Romero Jucá ou l’évidence d’un Coup d’Etat au Brésil?

Le ministre du plan Romero Juca a été provisoirement écarté du gouvernement intérimaire au Brésil | Flickr.com | Senado Federal

Le ministre du plan Romero Juca a été provisoirement écarté du gouvernement intérimaire au Brésil | Flickr.com | Senado Federal

C’est un poids lourd du gouvernement intérimaire de Michel Temer. Il fut aussi l’un des plus vigoureux opposants au gouvernement Dilma Rousseff. Son nom était cité dans l’affaire de l’opération Lava Jato (karcher). Mais, comme d’habitude au Brésil, il suffisait de nier les faits pour que les médias passent l’éponge. Ces dernières semaines, un doute planait sur les réelles intentions de ceux qui ont voulu et eu la tête de Dilma Rousseff. L’archive sonore contenant les propos de Romero Jucá (mis en réserve du gouvernement) sur Dilma Rousseff et l’opération Lava Jato plonge le sommet du pouvoir brésilien dans une nouvelle ère d’instabilité politique.

La première erreur de Michel Temer

L’absence de noirs et de femmes au sein du gouvernement Temer a fait le tour des médias internationaux, mais un autre fait était au centre des préocupations au niveau national. Même les plus féroces adversaires de Dilma Rousseff avait anticipé le coup: le choix du sénateur Romero Jucá comme ministre du plan, l’un des postes les plus importants du gouvernement, n’était pas une bonne idée. Son nom (et ceux de six autres ministres encore en fonction) revenait à plusieurs reprises dans les coulisses de l’opération Lava Jato. En outre, on avait aussi retrouvé son nom sur la fameuse liste de pots-de-vin d’Odebrecht. Et pourtant, le président intérimaire l’a confirmé au poste de ministre du plan. Pourquoi?

Peut-être parce qu’au fond, tout le monde sait tout sur tout le monde. Peut-être.

Que révèle donc l’audio enregistrée lors d’une conversation entre le sénateur Romero Jucá et Sérgio Machado, l’un des ses plus proches collaborateurs? Disons d’abord que l’affaire a été révélé par Rubens Valente, journaliste de Folha de São Paulo.

Jucá a dit que le Ministère public fait planer un nuage sombre sur toute la classe politique brésilienne.

On ne saurait revenir ici sur tout le contenu de l’archive sonore qui incrimine Jucá puisqu’elle dure quand même une bonne dizaine de minutes* (la qualité du son étant particulièrement mauvaise).
En tous les cas, le journaliste américain Glenn Greenwald résume assez parfaitement son contenu en trois points:


1. Jucá a parlé de son plan aux membres de la Cour Suprême de Justice,
2. Il en a parlé aux militaires,
3. Jucá affirme que les médias souhaitaient la chute de Dilma Rousseff.

On sait donc que Romero Jucá considérait fermement que la seule façon de freiner l’opération Lava Jato était de renverser la présidente Dilma Rousseff, puis de former un grand « pacte pour mettre un terme à cette merde – l’opération Lava Jato ». Sans compter les trois points justement cités par Glenn Greenwald.

De mon point de vue, nous avons là, l’evidence même d’un Coup d’Etat blanc au Brésil et la preuve ultime que l’ « impeachment » de la présidente Dilma Rousseff n’avait qu’un seul et unique objectif: mettre fin aux investigations de l’opération Lava Jato.

Bonus

L’archive sonore du ministre du plan Romero Jucá qui a créé un nouveau scandale politique au Brésil:

Deuxième partie:

______

*Le contenu complet des fichiers audios durerait 75 minutes et se trouverait sur le bureau du procureur général de la République.

Retrouvez-moi sur Twitter pour plus d’informations sur la crise politique au Brésil: @sk_serge

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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1 Commentaire

  1. Il est triste de constater; -à la manière d’un » homo homini lupus est »;: que la gangrène qui ronge le Brésil et sa scène politique, ait pour origine d’abord, ses propres fils motivés par des mobiles peu décents. Bien entendu,il va sans dire le rôle incontesté des Etats-unis et autres rapports avec la Russie-la Palestine et Israél.
    Dilma n’est qu’un maillon de la chaîne qu’on vient de faire sauter jusqu’ici. Cuidado pour les autres maillons!

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