Tite, le bon pasteur

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Tite, le nouveau sélectionneur brésilien, une forte tête | Fickr | Renato Gizzi

La renaissance du Brésil viendra-t-elle par le football ? Après tout, sa gloire perdue était aussi l’effet de son succès au sport roi. Le Brésil a trouvé son prophète en Adenor Leonardo Bacchi dit « Tite ». Être Tite, c’est tout un art : la titebilidade. Traduire, la « titebilité ». C’est une manière élégante et posée de parler aux médias, aux joueurs et surtout, c’est l’art de gagner. 

Alors, le Brésil de retour au salon VIP des gagnants de ce monde ? Pourquoi pas. L’espoir revient avec Tite. Ce gaúcho de Caxias do Sul qui a d’abord entrainé l’Internacional de Porto Alegre remportant la Copa Sul-americana, une espèce d’Europa League sud-américaine, avant d’exploser au Corinthians de São Paulo.

Forte tête, mais humble

La force de Tite, c’est surtout son humilité et sa détermination. Il arrive à la tête de la Seleção porté par la clameur populaire qui le réclame depuis deux ans, soit, avant même la nomination de Dunga. Mais, il doit aussi essuyer quelques critiques, car pour certains journalistes quelque peu démagogues, un entraineur avec son statut ne devrait pas accepter l’invitation d’une fédération corrompue. Comme si eux-mêmes hésitaient à diffuser les matchs de cette même fédération. Enfin, passons !

Tite, c’est aussi ce gros coup de gueule contre l’attaquant vedette (un peu trop même) Pato suite à un penalty manqué plus par complaisance que par un manque de talent: « Tu es un égoïste! Tu ne penses qu’à toi! », lui aurait-il lancé dans les vestiaires du stade Itaquerão devant tous ses coéquipiers. C’est ce que raconte une bibliographie sortie tout juste en début d’année. Pato n’a plus rejoué avec les Corinthians depuis…

Tite n’en a que faire des stars. Il avait déjà eu son « rifirrafe »* avec Neymar qu’il accusait déjà … d’égoïsme. Une forte tête donc. Mais cette fois-ci, il lui faudra composer avec un Neymar dont la dimension n’est plus la même qu’à Santos. La star barcelonaise aussi devra faire quelques concessions car aucun entraîneur brésilien n’avait eu un tel soutient populaire depuis… eh bien, depuis Felipe Scolari. En 2002. Felipe Scolari, son meilleur ennemi…

« tu parles trop! »

La « titebilidade »

La titebilidade, nous en parlions. Qu’est-ce que c’est? C’est une manière pédagogique de parler aux journalistes qui rime aussi avec quelques mots qu’il aurait lui même inventés: treinabilidade (« entrainabilité »), ganhabilidade (« gagnabilité ») et j’en passe. C’est aussi une manière d’endormir les journalistes avec sa « langue ». Ele tem lábia, en gros, c’est un beau parleur. Mais qui gagne. Alors, on le lui pardonne.

Car, Tite, c’est aussi le plus grand entraîneur de l’histoire des Corinthians: une Coupe du Brésil, deux Championnats brésiliens dont un après une année sabatique en Europe auprès d’Ancelotti et Wenger, et surtout une Copa Libertadores (la seule du club) et une Coupe du monde des clubs face à Chelsea.

Tite, c’est un jeu moderne aussi. Ses équipes sont capables de gagner sans une star, mais en jouant toujours très bien. Avec lui, le Brésil change de status. Du risque de ne pas participer à une Coupe du monde pour la première fois de son histoire, la Seleção est maintenant favorite à une victoire finale en Russie.

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*Une prise de bec.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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