Dilma Rousseff : «Bénissez-moi mon père car j’ai péché, cela fait 67 ans que je suis une femme»

 Blog do Planalto| Flickr.com

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Pendant la campagne électorale de 2014 au Brésil, une caricature avait été remarquée sur Internet grâce à son caractère très critique. On y voyait un journaliste faire face à son créateur au moment du Jugement dernier. Face à Dieu, l’homme plaide pour sa cause demandant la clémence pour ses péchés ici bas. Alors que Dieu s’apprête à le condamner, il décide de sortir son arme secrète, imparable comme le marteau de Thor, il assène une défense infaillible : au moins moi, je n’ai pas travaillé pour Veja… ». Désormais, il faudra inclure le Magazine Epoca dans la liste des médiums non grata au Brésil.

Alors que Veja semblait détenir le monopole de l’imbécilité dans la presse brésilienne, le magazine Época vient tout juste de lui ravir le « prestigieux » poste de leader de l’anti-journalisme. En effet dans un article intitulé « Dilma et le sexe » qui a par ailleurs provoqué un tollé dans le pays, et également sur les réseaux sociaux, un éditorialiste du magazine Época attribuait « les mauvais résultats de l’administration Dilma à un manque de sexe évident chez la présidente ».

Dans une espèce de psychanalyse tirée directement de la tête de Raspoutine*, l’éditorialiste affirme :

Je ne la connais pas personnellement, mais il est probable que sa sexualité ait été soustraite depuis au moins une décennie, comme pour prouver exactement le contraire, à savoir que : »le pouvoir et le sexe doivent s’anéantir ».

Si l’on était à l’échelle internationale, on ne serait pas loin de l’incident diplomatique. Le fait est que Dilma Rousseff n’a jamais été épargnée par les médias. Sans jamais être pris au sérieux, plusieurs analystes ont par le passé pointé du doigt le machisme dont la présidente Rousseff était clairement victime. Cet article de Época est un marqueur. Je n’ai pas mémoire d’un autre chef d’Etat à qui l’on aura infligé un tel traitement.

Pas la première fois

Cela remonte à plusieurs années déjà, mais ce fait m’avait déjà semblé atypique en 2010 lors de la première campagne électorale de Dilma Rousseff. Reçue par le journaliste Datena (prochain candidat aux élections municipales de São Paulo) dans une émission quotidienne de la chaîne de télévision Band, Dilma Rousseff avait dû faire face à un interrogatoire « musclé » sur ses années de captivité, le journaliste n’hésitant pas à lui demander si elle avait été violée pendant la dictature militaire.

S’il le savait déjà, pourquoi poser la question? S’il l’ignorait, pourquoi poser la question? Quelle était l’utilité publique d’une telle question? Personnellement, je n’en vois pas.

Etre la première femme élue présidente du Brésil s’avère être un motif supplémentaire qui l’expose à la critique. Dilma Rousseff doit presque s’excuser de ne pas être un homme dans un pays où les médias constituent le symbole le plus visible du machisme séculaire.

A l’instar de l’opposition acharnée dont Barack Obama a été la cible par le simple fait d’être un Noir, certains médias brésiliens souhaiteraient sans doute qu’il y ait plus de testostérones dans les couloirs du palais du Planalto. Dilma Rousseff paye le prix d’être une femme.

La presse française pratique le « deux poids deux mesures »

J’en profite pour rebondir sur un sujet connexe qui me dérange particulièrement. Alors que les manifestations politiques au Brésil gagnent en visibilité sur le plan international, il est tout à fait triste de constater le niveau – très bas – des articles publiés sur le site internet du journal Le Monde. Pour un journal de cette envergure, on est en droit de se demander si ce média n’a pas adopté le « suicide médiatique » comme modus operandi.

Avec des correspondants qui parlent à peine portugais et se permettent de prendre parti pour l’opposition chaque fois qu’ils publient un article sur le Brésil, on ne s’étonne plus de voir les ventes du Monde chuter. Pendant ce temps, le New York Times voit le nombre de ses abonnés augmenter. C’est qu’ils traitent l’information avec beaucoup plus de sérieux.

Deux articles du Monde ont attiré mon attention cette semaine. Le premier, publié lundi dernier, titrait sobrement « Au Brésil, la présidente Dilma Rousseff fortement contestée dans la rue ». Aucun problème, a priori, si ce n’est le parti pris qui allait suivre dès vendredi avec un article discriminant les manifestations de soutien à la présidente Dilma Rousseff, les qualifiant d' »ambiguës ». Une curieuse démarche quand on sait que les manifestants opposés à la présidente demandaient, entre autres, l’intervention des militaires; ce que Le Monde se gardera bien de signaler.

Cela me paraît être une faute grave, évidemment. D’autant plus qu’un journaliste chilien a quant à lui fait un travail plus complet sur les manifestations « anti-Dilma »:

Le Monde n’est pas le seul à commettre ce genre de « facilité ». Il m’a toujours semblé très problématique qu’à chaque article portant sur la corruption au Brésil, le site de RFI attache invariablement une photo de Dilma Rousseff. On peut comprendre que l’image de la présidente représente le Brésil, mais pourquoi ne le fait-on pas pour les articles qui parlent de football? Cela me dérange, et je pense qu’un effort doit être fait pour corriger cet aspect.

Capture d'écran sur le site de RFI

Capture d’écran sur le site de RFI

S’il n’y a aucune preuve contre elle, pourquoi rattacher son image à ce genre d’articles? 

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* Le fidèle compagnon de Corto Maltese.

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.
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3 Commentaires

  1. Article intéressant, sujet sensible. Je ne souhaite pas paraître critique, mais après lecture, on a comme l’impression que vous n’êtes pas allé jusqu’au bout de votre analyse. La fin paraît un peu bâclée si je peux me permettre.
    Cependant, vos remarques sur le traitement des faits par certains médias français sont assez justes. On a comme l’impression qu’il y a un journalisme à deux vitesses pour certains événements. C’était pareil avec l’affaire Béchir Assad, « l’ami » devenu « dictateur ». Heureusement, le pluralisme des médias est une réalité.

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