Tribalisme, racisme et tous les « ismes »: on en parle

Banière Mondoblog racisme by Carlos Amevor

Banière Mondoblog racisme by Carlos Amevor

Pour marquer leur engagement dans la lutte contre le racisme, la xénophobie, le tribalisme et d’autres « ismes », les mondoblogueurs, sous invitation de Danielle Ibohn, ont écrit une séries d’articles sur ces sujets qui divisent. Je vous propose un condensé de leurs expériences particulière de la Guadeloupe au Cameroun…

Dans les couloirs de la bibliothèque centrale de l’Université Fédérale de Paraíba, je suis à la recherche d’ouvrages de la littérature française: Bonjour tristesse de Françoise Sagan, Bouvard et Pécuchet de Flaubert et… sur l’étagère du dessus, un petit livre de poche publié aux Editions Points, en l’occurrence Une saison au Congo d’Aimé Césaire. Tous ces livres sont évidemment en français, ce qui me donne l’impression de faire une grande découverte.

Aimé Césaire et la négritude, ce concept planétaire qu’il faut toujours associer à d’autres auteurs comme Franz Fanon et Léopold Sédar Senghor – connaissez-vous l’anedocte de Georges Pompidou qui a dit de ce dernier qu’il prenait la grosse tête depuis qu’il était président du Sénégal? S’ils sont le symbole de la liberté pour les noirs et les peuples colonisés, je me surprends toujours à méditer sur le fait que les pensées de ces auteurs étaient foncièrement ancrées dans les canons occidentaux; aussi Césaire n’hésite pas à révendiquer une filliation avec Kant, Fanon avec Hegel.

Sur son blog Mylène Colmar rend hômmage à Césaire, ce poète de la vieille garde qui a renforcé l’auto-estime des peuples noirs; et puis, comme pour dire que la relève est garantie, la blogueuse guadeloupéenne nous présente un autre poète d’outre-mère, Guy Tirolien . Ce dernier dénonce un autre type de racisme plus généralisé et camouflé, celui qui consiste à priver les autres de la parole.

Le racisme transcende les frontières de l’humanité

Crédit photo: Limoune

Crédit photo: Limoune

Limoune aime les fruits, c’est pas nouveau. Mais j’ignorai son attachement aux figues. Tout n’est pas rose dans le royaume des fruits, eux aussi sont parfois victimes des discrminations, d’arbitrariétés de tous ordres à l’image des noirs tunisiens… sous-hommes pour leurs “frères beures”… et les clichés volent dans tous les sens, tout est question de point de vue, ou de l’arbre sur lequel on se place pour admirer le jardin. Moi-même, quand je vais au supermarché, je choisis une tomate par sa couleur: les Hommes (noirs) sont traités avec la même légèreté en Tunisie et il n’y a pas de constitution qui résolve le problème. Finalement, la constition tunisienne est comme le capitalisme sauvage: il ne “discrimine” pas par la race, heim Limão. (1)

Il y a d’un autre côté des jeunes blogueurs qui se cherchent encore; c’est le cas de Sinatou qui rêve d’un monde où les différences ne seraient plus au centre des révendications politiques:

Vous voulez que je vous dise? Le racisme des français même s’il est exagéré par moment, je le comprend! Car, je sais pas comment je réagirais si dans mon pays, j’allais dans un quartier et je ne voyais pas un seul noir et nos bonne vieilles habitudes, ça me déstabiliserai certainement. Mais là, n’est pas la vrai question, perdurer dans ces débats de noir, blanc, africain noir ou maghrébins, c’est accepter une sorte de supériorité tacite de telle ou telle catégorie de personne et ça je suis foncièrement contre.

Tu as peut-être raison chere Sinathou, mais nous ne comprendrons jamais le racisme… ce sentiment dont tu parles porte un nom en psychanalise: distanciation.

