Politique-fiction: la chute du plus grand président africain du 21° siècle

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Joseph_Kabila_with_George_Bush_October_26,_2007.jpg

L’ancien président de la RDC Joseph Kabila en compagnie de l’ancien locataire de la Maison Blanche George W. Bush | crédit photo: Eric Draper | Wikimedia Commons

Ceci est l’histoire récente du Brésil, racontée avec des personnages congolais… 

Cela fait maintenant 6 ans que Joseph Kabila a quitté le pouvoir. En 2010, lorsqu’il décide de passer la main à sa soeur, Jaynet Kabila qui sera élue présidente de la République aux termes d’une élection saluée comme « la plus démocratique » de l’histoire récente du Congo, il laisse un pays au sommet de sa gloire avec des chiffres enviés par les plus grandes puissances du monde: la RDC a réussi à éradiquer la pauvreté, le chômage est tombé à 5 % en 8 ans seulement, depuis peu, l’université publique est devenue gratuite et sa qualité n’a fait qu’augmenter. Le PIB du pays se calcule en trillions de dollars américains, la RDC a payé toutes ses dettes devenant par ailleurs un des contributeurs de la Banque Mondiale et du FMI.

Depuis son ascension au pouvoir en 2002, Joseph Kabila a signé un nouveau contrat social national incluant la société civile, les chefs d’entreprises et les plus grands propriétaires fonciers du pays. Même les médias ont été invité à la table de négociation afin de former un gouvernement d’union nationale, en thèse.

Une paix de braves a donc été signé dans le but de sortir le pays de la misère et d’en faire le porte étandard de l’économie africaine. Joseph Kabila a donc rassuré les banques, donné des garanties et promis un crédit moins cher à la population. La classe moyenne de la RDC est multipliée par vingt en un peu moins de dix ans.

Jamais les banques et les entreprises privées n’ont gagné autant d’argents que pendant les années Kabila. Le monde parle du « miracle congolais ».

Il mène sans broncher une politique économique de gauche, avec différents programmes sociaux qui ont objectif de réduire considérablement l’analphabétisme et la pauvreté. Un programme de transférance d’argent est même créé afin de bénéficier à plus de 20 millions de congolais à la seule condition que ces familles envoient leurs familles à l’école et les fassent passer des examens médicaux une fois par mois, ainsi qu’un examem chez le dentiste.

Par ailleurs, la santé est devenue gratuite. Les soins médicaux les plus complexes sont assumés par l’Etat y compris les chirurgies de changement de sexe pour qui le souhaite. La RDC est d’ailleurs devenue le deuxième pays au monde en termes de chirurgies de changement de sexe après la Thaïlande

C’est aussi en Asie qu’une banque de développement formée par des pays émergés comme la RDC, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud voit le jour.

Différentes politiques affirmatives sont adoptés comme par exemple, ce programme qui concède des places aux minorités tutsis dans l’administration publique, dans les tribunaux; la même attention est portée aux femmes qui deviennent partie prennante du développement congolais. Leur scolarisation a triplé en huit ans.

Le riposte de l’opposition et des médias

Cependant Joseph Kabila a commis une grossière erreur. Il n’a jamais mené, malgré l’énorme crédit et le capital populaire dont il jouissait, de véritable réforme des médias. La RDC ne compte aucune télévision publique ou radio de poids. Les chaînes télévision, qui sont le véritable pouvoir dans le pays, appartiennent à des intérêts privés qui commencent à se lasser de la situation. Le status quo commence à être perturbé et le pacte nationale est fragilisé depuis que Jaynet est arrivée au pouvoir.

Bien qu’élue démocratiquement, il lui manque une certaine légitimité populaire. Beaucoup ne voit en elle qu’une marionnette placée par l’ancien président Kabila qui passe désormais le plus clair de son temps à récolter les titres de Docteur honoris causa qui lui tombent dessus comme de la neige sur l’Etat du Wyoming…

Certains opposants comme Vital Kamerhe, Olivier Kamitatu ou encore Martin Fayulu y trouvent l’occasion parfaite de revenir sur la scène politique après quatorze ans de disette. Mais pour ça, ils ont besoin d’un ancien routier. Le vieil opposant Etienne Tshisekedi, fort d’un groupe parlementaire ultra-puissant a réussi à négocier le poste de vice-président de Jaynet Kabila. C’est essentiellement grâce à lui que l’équilibre du pouvoir tient.

L’année du renversement…

Le pouvoir de Jaynet Kabila, qui n’est pas vraiment une grande communicante et encore moins une fine négociatrice, tangue. Des scandales de corruption frappent la Gécamines et ses proches sont directement mises en causes. Le juge d’instruction qui mène « la plus grande enquête de corruption et de blanchiment d’argent de l’histoire de la RD Congo » établit même une filière qui menance désormais d’entâcher l’image de Joseph Kabila. Les médias aussi saisissen l’opportunité. Les pertes en dollars se calculent à 4 milliards.

Profitant du brouhaha médiatique, les opposants parviennent à rallier Etienne Tshisekedi à leur cause. Ce dernier quitte le gouvernement et fragilise la présidente Jaynet Kabila au Parlement congolais étant donné que son parti n’a pas la majorité des élus. Désormais, sa destitution se discute librement, et sur elle aussi pèse la menace du nouveau justicier des médias. Le juge de « l’affaire Gécamines » est bien décidé à rentrer dans l’histoire à l’instar de son homologue italien Antonio Di Pietro qui mena l’opération Mani pulite, opération Mains propres, dans les années 1990.

Le pays se tient en haleine et observe dans la plus grande tranquilité le dénouement des accords parlementaires. Le calme avant la tempête?

______

P.S: Cette histoire est fictionnelle, son récit s’étant largement inspiré des faits politiques récents du Brésil.

Suivez-moi sur Twitter: @sk_serge

The following two tabs change content below.
Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
Serge

Derniers articles parSerge (voir tous)

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Optimization WordPress Plugins & Solutions by W3 EDGE