Ta-Nehisi Coates, un livre pour la paix ou pour la guerre?

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Une manifestation contre la violence policière aux Etats Unis – wikimedia commons/Fibonacci Blue/St. Paul, Minnesota/2015

Le nouvel apôtre de la conscience noire apporte-t-il un message de paix ou de guerre? Porte-il l’épée ou apporte-t-il la paix? Chacun se souviendra du célèbre verset biblique où Jésus explique le sens de sa mission: « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison » (Mattieu 10:34). La question mériterait d’être posée au terme de la lecture du livre le plus populaire du moment, Between The World and Me de Ta-Nehisi Coates.

Le rebelle… 

La lettre de Ta-Nehisi Coates à son fils n’est qu’un prétexte pour transmettre un message dont la portée est en réalité universelle. Les plus fidèles de mes lecteurs savent que le thème du racisme m’est chèr (c’est peut-être le sujet le plus traité sur ce blog). Normal. Je vis depuis huit ans dans un pays où le racisme est profondément ancré dans les mentalités, bien qu’il soit subtil.

A une brésilienne de race blanche (je m’excuse auprès de mes lecteurs de revenir sur le mot « race », mais c’est une réalité que nous vivons) ayant eu un enfant avec un ami proche, congolais, lui, je disais il y a un peu plus d’un an: « Il y a deux façons d’élever un enfant noir au Brésil. Soit comme un rebelle, soit comme un soumis conformiste ». Ce à quoi elle répondait « c’est la dure tâche à laquelle je me prépare à faire face ».

Croire en l’universalisme?

C’est exactement la démarche de Ta-Nehisi Coates qui s’engage à faire connaître ce monde à son fils. Ce monde tel qu’il est et non pas comme on voudrait qu’il soit. Ils sont bien gentils ceux qui veulent nous faire avaler la pilule de l’universalisme, mais tous les jours dans les rues, dans les supermarchés, notre couleur de peau nous joue de tours. Même quand nous essayons d’oublier qui nous sommes, les autres sont là pour nous ramener à la dure réalité.

Pas plus tard que cette semaine, en sortant de chez moi pour faire une course, j’ai vécu une expérience déplorable: une jeune femme brésilienne a bien changé de troittoir en me voyant avancer dans la même direction qu’elle…

Bien qu’étant né en France, c’est bien en Afrique que j’ai grandi, et là-bas, je n’avais pas conscience de la couleur de ma peau. Au Brésil, j’ai su. Cette terrible vérité, douloureusement révélée, a-t-elle été utile pour moi? Pour tout dire, je suis plutôt content de m’être rendu compte, bien que par la manière la plus difficile, de qui j’étais vraiment.

C’est au Brésil que j’ai lu l’autobiographie – écrite à deux mains – de Malcom X. Un livre fondateur de mon identité noire. Une identité de combat.

Between The World and Me de Ta-Nehisi Coates aux éditions Objetiva/Rio de Janeiro/2015

Between The World and Me de Ta-Nehisi Coates aux éditions Objetiva/Rio de Janeiro/2015

Commentaire

Ecrit sur un ton libre et léger, le livre de Ta-Nehisi Coates n’en demeure pas moins pesant. On le lit à ses risques et périls, car l’auteur n’entend pas faire dans la dentelle, ni carésser dans le sens du poil blanc. Les phrases se succèdent comme des coups de poing. Il faut parfois souffler. S’arrêter. Respirer et continuer malgré tout à lire.

Le livre de Coates est notre chemin de croix à tous. Il nous parle autant qu’aux hommes blancs. Même s’il sera lu différemment. Forcément. Coates raconte une expérience charnelle, il raconte l’histoire d’une violence cristalisée dans la chair. L’histoire de l’Amérique est celle d’une confiscation. C’est l’histoire d’un holp up mené au détriment du corps des afros-américains. « Ils seront libres, mais nous disposerons de leurs corps ». Voilà le mot d’ordre sur lequel est bâtie la démocratie américaine. Tout le reste n’est que fable. Un clin d’oeil donc au nouveau film de Tarantino que j’abordais ICI.

Reste à savoir s’il y a dans ce texte plein de colère et de rage une place pour l’espoir; s’il reste un moment qui permette une quelconque réconciliation. Je le découvrirai au sommet de « mon » Golgotha…

Extraits:

1.

Ta_Nehisi_Coates_Book

Plus précisément, la journaliste a voulu savoir pourquoi je pensais que les progrès de l’Amérique blanche, ou plutôt le progrès de ces Américains qui croient être blancs, a été construit par le pillage et la violence.

2.

Ta_Nehisi_Coates

Ce dimanche-là, en compagnie de la journaliste, pendant le journal, j’ai essayé d’expliquer le mieux que je pouvais dans le temps qui m’était destiné. Mais à la fin de la tranche, la journaliste m’a présenté une photo amplement diffusée dans les médias d’un garçon noir de onze ans embrassant, en pleurant, un officier de police blanc. Ensuite, la question qu’elle m’a posée portait sur « l’espoir ». C’est alors que j’ai su que j’avais échoué.


Ecoutez une interview exclusive en français de Ta-Nehisi Coates pour Senenews.com

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Une colère noire de Ta-Nehisi Coates, aux Editions Autrement, 17 euros.

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P.S: Au moment où j’écris ces lignes, j’en suis encore à la moitié du livre.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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