Jersey Boys: Clint Eastwood fait un bon Scorsese

https://www.flickr.com/photos/id-iom/3315546397/sizes/z/Crédit photo: id-iom / Flickr.com
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Il y a évidemment plusieurs raisons d’aller voir « Jersey Boys ». L’une d’elle est la possibilité d’observer l’évolution de ce cher Clint, non seulement en tant que cinéaste mais surtout en tant qu’humaniste.

Oui, j’ai lâché le gros mot. Mais pourquoi pas finalement. Ceux qui ont vu Million Dollar Baby, Mystic River, Gran Torino ou Letters from Iwo Jima savent pertinemment que Clint Eastwood a bien une facette humaniste. Le personne est complexe, sans doute.

Ensuite, il y a les nombreuses références cinématographiques placées intelligemment dans le film. D’un point de vue technique, on retrouve la méthode narrative de Martin Scorsese, notamment par l’indispensable voix-off… souvenez-vous de Goodfellas, mais ici avec une « touche David Fincher » dont on ne vous dira pas plus.

La première scène (panoramique en plongé) de « Jersey Boys » n’est pas sans rappeler l’ouverture de Changeling – un travelling vertical en plongé qui évoque l’entrée dans une communauté -. Comme si Clint Eastwood nous invitait à poursuivre cette intropection de l’Amérique profonde esquissée dans Changeling et J. Edgar et qu’il ne cesse d’exploiter. Ce n’est en effet pas la première fois que le cinéaste s’attaque à l’Amérique des années 1930-1960.

Clint Eastwwod est obssédé par l’Amérique traditionnelle, protestante mais paradoxalement fragile, elle ne tient qu’à un fil. Les valeurs familiales reviennent aussi dans un schéma social fait de tensions: le capitalisme joue son rôle…

« Papy » Eastwood fait de l’humour aussi, car dans « Jersey Boys », on rit. Et pas qu’un peu. Les dialogues sont bien écrits et joués de façon crédible par des acteurs qui n’en font pas trop. Morceau choisi:

– « We do everything together »
– Really? How old are you? 
– « Together or separated? »

Même le parrain de la mafia ici a un côté bon enfant qui nous fait penser à un Marlon Brando sur le déclin. Dommage que le personnage ne soit pas plus étoffé…

Les plus familiers de l’oeuvre de Clint Eastwood – n’ayons plus peur d’employer ce terme – retrouveront dans « Jersey Boys » l’une des plus grandes passions de l’acteur-cinéaste: la musique (son fils Kyle est un musicien réconnu).

Après Bird, le voici donc embarqué dans un projet non moins ambitieux, accompagner l’ascension de Frankie Valli. Nous sommes dans les années 60.

Justement, Frankie Valli – que je ne connaissais pas, mais ses chansons on les connait – est l’une des raisons d’aller voir le film. Son entourage familial est, de mon point de vue, une claire référence à Ragging Bull (Robert de Niro dans le premier rôle) de Martin Scorsese. Il possède une voix tellement atypique qu’on se demande pourquoi il n’a pas connu un destin plus glorieux.

Le casting est intéressant aussi. On retrouve Vincent Piazza, jeune acteur qu’on a vu dans Boardwalk Empire (encore Scorsese), qui vole complètement la vedette aux autres acteurs. L’intérêt de ce film est aussi qu’on en sort avec une folle envie d’écouter des hits des Four Seasons sur Youtube.

Bref, j’adore Clint Eastwood pour plusieurs raisons (la passion pour le jazz en fait partie), au point de ne pas m’importer de le voir se ridiculiser dans un dialogue bizarre avec Obama – on lui pardonne volontier ses péchés de vieillesse.

Quand on le voit réaliser un film de cette portée, on a juste envie qu’il ne s’arrête jamais. Longue vie donc, « Dirty » Clint !

 

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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