Ma voisine comme en 1980

Article : Ma voisine comme en 1980
Étiquettes
21 février 2013

Ma voisine comme en 1980

1800656482_137ab0a3c9_zMon père a fait ses études en France. A Bordeaux plus précisément où il obtint un master en exploitation aéronautique et un doctorat en mathématique. Entre deux ou trois conversations qu’on avait, il me raconta l’histoire de ses voisins qu’il ne rencontrait que lorsqu’il descendait prendre son courrier. C’était dans les années 1980.

A l’époque, Jacques Chirac n’était pas encore président et son discours politique penchait plutôt vers l’extrême droite, pas trop favorable à l’immigration, très critique par rapport aux emplois pour étrangers venus « manger le pain des gentils français ».

Et donc, mon père ne connaissait pas du tout ses voisins même s’ils résidaient dans le même immeuble depuis des années. Mais en ces temps là, l’une des raisons de cette indifférence entre voisins était aussi le racisme. Contrairement aux idées réçues la France n’a pas une si grande histoire d’immigration comme les Etats Unis, le Canada, le Brésil ou l’Australie.

Moi je ne vis pas en France, moins encore dans cette décennie ultralibérale et raciste. Mais c’est étrange comme certains faits sont atemporels et transcendent les lieux.

Je reviens toujours sur les cours que je suis ici, alors voilà. Dans mon cours de Sociologie du travail, il y a une assistante de professeur qui ne doit pas avoir plus de 23 ans; elle est pourtant très brillante au point où j’en suis moi-même impressionné. Elle maîtrise bien son sujet malgré le fait d’être très jeune et timide.

Ça fait bientôt cinq mois qu’on se voit chaque semaine pour ce cours sans que l’on ne se parle vraiment. Hier soir, j’étais au garage qui se trouve dans mon condomínio ; je parlais avec un ami au téléphone quand je la (l’assistante) vois rentrer dans l’immeuble. Très surpris je lui demande ce qu’elle y faisait, si elle visitait un ami, et à ma plus grande surprise encore elle me dit: « non, j’habite ici…«

Mon Dieu! Je lui demande depuis combien de temps, alors là c’est le coup qui m’a mis à terre: « depuis une année déjà.«

Mais enfin… et depuis tout ce temps, c’est maintenant qu’on se voit? Et dire qu’on « étudie ensemble ».

Il ne s’agit pas ici de racisme, mais uniquement d’une indifférence généralisée dans laquelle nous vivons.

C’est une gentille fille qui est simplement très timide. Mais je me demande dans quelle société on vit… 1980  est loin derrière nous et la France de Chirac est révolue, mais les vieilles – et mauvaises – habitudes s’exportent facilement, et nous sommes tous coupables.

Partagez

Commentaires

NELLY
Répondre

SALUT Serge,
Comme d'habitude tes articles toujours emouvants. Sortir de notre continent où nous avons appris a être solidaire ne peux que nous effrayer lorsque nous arrivons dans un endroit où chacun à son chacun.

Serge
Répondre

@ Nelly,
vraiment, moi ça m'étonne à quel point ces sociétés capitalistes sont "amères" et "indifférentes". Le pire c'est nous sommes poussés à adopter ce genre de comportement...

david
Répondre

C'est une réalité qu'on ne peut ignorer. En effet il y a des gens comme ça qui sont peu associé a leur voisins de gauche ou de droite, d'en haut ou d'en bas. c'est surtout un comportement qui est le communs des blancs. les noirs eux cherchent a créer des relations sur base de rien, mais les européens en revanche ou je peux dire les occidentaux eux ne sont pas comme ça.

yan nz
Répondre

Rien à avoir avec la Vie ici Serge, où même après toutes ces années, on sait toujours recevoir le voisin qui vient te demander un peu de sel pour sa sauce!!! C'est cool mon Afrique!

Serge
Répondre

@ Yan,
on peut toujours critiquer la vie en Afrique, mais sur cet aspect là, nous donnons l'exemple. Mais bizarement, les brésiliens aussi sont très solidaires, mais trop de "modernité" est en train de détruire la société.

estelle
Répondre

plus la societé est developpée plus elle crée des gens "egoístes". j´ai eu cette conversation avec l´un de mes profs, lui expliquant le degrée de solidarité qui existe dans ce continent et l´indifference des gens de son pays. c´est alors qu´il m´a répondu que c´était la même chose ici, mais que les choses changent avec l´évolution. c´est pour célà que je suis tombé à la conclusion que plus un pays est riche plus des gens deviennent egoistes au point de developper le "d´abord moi le reste je m´en foue"

Serge
Répondre

c'est exactement ça, mais il me sempble que les brésiliens aiment copier le mode de vie des européens et américains. Ce qui est une erreur, il faut garder son authenticité, non?

estelle
Répondre

je suis d´accord avec toi sur l´identité mais, ne vois-tu pas que même en afrique les familles riches contruisent des clôtures, pas pour embellir leur maison mais parfois pour des raison de ce genre? par exemple empecher les enfants de sortir ou d´aller chez les voisins... et puis on commence deja à voir ces aspects là dans notre continent, avec la pauvreté qui bas son plein les gens préfèrent dejá avoir et garder pour eux. cet esprit là de "moi d´abord" nous conduira sans doute au même resultat.

RNN
Répondre

hahaha vraiment, il n'y a rien de nouveau sous le soleil!!!

Serge
Répondre

@ RNN,
Tu es trop forte vraiment... merci d'avoir accompli ta promesse...
volte sempre...

davd
Répondre

Mon cher ami,cette article m'a vit fait revivrer les indifférences mutuelles et présentes dans les sociétés occidentales,á l'occurence au Brésil.J'ai pris connaissance de telles indifférences lorsque je habitais dans un '' república'' oú je habitais avec des gens venus de tout le coin du brésil,mais la relation amicale tardait á se tisser et aussi la quasi inexistente relation avec les voisins.Le plus dur pour moi était et est de passer dans une rue sans pour autant complimenter les personnes qui s'y trouve,pourtant,aujord'hui je vous rassure que j'agis de la sorte.je confesse!

Serge
Répondre

@ David,
ahahahaha, tu confesses heim

Joanita Fernandes
Répondre

Serge, je suis d´accord avec toi quand tu parles d´indifférence généralisée,et je pense que le manque de temps est (aussi) responsable cela.
Quelqu´un qui a des longues et lourdes journées, et qui doit s'occcuper dela famille qd il rentre chez lui, je peux te dire que à la fin tout ce quíl demande c´est le repos, et les jours passent ainsi, sans qu´il sache qui habite dans son immeuble, malheureusement ça se passe comme ça.
Et en Afrique ça commence aussi a se passer de cette façon.

Serge
Répondre

tu as raison Joanita, plus on travaille plus on en oublie le plus important... mais ne devrions-nous pas essayer de corriger ça?