Quand le virus Zika révèle des inégalités sociales au Brésil

https://pt.wikipedia.org/wiki/Aedes#/media/File:Aedes_aegypti_CDC-Gathany.jpg

Aedes aegypti, le moustique qui transmet le virus Zika – crédit photo: James Gathany /Wikimedia Commons

« Les femmes doivent éviter de tomber enceinte! ». Voici l’une des phrases les plus entendues et lues ces derniers mois dans les médias en général et particulièrement sur les réseaux sociaux. Après que le Ministère de la Santé ait annoncé une « possible » corrélation entre l’occurrence de la microcéphalie chez les nouveaux-nés et la contamination [de leurs mères] par le virus Zika pendant la période de gestation, un terrorisme médiatique s’est peu à peu installé au Brésil. Ce raccourci, dont la méthodologie a été remise en question par plusieurs anthropologues cache également une stratification sociale que personne ne veut assumer.

Le Zika, les noires et les blanches

Oui. Il faut assumer cette analyse. Il faut méconnaître le Brésil pour penser que les femmes noires sont exposées à la même enseigne que leurs compatriotes blanches des classes plus aisées. Loin de moi l’idée d’adopter une posture complotiste sur ce blog; toutefois, il est intéressant de s’attarder sur la lecture de l’anthropologue brésilienne Débora Diniz qui dénonce la campagne médiatique visant à terroriser les femmes à défaut de proposer de mesures sanitaires plus intelligentes.

Une fois que la corrélation entre le « Zika virus« , comme il est également connu, et la microcéphalie chez les nouveaux-nés n’est pas encore démontrée scientifiquement, il apparaît que toute interdiction de tomber enceinte faite aux femmes relève pure et simplement du contrôle de natalité.

Sur les réseaux sociaux, il n’est plus rare de tomber sur des messages sans aucune objectivité appelant les femmes à ne pas tomber enceinte.

On conseille aux femmes de ne pas tomber enceinte (capture d'écran sur Facebook)

On conseille aux femmes de ne pas tomber enceinte (capture d’écran sur Facebook)

De qui parle-t-on objectivement?

A y regarder de plus près, ce ne sont pas les femmes blanches les plus concernées par ces alertes de panique. En 1995, une étude menée par des scientifiques de l’Université de São Paulo établissait une corrélation entre la race des individus et l’accès à l’assainissement. L’étude concluait [PDF en portugais] que les inégalités sociales qui ont déjà des déterminants raciaux produisaient des incidences selon les races.

En 2013, une étude encore plus concluante de la chercheuse Sônia Beatriz dos Santos montrait de la même manière que les familles noires se retrouvent au bas de l’échelle sociale sur la question de l’accès à l’assainissement.  Plus encore que les inégalités raciales déjà conséquentes – 77 % des blancs ont accès aux infrastructures publiques d’assainissement de l’environnement contre 60 % des noirs – , ce sont les inégalités sociales qui sont les plus flagrantes: les noirs vivant dans de conditions de vulnérabilité les plus évidentes.

Les quartiers à prédominance noire sont ceux où l’on compte plus de cas d’internations causées par la diarrhée et également un manque d’égouts.

Il semble donc évident que ce droit jusqu’ici naturel de chaque femme de tomber enceinte soit devenu malheureusement le privilège des seules riches. En somme, là où l’Etat peine à proposer des solutions qui soient de l’ordre d’une politique de santé publique [égalitaire] bien pensée, nous sommes reduits à accepter un contrôle de natalité pour les pauvres imposé par ce maudit virus Zika.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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11 Commentaires

  1. Là, je dois avouer que je tombe des nues en apprenant que le lien entre le virus Zika et la microcéphalie (j’espère que j’ai bien écrit) n’est pas clairement établi. Il n’y a moins de 5 minutes au journal de France 24 ils déclaraient encore que ce virus est la cause de la malformation. C’est incroyable !!!

  2. Le virus Zika punition d’ALLAH tempête Jonas punition d’ALLAH les virus et les catastrophes naturelles punition d’ALLAH donc aux américains du nord et du sud de se convertir a l’islam aujourd’hui pour éviter la mort par les virus tempête de neige pire que Jonas ouragan pire Cathrina les tornades les foudres grêlon les séismes plus 7 tsunami volcan mortel les inondations déluge de Noé engloutissement grondement les météorites si la fin du monde pour éviter la panique et l’enfer merci.pas de téléphone

  3. Une « possible » relation permet un contrôle de natalité pour les pauvres imposé par les BOBOS de gauche comme de droite d’un néo mondialisme libertaire, l’appartenance ethnique qui est bien réelle au Brésil ne doit plus être l’arbre qui cache la forêt sachant qu’en dressant une approche uniquement éthique cela devient pour certains une rente mémorielle ou un axe de division pour ceux et celles qui en font trop souvent usage. Alors que le fond du problème est la pauvreté des noirs comme des blancs (et des indigènes) au Brésil face à l’enrichissement totalement délirante des 10 % de la population mondiale qui capte a elle seule plus de 85% de la richesse mondiale.

    1. C’est pourquoi à la fin je suis revenu à cette aspect purement classiste afin de ne pas donner une impression d’épuration ethnique (quoi que les violences policières 😉 ).
      Mais c’est vrai qu’encore une fois, ce virus ne frappera que trop fortement les pauvres, ceux qu’on oublie lors de toute campagne préventive.

  4. Il faut croire que la presse mondiale a decidé qu’il y a un lien direct. De toutes les façons, quel que soit leur statut, noire ou blanche, toute femme devrait faire la part des choses pour se donner les chances d’avoir un enfant en bonne santé. Les femmes noires qui ont moins d’accès aux structures salubres et soins de bases, devraient encore plus être sensibilisées sur le besoin de reporter une grossesse éventuelle jusqu’à ce qu’une clarification définitive soit apportée. Vaut mieux prévenir, que guérrir (s’il y a option). En tout cas, comme nos amis américains viennent de découvrir un cas sur leur territoire, attendons-nous à une réponse musclée…les moustiques vont demander pardon :).

    1. Une amie a eu le virus à quatre mois de grossesse. Sa fille est en parfaite santé.
      En tous les cas, la peur augmente, l’effet recherché ne sera donc plus le meme, puisque personne n’est plus tranquile.

      Pauvres moustiques américains… Je viens de passer le week-end dans une region où il y avait beaucoup de moustiques, ouf!

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