Brésil, quartier libre

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Protesto_em_%C3%B4nibus_de_S%C3%A3o_Paulo_2013.jpgUne manifestation contre le tarif du bus à São Paulo - crédit photo: Maria Objetiva | wikimedia commons

Sept ans, c’est beaucoup. Sept ans que je vis en terra brasilis en toute sécurité et dans l’exercice pleine de mes libertés individuelles. Jamais encore, je n’ai vu personnellement un crime de grande envergure, jamais une arme n’a été pointée sur ma tempe. Pourtant, le ministère des Affaires étrangères de la République française classe le Brésil dans la catégorie « vigilance renforcée, zones déconseillées » des pays à éviter. 

Les classements doivent toujours être relativisés. Qu’il s’agisse des classements des meilleures universités comme celle de Shanghai – mais sur quels critères? – ou le classement des pays les plus riches – mais quelle richesse? – , ou encore le classement des pays libres – quelle liberté d’expression?

Personnellement, je préfère me fier à l’opinion de personnes qui y vivent plutôt qu’à l’évaluation de quelque agence internationale quand bien même ces résultats font l’objet de réelles enquêtes de terrain. Cependant, le quotidien est bien plus complexe qu’une simple carte interactive présentée sur le site des Décodeurs du journal Le Monde.fr.

J’ai déjà écrit sur ce blog qu’au Brésil, quand il s’agit de mort violente, les Noirs mourraient bien plus que les Blancs. Et souvent, ils sont victimes de bavures policières de telle sorte que le Brésil n’est pas très différent des Etats-Unis à l’échelle du rapport race-assassinat-violence policière.

http://pt.wikipedia.org/wiki/Ficheiro:Tropa_de_choque_em_S%C3%A3o_Paulo_1.jpg

La troupe de choc de São Paulo – crédit photo: Gabriel Vinicius C. | wikimedia commons

Les stéréotypes « aidant », la police est plus répressive envers les jeunes des quartiers pauvres – les fameuses favelas – qui arborent leur bermuda, torse nu, s’adonnant à un curieux hobby qui consiste à « envahir » les shoppings centers réservés habituellement à la classe moyenne.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Et paradoxalement, il est tout aussi facile de se fondre dans la masse. Je ne me balade jamais en bermuda de peur d’être confondu à un « marginal« .

Je ne sais pas dans quelle mesure, cette précaution est une forme de prudence ou si elle contribue à reproduire des préjugés. Mais, le fait est que cela fonctionne.

Dans certaines villes, comme à João Pessoa, la police n’effectue jamais de contrôles, ce qui n’est pas le cas des autres grandes villes. A Belo Horizonte, par exemple, les Noirs sont systématiquement fouillés… sans discrimination dans cette branche ethnique.

Les dernières statistiques officielles informent que João Pessoa serait la ville la plus violente du Brésil. J’avoue pour ma part ne pas voir cette violence au quotidien. Comme j’ai dit, les statistiques doivent être relativisées. Peut-être qu’elle est effectivement violente proportionnellement au nombre d’habitants : 67 homicides pour 100 000 habitants selon les données officielles.

Ce qui place João Pessoa comme la neuvième ville parmi les plus violentes du monde. Mais encore une fois, cette violence est concentrée dans des quartiers que je ne fréquente pas, la violence urbaine est ghettoïsée. Il y a aussi la question de la proportion comme je l’ai déjà écrit.

Une chose est la violence urbaine réelle, une autre en est l’impression ressentie par les habitants. Or, les statistiques ne montrent pas cette différence.

Comment peut-on comparer la violence urbaine à Rio de Janeiro et João Pessoa ? N’est-ce pas à Rio qu’un hélicoptère de la police civile a été abattu par des trafiquants de drogue ? Alors, oui, croyez aux chiffres que vous voulez…

Il y a aussi la question des journalistes. C’est encore à Rio de Janeiro qu’un journaliste de la chaîne de télévision Band TV a été tué alors qu’il couvrait une manifestation. A bien des égards, le Brésil peut être aussi dangereux pour les journalistes qu’un pays en guerre.

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Protesto_SP_(3).jpg

Un photographe est blessé lors d’une manifestation au Brésil | Gianluca Ramalho | wikimedia commons

Je ne veux évidemment pas contredire les statistiques officielles, encore moins décourager les touristes – ça, le ministère français des Affaires étrangères s’en charge déjà très bien – mais il est préférable à mon avis de visiter des villes du Nordeste plutôt que São Paulo ou Rio de Janeiro.

