Ce qu’un Brésilien trouve d’étrange en Belgique

Portrait à l'huile sur toile à quelques mètres du Forum de Liège - crédit photo: @sk_serge

Portrait à l’huile sur toile à quelques mètres du Forum de Liège – crédit photo: @sk_serge

Vous l’ignorez peut-être, mais quand on passe plus de sept ans au Brésil, on développe un trouble de la personnalité qui nous fait penser par moment qu’on est nous-mêmes brésilien. Vous imaginez bien que lors de mon séjour en Belgique, plus précisément à Liège, je n’ai pu m’empêcher d’observer certains phénomènes culturels qui apparaissent tout à fait étranges pour un « Carioca comme moi ». Voici, voici… 

1. L’histoire des gaufres

Vous me direz que c’est d’une grande banalité cette histoire de gaufres. Mais essayez d’expliquer à un Haïtien ce que c’est qu’une gaufre. Si vous ne lui faites pas un dessin, il n’y  a aucune chance qu’il vous comprenne, et encore, le dessin n’est pas une garantie. La meilleure solution c’est de la lui offrir en chair et en os. Heu, pardon ! En blé et en sucre…

Au Congo, nous connaissons évidemment les gaufres belges qui à la longue sont devenues les nôtres; d’où ma surprise quand j’ai découvert que même au Brésil on n’en trouvait pas, sauf dans certaines villes du Sud. Et elles sont, paraît-il, salées… Nul n’est parfait.

Il paraît même qu’en France, elles ne sont pas aussi bonnes et on n’y met pas autant de caramel. Il paraît aussi que les frites belges sont plus grandes qu’en France… mais ça c’est une autre histoire.

https://en.wikipedia.org/wiki/Waffle#/media/File:Gaufre_liege.jpg

Gaufres de Liège – crédit photo: Jrenier | wikimedia commons

2. Les Liégeois sont gentils, les Liégeois sont gentils… ça dépend !

On raconte un peu partout que les Liégeois sont gentils. J’en étais certain jusqu’à ce que je sois victime d’un accident. Premièrement, je confesse à tous mes amis qui me liront ici que je leur ai menti sur le moment. Je ne me suis pas cogné contre une porte quelconque. En fait, en rentrant très tard la nuit, après m’être perdu (on y reviendra) près du restaurant la Capitainerie, j’ai cherché le McDonald’s le plus proche.

C’est en essayant de passer par une porte en vitre, dont j’ignorais l’existence (encore une raison de changer mes lunettes) que je me suis heurté à une barrière drôlement solide pour du verre. Je peux vous dire que ce sont mes lèvres qui ont volé en éclats alors que le propriétaire du « McDo » me traitait de fou. On a vu Liégeois plus gentil en effet. Et les passants me fuyaient comme si je sentais la crotte de… bref, pour la gentillesse des Liégeois, on repassera.

Si je reviens sur cet épisode humiliant, c’est parce que je me suis finalement remis de mes émotions. Je vous promets que j’ai perdu beaucoup de sang sur le moment…

Ah oui, avant que ça ne m’échappe. Pendant mon agonie, seul un couple de sans-abris m’est venu en aide. Sympathiques ces Liégeois, n’est-ce pas ?

3. Les toilettes, c’est par là… oui, mais où ?

http://la.indymedia.org/news/2009/09/230277.php

Toujours plus bas les toilettes… c’est l’impression que ça fait.

L’une des choses qui m’ont le plus surpris à Liège est que dans tous les restaurants et bars, les toilettes se trouvent au sous-sol. C’est un peu effrayant quand on vous dit :  » C’est  par là… «  et que vous êtes confronté à un escalier menant au sous-sol en serpentant un abîme sans fin apparente…

Je me suis souvenu qu’au Brésil quand quelqu’un va aux toilettes, il communique souvent à ce sujet. Combien de fois n’ai-je pas dit aux gens   » Les gars, vous n’êtes pas obligés de dire ce que vous  faites à vos heures sup… allez-y, un point c’est tout « .
Eh bien, pour un Brésilien en Belgique, surtout s’il communique sur ces intentions, aller aux toilettes peut être un moment intéressant parce qu’il entendra probablement quelqu’un lui souhaiter « Bonne chance! » en référence à la difficulté de trouver l’endroit.

4. Le haricot au petit déjeuner

Si vous me suivez également sur Facebook, vous avez probablement remarqué que je désespérais un peu avant mon voyage face à l’idée d’être sevré de haricots pendant mon séjour en Belgique. Comprenez bien que pour un Carioca comme moi, cela est loin d’être évident. Tant et si bien que la dernière chose que j’ai faite avant de partir fut de manger un bon plat de feijoada. Idem au retour. Mon petit rituel brésilien.

Arrivé à Liège, je guettais tous les menus histoire de repérer une portion de haricots même mal faits.

Quelle surprise donc de constater que nos amis belges servent du haricot au petit déjeuner. J’avoue que je me délecte de ce plat, mais l’idée ne m’effleure pas la tête d’en manger le matin. Il est vrai qu’à Liège, on nous l’a proposé au petit déjeuner parce qu’un esprit vif a dû penser qu’il y aurait beaucoup d’Anglais à un Forum mondial de la langue françaised’où l’intérêt nous servir ce fameux « Fry-Up ».

5. Se perdre dans Liège est un vrai plaisir

 » Je me suis perdu dans Liège, quel bonheur ! « .  Voilà une phrase qui ne fait aucun sens si on la prononce à Rio de Janeiro. Je me souviens d’une sinistre histoire de touristes égarés dans une favela à cause d’un défaut sur le GPS de leur véhicule; ils avaient fini par être kidnappés par des trafiquants.

Eh ben, cela ne risque pas de vous arriver à Liège. Je suis peut-être la personne qui s’est le plus perdue dans cette ville. Je n’ai aucun sens de l’orientation. Mais pour moi, cela était presque un moyen ludique de découvrir la ville. Liège est un peu comme Internet, il est parfois bon de s’y perdre pour mieux le comprendre.

Or quand on vit depuis longtemps au Brésil, on développe forcément une sorte de syndrome pré et post-traumatique liés à l’expérience future ou passée de la violence urbaine. C’est fou, hein !

Je me suis quand même demandé comment un peuple peut atteindre un tel degré de pacification de sa société.

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P.S.: – D’autres histoires sur/de Liège suivront

         – Suivez-moi sur Twitter: @sk_serge

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

14 Commentaires

  1. Que Dieu bénisse ces sans-abris qui ont tout perdu sauf leur « Liège – attitude  » ! lol. non vraiment, c gentil c leur part. Serge, ozongelaki bango te après pona mwa…?

  2. Intéressant billet. Me concernant, j’ai toujours su que tu t’étais cogné contre une porte vitrée. Tu nous l’as raconté au théâtre. Bref, ce point n’est guère important, surtout face à la suite de l’histoire… Les gens peuvent manquer d’empathie, pour mille et une raisons. Cependant, cela reste triste. Désolé que cela te soit arrivé, mais envisage sérieusement de changer de lunettes ! 😉
    Pour le reste, j’ai vraiment bien aimé me perdre à Liège, comme toi. C’était sympa !

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