Cinq bonnes raisons pour que Lula soit secrétaire général de l’ONU

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Lula-ONU-23092008.jpgLula Inácio da Silva à la tribune de l'ONU - crédit photo: Ricardo Stuckert/PR/Wikimedia commons

La nouvelle se répand dans les médias brésiliens, Lula da Silva veut être le prochain secrétaire général de l’ONU. Lula le veut, Barack Obama le souhaiterait, on n’en est pas certain. Pourtant l’idée fait son chemin alors que le mandat de Ban Ki-moon s’approche de sa fin. Les chances de Lula ont été analysées ici. En réalité cette hypothèse revient depuis que Lula a quitté la présidence du Brésil en 2010. Je vous propose donc deux articles – publiés en deux temps – sur les bonnes raisons et les mauvaises de cette probable élection. Commençons par les bonnes.

 1. Parce qu’il sera le premier Brésilien

Il y a déjà eu deux Africains (Ghana puis Egypte), un Suédois (c’est le tout premier secrétaire général), un Sud-Coréen, un Autrichien (vous le croyez, ça?)  et même un Birman… mais jamais un Brésilien. Pourtant, ce n’est pas que le Brésil manque d’éminentes personnalités. Pelé aurait fait l’affaire. N’est-il pas le premier Noir mondialement aimé au même titre qu’un Blanc ? Même Mohamed Ali n’aura pas eu ce privilège. C’est que Pelé comme Lula est un maître dans l’art de fédérer. OK, pas ces dernières années, n’est-ce pas Pelé ?

Notez aussi qu’un Péruvien a déjà occupé ce poste.

2. Parce que c’est un pauvre… et que ça fait « beau »

Lula est né dans un Etat du Nordeste brésilien, le Pernambouc. A deux heures de chez moi. D’une famille pauvre, il fera toute sa carrière politique dans le Sud-Est, à São Bernardo do Campo, l’une des villes les plus importantes de l’ABC paulista, ce haut lieu de l’industrie de l’automobile.

C’est un peu par hasard qu’il entre dans la politique après la mort de son frère aîné, un leader syndical. La gauche comprend très vite que ce nordestino a un charisme hors du commun et fait de lui son acteur principal pour accéder au pouvoir.

Un film retraçant sa trajectoire politique a même été réalisé il y a quelques années.

Si les symboles comptent, l’élection d’un pauvre à la tête des Nations unies serait très bien vue à l’échelle planétaire. Plus politiquement correcte, tu meurs.

3. Parce qu’il a sorti le Brésil de l’extrême pauvreté

Dilma Rousseff a prononcé la phrase la plus significative de la dernière campagne électorale : « Nous avons sorti 40 millions de personnes de l’extrême pauvreté, une Argentine tout entière ». Et c’est en grande partie grâce au travail de Lula da Silva et à ses programmes massifs de croissance basés sur l’agrandissement d’une classe moyenne consommatrice. Imaginez ce qu’il pourrait faire si l’ONU lui en donnait les moyens…

4. Parce que c’est un très grand négociateur

Dix ans de pacte national et d’union sacrée rompus avec l’arrivée au pouvoir de Dilma Rousseff. Pour être élu président, Lula a dû faire des concessions considérables vis-à-vis des patrons. Il leur a promis des gains inimaginables s’ils le laissaient sortir les plus pauvres (surtout les Noirs) de la misère. C’est tout le sens de sa Lettre ouverte au peuple brésilien. Jamais dans l’histoire du Brésil les banques n’avaient gagné autant d’argent, et jamais les pauvres n’avaient eu un tel accès aux biens de consommation.

Pendant dix ans donc, le Brésil était un grand paradis sur la côte de l’Amérique du Sud. Puis, Dilma Rousseff est arrivée : moins ouverte au dialogue, plus rationnelle que son mentor, elle a vu le climat social se dégrader dans les proportions aussi dramatiques que celles observées pendant la dernière Coupe des Confédérations de la FIFA.

Mais, sur ce quatrième critère, la Bulgare Irina Bokova semble être la mieux indiquée…

5. Parce qu’il donnera une nouvelle image de l’ONU

C’est un fait. Lula est une star mondiale. Le seul président à quitter le pouvoir en plein milieu de la crise économique avec une cote de popularité s’élevant à 80 %. Il défend les pays africains, il a renforcé l’importance politique des Brics, il est intervenu en Haïti… C’est aussi un général brésilien qui dirige les forces onusiennes en RD Congo.

Mais le plus important, le Brésil est un pays pacifiste qui n’a jamais fait la guerre à ses voisins (sauf le Paraguay au 19e siècle). Il est certain qu’avec Lula da Silva, l’ONU gagnera à capitaliser sur l’image de ce grand homme politique. Peut-être le dernier de notre époque.

Bonus : parce qu’il a impressionné Barack Obama

Lors du sommet du G-20 en 2009, Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis admet publiquement que « Lula est le dirigeant politique le plus populaire de la planète ». « Lula is the dude », pour utiliser une terminologie des frères Coen. On le voit en action, dans son élément, Lula réussit l’exploit d’hypnotiser Barack Obama devant les caméras du monde entier. N’est pas l’idole d’Obama qui veut…

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La semaine prochaine, la suite de ce billet avec « cinq raisons pour que Lula ne soit pas le prochain secrétaire général de l’ONU ».

Pour plus d’informations et d’analyses sur le Brésil, suivez-moi sur Twitter: @sk_serge

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

11 Commentaires

  1. Je ne suis pas totalement d`accord avec le 5e point. je ne pense pas vraiment que le Bresil ou Lula peut vraiment reorienter la politique de l`ONU ou donner une autre image @ cette institution.

  2. Pourquoi tu te fatigue même à trouver toutes ces raisons même? Quand on demande, pourquoi Lula devrait être à l’ONU, tu réponds « parce que Lula ». Voilà.
    Remarquable personnage.

  3. Mettre une ancienne gloire de la politique venant des « brics » a la tête de ce « machin »(merci Guy pour le rappel ) et pour reprendre Renaud et son exégèse idéologique « parce que Lula » a ce poste ça ennuiera fortement les bolchoPoutinoviques et les niaqoués sauces Xi Jinping, à défaut de servir la cause du peuple brésilien !
    L’empire du mal peut toujours se rabattre sur… http://www.bilboquet-magazine.fr/le-prochain-secretaire-general-de-lonu-pourrait-etre-un-manchot/

      1. Attention source Wiki….

        « L’Organisation des Nations unies (ONU) : de manière péjorative. Cette utilisation a pour origine une citation de Charles de Gaulle le 10 septembre 1960 à Nantes à propos du Congo : « Le machin qu’on appelle l’ONU ». Charles de Gaulle n’a employé qu’une seule fois cette expression pour désigner l’organisation internationale et des doutes subsistent sur le fait qu’il ait volontairement choisi ce terme pour désigner péjorativement l’ONU1. »

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