A table: une crème de beauté au menu d’un restaurant nigérian à São Paulo

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Crédit photo: Kham Tran / wikimedia commons

Dans le centre historique de São Paulo on aperçoit enfin des Africains. Ils vont et viennent sans but précis. Souvent en groupe. Un petit comité de Congolais passe à un mètre de moi. Je devine leur nationalité par leur démarche pleine d’assurance, comme si le monde leur appartenait (ça me rappelle cette fille de mon ancien collège qui me dit un jour: « Serge, tu marches comme un Américain… », bon!). Mais, c’est surtout la langue qu’ils parlent sans gêne qui m’enlève tous mes doutes. Ecouter des inconnues parler Lingala à São Paulo fait un peu froid dans le dos. On ne sait pas trop bien comment réagir: faut-il les embrasser ou pas? Je décide de continuer mon chemin sans indiquer que j’étais également Congolais. L’ont-ils noté à ma démarche?

J’avance vers la mairie de São Paulo. Là encore, des Africains, des Haïtiens aussi. J’ai laissé des Boliviens sur la le trottoir de la grande Avenida Paulista, le rendez-vous obligatoire de tous ceux qui se rendent à São Paulo. Elle est surtout impressionnante sur les photos et à la télé. La Bolivienne, une femme ayant passé la quarantaine vendait de petits bidules sans valeur…

Il fait presque 15 degrés et le ciel est gris dans le centre de São Paulo. Pour quelqu’un qui vient du Nordeste, c’est l’hiver. Je me rends dans un coin où se trouvent côte à côte deux restaurants africains: nigérian et camerounais. Pendant la Coupe du monde, Samuel Eto’o Fils y a visité ses compatriotes.

Le restaurant camerounais est plus propre, les Brésiliens n’hésitent pas à s’y rendre. Une jeune femme et sa mère s’attablent, un couple japonais aussi (bon, plutôt brésilien d’origines japonaises…). Sur le mur, une photo de la propriétaire avec Eto’o Fils.

Finalement, je me dirige vers la porte à côté. Chez les Nigérians. L’endroit n’est pas très propre, un simple rideau fait office de porte d’entrée. Juste au-dessus de ladite porte, une télévision plasma est accrochée sur le mur. CNN, le journal. Pas de doute, nous sommes bien chez les Nigérians. Tout le monde parle anglais ici. Certains écorchent le portugais. A l’intérieur  des jeunes Africains à l’aspect plutôt crasseux sont accommodés à des tables en bois, ils avalent des boules de fufu fait à base de semoule accompagnées d’une sauce gombo au poulet.

Je demande la même chose. On me dit que je dois payer avant. 20 reais (10 dollars). C’est fait.

Un jeune homme avec des drealocks s’approche et pose un plat de fufu puis un bassin d’eau – en forme de coeur (!) – pour se laver les mains. La sauce suivra tout de suite après. Sur la table, il y a aussi de l’eau minérale, du savon liquide et… une crème de beauté pour se parfumer les mains une fois l’opération terminée. J’avoue que je ne m’attendais pas à cela. Je vérifie bien qu’il y en sur toutes les tables. Effectivement. Il s’agit donc d’un rituel maison.

J’ai aussi le temps d’observer comment un Africain qui possède un visa permanent peut en traiter un autre n’en possédant pas: exactement comme un moins que rien…

J’attaque ma commande en me méfiant des conséquences sur ma santé. Je suis fragile, c’est comme ça. Ma petite amie ne m’aurait peut-être pas laissé manger dans ce restaurant nigérian. Mais, c’était plus cher chez les Camerounais d’à côté…

Je termine mon plat avec peine. Je complète le rituel en me parfumant les mains après les avoir lavées dans ce bassin bleu – en forme de coeur (!). Il est midi passé. J’ai envie de rentrer chez moi après une journée plutôt réussie. Et finalement, je suis assez impressionné par les lignes de métro de São Paulo. Je décide de poursuivre mon exploration.

Vais-je parler de la place de la République? Ce lieu où se réunissent tous les travestis de la ville? Et de cet immeuble de douze étages où les prostitués vous reçoivent comme un prince? Hum, plus tard peut-être. Plus tard…

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Suivez-moi sur Twitter pour plus d’informations sur le Brésil: @sk_serge

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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