Hélas, je n’ai ni les moyens ni le statut pour lutter contre des statistiques…

_____________

 Pour plus de commentaires et d’analyses concernant le Brésil, suivez-moi sur Twitter: @sk_serge

The following two tabs change content below.
Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

13 Commentaires

  1. En matière de statistiques, tout est relatif en effet et la plupart du temps, les chiffres sont loin de la réalité perçue. Cependant ce que moi je comprends à travers les recommandations du ministère français, (qui restent au final des recommandations), c’est qu’il y a des zones qui sont jugées dangereuses pour un Français. Ça ne veut pas dire que ces zones le sont pour un citoyen lambda. Cela dit, on peut se faire tuer n’importe où. Cela fera juste un homicide de plus à ajouter aux statistiques. Il est donc préférable de ne pas laisser les chiffres nous dicter nos envies de découvertes. Voyager reste la meilleure façon d’apprendre

    1. Je suis d’accord avec ta conclusion… et la prudence est toujours nécessaire. Par contre, vivant ici depuis longtemps, je peux te dire que les endroits dangereux ne dépendent en rien de nationalité…
      Il faut juste bien choisir où l’on va, l’heure à laquelle on rentre selon les villes et les quartiers, c’est comme j’ai dit, en 7 ans, il ne m’est jamais rien arrivé… pourtant, les chiffres disent que ma ville est la plus violente du pays. En réalité les étrangers restent souvent dans une partie de la ville où la violence n’arrive que rarement.
      A propos de ce classement, et prenant l’exemple de la RD Congo, on ne peut pas dire que le Congo est un pays dangereux pour le français lambda… quelle partie du Congo? Le pays fait 2. 345. 000 km² , donc quelle partie du pays? Si tu me dis à l’Est , je peux comprendre… mais pas tout le Congo. Et encore à l’Est, ce sont plus les femmes et les enfants congolais qui sont victimes des violences.
      Pourquoi vouloir uniformiser les problèmes et tout résumer à cet aspect d’enlèvement et d’assassinat de cotoyens français? 🙂

      1. Parce qu’une minorité a montré que capturer un Français pouvait être un moyen de pression… Et comme d’habitude on a exagéré et extrapolé. Mais si tu veux j’ai des relations hein je peux demander qu’on remette la bonne couleur pour la RDC, le Bresil par contre je ne promets rien 🙂

  2. J’ai vu la carte interactive sur le site « Le Monde » Je dois avouer que je suis d’accord quant au Mexique. J’adore mon pays, mais maintenant ce n’est pas le moment pour venir. Je ne veux pas donner des détails, je peux seulement dire que tout ce que l’on dit aux médias étrangers est vrai. Je rêve de nouveaux temps pour mon cher pays et je suis sûre que ça arrivera bien tôt.

  3. « João Pessoa comme la neuvième ville parmi les plus violentes du monde.  » Eh bien… Au-delà des statistiques, il y a le vécu, le ressenti même. Peut-être que je marcherai dans un de ces quartiers que tu ne fréquentes pas et que je ne ressentirai aucunement de peur parce que tout simplement je ne saurai pas que je dois avoir peur. Je m’éloigne un peu du propos, mais peut-être pas tant que ça… Oui, alerter les gens, les inviter à faire preuve de prudence, c’est nécessaire, les statistiques aussi au final pour mettre des chiffres sur une problématique. Et il revient à chacun de relativiser, pour que la peur ne nous immobilise pas.

    1. C’est vrai, on tombe dans l’immobilisme. Un jour j’ai écouté sur une antenne qu’à Londres il y a beaucoup de violence dans les quartiers et plus tard une amie qui y vit me l’a confirmé, disant qu’en tant que noire, il lui arrivé d’être victime de projectiles … eh ben, les statistiques ne montrent pas cela.
      Et je trouve que tu as raison sur la perception, c’est exactement cela.
      Quant à João Pessoa, c’est juste comique… on parle bien de l’une des villes les plus agréables du Brésil…

  4. En tout cas, je relève cette « ambiance générale » de violence, j’imagine que c’est le lot de tous les grands pays.
    Comme dirait un certain humoriste qu’on a pas le droit de citer: « on ne sait pas trop comment ils font leurs classements…si c’est les matchs à l’extérieur qui comptent double ou comment ».

  5. Je suis d’accord avec Serge.
    J’habite à Natal, la ville voisine de João Pessoa.
    La ville Natal a été considérée la quatrième ville plus dangereuse du monde. C’est ça un absurde. Je n’ai jamais été volé à Natal. Quant à João Pessoa, elle est l’une des trois meilleures villes du nord-est en qualité de vie. Les villes (Capitales) de Aracaju, Natal et João Pessoa sont les meilleures villes du nord-est brésilien.Je suis toujours à João Pessoa. C’est bizarre dire que les villes du nord-est sont plus dangereuses que les villes de São Paulo et Rio de Janeiro. Je pense qu’il y a d’investissements de quelque gouvernement pour mouvementer leur tourisme.

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *