La Fin de l’Histoire

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Lula da Silva lors d’un déplacement dans son Etat natal du Pernambuco, Nordeste du Brésil – crédit photo: Ricardo Stuckert/PR/Wikimedia Commons

Quelque chose a définitivement changé hier matin au Brésil. Un mythe a été ébranlé dans un quartier huppé de São Bernardo, ville historique et industruelle à quelques quilomètres de la métropole São Paulo. C’est aussi une page de l’histoire du Brésil qui se tourne avec cet épilogue de l’opération Lava Jato – opération nettoyage – qui frappe le plus grand symbole mondial de la gauche pragmatique des vingt dernières années. 

En écrivant son célèbre essaie La Fin de l’Histoire, Francis Fukuyama ne se doutait pas que plus de vingt ans après, son livre resterait d’actualité. Beaucoup de choses ont été dites sur cet ouvrage qui au fond ne parlait que de la fin d’une dichotomie idéologique marquant de manière irreconciliable la frontière entre la gauche et la droite, le capitalisme et le communisme, le libéralisme et le socialisme. D’un retour impossible aux grandes dualités politiques…

La chute du Mur de Berlin était donc le moment historique qui définissait clairement une rupture dans la « Grande Histoire », celle des idées. Le fameux « TINA« *, Il n’y a pas d’alternative, de Margaret Thatcher était enfin théorisé. Avec la chute du mur, les hommes n’avaient plus à faire un choix sur quel régime était le meilleur. En même temps que cela, se matérialisaient les propos de Platon dans La République: « La démocratie n’est pas le meilleur régime politique, mais c’est le moins mauvais que nous connaissons ».

Il semblait donc que le doute n’avait plus lieu d’exister. Et pourtant, ces dernières années, le Brésil joue dangereusement avec ses acquis démocratiques de l’après 1988, année de l’adoption de sa nouvelle Constitution. Il y quelques mois, au début de l’affaire de la destitution de la présidente Dilma Rousseff j’affirmais sur ce blog que le Brésil se trouvait à un moment décisif de son histoire puisque sa démocratie était mise à l’épreuve.

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Le symbole

Je parlais du symbole. Lula da Silva est sans doute l’un des hommes politiques les plus admirés au monde. Il reçoit la reconnaissance du monde entier, y compris des universités les plus prestigieuses bien que n’ayant pas poussé les études bien loin. La preuve ici, à Sciences Po Paris:

Parmi ses actions, on ne cessera de le dire: il a sorti plus de 40 millions de brésiliens de la pauvreté; Lula a aussi l’intelligence de renforcer les relations diplomatiques « sud-sud » grâce notamment, pour ce qui nous concerne, à un vaste programme de soft power orienté vers l’Afrique et les pays d’Amérique Latine.

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Une opération de police sous le signe de la polémique

Le réveil fut dur pour beaucoup de militants pro-Lula ce vendredi. Choc et indignation sont les sentiments partagés par nombreux de ceux qui défendent bec et ongles l’ex-président du Brésil. La journée a par la suite tourné au combat de boxe façon Hagler vs Hearns; peur, colère, euphorie, circonspection, jubilation, manifestations pro et contre, combat de rue devant la résidence de l’ancien président Lula da Silva à São Bernardo, mobilisations dans toutes les capitales, etc.

Il y avait de quoi tant l’action de la police fédérale fut spectaculaire. Pouvait-il en être autrement à une époque comme la nôtre. La Société du spectacle a ses propres codes. La perquisition menée par la police fédérale au domicile de Lula da Silva a indigné plus d’un observateur note le journal espagnol El Pais qui donne la parole à plusieurs juristes qui interrogent la nécessité d’une action coercitive alors que l’intéressé ne se refusait pas à comparaître devant le juge en qualité de témoin.

BBC rapporte les propos d’un ancien ministre de la justice sous le gouvernement de droite de F. H. Cardoso qui dénonce « une action exagérée » (sic); un autre juriste de ce même gouvernement de droite qualifie l’action « d’illégale » (sic); bref, le débat prend une tournure conceptuelle et philosophique inattendue…

De son côté, le juge Sérgio Moro a justifié cette action policiaire coercitive par une volonté de protéger l’ancien président contre d’éventuelles violences populaires…

Il est clair que dans cette affaire c’est bien plus que l’image d’un homme qui est en jeu, c’est l’avenir d’un projet politique et sociale qui se joue.

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*There Is No Alternative

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

5 Commentaires

  1. Je me maîtrise pas bien l’affaire petrobas, mais je pense que la justice brésilienne pouvait bien s’inspirer de l’affaire Sarkozy pour mieux interpeller Lula. J’ai vu des images sur le net, Lula menotté, ça m’a fait froid au dos. Cet emblème brésilien mérite du respect, pas des menottes.

  2. Lula est un grand homme d’état et a beaucoup fait pour le Bresil. Ce que arrive au Brésil c’est la revanche des ceux que ont perdu « un peu » de leurs pouvoir et que sont pres à tout pour qui les choses viennent comme avant. Enfim, ceux -la sont, ni plus, ni moins, des bandits!

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