Pas que les “Ismes”…

Il n’y a pas que les “ismes” qui présentent un danger pour la vie-en-comum entre les hommes, il ya aussi les préjugés. Pour le coups, Nelson Deshommes lance une flêche au coeur de nos sociétés et elle risque de faire très mal. Que pensez-vous des Rastaman?

Dans mon pays ils se font arrêtés dans les rues par les policiers. Selon le blogueur Nelson Deshommes, en Haïti aussi les Rastaman sont assimilés au criminels, jugés sur des a priori juste par la longueur de leur cheveux.

Cependant, les inégalités sociales qui frappent souvent des groupes sociaux distincts entraînent une assimilation entre ces groupes et des phénomènes tels que la délinquance et la pauvrété. Les Rastas en Haïti sont les premiers confrontés à ce genre de discrimination.

Ce que j’en pense personnellement en tant que “Rastaman” (en apparence uniquement)? Cette discrimination est d’abord le reflet d’une coyance racisme qui affirme que la beauté est blanche, que la vérité est dans la lumière, que le noir c’est le mal, que Miss Monde doit être maigre, que les cheveux lisses sont splendides, etc.

Je sais bien que je choque mon entourage – et ma famille – par mes cheveux rebelles, mais je les garde parce qu’ils sont beaux et qu’ils choquent et à la fin j’en surprends plus d’un dès que j’ouvre la bouche. Et vous savez quoi? Je me suis acheté une veste en cuire…

Jospeh Yammin NDC

Jospeh Yammin NDC

Parce que chaque pays a son lot de problèmes en Afrique, d’autres se font un honneur d’en inventer losrqu’il en manque. Parlons donc du Ghana, ce modèle de démocratie made in Africa qui a décidé d’imiter la RDC dans la bétise xénophobe.

Au congo il suffit que ton nom de famille dépasse 4 syllabes pour qu’on dise que tu es rwandais et gare à toi si la dernière syllabe comporte un “ra” ou un “re”. Au Ghana maintenant on discimine les gens dont la “peau est claire”. Mon ami Carlos Amevor, un “homme de frontière” ne pouvait qu’être choqué par cette nouvelle tendance qui fait rage dans la politique de son pays: ce “concept ghanéen”.

Les années 2000 en Afrique rentreront dans l’histoire comme la décennie de tous les suffixes: congolité, ivoirité, etc.

Sachez donc que ma grand-mère paternelle a bien des origines rwandaises.

Le Cameroun se découvre tribaliste?

Il y a quelque jours, les blogueurs camerounais dont Salma “Hayek” Amadore créaient un collectif contre le tribalisme dans leur pays. Cette écume sociologique refait surface dans ce pays réputé pacifiste. Ma collègue blogueuse, vous l’aurez compris, se sent concernée par ce problème vu son “hybridisme”. Son nom dévoile par lui-même ses multiples origines mais elle en fait également sa grande fièrté… Salma représente “ce petit Cameroun” dont les anciennes gloires sportives montrent que c’est dans l’unité qu’on devient fort… “et l’Afrique tremblera devant ce colosse venu des larges du Wouri”.

Enfin, les universités camerounaises connaissent désormais le fameux débat sur les quotas (le Brésil, l’Afrique du Sud et les Etats Unis sont passés maîtres en la matière). Cependant au Cameroun, le sujet est traité avec une dose de tribalisme, cela dérange encore plus lorsque c’est l’Eglise catholique qui propose une large prise en compte d’autres communautés que celles de l’Ouest dans les institutions supérieures.

Josiane Kouagheu a mené sa petite enquête chez les enfants pour se rendre compte de l’ampleur du problème, malheureusement pour mon amie idéaliste les dégâts sont déjà énormes. Des préjugés et encore des préjugés. Mais vous savez ce que disait le savant, « les enfants sont innocents même dans leur méchanceté ». (2)

(1) Discrimination positive ici.

(2) Citation de Nietzsche.