François Muleka : «Vouloir chanter et pouvoir chanter sont deux choses passagères»

François Muleka lors d'une de ses présentations @Facebook

François Muleka lors d’une de ses présentations @Facebook

C’est un peu comme vivre. C’est comme cela qu’il perçoit son travail, sa passion : une chance, le temps qu’elle dure. Car chanter n’est jamais acquis. « Vouloir et pouvoir chanter, deux choses qui au fond ne sont pas à notre portée. Pas de manière définitive en tous les cas ». Il faut un rapport humble à son art pour conclure un concert par ces paroles pleines de sens, de tendresse et de reconnaissance.

La reconnaissance envers un public qui par sa simple présence devient co-créateur de son oeuvre. « Je ne chante pas pour recevoir les applaudissements du public », dit François Muleka, timide et humble. Il tremble au milieu du podium, comme une feuille, cette feuille qu’il observe parfois au balcon de son appartement de Florianópolis, au sud du Brésil. Elle aussi a appris à sécher… à frémir légèrement aussi, quand le vent souffle.

Rien n’est acquis. Jamais. Ni l’art, ni la vie, ni le talent, ni beauté des fleurs, ni la grâce des oiseaux. Passagers nous sommes, tout comme nos désirs et nos peines. On apprend à vivre, comme on apprend à chanter, à aimer, à marcher, à sécher, grandir et frémir.

« Ma musique est un prétexte », avance-t-il. « Un alibi servant à tisser des liens, faire de nouveaux amis », comme ce producteur du Nordeste brésilien rencontré sur le réseau social Facebook, promoteur ce soir de ce concert.

Merveilleuse synthèse

Il est né au Brésil où ses parents vivent depuis le début des années 80. Il a été élevé dans une double culture. Une éducation qui fait de lui une synthèse de l’Afrique et du Brésil. Un passé trop lointain réconcilié avec le futur dans un pays qui a du mal à reconnaître ses origines esclavagistes, et donc, ses racines africaines.

Comme la musique facilite les rapports humains. François s’en sert à dessein. Avec sa plume, il guide les Brésiliens vers un paradis perdu en même temps qu’il facilite l’intégration des Africains qui arrivent. Il y a effectivement un monde merveilleux à découvrir des deux côtés.

Au nom d’une mère, d’un père aussi…

La famille Muleka père mère et fils - crédit photo:  Bruno Ropelato @Facebook

La famille Muleka: père, mère et fils – crédit photo: Bruno Ropelato @Facebook

Enfant, ses parents lui parlent swahili et kiluba. Il n’oubliera jamais ses racines. Ainsi commence-t-il son spectacle : « Mon nom est François Muleka ». Il dit son nom avec une intonation brésilienne. Une heure plus tard, il s’empresse de me montrer son premier CD, « Karibu », cela veut dire « Soyez les bienvenus. » … en swahili. « Je parle swahili », m’avoue-t-il. Forte impression! Encore. Depuis le début de la soirée, tout s’est enchaîné, sa voix a conquis l’auditoire. Pour être juste avec l’artiste, je dois dire « SES voix ».

Il faut dire que François manie les inflexions de son timbre comme il tripote sa guitare. Pour son deuxième album, Feijão e Sonho, une opération de crowdfunding – l’une des rares dans le milieu artistique brésilien – a été menée pour financer sa réalisation.

Dans cette famille, le talent s’exprime au pluriel. Multiforme. Multiculturel. De père en fils. De mère en fille. Mixte. Mon collègue Didier Mukaleng-Makal, blogueur à Lubumbashi, avait découvert que le père Muleka est un éminent historien des mathématiques, et c’est peu dire : pionnier devant l’éternel.

Quant à sa mère que je connais depuis plusieurs années maintenant, elle est juste devenue un guide pour moi.

Bonus

Retrouvez la présentation de son nouveau disque Feijão e Sonho:

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Retrouvez d’autres portraits sur le blog ici.

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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6 Commentaires

      1. Serge, juste pour t´informer qu´est sortie le noveau CD de François Muleka « Limbo da Cor » Confirme moi ton adresse par whatsap pour nous permettre de te transmettre une copie. merci.

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