symbole visible de l’esprit démocratique du pays.

Il faut aussi reconnaitre que le gouvernement de Sall permet à l’opposition politique de se manisfester librement même quand cette dernière utilise des langages peu recommandables dans une démocratie (Voir la photo ci-dessous)

(dans un pays où l'homosexualité est très mal vue, Macky sall fait souvent l'objet de provocation homophobe: Crédit photo: Serge Katembera)

(Dans un pays où l’homosexualité est très mal vue, Macky sall fait souvent l’objet de provocation homophobe: Crédit photo: Serge Katembera)

Dans un pays où l’homoséxualité est pénalement reprimée par la loi, un fait courant dans les rues de Dakar est de taxer certains politiques d’homosexuels en s’appuyant sur un discours souvent moqueur et xénophobe. Macky Sall en est peut être la principale victime.

 

Les graffitis politiques de Dakar racontent des histoires, on peut donc en recenser quelques unes:

 

(une affiche demande la libération d'un jeune leader socialiste de Dakar: crédit photo: Serge Katembera)

(Une affiche demande la libération d’un jeune leader socialiste de Dakar: crédit photo: Serge Katembera)

  • Barthélémy Diaz ou simplement Barth est le responsable  du mouvement des jeunes du Parti Sosialiste Sénégalais (PS), parti politique fondé entre autre par Léopold S. Senghor et dont l’actuel Sécretaire Général de la Francophonie Abdou Diouf est une ancienne figure emblématique. Diaz a été incarcéré pendant au moins trois mois après avoir été accusé de meurtre à la suite d’un incident à l’arme à feu devant son domicile où une foule s’était aggloméré.

 

(une dakaroise est plutôt d'accord avec cette inscription, crédit photo: Serge Katembera)

(Une dakaroise est plutôt d’accord avec cette inscription, crédit photo: Serge Katembera)

  • Macky Sall veut tuer Karim est une référence au fils d’Aboulaye Wade actuellement impliqué dans une affaire de corruption. On fait état de 174 milliards de francs CFA détournés. Les partisans de Karim Wade contestent le dénouement du jugement et le font savoir en inscrivant des textes sur tous les murs de la ville. C’est intéressant de noter que certaines personnes sont plutôt d’accord avec le sors de “l’ancien prince” du Sénégal.

 

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  • Un leader réligieux Cheik Bethio considéré comme une divinité dans certains milieux fondamentalistes , décide de faire expulser des jeunes fanatiques de sa résidence. La situation dégénére rapidement en une bagarre qui aura un bilan de deux morts. Cheik Bethio fait entérrer les morts sans en informer la police. L’un d’entre eux serait mort asphyxié puisque l’autopsie a révélé la présence du sable dans les poumons de la victime. Celui qui est aussi appelé « le marabou » est mis sous examen judiciaire attendant son jugement en prison temporaire. Par la suite, Cheik Bethio a été diagnositiqué d’un cancer qui lui permet d’attendre son jugement en liberté provisoire en France. Ce qui pousse une partie de la population à croire que le crime restera impuni. De leur côté partisans du Cheik dénoncent une certaine arbitrarieté dans la procédure.

 

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Pendant ma virée sur Dakar  j’ai constaté que les graffitis politiques se concentrent sur la côte, près de la corniche et dans les quartiers riches; ce qui laissent croire que ces messages s’adressent à une catégorie sociale spécifique et peut être même aux étrangers. Le fait est que sur les murs du marché HLM de Dakar il est rare de trouver des textes  avec un contenu politique.

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  Contrairement aux idées reçues en Afrique où on a tendance à croire que le pluralisme idéologique est dangereux pour la stabilité des régimes, au Sénégal et particulièrement à Dakar c’est cette diversité politique qui fait la force d’une société marquée par la tolérance.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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17 Commentaires

  1. Simplement pour confirmer ce que je dis toujours:  » Les murs n’ont pas seulement des oreilles,ils parlent aussi. »
    Très intéssant ton article Serge, ceci démontre aussi la peur que le peuple a pour s’exprimer « publiquement ». Reste à savoir si la démocratie est bien présente dans la communauté sénégalaise.

    1. vraiment mon cher, d’ailleurs dans un premier momont je voulais intituler l’article par « les murs de dakar parlent de politique ». j’ai également pensé à la clendestinité de ces artistes de rues, je suppose qu’ils écrivent la nuit.

  2. Edifiant comme tout tes articles!
    une preuve de plus qui montre l´absence de liberté d´expression dans nos pays Africain. de par la peur d’ etre oppressés par le gouvernement en place dans le cas ou ils s´exprimeraient publiquement, les pauvres assoifés de democratie vont se venger sur les murs…
    je pense egalement comme toi qu´ils doivent ecrire la nuit.

    merci pour ces infos et courage!

  3. Très bel article sur la maturité de la vie politique au Sénégal, un pays exemple de la démocratie en Afrique francophone. Nul ne peut ignorer ce qui s’est passé dans ce pays. Courage mon frère Serge

  4. Je ne pouvais pas m’imaginer a voir ses graffitis au Senegal parce qu’ au Brésil , principalement à São Paulo où je réside j’ai toujours vu ces expressions écrites au mur mais sans savoir le pourquoi et d’ailleurs je me disais que ces brésiliens salissaient leur mur en faisant ce  »lynchage » mais l’on m’a apprennait par un brésilien que cela était juste pour marquer sa présence et souvent les personnes qui le faisaient c’était des chefs de la favela. À ma grande surprise tu nous parles aujourd’hui de cette méthode en Afrique, principalement au Senegal et je pense que c’est une méthode que le Congo doit aussi utiliser peut-etre comme ça nos dirigeants pourront comprendre quelque chose et cela pourrait servir d’exemple. Je suis aujourd’huit convaincu si certains peuples opprimés pouvaient faire ceci surtout dans des quartiers riche de Kinshasa salissant les murs cela serait un signal fort pour notre gouvernement deja que notre pays n’est pas assez démocratique.

    1. tu as raison Nelly, c’est imporant de se manisfeter de cette façon. j’avais la même opinion sur são paulo, mais je t’assure qu’ici c’est vraiment une partie du charme de la ville. le Sénégal est un pays relativement libre, où j’ai même pu prendre des photos devant la présidence, chose impossible à Kinshasa.

  5. Définitivement, pour comprendre les réalités sociales d’Haiti, il faut etre africologue hein. Cette description parait étrangement à Haiti, car bien souvent, les murs, les clotures payent la frustration débordante de certains manifestants.

    1. ce que je trouve c’est que les gens qui utilisent les murs dans certains pays pour manifester leur opinion le font parce qu’il y a un déficit de démocratie par raport à l’existence d’espaces institutionalisées d’expression d’opinion politique. cela cache peut-être une repression, meme si pour le cas du Sénégal il convient de relativiser

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