Une version raciste de « Sex and the City » choque le Brésil

http://vicmatos.deviantart.com/art/Sex-And-The-City-119274673Crédit photo: vicmatos -Creative Commons
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Crédit photo: vicmatos – Creative Commons

« Sexo e as Negas » est le titre choisi par Miguel Falabella, créateur pour la chaîne de télévision Rede Globo d’une série à forte connotation raciste mettant en scène de jeunes femmes noires particulièrement futiles, sexy et nymphomaniaques.

Si l’intention de la série était de faire un portrait de la femme brésilienne, on ne comprend pas pourquoi ce choix porté exclusivement sur les noires et les mulâtres. D’autant plus que dans « Sex and the City » les femmes qu’on nous montre représentent une catégorie spécifique appartenant aux classes moyennes des grands centres urbains ayant plutôt réussi leurs carrières professionnelles. Or dans cette série elle sont domestiques de maison ou femmes de chambre.

Un site brésilien a répertorié une liste de stéréotypes présents dans cette série.

  • Les femmes noires sont tout le temps en train de penser au hommes.
  • les femmes noires font l’amour partout, y compris dans leurs lieux de travail, dans une voiture.
  • Les favelas ne sont habitées que par des criminels.
  • les femmes noires pensent uniquement à faire des enfants dans le but d’obtenir une pension de leurs partenaires.

La liste est exaustive. Franchement sécouée par la critique, notamment sur les réseaux sociaux, la série ne devrait pas avoir une deuxième saison. Son créateur s’est défendu d’être raciste, mais peut-on le croire?

A l’opposé, les acteurs blancs sont souvent traités comme de personnes ayant atteind le succès professionnel ou comme des « sages » vers lesquelles nos femmes noires « se ressourcent »… lamentable !

Par ailleurs, une avocate noire a enregistré une vidéo postée sur le réseau social Facebook dans laquelle elle rappelle que « l’image de la femme noire pulpeuse, sexy, passiste de samba et bonne au lit ne lui convient pas ». Elle ajoute que « de nombreuses femmes noires ont accedé aux fonctions libérales comme avocate, journaliste ou professeure. La télévision, elle, reste enfermée dans ses clichés dégradants ».

Il est frappant de constater que justement sur la chaîne de télévision Rede Globo, le dernier débat des présidentiables ait choqué par le comportement raciste et machiste des candidats conservateurs (catholiques et évangéliques, notamment).

Lors d’un moment désormais culte du débat diffusé jeudi soir, Lévy Fidelix ordonne à la candidate du PSOL, Luciana Genro, de se tenir devant lui afin qu’il l’interroge: « Vem aqui! », « Viens ici! » , lui ordonne-t-il dans un moment surréaliste qui n’a pas manqué de choquer les internautes. Le site anglais The Guardian a pour sa part remarqué les dérives homophobes du même personnage.

« C’est paradoxal de voir une personne qui veut devenir président du Brésil avec des idées aussi opposées à la réalité d’une nation ».

Encore plus spirituelle, une internaute utilise la métaphore pour critiquer le comportement de Lévy Fidelix:

 


« ce ne sont pas de douleurs dûes à la menstruation, c’est Lévy Fidelix qui traverse mon utérus à bord d’un train… il essaye de renverser Luciana Genro » (candidate pour le PSOL, gauche).

A croire qu’il s’adressait à un chien à sa chienne?. Pathétique ! Le tout, sans que le journaliste vedette de Rede Globo ne le recadre (au nom de la « neutralité »…).

Une scène de la série Sexo e as Negas diffusée sur Rede Globo

Une scène de la série Sexo e as Negas diffusée sur Rede Globo

Sexo e as Negas n’est pas une série sur la femme brésilienne. C’est une série raciste sur l’idée que l’homme blanc se fait de la femme noire au Brésil. Être femme au Brésil est déjà difficile; être femme et noire, c’est l’enfer. Et les médias ne font rien pour changer les choses.

Le titre de la série est révélateur. Le mot nega est une variante de negra qui veut dire noire. A la différence qu’il porte une connation foncièrement sexiste, raciste et paternaliste: « la noire de maison qu’on a envie de baiser… ».

Encore plus frappant en cette semaine d’élections présidentielles, c’est que les deux candidates femmes en passe de protagoniser le Second tour se soumettent volontier à la domination masculine. Marina Silva étant clairement contre l’avortement et Dilma Rousseff montrant son incapacité à admettre ses idées progressistes sur la question, comme l’ont remarqué les internautes.

La déception des internautes sur le sujet de l’avortement a été dominante sur les réseaux sociaux.

« Dilma nous baratine sur le droit à l’avortement dans ce débat. La vérité est que elle, Aécio et Marina défendent une loi qui tue les femmes pauvres ».

Et si Sexo e as Negas n’etait finalement pas un épiphénomène mais plutôt le réflet d’une société extrêmement machiste et raciste?

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

4 Commentaires

  1. Fort intéressant, comme toujours… « Et si Sexo e as Negas n’etait finalement pas un épiphénomène mais plutôt le réflet d’une société extrêmement machiste et raciste? »… C’est cela!!! Je crois que c’est cela la réalité, les sociétés sont bien plus racistes, passéistes, je dirais même « primitives » qu’elles ne veulent se l’admettre… Le mensonge du « Progrès » a fait croire que les choses changeaient, mais en fait non. Au lieu de remettre à jour les fiches, on trouve plus confortable de ressasser les vieux clichés, les catégories de conforts, c’est cela l’essence du ‘racisme’, le refus de sortir de ces anciennes visions du monde.
    En définitive, il ne faudra pas compter sur les média ou sur le « Bien » pour arranger les choses, tout victoire sera arrachée par la force, tout bêtement, parce que non, les choses ne bougerons pas d’elles-même.
    Très bel article, camarade. Hâte de lire le prochain.

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